ACTE PREMIER
(La vue du port de Palerme. Plusieurs tentes
élégantes sont placées sous l'ombrage des arbres. Pendant
l'introduction on voit arriver, à plusieurs reprises, des barques
d'où descendent des étrangers)
Scène Première (Robert, Bertram, Le Chapelain de Robert,
Chevaliers, Valets et Écuyers. Robert et Bertram sont assis près
d'une table à gauche; plusieurs valets et écuyers sont occupés
à les servir. A droite, une table où plusieurs chevaliers
boivent ensemble)
Introduction
CHOEUR Versez à tasse pleine, Versez ces vins fumeux, Et que l'ivresse amène L'oubli des soins fâcheux. Au seul plaisir fidèles, Consacrons-lui nos jours. Le vin, le jeu, les belles, Voilà nos seuls amours.
(Premier Chevalier, à droite, regardant Robert) Quels nombreux écuyers! Quelles armes brillantes!
DEUXIÈME CHEVALIER Quel est cet étranger, ce seigneur opulent, Dont les tentes élégantes S'élèvent près de notre camp? Qui l'amène en Sicile?
PREMIER CHEVALIER Il y vient, j'imagine, Pour assister, comme nous, aux tournois Que donne le duc de Messine.
ROBERT (Robert, le verre à la main, s'adressant aux
chevaliers) Illustres chevaliers, c'est à vous que je bois!
CHOEUR Au seul plaisir fidèles, Consacrons-lui nos jours. Le vin, le jeu, les belles, Voilà nos seuls amours.
Scène Seconde
(Les Mêmes; un Écuyer de Robert, puis Raimbaut)
L’ÉCUYER (s'adressant à Robert) J'amène devant vous un joyeux pèlerin Qui, si vous le voulez, pourrait, par un
refrain, Égayer le repas de votre seigneurie. Il arrive de France et de la Normandie.
ROBERT (vivement) Quoi! de la Normandie?
BERTRAM (à voix basse) Votre ingrate patrie!
(Pendant ce temps est entré Raimbaut)
ROBERT (Raimbaut) Approche!
(Lui donnant une bourse) Prends; dis-nous quelques récits
RAIMBAUT Je vous dirai l'histoire épouvantable De notre jeune duc, de ce Robert le Diable...
TOUS Robert le Diable!
RAIMBAUT Ce mauvais garnement à Lucifer promis, Et qui pour ses méfaits s'exila du pays.
(Robert tire son poignard)
BERTRAM (le retenant) Y pensez-vous!...
(Robert se retourne vers Raimbaut, et lui dit froidement) Commence.
TOUS Écoutons, mes amis!
Ballade
RAIMBAUT
Premier Couplet Jadis régnait en Normandie Un prince noble et valeureux. Sa fille, Berthe la jolie, Dédaignait tous les amoureux, Quand vint à la cour de son père Un prince au parler séducteur; Et Berthe, jusqu'alors si fière, Lui donna sa main et son coeur. Funeste erreur! Fatal délire! Car ce guerrier était, dit-on, Un habitant du sombre empire: C'était...oui, c'était un démon!
CHOEUR Ah! le conte est fort bon; Comment ne pas en rire? Quoi, c'était un démon?
RAIMBAUT Oui, c'était un démon!
Deuxième Couplet De cet hymen épouvantable Vint un fils, l'effroi du canton! Robert, Robert, le fils du diable, Dont il porte déjà le nom. Semant le deuil dans les familles, En champ clos il bat les maris, Enlève les femmes, les filles, Et s'il paraît dans le pays... Fuyez, fuyez, jeune bergère. Car c'est Robert; il a, dit-on, Les traits et le cœur de son père, Et comme lui c'est un démon.
CHOEUR Ah! le conte est fort bon Comment ne pas en rire Robert est un démon?
RAIMBAUT Oui, c'est un vrai démon!
(Robert, qui jusque-là a cherché à modérer sa colère, se lève à la fin du deuxième couplet)
ROBERT C'en est trop!... Qu'on arrête un vassal insolent! Je suis Robert!
RAIMBAUT (Raimbaut, tombant à genoux) Miséricorde! Pardon, mon doux seigneur!
ROBERT Une heure je t'accorde! Fais ta prière, et puis qu'on le pende à
l'instant.
RAIMBAUT Grâce! grâce! Je vous en prie! J'arrive de la Normandie Avec ma fiancée, et nous venons tous deux Remplir auprès de vous un message pieux!
ROBERT Ta fiancée?... Attends. Sans doute elle est jolie! Je me laisse attendrir; allons, pour ses beaux yeux J e te fais grâce de la vie... Mais elle m'appartient, qu'on l'amène en ces lieux. Chevaliers, je vous l'abandonne.
RAIMBAUT Hélas!
ROBERT Tais-toi, vassal; quand ma bonté pardonne, oses-tu bien encor murmurer?
RAIMBAUT Malheureux!
ROBERT Écuyers, versez-nous ces vins délicieux!
ROBERT, CHEVALIERS Au seul plaisir fidèles, Consacrons-lui nos jours. Le vin, le jeu, les belles, Voilà nos seuls amours.
Scène Troisième (Les Mêmes; Alice, conduite par des pages de Robert)
ALICE Où me conduisez-vous? Par pitié, laissez-moi!
LES CHEVALIERS Qu'elle a d'attraits! Qu'elle est jolie! Allons, calmez un vain effroi.
ALICE Grâce! grâce, je vous supplie!
(Les Chevaliers, montrant Raimbaut) Non, non, il faut qu'il soit puni! Non, point de pitié pour vos larmes! Notre vengeance a trop de charmes Pour que vous obteniez merci!
ALICE Plus d'espoir! ô peine cruelle!
ROBERT (reconnaissant Alice) Qu'entends-je? qu'ai-je vu? c'est elle! Alice!
ALICE (se jetant aux pieds de Robert) Ah! monseigneur, protégez-moi contre eux.
ROBERT C'est Alice; arrêtez! respectez sa faiblesse. Le même lait nous a nourris tous deux; Je ne l'oublierai pas.
CHEVALIERS Tenez votre promesse; Avez-vous oublié notre refrain joyeux?
Ensemble
CHEVALIERS Au seul plaisir fidèles, Consacrons-lui nos jours. Le vin, le jeu, les belles, Voilà nos seuls amours.
ROBERT Non, je prends sa défense; Calmez un vain transport; Malheur à qui l'offense! Il recevra la mort. Craignez d'exciter ma vengeance, A mon ordre il faut obéir; Retirez-vous sans résistance, Ou mon bras saura vous punir.
CHEVALIERS Partons, amis, point d'imprudence, N'excitons point un vain courroux; Retirons-nous sans résistance, Et plus tard nous reviendrons tous.
(Raimbaut et les chevaliers se retirent devant Robert qui les menace)
Scène Quatrième
(Robert, Alice)
ALICE O mon prince! ô mon maître!
ROBERT Appelle-moi ton frère. Banni par des sujets ingrats, Je suis un exilé sur la rive étrangère. J'ai cherché vainement la mort dans les combats; Mais toi, près de Palerme, ici que viens-tu faire?
ALICE J'y viens pour remplir un devoir. Avec mon fiancé j'ai quitté ma chaumière, J'ai suspendu l'hymen qui devait nous unir...
ROBERT Pourquoi?
ALICE Pour accomplir l'ordre de votre mère.
ROBERT Ma mère bien-aimée! Ah! parle, à son désir Je m'empresserai de me rendre.
ALICE Vous ne devez jamais la revoir ni l'entendre.
ROBERT O ciel!
ALICE Elle n'est plus.
ROBERT Quoi! ma mère? ô tourment!
Romance
ALICE
Premier Couplet Va, dit-elle, va, mon enfant, Dire au fils qui m'a délaissée Qu'il eut la dernière pensée D'un cœur qui s'éteint en l'aimant. Adoucis sa douleur amère, Il ne reste pas sans appui: Dans les cieux comme sur la terre, Sa mère va prier pour lui.
Deuxième Couplet Dis-lui qu'un pouvoir ténébreux Veut le pousser au précipice; Sois son bon ange, pauvre Alice, Il doit choisir entre vous deux. Puisse-t-il fléchir la colère Du Dieu qui m'appelle aujourd'hui, Et dans les cieux suivre sa mère, Sa mère qui priera pour lui!
ROBERT Je n'ai pu fermer sa paupière!
ALICE Elle m'a confié sa volonté dernière. Un jour, a-t-elle dit, Quand il en sera digne, il lira cet écrit.
(Alice se met à genoux et présenta à Robert le testament de sa mère)
ROBERT Non, je ne le suis pas! non, je me rends
justice! Plus tard...Conserve encor ce dépôt, chère Alice. Tout m'accable à la fois! En proie à la douleur, Je nourris les tourments d'une ardeur inutile.
ALICE Vous aimez?
ROBERT Sans espoir! Connais tout mon malheur: De la princesse de Sicile Les charmes ont touché mon cœur; Je crus sa conquête facile, Je la vis s'attendrir!...mais troublé, mais
jaloux, Je voulus l'enlever; j'osai braver son père, De tous ses chevaliers je défiai les coups!
ALICE O ciel!
ROBERT Je succombais, lorsque, dans la carrière, Bertram, un chevalier, mon ami, mon sauveur, Aux plus hardis fit mordre la poussière; Je lui dus la victoire et perdis le bonheur.
ALICE Eh quoi! la princesse Isabelle...
ROBERT Depuis je n'ai pu la revoir.
ALICE A ses premiers serments elle sera fidèle.
ROBERT Et comment le savoir?
ALICE Demandez-le vous-mêmes; Écrivez!
ROBERT (fait un signe; son chapelain sort de la tente et apporte ce qui est nécessaire pour écrire) Tu le veux...Mais qui remettra?
ALICE Moi!... L'esprit vient aisément quand on sert ceux qu'on aime.
ROBERT Mon ange tutélaire! Ah! comment envers toi pourrai-je m'acquitter?...
(Pendant le couplet d'Alice, il dicte un billet
au chapelain)
ALICE Vous le pouvez sans peine. De ce pauvre Raimbaut vous connaissez l'amour: Souffrez qu'un saint homme en ce jour, Près des rochers de Sainte-Irène L'unisse avec moi sans retour!
ROBERT (applique le pommeau de son épée sur le billet et le donne à Alice) De grand coeur! Tiens.
Scène Cinquième (Les Mêmes. Bertram entre et s'approche de
Robert)
ALICE (l'apercevant et faisant un geste de frayeur.
Bas à Robert) Quel est ce sombre personnage?
ROBERT Le chevalier Bertram, mon plus fidèle ami; Pourquoi d'un air d'effroi le regarder ainsi?
ALICE (tremblante) C'est qu'il est en notre village Un beau tableau représentant L'archange saint Michel qui terrasse Satan, Et je trouve...
ROBERT Achevez! quel trouble est donc le vôtre?
ALICE (bas à Robert) Qu'il ressemble...
ROBERT (souriant) A l'archange.
ALICE (de même) Eh! non vraiment... à l'autre.
ROBERT (bas) Quelle folie
(Haut) Allez, et qu'un hymen heureux, Ce soir, mes bons amis, vous unisse tous deux!
(Alice baise la main de Robert et sort)
Scène Sixième (Robert, Bertram)
BERTRAM Quoi! tous deux les unir! A merveille! courage! Ta nouvelle conquête est fort bien avec toi...
ROBERT Oui, par reconnaissance.
BERTRAM Ah! crois donc ce langage; C'est le mot de tous les ingrats.
ROBERT Bertram, tu ne la connais pas! Tais-toi, je crains ta funeste influence. En moi j'ai deux penchants: l'un qui me porte au bien, Naguère encor j'en sentais la puissance; L'autre me porte au mal, et tu n'épargnes rien pour l'éveiller en moi.
BERTRAM Que dis-tu? Quel délire! Quoi tu peux te méprendre au motif qui
m'inspire? Tu doutes de mon cœur?
ROBERT Non, non, tu me chéris;
BERTRAM Oui, Robert, cent fois plus que moi-même. Tu ne sauras jamais à quel excès je t'aime!
ROBERT Ne me donne donc plus que de sages avis.
BERTRAM A la bonne heure! Et tiens, pour bannir la tristesse,
(Montrant les chevaliers qui rentrent) Mêlons-nous à ces chevaliers. Tente le sort du jeu, partage leur ivresse: Nous avons besoin d'or, qu'ils soient nos trésoriers!
ROBERT Oui, le conseil est bon.
Scène Septième
(Robert, Bertram, Chevaliers)
Finale
BERTRAM (aux chevaliers) Le duc de Normandie A vos plaisirs veut prendre part.
ROBERT Aux tournois, chevaliers, nous nous verrons plus tard. C'est au jeu que je vous défie.
CHEVALIERS Nous sommes tous flattés de tant de courtoisie; Allons, voyons pour qui doit pencher le hasard.
ROBERT L'or est une chimère, Sachons nous en servir: Le vrai bien sur la terre N'est-il pas le plaisir?
TOUS Commençons.
(Pendant ce temps on a placé une table au milieu du théâtre, tous les joueurs l'entourent)
Sicilienne
ROBERT, CHEVALIERS O fortune! à ton caprice, Viens, je livre mon destin, A mes désirs sois propice, Et viens diriger ma main. L'or est une chimère, Sachons nous en servir: Le vrai bien sur la terre N'est-il pas le plaisir?
BERTRAM Fortune, ou contraire, ou propice, Qu'importe ton courroux! Je brave ton caprice Et je ris de tes coups.
(Pendant cet ensemble, on a commencé à faire
rouler les dés)
ROBERT J'ai perdu; ma revanche! Allons, cent pièces d'or!
UN CHEVALIER A vous les dés.
ROBERT Quatorze!
ah! cette fois, je pense, De mon côté pourra tourner la chance. Allons, allons, je perds encor!
BERTRAM Qu'importe? Va toujours!
ROBERT Nous mettons deux cents piastres!
BERTRAM Eh! ce n'est pas assez; cinq cents!
LES CHEVALIERS Nous les tenons.
BERTRAM C'est ainsi qu'un joueur répare ses désastres. Je suis sûr du succès!
ROBERT Ah! grand Dieu! Nous perdons.
BERTRAM Console-toi, Fais comme moi, Plus de dépit; Car tu l'as dit: L'or est une chimère, Sachons nous en servir: Le vrai bien sur la terre N'est-il pas le plaisir?
ROBERT De son injustice cruelle Je veux faire rougir le sort; Contre vous tous je joue encor Mes diamants et ma riche vaisselle.
CHEVALIERS Cela vraiment nous convient fort.
BERTRAM Il a raison: à quoi bon en voyage S'embarrasser d'un semblable bagage?
ROBERT (suivant les dés) O ciel! c'est fait de nous!
BERTRAM Console-toi, Fais comme moi, Plus de dépit; Car tu l'as-dit: L'or est une chimère, Sachons nous en servir: Le vrai bien sur la terre N'est-il pas le plaisir?
ROBERT (frappant sur la table) Et mes chevaux et mes armures! C'est tout ce qui nous reste, et je veux
l'exposer.
BERTRAM Et tu fais bien; le sort contre qui tu murmures N'attend que ce moment pour nous favoriser.
ROBERT Seize!
BERTRAM Quel bonheur! Tu vois bien!...
CHEVALIERS (amenant les dés) Dix-huit!
ROBERT O ciel! je n'ai plus rien!
BERTRAM Ami, console-toi!
ROBERT Dans mon destin funeste Je t'entraîne avec moi!
BERTRAM Notre amitié nous reste.
ROBERT (abattu) Mes armes, mes coursiers ne m'appartiennent plus.
(A Bertram) Va leur livrer les biens que j'ai perdus.
(Bertram sort avec quelques chevaliers)
Ensemble
ROBERT Malheur sans égal D'un sort infernal L'ascendant fatal Me poursuit, m'opprime; Craignez mon courroux! Je puis sur vous tous Me venger des coups Dont je suis victime.
CHEVALIERS (à voix basse) Voyez son courroux: Du destin jaloux Il maudit les coups, Il jure, il blasphème.
(A Robert) Modérez, seigneur, Cette folle ardeur. Craignez ma fureur, Et tremblez vous-même.
BERTRAM (rentrant) Console-toi, Fais comme moi, Plus de dépit; Car tu l'as dit: L'or est une chimère, Sachons nous en servir; Le vrai bien sur la terre N'est-il pas le plaisir?
ACTE DEUXIEME (Une grande salle du palais. Au fond, une galerie donnant sur la campagne)
Scène Première.
ISABELLE (seule) Que je hais la grandeur dont l'éclat
m'environne! Des fêtes, des plaisirs, tout, hormis le
bonheur! Hélas! mon père ordonne, Et va livrer ma main sans consulter mon cœur, Quand l'ingrat que j'aimais, quand Robert m'abandonne.
Air En vain j'espère Un sort prospère; Douce chimère, Rêves d'amour, Avez fui sans retour. D'espoir bercée, Tendre pensée S'est éclipsée Comme un beau jour.
Scène Seconde (Isabelle, Alice; quelques jeunes filles, portant des pétitions)
CHOEUR DE JEUNES FILLES (qui s'avancent vers la princesse) Approchons sans frayeur.
(Elles remettent les pétitions) A la souffrance Donne assistance, La bienfaisance Est dans ton cœur.
ALICE (à part) Dieu! Pour servir Robert, quel moyen!... Si j'osais! Mais plus d'une princesse, avec reconnaissance, A reçu quelquefois de semblables placets! Essayons!
(A la princesse en lui remettant le billet de
Robert) A la souffrance Donne assistance, La bienfaisance Est dans ton cœur.
(La princesse ouvre le billet, le lit tout bas avec trouble, puis se rapproche d'Alice)
ISABELLE Écoute, jeune amie; Viens, mon âme est attendrie! Le malheur qui supplie A des droits sur mon cœur.
(A part) Mon bonheur est extrême! Viens, Robert, toi que j'aime.!
ALICE, JEUNES FILLES O princesse chérie, Ton âme est attendrie; Le malheur qui supplie A des droits sur ton coeur.
ISABELLE (aux jeunes filles) Un seul moment laissez-moi dans ces lieux.
ALICE (à Robert qui paraît) Courage! Allons, montrez-vous à ses yeux, Elle ne pourra se défendre; Son coeur qui fut à vous ne peut vous condamner: Elle consent à vous entendre, C'est presque déjà pardonner.
(Alice sort)
Scène Troisième (Isabelle, Robert)
Duo
ROBERT Avec bonté voyez ma peine Et mes remords, Et n'allez pas par votre haine Punir mes torts. L'amour qui me rendit coupable Doit vous fléchir; Ah! si votre rigueur m'accable, Il faut mourir!
ISABELLE Relevez-vous.
ROBERT De mon offense M'accordez-vous le pardon généreux? Laissez-moi du moins l'espérance, Ce dernier bien des malheureux.
ISABELLE J'aurais dû fuir votre présence Et vos remords, Et d'un amant par mon absence, Punir les torts. Mon cœur par sa douleur extrême Est désarmé; Hélas! Robert, jugez vous-même. S'il est aimé.
ROBERT Que dites-vous?...ô destin plein de charmes!
(On entend une marche)
ISABELLE Silence! Entendez-vous ces accents belliqueux?
ROBERT O ciel! Et j'ai perdu mes armes!...
ISABELLE Je le savais; j'ai prévenu vos vœux. Voyez!
(On voit paraître des écuyers portant une
armure)
ROBERT (avec transport) Armé par vous, je vaincrai sous vos yeux.
Ensemble
ISABELLE Mon cœur s'élance et palpite, Il bat d'espoir, de bonheur: L'amour, l'honneur, tout l'excite; Oui, Robert sera vainqueur!
ROBERT Mon cœur s'élance et palpite, Il bat d'espoir, de bonheur: L'amour, l'honneur, tout l'excite; Du tournoi je suis vainqueur!
ISABELLE Chevalier, dois-je encor vous apprendre un mystère?
ROBERT Ah! sur tous vos secrets mon amour a des droits.
ISABELLE Apprenez donc...
ROBERT Eh bien?
ISABELLE Mon père, Sur le plus valeureux voulant fixer son choix, Va proposer ma main pour le prix des tournois.
ROBERT O ciel! Est-il possible?
ISABELLE Il compte sur les exploits Du prince de Grenade, et le nomme invincible!
ROBERT a porté ce nom pour la dernière fois.
Duo
ISABELLE Mon cœur s'élance et palpite, Il bat d'espoir, de bonheur. L'amour, l'honneur, tout l'excite; Oui, Robert sera vainqueur.
ROBERT Mon cœur s'élance et palpite, Il bat d'espoir, de bonheur: L'amour, l'honneur, tout l'excite; Du tournoi, je suis vainqueur!
ROBERT (lui baisant la main) Votre bonté va doubler mon courage.
ISABELLE Silence! On vient; pour m'offrir son hommage, Le peuple va se réunir, Par ordre de mon père, ici, sur mon passage, Et par des jeux fêter le mariage De six jeunes beautés que ma main dut choisir. Fuyez!
(Isabelle sort) Scène Quatrième (Robert; Bertram, au fond, avec le prince de
Grenade et un héraut d'armes. A la fin de la scène
précédente on a vu Bertram entrer avec le prince de Grenade et un
héraut d'armes, auquel Bertram a indiqué du doigt
Robert. Le prince de Grenade n'a fait que traverser la
galerie du fond)
ROBERT Ah! dans ces jeux guerriers offerts à la
vaillance, Je vaincrai mon rival!
BERTRAM (à part) Oui, si je le permets.
ROBERT Que ne puis-je de même, au gré de ma vengeance, dans un combat réel le voir seul et de près!
(Se retournant vers Le héraut d'armes) Que voulez-vous?
LE HÉRAUT D’ARMES A toi, Robert de Normandie, Le prince de Grenade adresse ce cartel, Et par ma voix il te défie, Non dans un vain tournoi, mais au combat mortel.
ROBERT (avec joie) Ah! le ciel qui m'exauce à sa perte l'entraîne;
(au Héraut) M'ose défier! J'y cours; guide mes pas.
LE HÉRAUT D’ARMES Viens, tu le trouveras dans la forêt prochaine.
ROBERT Un de nous n'en sortira pas.
(Il sort avec le héraut d'armes)
Scène Cinquième
BERTRAM (seul) Oui, va poursuivre une ombre vaine! Ce prince de Grenade, esclave à moi soumis! Comme un fantôme à tes yeux éblouis, Va fuir dans la forêt, et pendant ton absence De ce brillant tournoi remportera le prix!... Mais déjà pour la fête en pompe l'on s'avance...
Scène Sixième (Isabelle, conduite par son père; Bertram,
Alice, Raimbaut, Chevaliers, Seigneurs, Dames de la cour, Pages,
Écuyers, Peuple. Entrée du peuple qui accompagne six
jeunes couples qui doivent être mariés)
PEUPLE. Accourez au-devant d'elle; Célébrez, peuple fidèle, Tant de vertus, tant d'attraits. De nos vœux reçois l'hommage, Et qu'ils soient le doux présage De ton bonheur à jamais! Accueillant notre prière, Puisse un jour le sort prospère Récompenser tes bienfaits!
Ballet
(Après le ballet un héraut d'armes entre en scène et s'adresse à la princesse)
LE HÉRAUT D’ARMES Quand tous nos chevaliers, pour la gloire et leur dame, De ce tournoi vont tenter les destins, Le prince de Grenade en ce moment réclame L'honneur d'être armé par vos mains.
(La princesse hésite à répondre; son père, qui
est près d'elle, lui ordonne d'accepter. Le prince de Grenade
s'avance précédé de sa bannière, de ses pages et de ses écuyers;
Bertram en l'apercevant dit à part)
BERTRAM Je triomphe!... Le voici... Et Robert est resté dans la forêt profonde; Robert, égaré par lui, cherche en vain un rival que mon pouvoir seconde.
CHOEUR DES ÉCUYERS (du prince de Grenade, pendant que la princesse lui remet ses armes) Sonnez, clairons, honorez la bannière Du guerrier qui guide nos pas. Sonnez, clairons; dans la carrière Mars et l'Amour arment son bras.
ALICE (à part, cherchant dans la foule) Mon jeune maître ne vient pas. Quand s'ouvre la lice guerrière, Qui peut donc retenir ses pas?
BERTRAM (à part) Robert, Robert ne viendra pas.
CHOEUR Le clairon sonne, et l'honneur vous réclame; Nobles guerriers, armez vos bras: C'est pour la gloire et pour sa dame Qu'un chevalier vole aux combats.
ALICE (cherchant Robert des yeux, s'adresse à
Raimbaut) Ah! quelle douleur est la mienne!
RAIMBAUT (à Alicia) Rien n'est encor désespéré. Mais aux rochers de Sainte-Irène Souviens-toi que pour nous l'autel est préparé.
ISABELLE (à part) Parmi cette jeunesse et brillante et guerrière, Vainement je l'attends... tout m'accable à la
fois! Hélas! lorsque ma main est le prix des tournois, Je ne vois point encor paraître sa bannière.
CHOEUR Le clairon sonne, et l'honneur vous réclame; Nobles guerriers, armez vos bras: C'est pour l'honneur et pour sa dame Qu'un chevalier vole aux combats.
(On entend un appel des trompettes)
LE CHOEUR
(en dehors) Voici le signal des combats.
ISABELLE
(Isabelle descend du trône, et s'adresse aux
chevaliers) La trompette guerrière vient de retentir. Dans la noble carrière il faut vaincre ou
mourir.
(A part) Que le cri de l'honneur, Robert, frappe ton cœur!
Ensemble
ISABELLE (à part) Ah! pour moi, douleur cruelle! Non, Robert ne paraît pas; Aux combats l'amour l'appelle. Quel pouvoir enchaîne ses pas?
CHOEUR Le clairon sonne et l'honneur vous réclame; Nobles guerriers, armez vos bras: C'est pour la gloire et pour sa dame Qu'un chevalier vole aux combats.
(Tout le cortège défile; la princesse et son
père s'apprêtent à le suivre. Alice regarde autour d'elle avec
inquiétude. Bertram est de l'autre côté de la scène)
Ensemble
ALICE Déjà commencent les combats; Robert, Robert ne paraît pas.
BERTRAM Robert, Robert, c'est dans mes bras, C'est à moi que tu reviendras.
ACTE TROISIEME
Premier Tableau
(Les rochers de Sainte-Irène; paysage sombre et
montagneux. Sur le devant, à droite, les ruines d'un temple
antique, et des caveaux dont en voit l'entrée; à gauche, une
croix en bois)
Scène Première
(Bertram, Raimbaut)
RAIMBAUT Du rendez-vous voici l'heureux instant.
BERTRAM (le regardant) N'est-ce pas là ce troubadour normand?...
RAIMBAUT Que le seigneur Robert, ce matin voulait pendre.
BERTRAM (riant) Oui, jamais il ne fait les choses qu'à demi. Qui l'amène?
RAIMBAUT Je viens attendre Alice, mes amours, que j'épouse aujourd'hui; Alice qui n'a rien... et moi pas davantage; Sans cela nous serions bien heureux en ménage.
BERTRAM (lui jetant une bourse) S'il en est ainsi... prends!
RAIMBAUT
(hors de lui) En croirai-je mes yeux! C'est de l'or!
BERTRAM (le regardant avec mépris) Voilà donc ce qu'on nomme un heureux! J'en fais donc aussi quand je veux!
Duo
RAIMBAUT (Par lui-même) Ah! l'honnête homme! Le galant homme! Mais voyez comme Je me trompais! Ah! désormais Je lui promets Obéissance, Reconnaissance, En récompense De ses bienfaits.
BERTRAM (Par lui-même) Ah! l'honnête homme! Ah! le pauvre homme! Mais voyez comme En mes filets Je le prendrais Si je voulais! Faiblesse humaine Que l'on entraîne, Que l'on enchaîne Par des bienfaits!
BERTRAM C'est aujourd'hui qu'on te marie?
RAIMBAUT Oui, monseigneur.
BERTRAM Quelle folie!
RAIMBAUT Une folie! Ma fiancée est si jolie!
BERTRAM A ta place, moi j'attendrais, Et sans façon je choisirais.
RAIMBAUT Vous choisiriez?
BERTRAM Je choisirais. Te voilà riche, et, je le gage, Toutes les filles du village Voudront se disputer ta foi.
RAIMBAUT Vous le croyez?
BERTRAM Oui, je le crois.
RAIMBAUT Au fait! Un si grand personnage Doit s'y connaître mieux que moi.
Ensemble
RAIMBAUT (Par lui-même) Ah! l'honnête homme! Le galant homme! Mais voyez comme Je me trompais! Ah! désormais Je lui promets Obéissance, Reconnaissance, En récompense De ses bienfaits.
BERTRAM (Par lui-même) Ah! l'honnête homme! Ah! le pauvre homme! Mais voyez comme En mes filets Je le prendrais Si je voulais! Faiblesse humaine Que l'on entraîne, Que l'on enchaîne Par des bienfaits!
BERTRAM Le bonheur est dans l'inconstance.
RAIMBAUT Le bonheur est dans l'inconstance?
BERTRAM Elle seule embellit nos jours.
RAIMBAUT Elle seule embellit nos jours?
BERTRAM Que gaîté, plaisir et bombance Soient désormais tes seuls amours.
RAIMBAUT Je pourrai donc tout me permettre?
BERTRAM Oui, chaque faute est un plaisir, Et l'on a pour s'en repentir Le temps où l'on n'en peut commettre.
RAIMBAUT Ce système me plaît beaucoup. A tous mes compagnons, afin de mieux vous croire, Pour commencer, je vais payer à boire.
BERTRAM (riant) Boire!... c'est bien! Cela peut te conduire à tout.
Ensemble
RAIMBAUT (Par lui-même) Ah! l'honnête homme! Le galant homme! Mais voyez comme Je me trompais! Ah! désormais Je lui promets Obéissance, Reconnaissance, En récompense De ses bienfaits.
BERTRAM (Par lui-même) Ah! l'honnête homme! Ah! le pauvre homme! Mais voyez comme En mes filets Je le prendrais Si je voulais! Faiblesse humaine Que l'on entraîne, Que l'on enchaîne Par des bienfaits!
(Raimbaut sort par la gauche)
Scène Seconde
BERTRAM (seul) Encore un de gagné! Glorieuse conquête Dont l'enfer doit se réjouir! Mais je ris de ses maux et du sort qu'il
s'apprête, Lorsque dans un instant le mien va s'accomplir. Roi des anges déchus, mon souverain... je tremble! Il est là!... qui m'attend... oui, j'entends les éclats de leur joie infernale... Ils se livrent ensemble, Pour oublier leurs maux, à d'horribles ébats.
Valse infernale
LE CHOEUR (dans la caverne) Noirs démons, fantômes, Oublions les cieux; Des sombres royaumes Célébrons les jeux.
BERTRAM C'est en vain qu'on voudrait l'arracher de mes bras! Non, non, Robert ne m'échappera pas.
LE CHOEUR (dans la caverne) Gloire au maître qui nous guide, A la danse qu'il préside!
BERTRAM O mon fils! O Robert!... Pour toi, mon bien suprême, J'ai bravé le ciel même, Je braverais l'enfer! De ma gloire éclipsée, De ma splendeur passée, Toi seul me consolais; C'est par toi que j'aimais! O mon fils! O Robert!... Pour toi, mon bien suprême, J'ai bravé le ciel même, Je braverais l'enfer!
(Il entre dans la caverne à droite)
Scène Troisième
ALICE (gravissant la montagne) Raimbaut! Raimbaut! dans ce lieu solitaire L'écho seul me répond et j'avance en tremblant. Au rendez-vous serais-je la première? Me faire attendre ainsi! c'est affreux, et
pourtant Il n'est encor que mon amant!
Premier Couplet Quand je quittai la Normandie, Un vieil ermite de cent ans Dit: Tu seras un jour unie Au plus fidèle des amants. Hélas! j'attends. O patronne des demoiselles, Patronne des amants fidèles, Notre-Dame de bon secours, Daignez protéger mes amours!
(A la fin de ce couplet, la ritournelle de la scène précédente reprend Alice regarde avec effroi du côté de la caverne) Mais le soleil soudain s'est obscurci, D'où vient ce bruit dont mon âme est glacée? De quelque orage, hélas! serais-je menacée?
(La ritournelle gaie reprend) Non, non; ce n'est rien, Dieu merci!
Deuxième Couplet
Raimbaut disait: Gentille amie, Crois à mes feux, ils sont constants! En ce jour peut-être il oublie Près d'une autre ses doux serments; Et moi, j'attends! O patronne des demoiselles, Patronne des amants fidèles, Notre-Dame de bon secours, Daignez protéger mes amours!
(La ritournelle de l'air de Bertram reprend avec plus de force que la première fois) O ciel le bruit redouble; D'effroi mon cœur se trouble; La terre tremble sous mes pas! Fuyons!
CHOEUR SOUTERRAIN. Robert! Robert!
ALICE (s'arrêtant) Je ne me trompe pas.
CHOEUR SOUTERRAIN. Robert! Robert!
ALICE C'est le nom de mon maître. Quelque danger le menace peut-être!
(Montrant l'ouverture à droite entre les
rochers) D'ici l'on pourrait voir, je, crois, Dans ce lieu souterrain.
(Elle fait un pas) Ah! grand Dieu! l'éclair brille! J'ai bien peur!... c'est égal... mon Dieu! protège-moi! Toi qui d'un faible enfant, ou d'une pauvre fille, Souvent te sers, dit-on, pour accomplir ta loi!
(Elle s'avance en tremblant vers l'ouverture à
droite, y jette les yeux; l'orchestre peint ce qu'elle
voit; elle pousse un cri, se sauve vers la gauche, s'attache à la
croix de bois, l'embrasse et s'évanouit)
Scène Quatrième (Alice évanouie; Bertram, sortant de la caverne, pâle et en désordre)
BERTRAM L'arrêt est prononcé! Fatal, irrévocable! Je le perds à jamais! On l'arrache à mes bras... S'il ne se donne à moi, s'il ne m'appartient pas Aujourd'hui même!
ALICE
(Alice, sortant de son évanouissement, et se rappelant ce qu'elle vient d'entendre) A minuit!... misérable!
BERTRAM Minuit! On a parlé! Qui donc est dans ces lieux? Qui donc a lu dans ma pensée?
(Apercevant Alice, et prenant un air riant) C'est de Raimbaut l'aimable fiancée, C'est Alice... D'où vient qu'elle baisse les
yeux?
Duo
ALICE La force m'abandonne.
BERTRAM Qu'as-tu donc?
ALICE (à part) Ah grands dieux!
BERTRAM Viens ici.
ALICE Je frissonne!
BERTRAM Viens vers moi.
ALICE Je ne peux.
BERTRAM Qu'as-tu donc entendu?
ALICE Moi?... rien!... rien!
BERTRAM Qu'as-tu vu?
ALICE Rien! rien!...
Ensemble
ALICE Je tremble, chancelle, Et la voix cruelle De l'ange rebelle Me glace d'effroi.
BERTRAM Triomphe que j'aime! Ta frayeur extrême Va, malgré toi-même, Te livrer à moi.
(faisant un pas vers elle) Approche donc, et que ces doux attraits...
ALICE
(Alice, reculant et embrassant la croix de bois) Éloigne-toi, va-t'en!
BERTRAM Tu me connais; Ton œil a pénétré ce mystère effroyable Aux mortels interdit... et si ta voix coupable Osait le révéler... tu péris à l'instant.
ALICE Le ciel est avec moi, je brave ta colère.
BERTRAM Tu péris, toi, puis ton amant!
ALICE O ciel!
BERTRAM Puis ton vieux père, Ainsi que tous les tiens.
(avec
sourire
ironique) Tu l'as voulu, gentille Alice; Par la vertu te voilà ma complice, Et désormais tu m'appartiens.
Reprise du
duo
ALICE La force m'abandonne.
BERTRAM Sauve ce qui t'est cher. Viens ici.
ALICE Je frissonne.
BERTRAM Viens vers moi.
ALICE (regardant au fond) C'est Robert.
BERTRAM Ainsi tu n'as rien vu?
ALICE (tremblante) Moi? rien!
BERTRAM Rien entendu?
ALICE Non, rien!
BERTRAM Songes-y bien, de toi dépend ton sort. Voici Robert, tais-toi, sinon la mort!
Scène Cinquième (Robert, Alice, Bertram. Robert s'avance
jusqu'au milieu de la scène, plongé dans une profonde
rêverie)
Trio
ALICE Ses yeux sont baissés vers la terre, Il est plongé dans la douleur; Peut-être une secrète horreur Cause ce trouble involontaire; Et du danger qu'il va courir, Hélas! je ne puis l'avertir.
BERTRAM Ses yeux sont baissés vers la terre, Profitons bien de sa douleur. Mais d'où vient que mon faible cœur Frémit d'un trouble involontaire? Du piège où je le vois courir Rien ne pourra le garantir.
ROBERT Oui, j'ai tout perdu sur la terre, Je m'abandonne à ma douleur. D'où vient qu'une secrète horreur Me cause un trouble involontaire? Bertram seul peut me secourir, Ou je n'aurai plus qu'à mourir.
(Bertram, d'un geste impératif, ordonne à Alice
de se retirer; elle obéit en hésitant. Mais arrivée au bord de
la coulisse, elle s'élance tout d'un coup au milieu du
théâtre, vers Robert)
ALICE Non, non, je brave le trépas, écoutez!
ROBERT Parle donc!
ALICE Hélas!
BERTRAM Allons, parle, ma chère, Au nom de ton amant, au nom de ton vieux père.
ALICE Non, je ne pourrai jamais. Fuyons, fuyons! ou je me trahirais.
(Elle s'enfuit)
Scène Sixième (Bertram, Robert)
ROBERT (étonné, la regardant sortir) Qu'a-t-elle donc?
BERTRAM (riant) Qui sait? l'amour, la jalousie... Ce messire Raimbaut qu'elle aime à la folie...
ROBERT Parle; nous sommes seuls! Perdu... déshonoré, Je n'espère qu'en toi... du moins tu l'as juré.
BERTRAM Et je tiens mes serments. On nous tendit un piège. Si pendant le tournoi, dans ces vastes forêts, On égara tes pas... c'est par un sortilège: C'est par là qu'un rival a détruit nos projets: Des esprits infernaux il employa les charmes.
ROBERT Que faire alors?
BERTRAM Le vaincre par ses armes, l'imiter.
ROBERT Eh! comment? Est-il donc des secrets Pour conjurer les esprits invisibles?
BERTRAM Oui.
ROBERT Les connaîtrais-tu? réponds!
BERTRAM Je les connais. Et ces mystères si terribles Ne sont rien quand on a du cœur. En auras-tu?
ROBERT Bertram!...
BERTRAM Je crois à ta valeur. Écoute: on t'a parlé de l'antique abbaye Que le courroux du ciel abandonne aux enfers; Au milieu des cloîtres déserts S'élève le tombeau de sainte Rosalie.
ROBERT O ciel! Funeste souvenir! C'était le nom de ma mère chérie.
BERTRAM Tu ne dois point parler, si tu ne veux mourir, Aux êtres inconnus de qui la destinée A ce séjour est enchaînée.
ROBERT Achève!
BERTRAM Dans ce lieu qu'on ne saurait franchir Sans exposer ses jours... auras-tu le courage De pénétrer seul sans pâlir?
Duo
ROBERT Des chevaliers de ma patrie L'honneur fut toujours le soutien; Et, dussé-je perdre la vie, Marchons! marchons! Je ne crains rien.
BERTRAM Des chevaliers de la Neustrie L'honneur fut toujours le soutien. Viens, sois digne de ta patrie! Marchons! ton sort sera le mien. Il est sur le tombeau, dans ce séjour terrible, Un rameau toujours vert, talisman redouté...
ROBERT Après?
BERTRAM Par lui tout est possible; Il donne la richesse et l'immortalité.
ROBERT Après?
BERTRAM Des saints autels malgré le privilège, Robert, il faut qu'il soit ravi par toi.
ROBERT Mais c'est un sacrilège!
BERTRAM Quoi! déjà tu trembles d'effroi!
ROBERT J'irai! Conquis par moi, ce rameau révéré Va se changer en palme triomphale.
BERTRAM Eh quoi! tu braverais cette enceinte fatale?
ROBERT Oui, sans crainte je m'y rendrai; Malgré le ciel je l'oserai.
Ensemble
BERTRAM Des chevaliers de la Neustrie L'honneur fut toujours le soutien. Viens, sois digne de ta patrie! Marchons! ton sort sera le mien.
ROBERT Des chevaliers de ma patrie L'honneur fut toujours le soutien; Et, dussé-je perdre la vie, Marchons, marchons! je ne crains rien.
(Robert sort par le sentier à gauche)
BERTRAM (seul, le regardant sortir) Avant toi j'y serai!... Qu'il cueille ce rameau, Et sur lui je reprends un empire nouveau. De ses propres désirs devenant la victime, Dès qu'il pourra les satisfaire tous, Ce pouvoir souverain va le conduire au crime, Et le crime conduit à nous.
(Bertram rentre dans la caverne à droite)
Deuxième Tableau (Des nuages couvrent ln scène, puis se
dissipent. Une des galeries du cloître. A gauche, à travers les
arcades, on aperçoit une cour remplie de pierres tumulaires
dont quelques-unes sont couvertes de végétation, et
au delà la perspective des autres galeries. A droite, entre
plusieurs tombeaux sur lesquels sont couchées des figures
de nonnes taillées en pierre, on remarque celui de sainte
Rosalie. Sa statue en marbre est recouverte d'un habit
religieux, et tient à la main une branche verte de cyprès. Au fond,
une grande porte, et un escalier conduisant aux caveaux du
couvent. Des lampes en fer rouillé sont suspendues à la
voûte. Tout annonce que depuis longtemps ces lieux sont inhabités.
Il fait nuit. Les étoiles brillent au ciel, et le cloître n'est
éclairé que par les rayons de la lune)
Scène Septième
(Bertram arrive par la porte du fond. Il est
enveloppé dans son manteau, avance lentement, et regarde les
objets qui l'entourent. Les oiseaux de nuit, troublés dans
leur solitude par ce bruit inaccoutumé, s'envolent au dehors)
Finale
BERTRAM Voici donc les débris du monastère antique Voué par Rosalie aux filles du Seigneur, Ces prêtresses du ciel, dont l'infidèle ardeur, Brûlant pour d'autres dieux un encens impudique, Où régnaient les vertus fit régner le plaisir!
(Regardant la statue de Sainte-Rosalie) Le céleste courroux, attiré par la sainte, Au milieu de la joie est venu vous punir, Imprudentes beautés!... Ici, dans, cette
enceinte, Vous dormez! le front pâle, et, comme en vos beaux jours, Ceint encore des fleurs qu'effeuillaient les amours.
(S'approchant des tombeaux)
Évocation
Nonnes, qui reposez sous cette froide pierre, M'entendez-vous? Pour une heure quittez votre lit funéraire, Relevez-vous! Ne craignez plus d'une sainte immortelle, Le terrible courroux! Roi des enfers, c'est moi qui vous appelle, Moi, damné comme vous! Nonnes, qui reposez sous cette froide pierre M'entendez-vous? Pour une heure quittez votre lit funéraire, Relevez-vous!
(Pendant l'air précédent, des feux follets ont
parcouru ces longues galeries, et s'arrêtent pour s'éteindre
sur les tombeaux des nonnes ou sur les pierres
tumulaires de la cour. Alors les figures de pierre, se soulevant avec
effort, se dressent et glissent sur la terre. Des nonnes aux
vêtements blancs apparaissent sur les degrés de l'escalier,
montent et s'avancent en procession sur le devant du théâtre. Pas le
moindre mouvement ne trahit encore leur nouvelle
existence. Les murs qui supportent les arcades ne peuvent arrêter la
marche de celles qui désertent les tombes de la cour. La pierre
s'est amollie pour leur livrer passage: bientôt elles ont rejoint
leurs compagnes, et s'arrêtent vers le tombeau de Sainte-Rosalie,
qu'elles ne peuvent dépasser. Dans ce moment leurs yeux commencent à
s'ouvrir, leurs membres reçoivent le mouvement, et si ce
n'est leur pâleur mortelle, toutes les apparences de la vie leur
sont rendues. Pendant ce temps le feu des lampes s'est aussi
de lui-même rallumé. L'obscurité a cessé)
BERTRAM (aux nonnes qui l'entourent) Jadis filles du ciel, aujourd'hui de l'enfer, Écoutez mon ordre suprême! Voici venir vers vous un chevalier que j'aime... Il doit cueillir ce rameau vert; Mais si sa main hésite et trompe mon attente, Par vos charmes qu'il soit séduit; Forcez-le d'accomplir sa promesse imprudente, En lui cachant l'abîme où ma main le conduit.
(Toutes les nonnes, par un salut, donnent leur
assentiment à la demande de Bertram, qui se retire. Aussitôt
l'instinct des passions revient à ces corps naguère inanimés.
Les jeunes filles, après s'être reconnues, se témoignent le
contentement de se revoir. Hélène, la supérieure, les invite
à profiter des instants, et à se livrer au plaisir. Cet ordre
aussitôt est exécuté. Les nonnes tirent des tombeaux les objets de
leurs passions profanes; des amphores, des coupes, des dés sont
retrouvés. Quelques-unes font des offrandes à une idole,
tandis que d'autres arrachent leurs longues robes et se
parent la tête de couronnes de cyprès pour se livrer à la danse
avec plus de légèreté. Bientôt elles n'écoutent plus que
l'attrait du plaisir, et la danse devient une bacchanale ardente. La
ritournelle annonçant l'arrivée de Robert interrompt les
jeux; toutes les nonnes se dérobent à sa vue, en se cachant
derrière la colonnade et les tombeaux)
ROBERT (avance en hésitant) Voici le lieu témoin d'un terrible mystère! Avançons... mais j'éprouve une secrète horreur: Ces cloîtres, ces tombeaux font naître dans mon
cœur un trouble involontaire. J'aperçois ce rameau, talisman redouté, Qui doit me donner en partage Et la puissance et l'immortalité. Quel trouble!... Vain effroi!... Grand Dieu!
dans cette image, de ma mère en courroux, oui, j'ai revu les traits! Ah! c'en est fait, fuyons, je ne pourrais jamais...
Ballet
(Au moment où Robert veut sortir, il se trouve
entouré de toutes les nonnes; une d'elles lui présente une
coupe, mois il la refuse. Hélène, qui s'en aperçoit,
s'approche de lui, et par ses poses gracieuses cherche à le
séduire. Robert la contemple avec admiration; bientôt il ne peut
résister, et accepte la coupe offerte par sa main. Hélène,
voyant qu'elle a réussi, l'entraîne vers le tombeau de
Sainte-Rosalie; toutes les nonnes, croyant que Robert va
détacher le rameau, se félicitent de leur triomphe; mais le
chevalier recule avec effroi. Hélène cherche de nouveau, par ses
charmes, à exciter les passions de Robert. D'autres jeunes filles
lui présentent des dés; au premier moment, il est tenté de se
mêler à leurs jeux; mais bientôt il s'éloigne avec répugnance.
Hélène, qui ne cesse de l'observer, le ramène en dansant
autour de lui avec grâce. Robert, subjugué par tant de charmes,
oublie toutes ses craintes; elle le conduit insensiblement près du
tombeau de Sainte-Rosalie, et se laisse ravir un baiser, en
lui indiquant du doigt le rameau qu'il doit cueillir. Robert,
enivré d'amour, saisit le talisman; alors toutes les nonnes
forment autour de lui une chaîne désordonnée. Il se fraye un
chemin au milieu d'elles, en agitant le rameau. Bientôt la vie
qui les animait s'éteint par degrés, et chacune d'elles vient
retomber auprès de son tombeau; un démon qui sort de chaque
tombe s'assure de sa proie. En ce moment on entend au milieu
des cloîtres un chœur infernal)
CHOEUR Il est à nous. Accourez tous; Spectres, démons, Nous triomphons!
ACTE QUATRIEME (La chambre à coucher de la princesse; trois
grandes portes dans le fond, qui, quand elles s'ouvrent,
laissent voir de longues galeries. La princesse est assise devant sa
toilette. Ses femmes la déshabillent, et distribuent aux six jeunes
filles qui ont été mariées le matin, son voile, sa couronne de mariée et
ses autres ajustements de noce)
Scène Première (Isabelle, Alice, dames et jeunes filles, le
Maitre des cérémonies, toute la cour, pages portant des
présents)
CHOEUR Frappez les airs, cris d'allégresse, Cris de victoire et chants d'amour! Par nos accents, par notre ivresse, Célébrons tous un si beau jour.
LE MAITRE DES CÉRÉMONIES. Je viens vous présenter, noble et belle princesse, Au nom du jeune époux Qui ce soir doit s'unir à vous, Ces présents précieux, gages de sa tendresse.
CHOEUR Frappez les airs, cris d'allégresse, Cris de victoire et chants d'amour! Par nos accents, par notre ivresse, Célébrons tous un si beau jour.
LE MAITRE DES CÉRÉMONIES. Nobles et chevaliers, venez, retirons-nous.
(Tout le monde sort. En ce moment Robert paraît
sur la galerie du fond avec le rameau de cyprès; aussitôt tous
les personnages, frappés de stupeur, restent immobiles dans la
position où ils se trouvaient; la princesse tombe sur les degrés
qui conduisent à son lit. Robert entre dans l'appartement; les
portes se referment derrière lui d'elles-mêmes)
Scène Deuxième
(Isabelle, Robert)
Finale
ROBERT Du magique rameau qui s'abaisse sur eux L'invincible pouvoir vient de fermer leurs yeux; Ta voix, fière beauté, ne peut être entendue. De ces lieux où me guide un ascendant fatal, Dussé-je te ravir, menaçante, éperdue, Tu me suivras loin d'un rival. Mais non, tu vas céder!... Approchons... qu'elle est belle! Ce paisible sommeil, le calme de ses sens... Prête un charme plus doux à ses traits innocents. Hâtons-nous, il le faut... Isabelle!... Isabelle! Pour toi je romps le charme où sont plongés leurs sens.
ISABELLE (s'éveillant) Où suis-je? et quelle voix m'appelle? Quel sommeil effrayant avait fermé mes yeux? Que vois-je? est-ce une erreur nouvelle? Quoi! Robert en ces lieux!
Duo
ISABELLE Mon Dieu! toi qui vois mes alarmes, De ton secours daigne m'aider.
ROBERT Voilà donc ces attraits, ces charmes Qu'un rival devait posséder! Je sens une joie infernale A voir son trouble et son effroi.
ISABELLE Quels regards il jette sur moi!
(A Robert) Une puissance et magique et fatale Vous a fait de l'honneur oublier le serment.
ROBERT Eh bien! oui... oui... l'enfer, qui me sert et m'entend, Va me venger d'un rival que j'abhorre.
ISABELLE C'est ce matin en combattant Qu'avec honneur vous le pouviez encore.
Ensemble
ISABELLE Dieu tout-puissant, ne m'abandonne pas, Au désespoir je crains de le réduire. Tout, dans ces lieux, reconnaît son empire; Toi seul, grand Dieu! peux enchaîner son bras.
ROBERT Crains ma fureur, ne me repousse pas; Au désespoir tremble de me réduire. Tout, dans ces lieux, reconnaît mon empire, Et rien ne peut t'arracher de mes bras.
ISABELLE Fuyez, retirez-vous, votre espérance est vaine,
ROBERT Je cède au transport qui m'entraîne. Isabelle, tu m'appartiens!
ISABELLE Robert!...
ROBERT Aucun pouvoir ne peut briser ta chaîne, Ne me résiste plus!
ISABELLE Ah! laisse-moi.
ROBERT Non, viens.
ISABELLE Arrête!
Cavatine Robert, toi que j'aime Et qui reçus ma foi, Tu vois mon effroi: Grâce pour toi-même, Et grâce pour moi! Quoi! ton coeur se dégage Des serments les plus doux? Tu me rendis hommage, Je suis à tes genoux. Robert, toi que j'aime, Et qui reçus ma foi, Tu vois mon effroi: Grâce pour toi-même, et grâce pour moi!
ROBERT Pour résister je fais de vains efforts.
ISABELLE Cesse de vains efforts.
ROBERT Mon cœur s'émeut à cette voix touchante.
ISABELLE Entends ma voix tremblante.
ROBERT Non, je ne puis maîtriser mes transports.
ISABELLE Maîtrise ces transports.
ROBERT Ah! sauvons-la de ma propre furie.
ISABELLE Robert, je te supplie!
ROBERT Dans un moment tu vas m'être ravie; En te perdant, je vais perdre le jour. Tu ne veux plus de mon amour, Cruelle! eh bien! prends donc ma vie.
ISABELLE Que me dis-tu?
ROBERT Tel est mon sort.
ISABELLE Quoi! plus d'espoir?
ROBERT Un seul me reste.
ISABELLE Sauve tes jours.
ROBERT Je les déteste.
ISABELLE Fuis, tu le peux!
ROBERT Plutôt la mort.
(Se jetant à genoux) Dussé-je périr sous leurs coups, Isabelle, j'attends mon sort à tes genoux.
(Il brise le rameau. Les portes s'ouvrent et on
aperçoit dans la galerie les personnages de la scène
précédente, qui rentrent)
LE CHOEUR
(s'éveillant et s'animant par degrés) Quelle aventure!... Est-ce un prestige? Quelle langueur nous glaçait tous? Sommeil étrange!... où sommes-nous? Mon cœur se trouble à ce prodige, Et ma raison vraiment s'y perd. Que vois-je! O ciel!... Robert! Robert!
Ensemble
CHOEUR Arrêtons, saisissons ce guerrier téméraire; C'est en vain qu'il voudrait s'échapper de nos bras. Au destin qui l'attend rien ne peut le soustraire, Et le jour doit demain éclairer son trépas.
ROBERT Approchez, je me ris d'une vaine colère, Dût la foudre en éclats me frapper à vos yeux, Mon cœur ne connaît pas une crainte vulgaire. Il défie avec joie et la terre et les cieux.
ISABELLE C'est pour moi qu'en ces lieux il brave leur colère, Hélas! et je ne peux l'arracher de leurs bras! Au destin qui l'attend rien ne peut le
soustraire, Et le jour doit demain éclairer son trépas.
ALICE C'en est fait, vainement il brave leur colère; Rien, hélas! ne pourrait l'arracher de leurs bras. Au destin qui l'attend rien ne peut le soustraire, Et le jour va demain éclairer son trépas.
(Les hommes d'armes se précipitent sur Robert et
l'entraînent, tandis qu'Isabelle retombe évanouie sur son lit
de repos. Les femmes s'empressent autour d'elle; Alice, à
genoux et soutenue par Raimbaut, semble encore prier pour Robert)
ACTE CINQUIEME
Premier Tableau (Le vestibule de la cathédrale de Palerme. Au
fond, un rideau qui sépare le vestibule du sanctuaire; à gauche,
une niche et une image de madone indiquant que c'est un lieu
d'asile. Au lever du rideau, des moines)
Scène Première (Moines, fugitifs)
CHOEUR DE MOINES Malheureux ou coupable, Hâtez-vous d'accourir En ce lieu redoutable Ouvert au repentir! Ici, de l'humaine justice Vous pouvez braver le courroux. De la madone protectrice L'image veillera sur vous. Malheureux ou coupable, Hâtez-vous d'accourir En ce lieu redoutable Ouvert au repentir! (Pendant le choeur, plusieurs fugitifs
viennent demander asile; après le chœur tous entrent dans
l'église)
Scène Seconde (Robert, entrant vivement, Bertram)
ROBERT Viens!
BERTRAM Pourquoi dans ce lieu me forcer à te suivre?
ROBERT Cet asile est sacré, l'on ne peut m'y poursuivre. Délivré par tes soins, j'ai cherché mon rival, Ce prince de Grenade.
BERTRAM Eh bien?
ROBERT O sort fatal! Je suis vaincu.
BERTRAM Toi!
ROBERT Mon glaive lui-même Dans ce combat m'a trahi! Tout me trahit aujourd'hui.
BERTRAM Excepté moi qui t'aime, Et qui veux ton bonheur. Ne le comprends-tu pas? Oui, puisque tu brisas d'une main imprudente Ce rameau qui devait te livrer ton amante, Elle est à ton rival!
ROBERT Pour l'ôter de ses bras, Quel moyen? parle!
BERTRAM Un seul offert à ta vengeance.
ROBERT Quel qu'il soit, je le veux!
BERTRAM Sois à nous! sois à moi! Qu'un écrit solennel nous engage ta foi!
ROBERT Pourvu que je me venge! il suffit... donne...
(On entend en ce moment les chants religieux qui
partent de l'église qui est au fond. Robert étonné
s'arrête)
BERTRAM Eh quoi! Déjà ton cœur balance!
ROBERT (écoutant) N'entends-tu pas ces chants?
BERTRAM (voulant l'entraîner) Ils nous importent peu.
ROBERT (avec émotion) Ils frappaient mon oreille aux jours de mon enfance, Lorsque pour moi, le soir, ma mère priait Dieu.
Ensemble
LE CHOEUR
(dans l'église) Gloire à la Providence! Gloire au Dieu tout-puissant Qui sauva l'innocence Des pièges du méchant!
ROBERT O divine harmonie! O célestes accords! D'une aveugle furie Vous calmez les transports.
BERTRAM (à part) Sur son âme attendrie redoublons nos efforts; D'une aveugle furie excitons les transports.
ROBERT C'est Dieu lui-même qui rappelle L'ingrat prêt à l'abandonner.
BERTRAM (à part) De ces lieux il faut l'entraîner.
(Haut) Daigne en croire un ami fidèle...
ROBERT (écoutant les chants qui continuent) Entends-tu?
BERTRAM Qui peut t'effrayer Suis-moi.
ROBERT Si je pouvais prier!
Ensemble
LE CHOEUR
(dans l'église) Gloire à la Providence! Gloire au Dieu tout-puissant Qui sauva l'innocence Des pièges du méchant!
ROBERT O divine harmonie! O célestes accords, D'une aveugle furie Vous calmez les transports.
BERTRAM Sur son âme attendrie redoublons nos efforts; D'une aveugle furie excitons les transports.
BERTRAM Je conçois que ces chants puissent troubler ton âme; Pour ton heureux rival ce peuple fait des vœux.
ROBERT Que dis-tu?
BERTRAM Dans ce temple où l'hymen les réclame Que ne vas-tu prier comme eux?
ROBERT Ah! ce mot seul a ranimé ma rage; Va-t'en! Tu n'es qu'un ennemi!
BERTRAM Qui? moi! Ton ennemi! Moi, qui n'aime que toi! Moi, qui dans tous les temps protégeai ton jeune âge! Moi, qui voudrais avoir tous les biens en
partage Pour te les donner tous!
ROBERT O ciel! qui donc es-tu?
BERTRAM Ce trouble, cet effroi... dont mon cœur est ému, Ne te l'ont-ils pas dit? n'as-tu pas entendu Ce matin... ce Raimbaut... et ce récit funeste Des malheurs de ta mère... Ils n'étaient que trop vrais!
ROBERT Dieu!
BERTRAM Je fus son amant! son époux! je l'atteste.
ROBERT Qu'entends-je?
BERTRAM Et maintenant, Robert, tu me connais!
ROBERT Malheureux que je suis!
BERTRAM Jamais, c'est impossible, Ton malheur, ô mon fils, n'égalera le mien. Notre tourment à nous, c'est de vivre
insensible, De ne pouvoir aimer, de n'aimer jamais rien. Tel est l'enfer... Eh bien! Quand le souverain maître Eut lancé dans l'abîme un ange révolté, Dans mon cœur un instant le repentir vint naître; Et ce Dieu dans sa bonté, Dans sa vengeance peut-être, Me permit d'aimer!... Oui, depuis ce jour cruel, Où par toi seul, Robert, mon cœur a pu connaître Les craintes, le bonheur, les tourments d'un mortel... En toi seul à présent est ma vie et mon être. O mon fils! ô Robert! ô mon unique bien! D'un seul mot va dépendre et ton sort et le mien! Je t'ai trompé, je fus coupable: Tu sauras tout: Avant minuit, Si tu n'as pas signé ce pacte irrévocable Qui pour l'éternité tous les deux nous unit, Ce Dieu qui me poursuit, ce Dieu qui nous accable, Reprend sur toi tout son pouvoir; Je te perds à jamais, je ne dois plus te voir! Minuit!... minuit!... tel est son arrêt immuable... O mon fils! ô Robert! ô mon unique bien! De ce mot va dépendre et ton sort et le mien! De ton rival je suis le maître, Un des miens avait pris ses traits; Dis un mot, il va disparaître, L'hymen va combler tes souhaits; Et les honneurs et la richesse, Et les plaisirs et les amours, Dans une éternelle jeunesse, Vont près de moi charmer tes jours! Et ne crois pas qu'ici je veuille te séduire. C'est pour ton seul bonheur qu'à présent je respire; Et si ce bonheur même est ailleurs qu'avec moi, Va... fuis... Je t'aime assez pour renoncer à toi!
ROBERT L'arrêt est prononcé, l'enfer est le plus fort, Ne crains pas que je t'abandonne.
BERTRAM O bonheur!
ROBERT Maintenant le devoir me l'ordonne, Qui que tu sois, je partage ton sort.
Scène Troisième (Les mêmes; Alice)
ALICE (qui a entendu les derniers mots) Robert, qu'ai-je entendu?
BERTRAM (à Alice) Dans ce lieu qui t'amène?
ALICE Une heureuse nouvelle!... Ah! je respire à peine.
(A Robert) Vous pouvez maintenant compter sur le succès Et rendre grâce au ciel qui vous protège: Le prince de Grenade et son brillant cortège, N'ont pu franchir le seuil du lieu saint.
ROBERT Je le sais.
ALICE Et la noble princesse à votre amour ravie Vous attend à l'autel.
BERTRAM (à Robert) Pars, il faut t'éloigner.
ALICE (à Robert) Pourriez-vous donc l'abandonner? Avez-vous oublié le serment qui vous lie?
BERTRAM (à Robert) Hâtons-nous, le temps presse, et l'heure va sonner.
Trio
ROBERT (à Bertram) A tes lois je souscris d'avance. Que faut-il faire?
ALICE O ciel!
(A Robert) Avant de vous quitter, Je voudrais vous parler.
ROBERT Silence!
ALICE D'un devoir rien ne nous dispense, D'un dernier je dois m'acquitter.
Ensemble
BERTRAM O tourment! ô supplice! Mon fils, mon seul bonheur! A mes vœux sois propice, J'en appelle à ton cœur!
ALICE Dieu puissant, ciel propice, Que ton nom protecteur Dans son cœur retentisse, Et le rende au bonheur!
ROBERT O tourment! ô supplice! Qui déchirent mon cœur, Vaut-il que je périsse D'épouvante et d'horreur!
BERTRAM Hâtons-nous.
(Tirant de son sein un rouleau de parchemin et un stylet de fer) Tiens, voici cet écrit redoutable Qui peut seul engager ta foi!
ALICE (à part) O ciel! inspire-moi!
ROBERT (tendant la main du coté de Bertram) Donne donc!
(Alice en ce moment tire de son sein le
testament de la mère de Robert; elle s'élance entre Bertram et
Robert, et le donne à celui-ci)
ALICE Le voici! Fils ingrat, fils coupable! Lisez!
ROBERT O ciel! c'est la main de ma mère!
(Lisant en tremblant) »Mon fils, ma tendresse assidue Veille sur toi du haut des cieux. Fuis les conseils audacieux Du séducteur qui m'a perdue.«
(Robert laisse tomber le papier, qu'Alice se hâte de ramasser)
BERTRAM Eh quoi! Ton cœur hésite entre nous deux?
ROBERT Je tremble... je frémis... Que décider? ô cieux!
ALICE (sans regarder Robert et Bertram, et relisant à haute voix le papier qu'elle a ramassé) »Mon fils! mon fils! ma tendresse assidue Veille sur toi du haut des cieux.«
BERTRAM (à Robert) Mon fils! mon fils! Jette sur moi la vue, Vois mes tourments, entends mes vœux; D'un vain écrit ton âme est-elle émue?
ALICE (de même) »Fuis les conseils audacieux Du séducteur qui m'a perdue.«
ROBERT (entre Bertram et Alice) Prenez pitié de moi!
BERTRAM (aux côté) Non, partons à l'instant. Tu me vois à tes pieds.
ALICE (de l'autre côté) Vois le ciel qui t'attend.
Ensemble
BERTRAM O tourment! ô supplice! Mon fils, mon seul bonheur, A mes vœux sois propice, J'en appelle à ton cœur!
ALICE Dieu puissant, ciel propice! Que ton nom protecteur Dans son cœur retentisse, Et le rende au bonheur!
ROBERT O tourment! ô supplice! Qui déchirent mon cœur, Faut-il que je périsse D'épouvante et d'horreur!
ROBERT (prenant la main d'Alice) Viens.
ALICE Viens.
(Un coup de tam-tam se fait entendre) C'est minuit... ô bonheur!
BERTRAM (poussant un cri terrible) Ah! tu l'emportes, Dieu vengeur!
(La terre s'entrouvre, il disparaît. Robert,
hors de lui, éperdu, tombe évanoui aux pieds d'Alice, qui cherche à
le rappeler à la vie. A la musique terrible qu'on entend
encore gronder dans le lointain, succèdent des chants célestes et
une musique religieuse)
Deuxième Tableau
(Les rideaux du fond, qui se sont ouverts,
laissent apercevoir l'intérieur de la cathédrale de Palerme remplie
de fidèles qui sont en prières. Au milieu du chœur, la
princesse est à genoux avec toute sa cour; à côté d'elle un siège vide
destiné à Robert)
Scène Quatrième
CHOEUR AÉRIEN Chantez, troupe immortelle, Reprenez vos divins concerts: Il nous est resté fidèle, Que les cieux lui soient ouverts!
ISABELLE ALICE, CHOEUR Gloire, gloire immortelle Au Dieu de l'univers!
(Montrant Robert) Il est resté fidèle! Les cieux lui sont ouverts.

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ACTO PRIMERO (Vista del puerto de Palermo. Varias
elegantes tiendas de campaña están ubicadas a la sombra de
los árboles. Durante la introducción, se ven
pasar, de vez en cuando, barcos que provienen del extranjero) Escena Primera (Roberto, Beltrán, el capellán de
Roberto, caballeros, pajes y escuderos. Roberto y Beltrán están
sentados en una mesa a la izquierda; varios escuderos y
sirvientes están ocupados sirviendo. A la derecha, una mesa con
varios caballeros) Introducción
CORO
¡Llena la copa hasta el borde! Llénala con ese vino espumante, y que la embriaguez produzca el olvido de nuestras muchas
preocupaciones. A los únicos placeres fieles consagremos hoy nuestro tiempo. El vino, el juego y las mujeres
hermosas, ¡esos son nuestro únicos amores!
(El primer caballero, de la derecha,
mirando a Roberto)
¡Cuantos escuderos! ¡Qué armas tan brillantes!
SEGUNDO CABALLERO.
¿Quién es ese extranjero, ese señor
opulento, cuyas elegantes tiendas, se encuentran cerca de nuestro
campamento?
¿Qué lo ha traído a Sicilia?
PRIMER CABALLERO.
El viene, supongo, para asistir, igual que nosotros, a los torneos que organiza el duque de
Mesina.
ROBERTO (Roberto, copa en mano, se dirige a
los caballeros)
¡Ilustres caballeros, brindo a vuestra
salud!
CORO A los únicos placeres fieles consagremos hoy nuestro tiempo. El vino, el juego y las mujeres
hermosas, ¡esos son nuestro únicos amores!
Escena Segunda
(Los anteriores, un escudero de
Roberto y Raimbaut)
EL ESCUDERO (Hablando con Roberto) Traigo a un alegre peregrino, quién, si vos lo deseáis, podría con sus
canciones, alegrar la comida de su señoría. Él viene de Francia y Normandía.
ROBERTO
(excitado) ¡Qué! ¿De Normandía?
BELTRÁN
(en voz baja)
¡Su ingrata patria!
(Mientras tanto entra Raimbaut)
ROBERTO
(a Raimbaut)
¡Acércate! (Dándole una bolsa de dinero)
Toma; cuéntanos algunas historias.
RAIMBAUT
Narraré la terrible historia
de nuestro joven duque: Roberto el
Diablo...
TODOS.
¡Roberto el Diablo!
RAIMBAUT
Este malvado muchacho se unió a Lucifer, y por sus fechorías fue exiliado del
país.
(Roberto saca su daga)
BELTRÁN
(reteniéndolo) ¡No se te ocurra hacer eso!...
(Roberto se vuelve hacia Raimbaut, y le dice con frialdad) Empieza.
TODOS.
¡Escuchad, amigos!
Balada RAIMBAUT
Primer Cuplé Una vez reinó en Normandía un príncipe noble y valiente.
Su hija, la hermosa Bertha, había desdeñado a todos sus
pretendientes, cuando llegó a la corte de su padre un príncipe con seductores palabras. Y Bertha, hasta entonces tan orgullosa, le dio su mano y corazón. ¡Fatal error! ¡Delirio fatal! Porque este guerrero, se dice, era un habitante del oscuro imperio. Era, sí... ¡era un demonio!
CORO
¡Ah, la historia es muy buena! ¿Cómo no reír?
Sí, ¿era un demonio?
RAIMBAUT
¡Sí, era un demonio!
Segundo Cuplé De este terrible matrimonio nació un
hijo, ¡el terror de la región! Roberto, Roberto, el hijo del diablo. Por donde pasó quedó su fama. Siembra el luto en las familias, en combate vence a los esposos raptando a las esposas e hijas. Si acaso aparece en tu país... ¡huye, huye, joven pastora! Porque este Roberto, se dice, tiene las malas artes y el corazón de su
padre, y como él, es un diablo.
CORO
¡Ah, la historia es muy buena! ¿Cómo no reír con ella? Si, ¿Roberto también es un demonio?
RAIMBAUT
¡Sí, es un verdadero demonio!
(Roberto, que había procurado hasta
ese momento moderar su ira se levanta al final
del segundo Cuplé)
ROBERTO ¡Esto es el colmo! ¡No lo voy permitir, vasallo insolente! ¡Yo soy Roberto!
RAIMBAUT (Raimbaut, cae de rodillas) ¡Misericordia! ¡Perdón, noble señor!
ROBERTO ¡Una hora te concedo! Reza lo que sepas y luego te colgaremos.
RAIMBAUT
¡Piedad! ¡Piedad! ¡Por favor! ¡Vengo de Normandía con mi prometida, y ambos venimos a presentarnos ante ti para entregarte un mensaje piadoso!
ROBERTO ¿Tu prometida? Espera... ¡Sin duda, ella es bonita! Me dejo llevar por sus hermosos ojos. Te perdono la vida... Ella me pertenece. ¡Que la traigan aquí! Caballeros, os dejo.
RAIMBAUT
¡Ay!
ROBERTO
¡Cállate, vasallo! Cuando mi bondad te perdona ¿Aún te atreves a murmurar?
RAIMBAUT ¡Qué mala suerte!
ROBERTO Escuderos, ¡escanciad ese delicioso
vino!
ROBERTO, CABALLEROS
A los únicos placeres fieles consagremos hoy nuestro tiempo. El vino, el juego y las mujeres
hermosas, ¡esos son nuestro únicos amores!
Escena Tercera
(Los anteriores, Alicia que es
conducida por los pajes de Roberto)
ALICIA
¿A dónde me lleváis? ¡Por favor, dejadme marchar!
CABALLEROS
¡Es atractiva! ¡Hermosa! ¡Vamos, modera tu vano temor!
ALICIA
¡Piedad! ¡Gracia, os suplico! (Los Caballeros, señalando a
Raimbaut)
¡No, debe ser castigada! ¡No, no hay compasión para tus lágrimas! ¡Nuestra venganza es demasiado
encantadora para que tú logres obtener piedad!
ALICIA
¡No hay esperanza! ¡Oh, cruel penuria!
ROBERTO (Reconociendo a Alicia)
¿Qué es esto? ¿Qué veo? ¡Es ella!
¡Alicia!
ALICIA
(arrojándose a los pies de Roberto) ¡Ah, señor, protégeme de ellos!
ROBERTO Es Alicia; ¡Alto, Respeten su debilidad! La misma leche nos alimentó a los dos. No, no lo he olvidado.
CABALLEROS ¡Mantened vuestra promesa! ¿Habéis olvidado nuestro alegre refrán?
Conjunto CABALLEROS.
A los únicos placeres fieles consagremos hoy nuestro tiempo. El vino, el juego y las mujeres
hermosas, ¡esos son nuestros únicos amores!
ROBERTO
No, pero yo asumo su defensa. Calmad vuestro arrebato. ¡Ay de quién la ofenda, morirá aquí mismo! Temed desatar mi venganza, mis órdenes deben ser obedecidas. Y ahora, retiraros amigablemente o mi brazo os castigará.
CABALLEROS. ¡Vámonos amigos, no seamos imprudentes! No excitemos en vano su furor. Vámonos amigablemente que ya regresaremos más tarde.
(Raimbaut y los caballeros se alejan
de Roberto que sigue amenazándolos)
Escena Cuarta
(Roberto y Alicia)
ALICIA
¡Oh, mi príncipe! ¡Oh, mi señor!
ROBERTO
Llámame hermano. Expulsado por mis súbditos ingratos, me encuentro exiliado en tierras
extranjeras. En vano busqué la muerte en la batalla. Pero, ¿tú aquí, en Palermo, qué has venido a hacer?
ALICIA Vengo a cumplir un deber. Con mi prometido me fugué de mi casa suspendiendo el casamiento que nos debía
unir...
ROBERTO ¿Por qué?
ALICIA Para cumplir un encargo de tu madre.
ROBERTO ¿De mi amada madre? ¡Ah, habla, me impaciento por oír de
ella!
ALICIA
Nunca volverás a verla ni a oírla.
ROBERTO
¡Oh, cielos!
ALICIA Ella ya no está entre nosotros.
ROBERTO
¡Qué! ¿Mi madre? ¡Qué tormento!
Romanza ALICIA
Primer Cuplé Ve, me dijo ella, ve, hija mía, dile al hijo que me abandonó, que es para él el último pensamiento de mi corazón que se apaga amándolo. Suaviza su amarga pena, pues puede sobrevivir sin ayuda. En el cielo y en la tierra, su madre orará siempre por él.
Segundo Cuplé Dile que un poder oscuro lo conduce hacia el precipicio. Sé su ángel bueno, querida Alicia, él tiene que elegir entre los dos. Ojalá que yo pueda doblegar la ira de
Dios, que hoy me llama, para que él pueda seguir a su madre, una madre que orará siempre por él!
ROBERTO
¡Y yo no pude cerrar sus ojos!
ALICIA Ella me confió su última voluntad. Un día, ella me dijo: cuando sea digno, le entregarás este
mensaje.
(Alicia se arrodilla y entrega a
Roberto la voluntad escrita de su madre)
ROBERTO
¡No, aún no lo soy! ¡No, acepto la
justicia divina! Más adelante lo leeré... guarda ese papel, querida Alicia. ¡Todo me abruma! Colmado de dolor, me sumí en los tormentos de una innecesaria pasión.
ALICIA
¿Estás enamorado?
ROBERTO
¡Sin esperanzas! Tú conoces mi
desventura. Los encantos de la princesa de Sicilia han tocado mi corazón. ¡Pensé que era fácil conquistarla, pues la vi enternecerse! Pero... turbado, celoso, quise raptarla desafiando a su padre y a todos los
caballeros que la defendían.
ALICIA ¡Oh, cielos!
ROBERTO Cuando yo casi sucumbía en combate, apareció Beltrán, mi amigo y salvador, el más audaz de los caballeros, que les hizo morder el polvo. Le debo la victoria y la pérdida de mi
felicidad.
ALICIA
Pero ¿y la princesa Isabel?...
ROBERTO Desde entonces no he vuelto a verla.
ALICIA
Ella seguirá fiel a su promesa.
ROBERTO
¿Y cómo estar seguro de ello?
ALICIA
Preguntándoselo tú mismo: ¡escríbele!
ROBERTO
(Asiente con la cabeza, su capellán
sale de la tienda y le entrega lo que necesita para
escribir) Tienes razón, pero ¿quién le llevará la
carta?
ALICIA
¡Yo!... El espíritu caritativo surge fácilmente
cuando servimos a aquellos a quienes amamos.
ROBERTO ¡Mi ángel de la guarda! ¡Ah! ¿Cómo podré pagarte esto?...
(Mientras Alicia canta, él le dicta
una carta al capellán) ALICIA
Puedes hacerlo fácilmente. Conoces el amor que me tiene Raimbaut. Permite que un hombre santo, hoy mismo, cerca de las rocas de Santa Irene, nos una en matrimonio para siempre.
ROBERTO
(Aplica como sello la empuñadura de
su espada sobre la carta y se la da a
Alicia) ¡Con mucho gusto! Toma.
Escena Quinta
(Los anteriores. Beltrán entra y se
acerca a Roberto)
ALICIA (En voz baja, a Roberto)
¿Quién es este personaje tan siniestro?
ROBERTO
El caballero Beltrán, mi amigo más fiel. ¿Por qué esa cara de espanto?
ALICIA
(Temblando) Es que en nuestro pueblo hay un hermoso cuadro del arcángel San
Miguel que representa a Satanás, Y creo que...
ROBERTO
Dime, ¿qué ocurre con ese cuadro?
ALICIA
(en voz baja a Roberto) Que él se le parece...
ROBERTO
(Sonriendo) ¿Al arcángel?
ALICIA
(siempre en voz baja) ¡No, no!... Al otro.
ROBERTO
(por lo bajo) ¡Qué locura! (en voz alta)
¡Vete y que esta noche mi buen amigo os una en feliz matrimonio!
(Alicia besa la mano de Roberto y
sale)
Escena Sexta
(Roberto, Beltrán)
BELTRÁN
¡Qué! ¿Un matrimonio? ¡Un verdadero
milagro! Tu nueva conquista te ha hecho perder el
juicio…
ROBERTO
Sí, por gratitud.
BELTRÁN
¡Ah! ¿Entonces, crees en su palabra? Eso es lo que dicen todas las
embaucadoras.
ROBERTO
¡Beltrán, tú no la conoces! Calla, pues temo tu funesta influencia. Dentro de mí luchan dos tendencias: una que me lleva a hacer el bien, como en este caso; y la otra que me induce al mal. Y tú no me ayudas a evitar la segunda..
BELTRÁN
¿Qué dices? ¡Qué locura! ¿Cómo puedes malinterpretar mis
sentimientos? ¿Dudas de mi amistad?
ROBERTO
No, no, tú me aprecias, lo sé.
BELTRÁN.
Sí, Roberto, cien veces más que a mí
mismo. ¡Nunca sabrás cuanto te estimo!
ROBERTO
Pues entonces, aconséjame sabiamente...
BELTRÁN
¡Tenlo por seguro! Y ahora, para que puedas desterrar la
tristeza,
(Señalando a los caballeros que
regresan)
unámonos a estos caballeros. Probemos nuestra suerte en el juego compartiendo su ebriedad. Necesitamos oro... ¡Ellos son nuestros tesoreros!
ROBERTO ¡Sí, este consejo es muy bueno!
Escena Séptima (Roberto, Beltrán y los caballeros) Final BELTRÁN (a los caballeros) El Duque de Normandía quiere compartir vuestra diversión.
ROBERTO Un poco más tarde, caballeros, o desafiaré en el torneo, pero ahora os desafío a jugar.
CABALLEROS
Estamos felices con tanta amabilidad, ¡Vamos, busquemos la fortuna en el azar!
ROBERTO
El oro es una quimera, ¡hagamos que esté a nuestro servicio! La verdadera riqueza en esta tierra, ¿no es el placer?
TODOS. ¡Empecemos!
(Durante este tiempo, se coloca una
mesa en el medio de la escena y todos los jugadores se
sitúan alrededor)
Siciliana
ROBERTO, CABALLEROS
¡Oh, fortuna, ven! A tu capricho entrego mi destino. Sé propicia a mis deseos y ven a guiar mi mano. El oro es una quimera: ¡hagamos que esté a nuestro servicio! La verdadera riqueza en esta tierra, ¿no es el placer?
BELTRÁN
Suerte, favorable o contraria, ¡qué me importa tu furia! Desafío tus caprichos y me río de tus golpes.
(Comienzan a jugar a los dados)
ROBERTO He perdido. ¡Pido la revancha! ¡Apuesto cien monedas de oro!
UN CABALLERO. Tomad los dados.
ROBERTO ¡Catorce! ¡Ah! esta vez creo que podré cambiar mi suerte! Veamos, veamos... ¡He perdido de nuevo!
BELTRÁN. ¿Qué importa? ¡Siempre adelante!
ROBERTO
¡Apuesto doscientas piastras!
BELTRÁN.
¿Eh? Eso no es suficiente; ¡quinientas!
CABALLEROS ¡Aceptamos la apuesta!
BELTRÁN
Es así como un jugador se recupera. ¡Seguro que gano!
ROBERTO
¡Ah, Dios mío, hemos vuelto a perder!
BELTRÁN
Consuélate y haz como yo: apuesta más. Al fin y al cabo tú has dicho: El oro es una quimera: ¡hagamos que esté a nuestro servicio! La verdadera riqueza en esta tierra, ¿no es el placer?
ROBERTO
Quiero doblegar la cruel injusticia de la suerte. Apuesto contra todos vosotros mis diamantes y mi vajilla de plata.
CABALLEROS
¡Nos parece muy bien!
BELTRÁN
Él tiene razón: ¿por qué molestarse viajando con un equipaje semejante?
ROBERTO
(Arroja los dados y vuelve a perder) ¡Oh, cielos! ¿Qué has hecho?
BELTRÁN
Consuélate y haz como yo: apuesta más. Tú mismo has dicho: que el oro es una quimera: ¡hagamos que esté a nuestro servicio! La verdadera riqueza en esta tierra, ¿no es el placer?
ROBERTO
(Golpeando sobre la mesa) ¡Mis caballos y mis armaduras! Es todo lo que nos queda... ¡Las
apuesto!
BELTRÁN
Haces bien. Seguro que la suerte ha esperado hasta ahora para
favorecernos.
ROBERTO ¡Dieciséis!
BELTRÁN
¡Qué alegría! ¡Ya lo ves!...
CABALLEROS
(Tiran los dados) ¡Dieciocho!
ROBERTO
¡Oh, cielos! ¡No me queda nada!
BELTRÁN
Amigo, ¡consuélate!
ROBERTO
¡Te arrastraré conmigo en mi funesto
destino!
BELTRÁN
Nuestra amistad se mantiene.
ROBERTO
(abatido) Mis armas, mis caballos ¡ya no me pertenecen! (a Beltrán)
Entrégales los bienes que perdí.
(Beltrán sale con algunos caballeros)
Conjunto ROBERTO
¡Mi infernal suerte, me ha acarreado una desgracia sin igual! La desdicha fatal me persigue y me oprime. ¡Teme mi ira! Porque puedo vengarme de todos tus golpes de los que he sido víctima.
CABALLEROS
(en voz baja) ¡Mirad como su ira maldice los golpes del celosos destino jurando y blasfemando!
(A Roberto)
Moderad, señor, vuestro ardor insano, y temed la ira y el furor contra vos mismo.
BELTRÁN
(regresando) Consuélate y haz como yo: apuesta más. Tú mismo has dicho: que el oro es una quimera: ¡hagamos que esté a nuestro servicio! La verdadera riqueza en esta tierra, ¿no es el placer?
ACTO SEGUNDO (Gran sala de palacio. Al fondo, una galería con vista a la campiña)
Escena Primera. ISABEL
(sola) ¡Odio la grandeza y el brillo que me
rodea! ¡Fiestas, placeres, todo menos la
felicidad! ¡Ay de mí! Mi padre lo ordena, y entregará mi mano sin consultar a mi
corazón. Qué ingrato es aquél a quien amo, Roberto, que me abandonó.
Aria En vano espero una suerte próspera. La dulce quimera, los sueños de amor, han huido sin retorno. La esperanza acunada en tiernos pensamientos, se ha eclipsado como un hermoso día.
Escena Segunda . (Isabel, Alicia; algunas doncellas que le traen peticiones) CORO DE DONCELLAS (Avanzando hacia la princesa)
Acerquémonos sin miedo.
(presentan las peticiones) A los que sufren, otorga la asistencia y la caridad que hay en tu corazón. ALICIA
(Aparte) ¡Dios! ¡Para ayudar a Roberto, éste es el momento! ¡Si me atreviera...! Seguro que ha habido más de una
princesa que ha recibido peticiones similares.
¡Probemos!
(le entrega la carta de Roberto a la
princesa)
A los que sufren otorga la asistencia y la caridad que hay en tu corazón.
(La princesa abre la carta, la lee en
voz baja, turbada, luego se acerca a
Alicia) ISABEL
Escucha, joven amiga. ¡Mi alma se ha conmovido! El desdichado que suplica tiene derechos sobre mi corazón.
(aparte)
¡Mi felicidad es extrema! ¡Ven, Roberto, yo te amo!
ALICIA, DONCELLAS ¡Oh, querida princesa,
tu alma se ha conmovido! El desdichado que suplica tiene derechos sobre tu corazón.
ISABEL
(a las doncellas) Dejadme un momento sola.
ALICIA (a Roberto que llega) ¡Ánimo! Preséntate ante ella, no puede defenderse pues su corazón te pertenece, no puede condenarte. Ha consentido escucharte el perdón no puede estar lejos.
(Alicia sale)
Escena Tercera (Isabel, Roberto)
Dúo
ROBERTO
Por favor, mira con bondad mi dolor y remordimientos; que tu rencor no castigue mis errores. El mismo amor que me hizo culpable debe ahora aplacarte. ¡Ah, si tu rigor hace que me rechaces, me darás la muerte!
ISABEL Ponte de pie.
ROBERTO
¿Me otorgas tu generoso perdón a pesar de mis ofensas? Déjame al menos la esperanza, que es el último bien de los
desdichados.
ISABEL
Debería huir de tu presencia y de tus remordimientos. Con mi ausencia, castigar los agravios de un amante. Mi corazón por un extremo dolor se encuentra desarmado. ¡Ay, Roberto, juzga por ti mismo si eso no es amor!
ROBERTO ¿Qué dices?... ¡Oh, destino encantador!
(se escucha una marcha)
ISABEL ¡Silencio! ¿Escuchas esos sonidos
marciales?
ROBERTO
¡Oh, cielos! ¡Y yo perdí mis armas!...
ISABEL Lo sabía; y lo he previsto... ¡Mira!
(Varios escuderos aparecen llevando
armaduras)
ROBERTO (emocionado)
Armado por ti, venceré ante tus ojos.
Conjunto ISABEL
Mi corazón se acelera y palpita, latiendo febril por la esperanza y la
felicidad. El amor y el honor, lo excitan. ¡Sí, Roberto triunfará en el torneo!
ROBERTO Mi corazón se acelera y palpita, latiendo febril por la esperanza y la
felicidad. El amor y el honor, lo excitan. ¡Seré el vencedor del torneo!
ISABEL
Caballero, debo revelarte un secreto...
ROBERTO
¡Ah! Mi amor tiene derecho a todos tus
secretos.
ISABEL Debes saber entonces que...
ROBERTO ¿Y bien?
ISABEL
Mi padre desea para mí al más valiente de los caballeros, y ofrecerá mi mano como premio del
torneo.
ROBERTO
¡Oh, cielos! ¿Es posible?
ISABEL
Él confía en las hazañas del Príncipe de
Granada. ¡Lo llama El Invencible!
ROBERTO Será llamado así por última vez.
Dúo ISABEL
Mi corazón se acelera y palpita latiendo febril por la esperanza y la
felicidad. El amor y el honor, lo excitan. ¡Sí, Roberto triunfará en el torneo!
ROBERTO Mi corazón se acelera y palpita latiendo febril por la esperanza y la
felicidad. El amor y el honor, lo excitan. ¡Seré el vencedor del torneo!
ROBERTO (Besa la mano de Isabel) Tu bondad duplicará mi valor.
ISABEL
¡Silencio! El pueblo, por orden de mi padre, viene a ofrecerme su homenaje. Se celebrará el matrimonio de seis
muchachas que yo misma he de elegir. ¡He de irme!
(Isabel sale)
Escena Cuarta
(Roberto, Beltrán al fondo, con el
Príncipe de Granada y un heraldo. Al final de la escena
anterior vimos entrar a Beltrán con el Príncipe de Granada y
un heraldo, a quien Beltrán indica señalando con un dedo
a Roberto. El Príncipe de Granada atraviesa sólo la galería
del fondo de la escena) ROBERTO ¡Ah! En estos juegos bélicos que
requieren valor, ¡superaré a mi rival!
BELTRÁN
(aparte) Sí, si yo lo permito.
ROBERTO ¡En combate singular, cara a cara, podré resarcirme y vencer a mi
contrincante!
(Volviéndose hacia el heraldo)
¿Qué quieres?
EL HERALDO A ti, Roberto de Normandía, el Príncipe de Granada te desafía, y por mi voz te reta, no a un vano torneo singular, sino a un combate a muerte.
ROBERTO
(con alegría, para sí) ¡Ah, el cielo ha escuchado mis deseos y me otorga un combate a muerte!
(al Heraldo) ¿Osa desafiarme? ¡Vayamos a la lid, guía mis pasos!
EL HERALDO. Ven, lo hallarás en el bosque cercano.
ROBERTO Uno de nosotros no saldrá vivo de allí.
(Roberto sale con el heraldo)
Escena Quinta
BELTRÁN (Sólo) ¡Sí, ve en pos de un vano fantasma! ¡Ese Príncipe de Granada, no es más que un sumiso esclavo mío! Como un fantasma ante tus ojos
deslumbrados, huirá dentro del bosque y, durante tu
ausencia, el verdadero Príncipe... ¡ganará el
premio del torneo! Pero ya el ritual de los preliminares
empieza...
Escena Sexta
(Isabel, guiada por su padre.
Beltrán, Alicia, Raimbaut, caballeros, señores, damas de la
Corte, pajes, escuderos y pueblo. Entra la muchedumbre que
acompañan a las seis parejas de jóvenes que van a casarse) CORO ¡Vayamos a su encuentro! Celebremos, como fieles súbditos, sus muchas virtudes, así como sus
encantos. Que ella reciba el tributo de nuestros
votos y que ellos sean el presagio de su felicidad imperecedera. ¡Que la suerte próspera acoja nuestras plegarias otorgándote sus beneficios!
Ballet
(Después del ballet, un heraldo entra y se presenta ante la princesa) EL HERALDO.
Todos nuestros caballeros, para la gloria de su respectivas damas, desean tentar a la suerte en este
torneo. El Príncipe de Granada reclama el honor de ser armado por vuestra manos.
(La princesa duda en responder. Su
padre, que está cerca de ella, le ordena aceptar.
Príncipe de Granada se adelanta precedido por su bandera,
sus pajes y sus escuderos. Beltrán, al verlo, dice
para sí mismo:)
BELTRÁN ¡He Triunfado! Él está aquí... y Roberto se quedó en el interior del
bosque, extraviado, persiguiendo en vano a un rival que mi poder esconde.
ESCUDEROS (del Príncipe de Granada, mientras
que la Princesa le entrega sus armas) ¡Ya suenen las trompetas honrando la
bandera del caballero que guía nuestros pasos! ¡Suenen las trompetas en el campo de
combate! Marte y el Amor armarán su brazo.
ALICIA
(Para sí, buscando entre la multitud) Mi joven señor no ha llegado. Ahora que se abre una oportunidad... ¿cómo puede olvidarse de ella?
BELTRÁN (aparte) Roberto, Roberto no vendrá.
CORO
¡Sonó la trompeta y el honor los llama! Nobles caballeros, armad vuestros
brazos. Es por la gloria y por su dama que un caballero corre al combate.
ALICIA (buscando con la mirada a Roberto,
descubre a Raimbaut) ¡Ah, qué dolor el mío!
RAIMBAUT (a Alicia) Nada está aún perdido. Recuerda que para nosotros en las rocas de Santa Irene el altar está preparado.
ISABEL (aparte)
Entre éstos jóvenes y brillante
caballeros, lo busco en vano... ¡todo me abruma de
repente! ¡Ay! Cuando mi mano es el premio de este
torneo, no veo aún flamear su estandarte.
CORO
¡Sonó la trompeta y el honor los llama! Nobles caballeros, armad vuestros
brazos. Es por la gloria y por su dama que un caballero corre al combate.
(Se oye el sonar de las trompetas)
CORO (fuera de escena) ¡La señal de inicio del combate!
ISABEL (baja desde el trono, y se dirige a
los caballeros) La trompeta marcial acaba de sonar. En la noble justa se debe vencer o morir.
(aparte) ¡Que la llamada del honor, Roberto, golpee tu corazón!
Conjunto ISABEL
(aparte) ¡Ah, qué dolor tan cruel! No, Roberto no aparece. Al combate el amor lo llama. ¿Se ha extinguido el ardor de su
corazón?
CORO ¡Sonó la trompeta y el honor los llama! Nobles caballeros, armad vuestros
brazos. Es por la gloria y por su dama que un caballero corre al combate.
(El cortejo de caballeros desfila, la
Princesa y su padre se preparan para seguirlos. Alicia
mira a su alrededor con ansiedad. Beltrán está en la parte
opuesta de la escena) Conjunto
ALICIA Va a empezar la lid y Roberto no aparece.
BELTRÁN Roberto, Roberto, estás en mis
manos, es conmigo con quien vas a volver.
ACTO TERCERO
Cuadro Primero.
(Las rocas de Santa Irene; paisaje
oscuro y montañoso.
A la derecha, las ruinas de un antiguo
templo, y la entrada a la criptas. A la izquierda, una
cruz de madera) Escena Primera
(Beltrán, Raimbaut)
RAIMBAUT
He aquí el lugar del encuentro.
BELTRÁN (viéndolo llegar) ¿No eres el trovador normando?...
RAIMBAUT
Al que el señor Roberto, esta mañana, quería colgar.
BELTRÁN (riendo)
Sí, y tuviste suerte, él nunca hace
las cosas a medias. ¿Qué te trae por aquí?
RAIMBAUT
Vine a esperar a Alicia, mi prometida. Nos casaremos hoy; Alicia es pobre...y
yo lo soy más. Si no fuera por eso, celebraríamos una boda pública.
BELTRÁN
(Dándole una bolsa de dinero) Si es por eso... ¡toma esto!
RAIMBAUT,
(exaltado) ¿Puedo creer lo que estoy viendo? ¡Oro!
BELTRÁN
(lo mira con desprecio) ¡He aquí a un hombre feliz! ¡Yo también lo soy, cuando quiero!
Dúo RAIMBAUT (Para sí) ¡Ah, qué hombre tan honesto! ¡Qué caballero! Yo estaba completamente equivocado. ¡Ah! Desde ahora le prometo obediencia y gratitud, en retribución al favor que me hace.
BELTRÁN (Para sí) ¡Ah, qué hombre tan honesto! ¡Ah, pobre hombre! Ya ha caído en mis redes y lo atraparía si quisiera.
Un poco de oro guía y hechiza al hombre débil.
BELTRÁN
Entonces, ahora te casarás...
RAIMBAUT Sí, mi señor.
BELTRÁN
¡Qué locura!
RAIMBAUT
¡Una locura! ¡Mi novia es tan hermosa!
BELTRÁN. Yo en tu lugar, esperaría un poco, y elegiría mejor.
RAIMBAUT ¿Vos elegiríais?
BELTRÁN
Yo elegiría mejor. Ahora que eres rico, te aseguro que todas las chicas de la aldea van a querer disputarse tus favores.
RAIMBAUT
¿Así lo creéis?
BELTRÁN
¡Sí, lo creo!.
RAIMBAUT
¡Es un hecho! Un gran personaje como vos debe saberlo mejor que yo.
Conjunto
RAIMBAUT
(Para sí) ¡Ah, qué hombre tan honesto! ¡Qué caballero! Yo estaba completamente equivocado. ¡Ah! Desde ahora le prometo obediencia y gratitud, en retribución al favor que me hace
BELTRÁN
(Para sí) ¡Ah, qué hombre tan honesto! ¡Ah, pobre hombre! Ya ha caído en mis redes y lo atraparía si quisiera.
Un poco de oro guía y hechiza al hombre débil.
BELTRÁN La felicidad es fruto de la
inconstancia.
RAIMBAUT ¿La felicidad es fruto de la
inconstancia?
BELTRÁN Solo ella embellece la vida.
RAIMBAUT ¿Solo ella embellece la vida?
BELTRÁN
La alegría, el placer y el gozo serán desde ahora tus únicos amores.
RAIMBAUT
¿Así que ahora puedo conseguirlo todo?
BELTRÁN Sí, cada pecado es un placer. Tendremos tiempo de arrepentirnos cuando ya no podamos cometerlos.
RAIMBAUT
Me gusta mucho este método. Para empezar, seguiré vuestro consejo y a todos mis compañeros les pagaré la bebida.
BELTRÁN
(riendo)
¡Beber! ¡Eso es! Eso te hará amigo de todos.
Ensamble
RAIMBAUT (Para sí) ¡Ah, qué hombre tan honesto! ¡Qué caballero! Yo estaba completamente equivocado. ¡Ah! Desde ahora le prometo obediencia y gratitud, en retribución al favor que me hace
BELTRÁN
(Para sí) ¡Ah, qué hombre tan honesto! ¡Ah, pobre hombre! Ya ha caído en mis redes y lo atraparía si quisiera.
Un poco de oro guía y hechiza al hombre débil.
(Raimbaut sale por la izquierda)
Escena Segunda
BELTRÁN
(Sólo) ¡He aquí una nueva presa! ¡Una conquista de la cual el infierno debería regocijarse! Pero yo me río de sus penalidades y de mi destino que raudo se aproxima. ¡Rey de los ángeles caídos, mi señor... tiemblo! ¡Ahí está!... Esperándome... sí, he oído el estrépito de su alegría
infernal... Para olvidar sus tremendos males ahora celebrarán una danza horrorosa.
Vals infernal
CORO (Dentro de la cueva) Demonios negros, fantasmas del horror, olvidemos los cielos y en el reino de la oscuridad celebremos nuestros ritos.
BELTRÁN Es en vano que intente zafarse de mis manos. ¡No, no, Roberto no se me escapará!
CORO (En la cueva )
¡Gloria al maestro que nos guía, y que preside nuestra danza!
BELTRÁN
¡Oh, hijo mío! ¡Roberto, oh!... ¡Por ti, mi bien supremo, desafié al cielo mismo, y desafío ahora al infierno! De mi gloria eclipsada y de mi pasado esplendor, sólo tú me consuelas. ¡Es sólo por ti que yo amé! ¡Oh, hijo mío! ¡Roberto, oh!... ¡Por ti, mi bien supremo, desafié al cielo mismo, y desafío ahora al infierno!
(Entra en la cripta de la derecha)
Escena Tercera
ALICIA (Subiendo la montaña) ¡Raimbaut! ¡Raimbaut! En este lugar
solitario sólo el eco me responde y avanzo
temblorosa. ¿Seré yo la primera en llegar a la cita? ¿Me hace esperar? ¡Es horrible! ¡Y eso que todavía no es mi esposo!
Primer Cuplé Cuando salí de Normandía, un viejo ermitaño de cien años me dijo: “Un día serás unida al más fiel de los amantes” ¡Ay! Y yo sigo esperando. ¡Oh, madre protectora de las doncellas, patrona de los verdaderos amantes, Nuestra Señora del Socorro, dígnate proteger mi amor!
(al final de este cuplé, Alicia
reinicia el estribillo precedente y mira con
horror hacia la cueva)
Pero de repente el sol se ha oscurecido. ¿De dónde viene ese estruendo que congela mi alma? ¡Ay! ¿Es una tormenta que me amenaza? (El alegre ritornelo anterior se
reinicia)
¡No, no; no es nada, gracias a Dios!
Segundo Cuplé Raimbaut dijo: ¡Gentil amiga, cree en mi fidelidad, pues soy un hombre
constante! Tal vez hoy, junto a otra mujer, se ha olvidado de sus dulces juramentos. ¡Y yo sigo esperándolo! ¡Oh, madre protectora de las doncellas, patrona de los verdaderos amantes, nuestra Señora del Socorro, dígnate proteger mis amores!
(el ritornelo del aria de Beltrán se
oye de nuevo con más fuerza que antes)
¡Oh, cielos, el ruido se redobla! ¡El miedo turba mi corazón y la tierra tiembla bajo mis pies!
¡Huyamos!
CORO SUBTERRÁNEO. ¡Roberto! ¡Roberto!
ALICIA
(deteniéndose) No me equivoco.
CORO SUBTERRÁNEO ¡Roberto! ¡Roberto!
ALICIA
Ese es el nombre de mi Señor. ¡Algún peligro lo amenaza quizás!
(Señala la abertura entre las rocas) Desde aquí podré ver, creo, lo que ocurre en esta caverna.
(avanza un paso)
¡Ah, Dios mío, relámpagos! ¡Tengo miedo! Esto... es igual a... ¡Dios mío, protégeme! ¡Tú que de un niño pequeño o de una pobre muchacha, a menudo te sirves, según dicen, para hacer cumplir tu ley!
(se encamina vacilante hacia la
abertura de la derecha, mira dentro la cueva.
Ella grita. Huye hacia la izquierda y se
abrazándose a la cruz de madera, se desmaya)
Escena Cuarta
(Alicia sigue desmayada. Beltrán sale de la cueva pálido y perturbado) BELTRÁN ¡El decreto fue pronunciado! ¡Fatal e
irrevocable! ¡Lo perderé para siempre! Si no cae en mis garras... ¡Si logra escapar de mí, si no logro
atraparlo hoy mismo, a la medianoche!
ALICE (recuperándose de su desmayo, y recordando lo que acaba de oír) ¡A la medianoche! ¡Miserable...!
BELTRÁN
¡Medianoche!... ¿Quién ha hablado? ¿Quién será, en estos lugares? ¿Quiénes han leído mis pensamientos?
(viendo a Alicia, esboza una sonrisa)
Esa es la prometida Raimbaut, Es Alicia... pero ¿por qué baja la
mirada?
Dúo ALICIA Me faltan las fuerzas.
BELTRÁN
¿Qué tienes?
ALICIA (aparte) ¡Oh, dioses!
BELTRÁN
Ven aquí.
ALICIA ¡Me estremezco!
BELTRÁN Ven junto a mí.
ALICIA No puedo.
BELTRÁN. ¿Qué has escuchado?
ALICIA ¿Yo?... ¡Nada!... ¡Nada!
BELTRÁN
¿Qué has visto?
ALICIA
¡Nada, nada!...
Conjunto
ALICIA Tiemblo, me estremezco, y la cruel voz del ángel rebelde me hiela de pavor.
BELTRÁN ¡Triunfo deseado! Tu miedo extremo, a pesar de ti misma, te entregará a mí.
(Caminando hacia ella)
Entonces, acércate y que tus dulces
encantos...
ALICIA (Alicia, retrocede y se abraza a la
cruz de madera)
¡Aléjate de mí, vete!
BELTRÁN Tú me reconoces; tus ojos han penetrado el terrible
misterio vedado a los mortales... y si tu voz
culpable se atreviera a revelarlo…morirías al
instante.
ALICIA
El cielo está conmigo, desafío tu furor.
BELTRÁN
¡Perecerás, tú y después tu prometido!
ALICIA
¡Oh, cielos!
BELTRÁN
También tu anciano padre, así como todos los tuyos.
(con irónica y maligna sonrisa) Tú lo has querido, gentil Alicia; tu virtud te transforma en mi cómplice y ahora me perteneces.
Reanudación del dúo
ALICIA
Me faltan las fuerzas.
BELTRÁN
Salva a aquél a quien amas. Ven aquí.
ALICIA
Siento escalofríos.
BELTRÁN
Ven a mí.
ALICIA
(mirando hacia el fondo) ¡Viene Roberto!
BELTRÁN
¿Así es que no has visto nada?
ALICIA (temblando) ¿Yo? ¡nada!
BELTRÁN
¿No oíste algo?
ALICIA
¡No, nada!
BELTRÁN. Piénsalo bien; de ti depende tu destino.
Aquí llega Roberto, ¡cállate, o morirás!
Escena Quinta
(Roberto, Alicia, Beltrán.
Roberto camina hacia el centro de la escena, sumido en un
ensueño profundo) Trío.
ALICIA Camina con la mirada en el suelo, está sumido en su dolor; tal vez un secreto horroroso causa esta involuntaria turbación y del peligro que lo amenaza, ¡ay, no lo puedo advertir!
BELTRÁN Sus ojos están fijos en el suelo, aprovechemos su dolor. Pero ¿por qué débil mi corazón se estremece involuntariamente?
De la trampa donde él ha de caer nada ni nadie lo puede salvar.
ROBERTO Sí, perdí todo en la tierra, me entrego a mi dolor. ¿Por qué un secreto horror me causa esta involuntaria turbación? Solo Beltrán me puede ayudar o de lo contrario habré de morir.
(Bertram, con un
gesto imperativo, le ordena a
Alicia que se retire, ella obedece, vacilante,
pero de repente, corre al medio del escenario, hacia
Roberto) ALICIA ¡No, no! ¡Desafío a la muerte, escucha!
ROBERTO ¡Habla!
ALICE ¡Ay de mí!
BELTRÁN Vamos, habla, querida, en nombre de tu prometido, en nombre de tu anciano
padre.
ALICIA No, nunca podría.
¡Huiré, huiré, o me traicionaré! (sale corriendo) Escena Sexta
(Beltrán, Roberto)
ROBERTO (Sorprendido,
mirándola salir) ¿Qué quiso decir? BELTRÁN (riendo) ¿Quién sabe? El
amor, los celos... Ese Raimbaut al que
ella ama con locura... ROBERTO ¡Habla, estamos
solos!
Estoy perdido... deshonrado... Confío en ti... tú
me has jurado... BELTRÁN Y conservo mi
juramento. Nos tendieron una
trampa. Si durante el
torneo, en estos vastos bosques, extraviaste el
camino... fue a causa de un hechizo. Así es como tu
rival ha destruido
nuestros proyectos: Él posee la
capacidad de usar los hechizos de los espíritus
infernales.
ROBERTO ¿Y qué haremos
ahora? BELTRÁN Con sus mismas
armas, lo venceremos. ROBERTO ¡Eh! ¿Cómo?
¿Conoces el secreto para invocar a los espíritus
invisibles?
BELTRÁN. Sí. ROBERTO ¿Hablas en serio?
¡Contesta! BELTRÁN Lo conozco. Y estos misterios
no son tan terribles cuando se tiene
coraje. ¿Lo tienes tú? ROBERTO ¡Beltrán!... BELTRÁN En tu coraje
confío. Escucha: habrás
oído hablar de la antigua abadía que la ira del
cielo al infierno entregó. En los claustros
casi desiertos se encuentra la
tumba de Santa Rosalía. ROBERTO ¡Oh, cielos!
¡Recuerdo funesto! Ese era el nombre
de mi amada madre. BELTRÁN Si no quieres
morir, no debes hablar con los seres
desconocidos que el destino ha encadenado en
este sitio. ROBERTO ¡Termina de hablar! BELTRÁN A ese lugar no se
puede entrar sin exponer la
vida... ¿tendrás el coraje de entrar solo sin
demostrar temor?
Dúo ROBERTO El honor y el valor
siempre han sido el sostén de los caballeros
de mi patria; e, incluso, si he
de perder mi vida, ¡vayamos! ¡Vayamos
allí! No le temo a nada. BELTRÁN Los caballeros de
la Neustria siempre fueron
paladines del honor. ¡Ven, sé digno de
tu patria!
¡Vamos, tu suerte es la mía! Sobre la tumba en
ese terrible lugar, hay una rama de hojas
perennes, temido talismán... ROBERTO
¿Y entonces? BELTRÁN Por su intermedio
todas las cosas son posibles; ella otorga la
riqueza y la inmortalidad. ROBERTO ¿Y luego? BELTRÁN A pesar del
privilegio de los santos altares, Roberto, esa rama
hará que al robarla, seas feliz. ROBERTO ¡Pero eso es un
sacrilegio! BELTRÁN ¡Qué! ¿Ya tiemblas
de miedo? ROBERTO ¡Lo haré!
Arrebatado por mí, ese venerado ramo
se transformará en mi palma triunfal.
BELTRÁN ¡Qué! ¿Desafiarás
ese siniestro lugar? ROBERTO Sí, sin temor iré
allí; Aún desafiando al
Cielo me atrevo a ir. Ensamble BELTRÁN Los caballeros de
la Neustria siempre fueron
paladines del honor. ¡Ven, sé digno de
tu patria!
¡Vamos, tu suerte es la mía! ROBERTO El honor y el valor
siempre han sido el sostén de los caballeros
de mi patria. E incluso, si he de
perder mi vida, ¡vayamos! ¡Vayamos
allí! No le temo a nada. (Roberto sale
por la senda de la izquierda) BELTRÁN (Solo, mirando
hacia afuera) ¡Antes que tú
estaré allí! Recogeré ese ramo y con él
reconquistaré un nuevo imperio. De sus propios
deseos él se convertirá en la víctima,
pronto él lo logará todo, y ese poder
soberano dará lugar al crimen y el crimen lo
conducirá a nosotros.
(Beltrán entra
en la cueva de la derecha) Cuadro Segundo (La bruma cubre
la escena, luego se disipa En una de las galerías del
claustro. A la izquierda, a
través de los arcos, se ve un patio
lleno de tumbas, algunas de las cuales
están cubiertas por
vegetación, y más allá en perspectiva
otras galerías. Entre
varias tumbas, sobre las que se hallan figuras
religiosas talladas en piedra, se
observa la correspondiente
a Santa Rosalía. Su estatua de mármol
está cubierta con un
hábito religioso, y sostiene en su mano
una rama verde de
ciprés. Al fondo, una gran puerta y una
escalera que conduce a
las bóvedas del convento. Varias
lámparas de hierro cuelgan
del techo. Todo indica que desde
hace mucho tiempo estos
lugares están deshabitados. Es de noche.
Las estrellas
brillan en el cielo y el claustro está
iluminado sólo por la luz de la
luna) Escena
Séptima (Beltrán entra
por la puerta de atrás envuelto en su
capa. Avanza
lentamente y mira los objetos que lo
rodean. Aves nocturnas,
perturbadas en su soledad por el ruido
inusual que hace el
recién llegado, huyen) Final BELTRÁN Aquí están las
ruinas del antiguo monasterio que Rosalía
consagró a las hijas del Señor, Las sacerdotisas
celestiales, cuya infiel pasión se desató por otros
dioses, encendieron el incienso
impúdico y trasformaron este lugar ¡en un antro de
placer profano! (Mirando a la
estatua de Santa Rosalía) La ira celestial, atraída por la
Santa en medio de la fiesta, ¡vino a castigar a
las imprudentes pecadoras!... ¡Aquí, en este
sitio, tú duermes! Conservas el rostro
pálido y, como en tus días
más bellos, ciñes aún las
flores que deshoja el amor. (acercándose a
las tumbas) Evocación Hermanas que
reposáis en estas frías tumbas, ¿me oís? Por una hora
abandonad vuestro lecho funerario, ¡levantaos! No temáis la
terrible ira de una santa
inmortal. ¡A ti, Rey del
Infierno, te llamo, yo, que soy tan
maldito como tú! Hermanas que
reposáis en estas frías tumbas, ¿me oís? Por una hora
abandonad vuestro lecho funerario, ¡levantaos! (Durante el aria
anterior, se pudo observar a los fuegos
fatuos recorrer por las galerías y detenerse sobre
las tumbas de las monjas. Así también se pudo
observar cómo las figuras de piedra, se
levantaban con esfuerzo. Las monjas con vestiduras
blancas aparecieron bajaron las escaleras en
procesión hasta el frente de la escena. Ni el más mínimo
movimiento delató su nueva existencia. Las columnas que
soportan los arcos no pudieron detener la
marcha de quienes fueron surgiendo de las tumbas. Las
paredes se diluyeron para dejarlas pasar. Todos los
espectros se reunieron ante la tumba de Santa
Rosalía, que no pudieron atravesar. En
ese momento sus ojos
comenzaron a abrirse, sus miembros a moverse y
perdieron su mortal palidez, recobrando todos los
aspectos de sus vidas pasadas. Mientras
tanto, las lámparas del
techo reavivaban su luz. La oscuridad
cesó) BELTRÁN (con las monjas
a su alrededor) Ayer hijas del
cielo, hoy del infierno... ¡Escuchad mi
mandato supremo! Hasta aquí llegará
un caballero al que aprecio... Él debe recoger
esta rama verde, pero si su mano
vacilara y quisiera traicionarme, ¡seducidlo con
vuestros encantos! ¡Obligadlo a
cumplir su promesa temeraria! Ocultadle el abismo
a donde lo conduce mi mano. (Todas las
monjas, hacen un gesto de consentir la petición de
Beltrán, quien se retira. Inmediatamente
el instinto lascivo vuelve a invadir sus cuerpos
largamente inanimados. Las monjas, después de
haberse reconocido entre sí, demuestran su alegría.
Helena, la superiora, las invita a
disfrutar de esos momentos
de placer. Esta orden se ejecuta inmediatamente
Las monjas recogen de sus tumbas los objetos de
sus pasiones profanas: ánforas, vasos, dados… Algunas
hacen ofrendas a un ídolo, mientras que otras se
quitan sus hábitos y adornan sus cabezas con coronas de
ciprés llevando a cabo una apasionada danza. Pronto la
danza se convierte en una ardiente bacanal. La
música que anuncia la llegada de
Roberto, interrumpe sus
juegos. Todas las monjas se esconden detrás de la
columnata y de las tumbas) ROBERTO (avanza
vacilante) ¡Este lugar fue
testigo de un tremendo misterio! Avancemos... mas
experimento un secreto horror: Estos claustros,
estas tumbas hacen nacer en mi corazón una
involuntaria turbación. Veo ya la rama,
tremendo talismán, que debe otorgarme el poder y la
inmortalidad.
¡Qué confusión! ¡Vano terror...! ¡Gran
Dios! Esta es la viva
imagen de mi madre enojada, ¡sí, sus mismos
gestos! ¡Ah! ¿Qué hacer? Huyamos, yo nunca
podré... Ballet (En el momento
en que Roberto quiere salir, es rodeado por
todas las monjas. Una de ellas le ofrece una copa que él
rechaza. Helena, que observa esto, se acerca a él y
con maneras elegantes intenta seducir a Roberto que la
contempla con admiración. Él no puede resistirse y
acepta la copa ofrecida por su mano.
Helena, al verlo
dominado, lo conduce ante la tumba de
Santa Rosalía. Todas
las monjas, creyendo que Roberto tomará la rama
verde, festejan su triunfo, pero el
caballero retrocede
horrorizado. Helena intenta de nuevo,
mediante sus encantos,
excitar la pasión de Roberto. Las otras
monjas lo tientan; al
principio mostrándole los dados y luego
para que se una a sus
juegos; pero él se aparta con
repugnancia. Helena que no ha
dejado de participar del baile gira a su alrededor con
gracia. Roberto, cautivado por sus
encantos, olvida todos sus
temores. Ella lo lleva de nuevo hacia la
tumba de Santa Rosalía
y le otorga un delicioso beso
indicándole que debe recoger la
rama. Roberto, ebrio de amor, toma el
talismán. A continuación,
todas las monjas forman a su alrededor
una ronda
desordenada. Roberto se abre paso entre
ellas agitando la rama. A
continuación, la vida que animaba a los
fantasmas se apaga poco a
poco y cada uno vuelve a caer en su
tumba. Un demonio en
cada una de las tumbas, asegura su
presa. En ese momento
se oye en medio de los claustros el
sonido de un coro infernal) CORO ¡Ya ha caído en
nuestras redes. apresurémonos
todos, fantasmas y
demonios, a festejar nuestro
triunfo!
ACTO CUARTO (El escenario representa el
dormitorio de la princesa. Tres grandes puertas al fondo que, cuando
se abren, dejan ver largas galerías. Al subir el telón, la
princesa está sentada delante de su tocador. Sus sirvientas la desvisten
y distribuyen entre las seis muchachas que se han casado por la
mañana, su velo, su corona de novia y el resto del ajuar de
boda) Escena Primera (Isabel, Alicia, damas y doncellas,
el Maestro de Ceremonias, toda la corte y pajes
llevando los regalos) CORO ¡Haced resonar el aire con gritos de
alegría! ¡Gritos de victoria y cantos de amor! Con nuestros cantos y nuestra alegría celebremos todos este día tan hermoso. MAESTRO DE CEREMONIAS Vengo a presentaros, noble y hermosa princesa, en nombre del joven esposo que esta tarde se unirá a vos, estos regalos preciosos, testimonio de su ternura. CORO ¡Haced resonar el aire con gritos de
alegría! ¡Gritos de victoria y cantos de amor! Con nuestros cantos y nuestra alegría celebremos todos este día tan hermoso. MAESTRO DE CEREMONIAS Nobles y caballeros... ¡retirémonos! (Todos salen. En este momento Roberto
aparece en la galería del fondo con la rama de ciprés. En
seguida, todos los presentes, sacudidos de estupor, quedan
inmóviles en la posición en la que se encontraban. La princesa cae sobre
los escalones que conducen a su lecho. Roberto entra en
el dormitorio; las puertas se cierran solas tras de él) Escena Segunda (Isabel, Roberto) Final ROBERTO El invencible poder de la rama mágica se abatió sobre ellos y les hizo cerrar
sus ojos. Tu voz, sublime belleza, nadie puede entender. Desde el lugar donde te arranqué un poder fatídico me ha conducido hasta estos aposentos, ocultándome a mi rival. ¡Ella acabará rindiéndose!... ¡Qué bella es! Ese profundo sueño que apacigua sus sentidos, le otorga un encanto aún más dulce a su inocente rostro. Debo apresurarme. ¡Isabel! ¡Isabel! Por ti yo rompo el hechizo en el que están sumergidos tus sentidos. ISABEL (despertándose) ¿Dónde estoy? ¿Quién me llama? ¿Qué sueño aterrador ha cerrado mis ojos? ¿Qué veo? ¿Es un nuevo error? ¡Qué! ¡Roberto en este lugar! Dúo ISABEL ¡Dios mío, Tú que ves mi aflicción, dígnate prestarme ayuda! ROBERTO ¡He aquí la belleza y los encantos que mi rival debía poseer! Siento una alegría infernal al ver su turbación y espanto. ISABEL ¡Qué miradas me lanza!
(A Roberto) ¿Acaso un poderoso maleficio te ha hecho olvidar el honor? ROBERTO ¡Sí, sí! El infierno, que me apoya y escucha, va a vengarme de un rival a quien
aborrezco. ISABEL Podrías haberlo hecho esta mañana combatiendo con honor.
Conjunto
ISABEL ¡Dios todopoderoso no me abandones! Temo que lo sumerjas en la
desesperación. Todo, en este sitio, está bajo su poder, sólo Tú, ¡Dios mío! puedes sujetar su
brazo. ROBERTO Debes temer mi furor, no me rechaces; temo que me invada la desesperación. Todo, en este sitio, está bajo mi
control y nadie podrá detener mi brazo. ISABEL ¡Huye, márchate, tu esperanza es vana! ROBERTO Me dejo llevar por la pasión que me
invade. ¡Isabel, tú me perteneces! ISABEL ¡Roberto! ROBERTO Ningún poder romperá tus cadenas. ¡No te resistas! ISABEL ¡Ah, déjame! ¡Vete! ROBERTO ¡No, ven! ISABEL ¡Detente!
Cavatina Roberto, a quien amo y a quien di mi promesa de fidelidad, tú ves mi terror: ¡Ten piedad de ti mismo, y ten piedad de mí! ¿Renuncia tu corazón a las más dulces promesas? Tú me rendiste homenaje y ahora yo estoy arrodillada a tus pies. Roberto, a quién amo y a quien di mi juramento de fidelidad, tú ves mi espanto. ¡Ten piedad de ti mismo, y ten piedad de
mí! ROBERTO Hago vanos esfuerzos por resistir. ISABEL Deja de lado tus vanos esfuerzos. ROBERTO Mi corazón se turba ante esa voz conmovedora. ISABEL ¡Oye mi voz temblorosa! ROBERTO No puedo dominar mi pasión. ISABEL Domina esa pasión que te invade. ROBERTO ¡Oh, salvémosla de mi propia furia! Isabel Roberto, ¡te lo suplico! ROBERTO Dentro de un momento te arrebatarán de
mi lado. Si te pierdo ahora, perderé mi vida. Tú ya no me amas... ¡Cruel, quítame la vida! ISABEL ¿Qué dices? ROBERTO Ese es mi destino. ISABEL ¿No hay ya esperanzas? ROBERTO Sólo me queda una. ISABEL ¡Salva tu vida! ROBERTO La detesto. ISABEL ¡Huye mientras puedas! ROBERTO Prefiero la muerte.
(Poniéndose de rodillas) Incluso si muero bajo sus golpes, Isabel, espero hacerlo a tus pies. (Roberto quiebra la rama.
Las
puertas se abren
y se puede ver a los
personajes de
la escena anterior,
regresando) CORO (cada vez más activos) ¿Qué ha sucedido? ¿Fue un hechizo la laxitud que a todos nos paralizó? ¡Qué sueño extraño! ¿Dónde estamos? Mi corazón está confundido por este
prodigio y he perdido completamente la razón. ¿Qué veo? ¡Cielos... Roberto, Roberto!
Conjunto
CORO ¡Detened, atrapad a ese guerrero temerario! En vano intentará escapar de nuestras manos. Nada puede sustraerlo de la suerte que le espera, y mañana, el nuevo día iluminará su muerte. ROBERTO ¡Venid todos, me reiré de vuestra ira
inútil, aunque un rayo me hiriera ante tus ojos! Mi corazón no conoce el temor, él desafía alegremente a la tierra y al cielo. ISABEL ¡Por mí, él ahora desafía su cólera! Por desgracia, nada puedo hacer para sustraerlo de sus manos y de la suerte que le espera, y mañana, el nuevo día iluminará su muerte. ALICIA ¡Es inútil desafiar su cólera! Nada, por desgracia, podrá arrancarlo de sus brazos. Nada puede sustraerlo de la suerte que le espera, y mañana, el nuevo día iluminará su muerte. (Los hombres armados se precipitan
sobre Roberto y lo arrastran afuera, mientras que Isabel cae
desmayada sobre su lecho. Las damas la rodean y Alicia, de rodillas
y sostenida por Raimbaut, parece rezar por Roberto)
QUINTO ACTO Cuadro Primero (La escena representa el atrio de la
catedral de Palermo. Al fondo, una cortina separa el atrio
del templo; a la izquierda, un nicho y una imagen de la Virgen,
indican que es un lugar de asilo. Al levantarse el telón, hay un
coro de monjes) Escena Primera
(Monjes y fugitivos) MONJES Desventurado o culpable, apresúrate a acudir a este lugar de asilo abierto al arrepentimiento. Aquí, puedes desafiar la ira de la justicia humana. La imagen protectora de la Virgen velará por ti. Desgraciado o culpable, apresúrate a acudir a este lugar de asilo abierto al arrepentimiento. (Durante el coro, varios fugitivos
llegan para pedir asilo; después del coro todos vuelven
a la iglesia) Escena Segunda (Roberto, que entra rápidamente,
Beltrán) ROBERTO ¡Ven! BELTRÁN ¿Por qué me has obligado a seguirte
hasta aquí? ROBERTO Este refugio es sagrado y no me pueden perseguir. Liberado por tu valentía, busqué a mi rival, el príncipe de
Granada. BELTRÁN ¿Y bien? ROBERTO ¡Destino fatal! Fui vencido. BELTRÁN ¡Tú! ROBERTO Mi propia espada en ese combate, me traicionó. ¡Todo me es adverso! BELTRÁN Excepto yo, que te estimo y quiero tu felicidad. ¿No lo entiendes? ¿Por qué rompiste con tu imprudente mano la rama que debía entregarte a tu amada? ¡Ahora ella está con tu rival! ROBERTO ¿Cómo podría arrebatarla de sus brazos? ¡Habla! BELTRÁN Sólo hay una manera de vengarse. ROBERTO ¡Sea lo que fuere, eso quiero! BELTRÁN ¡Deberá ser uno de nosotros! ¡Seré yo! ¡Celebremos un solemne compromiso por
escrito! ROBERTO Con tal de lograr venganza, lo haré... (En este instante se escuchan cantos
religiosos que vienen de la iglesia que está al fondo.
Roberto se detiene asombrado) BELTRÁN ¡Qué! ¿Ya vacila tu corazón? ROBERTO (escuchando) ¿No oyes esos cantos? BELTRÁN (intentando arrastrarlo) ¡Qué no nos importan! ROBERTO (con emoción) Son los mismos que sonaban en mis oídos en los días de mi infancia, cuando mi madre, por la tarde, oraba por mí ante Dios.
Conjunto
CORO (desde a fuera, en la iglesia) ¡Gloria a la Providencia! ¡Gloria a Dios todopoderoso que salva a los inocentes de las trampas de los impíos! ROBERTO ¡Oh, divina armonía! ¡Oh, acordes celestiales! Que calman los arrebatos de una furia ciega. BELTRÁN (aparte) Redoblaré mis esfuerzos sobre su alma
débil, excitando los arrebatos de su furia
ciega. ROBERTO Es Dios mismo quien llama de nuevo al ingrato que se apresta a abandonarlo. BELTRÁN (aparte) Es necesario que nos vayamos fuera de
aquí.
(En voz alta) Dígnate creer en un amigo fiel. ROBERTO (escuchando los cantos que continúan) ¿Escuchas? BELTRÁN ¿Qué puede asustarte? ¡Sígueme! ROBERTO ¡Si pudiera rezar!
Conjunto
CORO (desde la iglesia) ¡Gloria a la Providencia! ¡Gloria a Dios todopoderoso que salva a los inocentes de las trampas de los impíos! ROBERTO ¡Oh, divina armonía! ¡Oh, acordes celestiales, Que calman los arrebatos de una furia ciega. BELTRÁN Redoblaré mis esfuerzos sobre su alma
débil, excitando los arrebatos de su furia
ciega. BELTRÁN Entiendo que estos cantos puedan turbar tu alma. Esa gente hace votos por la felicidad de tu rival. ROBERTO ¿Qué dices? BELTRÁN En este templo es donde el matrimonio va a celebrarse ¿no vas a orar con
ellos? ROBERTO ¡Ah, esas palabras reavivan mi rabia! ¡Vete, tú eres el enemigo! BELTRÁN ¿Quién? ¿Yo? ¿Tú enemigo? ¡Yo, que sólo velo por ti! ¡Yo, que te he protegido desde la juventud! ¡Yo, que querría haberte entregado todo lo que poseo! ROBERTO ¡Cielos! Entonces... ¿quién eres? BELTRÁN ¿Esta turbación, este terror... que emociona mi corazón, no te lo dice? ¿No has oído esta mañana a Raimbaut? El funesto relato de las desgracias de tu madre... ¡Cada palabra era cierta! ROBERTO ¡Dios! BELTRÁN ¡Yo fui su esposo! ¡Lo juro! ROBERTO ¿Qué me estás diciendo? BELTRÁN Roberto ¡ya sabes quién soy! ROBERTO ¡Ay de mí, qué desgraciado soy! BELTRÁN ¡Jamás, es
imposible, que tu desgracia,
oh hijo mío, sea igual a la mía! Nuestro tormento es
vivir sin sentimientos, no ser capaz de
amar, de amar nunca nada. Eso es el
infierno... Cuando el Maestro
Soberano me lanzó al abismo
como a un ángel rebelde, surgió en mi
corazón una voz de
arrepentimiento. ¡Y ese Dios, en su
bondad, quizá por venganza,
me permitió amar! Sí... después de
ese día cruel, sólo por ti,
Roberto, mi corazón pudo conocer los miedos, la
felicidad y los tormentos que experimentan
los mortales... Solo en ti reposa
mi vida y mi ser. ¡Oh, hijo mío,
Roberto! ¡Oh, tú, mi único bien! De tu palabra
dependerá tu destino y el mío. Te he engañado, soy
culpable, te lo diré todo. Si antes de
medianoche, tú no has firmado
el pacto irrevocable que nos unirá a
ambos para toda la eternidad, ese Dios que me
persigue, ese Dios que nos
abruma, descargará todo su
poder sobre ti. ¡Te perderé para
siempre y no podré volver a
verte! ¡Media noche!
¡Media noche!... Ese es su mandato
irrevocable... ¡Oh, hijo mío,
Roberto! ¡Oh, tú, mi único
bien! De tu palabra
dependerá tu destino y el mío. De tu rival yo soy
el amo, uno de los míos
tomó su apariencia; di una palabra y el
desaparecerá. El matrimonio
colmará tus deseos; entre honores,
riquezas y placeres y amor. ¡En la eterna
juventud, pasarás tus días
futuros! Y no creas que
quiero seducirte. Es solo a tu
felicidad a la que ahora
aspiro. E incluso si de esa
felicidad quedo excluido ¡Vete... huye... te
amo lo suficiente como para otorgarte
la libertad!
ROBERTO La sentencia ha sido dictada el infierno es el más poderoso. No temas que te abandone. BELTRÁN ¡Oh, felicidad! ROBERTO El deber me lo ordena, quien quiera que seas, comparto tu
destino. Escena Tercera (Los anteriores, Alicia) ALICIA (que ha oído las últimas palabras) Roberto, ¿qué he oído? BELTRÁN (a Alicia) ¿Qué te trae por aquí? ALICIA ¡Una feliz noticia! ¡Ah, casi no puedo respirar!
(A Roberto) Ahora puedes contar con que tendrás
éxito y dar gracias al cielo que te protege. El príncipe de Granada y su brillante
cortejo no pudo cruzar el umbral del santuario. ROBERTO Lo sabía. ALICIA Y la noble princesa, subyugada por tu
amor, te espera ante el altar. BELTRÁN (a Roberto) Vete, debes alejarte de aquí. ALICIA (a Roberto) ¿Podrías abandonarla? ¿Has olvidado el juramento que os une? BELTRÁN (a Roberto) Tenemos que apurarnos, el tiempo apremia y la hora va a sonar. Trío ROBERTO (a Beltrán) A tus leyes me he sometido. ¿Qué debo hacer? ALICIA ¡Cielos!
(a Roberto) Antes que te vayas, quiero hablar contigo. ROBERTO ¡Calla! ALICIA Nada nos dispensa de un deber y un deber debo cumplir.
Conjunto
BELTRÁN ¡Qué tormento, qué suplicio, hijo mío, mi única felicidad! ¡A mis deseos ríndete, apelo a tu corazón! ALICIA Dios poderoso, cielo propicio, que tu nombre protector resuene en su corazón y le devuelva la felicidad. ROBERTO ¡Qué tormento y suplicio desgarran mi corazón! ¡Es necesario que perezca de espanto y horror! BELTRÁN ¡Apresurémoslos!
(Sacando de su pecho un rollo de pergamino y un estilete de acero) Aquí está este escrito terrible que compromete tu fidelidad. ALICIA (aparte) ¡Oh cielo, inspírame! ROBERTO (tendiendo la mano a Beltrán) ¡Dámelo! (En este momento, Alicia, saca de su
pecho el testamento de la madre de Roberto; se abalanza
entre Beltrán y Roberto y se lo da) ALICIA ¡Aquí lo tienes! ¡Hijo ingrato, hijo
culpable! ¡Léelo! ROBERTO ¡Cielos!, es la letra de mi madre.
(Lee temblando)
“Hijo mío, mi amor constante vela por ti desde el cielo. Huye de los alocados consejos del seductor que me perdió”. (Roberto deja caer el papel que Alicia se apresura a recoger) BELTRÁN ¡Qué! ¿Tu corazón aún duda? ROBERTO Tiemblo... me estremezco... ¿Qué debo decidir? ¡Oh, cielos! ALICIA (sin mirar a Roberto y Beltrán y
releyendo en voz alta el papel que ella ha
recogido) “Hijo mío, mi amor constante vela por ti desde el cielo.” BELTRÁN (a Roberto) ¡Hijo mío, hijo mío, mírame! Ve mis tormentos y sométete a mis
deseos. ¿Tu alma se conmueve por un vano papel? ALICIA (para sí misma) “Huye de los consejos audaces del seductor que me perdió”. ROBERTO (entre Beltrán y Alicia) ¡Tened piedad de mí! BELTRÁN (de un lado) No, nos vamos inmediatamente. Te lo pido de rodillas. ALICIA (del otro lado) El cielo te espera.
Conjunto
BELTRÁN ¡Qué tormento, qué suplicio, hijo mío, mi única felicidad, ¡Acepta mis ruegos! ¡Apelo a tu corazón! ALICIA Dios poderoso, cielo propicio, que tu nombre protector resuene en su corazón y le devuelva la felicidad. ROBERTO ¡Qué tormento, qué suplicio, desgarran mi corazón! ¡Es necesario que perezca de espanto y horror! ROBERTO (tomando la mano de Alicia) Ven. ALICIA Ven.
(Se escucha un redoble de tambor)
Medianoche... ¡oh, felicidad! BELTRÁN (pegando un grito terrible) ¡Tú me lo arrebatas, Dios vengador!
(La
tierra se abre.
Roberto, fuera
de sí, cae muerto a
los pies
de
Alicia, que
pretende
revivirlo. Todavía se escucha una
música
terrible retumbando
en la distancia. Le
sucede una serie de cantos
celestiales
y música religiosa) Cuadro Segundo (Las cortinas
del fondo, que están abiertas,
dejan ver el interior de la Catedral
de Palermo llena de creyentes que están
orando. En medio del
coro, la princesa está de rodillas con
su corte; al lado de ella hay
un asiento vacío destinado a Roberto) Escena Cuarta
COROS ¡Cantad, escuadras celestiales! ¡Reanudad vuestros divinos conciertos! ¡Él ha permanecido fiel a nosotros! ¡Que los cielos se abran para él! ISABEL, ALICIA, CORO ¡Gloria, gloria inmortal al Dios del universo!
(Señalando a Roberto) ¡Permaneció fiel y los cielos se abren para él!
Digitalizado y
traducido por: José Luís
Roviaro 2021
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