PADMAVATI





Personajes


PADMAVATI

RATAN-SEN

ALAOUDDIN

BRAHMAN

NAKAMTI

BADAL

GORA
 

           Padmâvatî, reina de Chittor

                       Su esposo                       

                     Sultán mogol

                     Un brahmán

                     Una doncella

                      Noble indú

              Chambelán de palacio
 

Mezzosoprano

             Tenor


             Tenor

             Tenor

         Soprano

             Tenor

             Tenor
 




La acción transcurre en Chittor, India, a mediados del siglo XIV.





ACTE  PREMIÈRE

 

 

(Une place à Tchitor. Au fond à gauche,

le Palais du Roi précédé d'une terrasse)

 

Prelude

 

Scène Première

 

(Gora, puis Badal, le veilleur, peuple, guerriers.

Les jeunes filles étendent des tapis à terre et parent

de fleurs les images sacrées. Animation joyeuse)

 

LE VEILLEUR

Le sultan des Mogols

a passé la troisième porte.

 

(Des hommes et des femmes accourent effrayés)

 

HOMMES, FEMMES DU PEUPLE

Les Mogols! Les Mogols!

 

UNE FEMME

Les Mogols dans la ville!

ô malheur!

 

UN GUERRIER

(les arrêtant)

Les Mogols sont amis aujourd'hui.

 

(Gora s avance au bord de la terrasse)

 

GORA

(s'adressant au peuple)

Guerriers, artisans, marchands,

et vous brahmanes, écoutez!

Notre ancien ennemi se présente aujourd'hui

dans Tchitor sans menace et sans armes.

Il deviendra par un serment juré

le frère de nos frères,

le protecteur de nos maisons

et le vengeur de nos injures.

Il faut aller vers lui les mains tendues

et le cœur bondissant de joie,

comme l'épouse au retour de l'époux.

 

UN GUERRIER

Les Mogols ont maudit notre race!

 

UN MARCHAND

Ils méprisent nos dieux!

 

UNE FEMME

Ils ont tué mon fils!

 

UN ARTISAN

Il faut se réjouir puisque c'est l'ordre.

 

LE VEILLEUR

Le Sultan a passé la quatrième porte.

 

VOIX DANS LA FOULE

Place! Place à l'envoyé du Roi!

 

UN GUERRIER

C'est le prince Badal!

 

UN ARTISAN

Il vient de saluer le sultan étranger.

 

UN MARCHAND

Son cheval est blanc d'écume!

 

(Badal descend de cheval dans le fond de la scène)

 

UNE FEMME

Son visage adolescent est grave.

 

GORA

Que vous a-t-il dit!

 

BADAL

Des paroles flatteuses.

Mais dressé sur les étriers

J'ai lancé mes regards aux confins de la plaine,

L'armée est avec lui!

 

GORA

L'armée!

 

BADAL

J'ai vu sous le soleil luire les armes.

 

GORA

O traîtrise!

 

BADAL

Et les eaux du fleuve étaient noires…

 

GORA

C'étaient les éléphants?

 

BADAL

Les éléphants de guerre qui passaient.

 

GORA

Il faut avertir le Roi!

 

(Badal entre dans le palais)

 

LE VEILLEUR

Le Sultan a passé la cinquième porte.

 

UN MARCHAND

Hâtons-nous!

 

UN GUERRIER

J'entends le grondement des tambours.

 

UNE FEMME

Étendez encore ce tapis plus doux

que l'herbe des clairières.

 

LES JEUNES FILLES

Prudent Ganesha,

veuille accepter ces fleurs,

les roses du bonheur,

les lys de la constance,

le jasmin de la sagesse, puissentelles

ne se faner jamais en notre ville!

 

VOIX DANS LA FOULE

Les voici! Les voici!

 

LES GARDES

Ecartez-vous!

 

VOIX DANS LA FOULE

Sans un regard ils passent.

Leurs visages semblent des masques d'or,

la terreur rayonne alentour.

 

Scène Seconde

 

(Les mêmes, plus Ratan-Sen, Alaouddin, le brahmane,

guerriers mogols. Entrée du cortège. L'escorte

d'Alaouddin se masse sur la place, parmi la foule curieuse.

Ratan-Sen sort du palais, s'entretenant à voix basse avec

Badal. Entrée d'Alaouddin qui s'avance vers Ratan-Sen)

 

ALAOUDDIN

Souverain d'un peuple florissant,

puisse ton cœur se rafraîchir toujours

aux sources de la paix limpide.

 

RATAN-SEN

Puisse la victoire toujours illuminer ton visage!

 

ALAOUDDIN

La blancheur de ta ville m'apparaissait lointaine

ainsi que la lune à l'horizon.

 

RATAN-SEN

Je crois entendre la rumeur

des batailles en tes discours.

 

ALAOUDDIN

Si pourtant mes paroles savaient traduire

ma pensée, elles seraient plus douces

que le chant du rossignol.

 

RATAN-SEN

(lui présentant la coupe d'alliance)

C'est la coupe de prospérité,

les dieux résident sur ses bords,

nos sangs unis seront l'offrande.

 

GORA

(au Brahmane)

Nul ne doit demeurer ici

pendant le rite de l'alliance.

 

ALAOUDDIN

Ce brahmane est mon conseiller,

il joindra ses prières aux vôtres.

Mais pourquoi tant de hâte?

Laissez-moi admirer les merveilles de ce séjour.

 

RATAN-SEN

Que veux-tu?

Les fleurs de mes jardins ou les fontaines,

ou bien dans mon palais les salles hautes où fut,

pour mon repos, emprisonnée

l'ombre éternelle des forêts?

 

ALAOUDDIN

A la beauté des pierres et des charpentes

je préfère la beauté vivante.

 

RATAN-SEN

La promptitude et la vigueur de mes guerriers

saura-t-elle combler tes vœux?

 

ALAOUDDIN

Tu les dépasses!

 

Danse Guerrière

 

ALAOUDDIN

A voir ces guerriers bondir comme des tigres,

quel ennemi ne tremblerait?

Mais un ami est près de toi

et demande un spectacle plus doux.

 

RATAN-SEN

Mes danseuses vont te l'offrir.

 

Danse des Femmes Esclaves

 

ALAOUDDIN

On croit voir tourner des pétales de roses

que la rafale entraîne.

Mais ce sont des esclaves des pays étrangers.

 

RATAN-SEN

Il est interdit

aux femmes de notre race…

 

ALAOUDDIN

De se montrer aux infidèles

Je ne suis plus un infidèle,

ce Brahmane en témoignera.

 

LE BRAHMANE

Le Seigneur Alaouddin, sultan des Mogols,

a suivi mes conseils

et vénère nos dieux.

 

RATAN-SEN

Je ne savais pas la bravoure

unie à tant de prévoyance.

 

Entrée et danse des femmes du palais

 

ALAOUDDIN

Ce sont les femmes du palais;

mon cœur est baigné de joie.

Leurs tailles sont pareilles à des lianes d’or;

leurs yeux, sous l'ombre des sourcils,

ont l'éclat éloigné des lampes;

dans leurs pieds sont des serpents

aux fins museaux qui se dérobent.

 

(Fin de la danse. Les femmes

du palais sortent en cortège)

 

Je devine les noms de ces beautés

Celle-ci prend le sien au jasmin candide;

Cette autre à la perle changeante,

Celle-là au calme nénuphar.

Aucune cependant n'est-elle consacrée

à la fleur de perfection divine,

Au lotus que vos prêtres nomment Padma?

 

RATAN-SEN

Aucune...

 

ALAOUDDIN

N'y a-t-il pas ici une Padmâvatî?

 

RATAN-SEN

Que veux-tu dire?

 

ALAOUDDIN

On peut enfermer l'or au creux des coffres;

Les feux du diamant ne traversent pas

les voûtes souterraines;

Mais il est des trésors qui répandent au loin

leurs effluves comme des fleurs

dans les ténèbres.

 

RATAN-SEN

Padmâvatî, Princesse de Singhal,

est monépouse légitime.

 

ALAOUDDIN

Est-elle indigne de sa renommée?

Parle,brahmane, m'as-tu trompé?

 

(Pendant le chant du brahmane, Ratan-Sen délibère

à voix basse avec Gora et Badal, observé sournoisement

par Alaouddin. Ratan-Sen se décide enfin à faire paraître

Padmâvatî et Badal va donner l'ordre)

 

LE BRAHMANE

(avec une expression passionnée et

comme dans une hallucination)

Padmâvatî est l'image vivante du lotus céleste.

Unique, pure, souveraine Padmâvatî!

Elle respire un parfum si suave qu'un murmure

d'abeilles invisibles est autour d'elle.

Son corps est vêtu de clarté.

Padmâvatî est la douceur de la brise

des mers où la terre est flottante.

Ses yeux sont les étoiles

du ciel des immortels,

Elle glisse dans l'air comme un cygne

sur l'eau immobile des lacs.

Les fleurs naissent de son sourire.

Padmâvatî est le rêve dont s'éveilla

le créateur des mondes;

son visage est l'aurore du néant bienheureux.

Vers elle les désirs de l'univers s'élancent

et meurent à sa vue.

Sa voix est le chant de l'oubli.

 

(Sur un signe de Ratan-Sen, Badal entre au palais)

 

Scène Troisième

 

(Les mêmes, Padmâvatî, Nakamti.

Padmâvatî parait à un balcon du palais)

 

NAKAMTI

(se détachant du groupe de jeunes filles)

Elle monte au ciel où rêve le printemps,

Dominant la terre obscure de son front éclatant,

et chassant la nuit.

Et la fleur s'éveille,

Et l'oiseau pour elle exhale son chant,

La forêt pour elle a de longs sanglots.

 

VOIX DANS LA FOULE

Padmâvatî, ô râni Padmâvatî,

que Siva te soit favorable,

que Lakshmi garde ta beauté,

ô fille de Singhal, ô râni Padmâvatî,

que les dieux te protègent.

 

NAKAMTI

O Padmâvatî, ô reine de nos nuits,

prends pitié de nous, abaisse vers nous

la douceur de tes Yeux.

 

ALAOUDDIN

Son voile! Qu'elle écarte son voile!

 

(Ratan-Sen fait signe à Padmâvatî d'écarter son voile.

Padmâvatî obéit et passe dédaigneuse, tandis que le

peuple se prosterne sur un geste de Gora. Alaouddin se

lève comme attiré et retombe sur son siège, accablé.

Le brahmane s'approche de lui)

 

Je n'y puis croire; elle apassé;

il me semble que j'expire...

La nuit est passée sur mes yeux.

 

LE BRAHMANE

Seigneur, il faut partir!

 

GORA

Et l'alliance?

 

LE BRAHMANE

L'alliance est trompeuse

quand le cœur est troublé.

 

RATAN-SEN

Reste-t-il à mon frère un désir que je puisse exaucer?

 

ALAOUDDIN

Je suis accablé de regrets,

de bonheur et de reconnaissance;

Demain, je reviendrai, maître de moi,

et mon escorte plus nombreuse portera

des présents dignes de vos bienfaits.

 

(Alaouddin descend les degrés de la terrasse du palais

en s'appuyant à l’ épaule du brahmane. L'escorte se

forme rapidement et bouscule la foule)

 

VOIX DANS LA FOULE

Ils s'enfuient, ils s'enfuient comme des voleurs.

 

(Un guerrier se détache de la foule et s'adresse

au brahmane qui est resté au bas des degrés)

 

UN GUERRIER

Qui es-tu, brahmane?

 

UN ARTISAN

Il me semble t'avoir vu à Tchitor.

 

UN GUERRIER

N'est-ce pas toi qu'on a chassé du temple et de la ville?

 

UN MARCHAND

Les gardes du palais t'avaient pris, un matin,

sous les fenêtres de la reine.

 

UN GUERRIER

Pourquoi restes-tu en arrière?

 

(Le brahmane remonte les degrés sans répondre)

 

BADAL

Donnez-moi l'ordre et mon cheval au galop

me mettra avant eux aux portes de la ville.

 

LE BRAHMANE

O frère de mon maître, me sera-t-il permis?

 

BADAL

Que nous veux-tu?

 

LE BRAHMANE

J'ai un message...

 

BADAL

Un message?

 

LE BRAHMANE

Je ne serais pas demeuré ici, sans ordre.

 

(Il salue longuement)

 

RATAN-SEN

Qu'attends-tu pour parler?

 

LE BRAHMANE

L'instant fixé par le destin.

 

BADAL

(le poignard à la main)

Parle. Ou meurs!

 

LE BRAHMANE

Je suis Brahmane et j'appartiens

au sultan des Mogols.

 

LE VEILLEUR

Le sultan a dépassé les murs de la ville.

 

LE BRAHMANE

Voici ce que dit le sultan :

Pour gage d'amitié,

il demande à son frère un seul joyau,

Le joyau vivant qui est l'image du lotus céleste...

 

RATAN-SEN

La reine!

 

LE BRAHMANE

(menaçant)

Si le présent lui est refusé,

il viendra s'en saisir.

Déjà son armée gronde à l'entour de la ville,

comme une mer en furie.

 

RATAN-SEN

Préparez mon armure!

Faites sonner l'appel de guerre!

Et toi, va répondre à ton maître

que je t'aurais livré au bourreau

si tu n'étais pas consacré aux dieux.

 

(Il se retire avec Badal)

 

GORA

Alarme! Alarme!

 

(Il se retire)

 

LE VEILLEUR

Alarme!

 

LA FOULE

Alarme! Alarme!

 

UN GUERRIER

C'est toi, brahmane,

qui nous apportes la guerre?

 

(La foule entoure le brahmane)

 

LE BRAHMANE

Ecartez-vous, profanes!

 

(défiant la foule et avec

une exaltation croissante)

 

Victoire à Siva destructeur!

La mort l'emporte sur la vie,

La nuit a étouffé le jour

Les guerriers seront égorgés dans la plaine,

Les enfants pleureront dans l'épouvante,

Les femmes hurleront sous la douleur,

La cité où l'or répondait aux feux du soleil

ne sera plus qu'un amas d'obscures décombres,

La reine, pareille au lotus,

montera sur le bûcher des veuves,

Sa beauté sera réduite en fumée et en cendres,

Pour avoir offensé les puissances du mal!

 

LA FOULE

La reine! Il a maudit la reine!

à mort! à mort!

 

(La foule se jette sur le brahmane

qui disparaît dans le remous)

 

LE BRAHMANE

(Il émerge un moment de la foule furieuse

et apparaît le visage ruisselant de sang)

La mort l'emporte! La mort! La mort!

 

(La foule se disperse, le

brahmane reste étendu, mort)

 

Scène Quatrième

 

(Padmâvatî)

 

VOIX DERRIERE LA SCENE

Aux armes! aux armes!

 

(Padmâvatî parait et s'avance sur la terrasse du palais)

 

PADMAVATI

Il est trop tard...

Je n'ai pu prévenir le sacrilège!

Les dieux ne m écoutent plus.

Quelle est donc mon offense?

La place est déserte comme un rivage

où la vague soudaine a passé…

Les hommes éprouvent le tranchant des épées,

Et les femmes au fond

des chambres se lamentent.

Le premier meurtre est accompli,

l'orage se déchaîne.

J'avais livré ma vie à mon maître,

et son désir était ma pensée.

O dieux, je n'ai qu'une prière :

ne me séparez pas de lui.

Accordez-moi plutôt la mort.

Vivre ou mourir auprès du maître

est un égal bonheur.

 

 

 

ACTE  DEUXIÈME

 

 

(L’intérieur du Temple de Siva, dans l'ombre. Au fond,

la statue colossale du dieu. Dans le socle, l'accès d'une

crypte. Portes à gauche et à droite, et au fond. En avant,

à gauche, une dalle ensanglantée. En avant, à droite, un

siège de marbre blanc)

 

Prélude

 

Scène Première

 

(Padmâvatî, puis les prêtres. Padmâvatî est appuyée à un

piller, dans une attitude suppliante. Les Prêtres sont dans

la crypte)

 

LES PRETRES

Om! Siva, terreur des hommes et des dieux!

Om! Siva, au corps de flamme,

aux yeux de cendre!

 

PADMAVATI

Siva, laisse ma voix se joindre

à ces voix souterraines.

Nos guerriers sont tombés

comme la moisson que le fer tranche.

Nous avons quitté le palais clair

pour le refuge de ce temple funèbre,

Avec les débris de l'armée Ratan-Sen

tente un dernier effort.

J'écoute au loin la rumeur du combat.

Est-ce délivrance ou désastre?

 

(Padmâvatî se dissimule, les Prêtres

sortent de la crypte en cortège)

 

LES PRETRES

Siva, chasseur des existences,

pourvoyeur de la mort!

Om! Siva, nous avons dressé

le bûcher sous tes pieds,

abaisse tes regards et que jaillisse le Feu!

 

(Ils tournent autour de la dalle de gauche, puis du

siège de droite, puis se prosternent devant la crypte)

 

PRETRES

Sur la pierre sanglante, la Mort.

Sur la pierre brillante, la Vie.

Dans la nuit flamboyante,

la Vie conduite par la Mort!

 

PADMAVATI

(se rapprochant)

Que dites-vous? Répondez! c'est votre reine.

 

(Les Prêtres sortent par le côté gauche, sans

répondre. Seul, le dernier d'entre eux se détache)

 

UN PRETRE

Nous avons vu sourire

dans l'ombre la face terrible.

Nous avons consulté les filles de Siva,

les blanches, puis les noires.

Elles ont promis, tour à tour,

pour l'aurore, un sacrifice souverain.

 

PADMAVATI

Quel sacrifice?

 

(librement)

 

Est-ce moi qui dois m'offrir?

 

(Tirant à demi un poignard de sa ceinture)

 

Vois, l'arme est prête.

 

UN PRETRE

Il y aura plus d'une victime.

 

(Il sort)

 

PADMAVATI

Plus d'une victime!

Le silence est noir comme la tombe.

 

(Elle remet lentement le poignard au fourreau)

 

Scène Duxième

 

(Padmâvatî, Ratan-Sen)

 

RATAN-SEN

(appelant)

Padmâvatî!

 

(Il entre, il est ensanglanté)

 

PADMAVATI

Vous! Seigneur! Blessé?

 

RATAN-SEN

La dernière enceinte est tombée.

 

PADMAVATI

Ma prière fut vaine!

 

RATAN-SEN

Une trêve est accordée jusqu'à l'aurore.

 

PADMAVATI

L'aurore!

 

RATAN-SEN

Le sultan a fixé ce délai.

Il vengera sur la cité entière

le refus de son désir.

 

PADMAVATI

Ce sont nos derniers instants

sur cette terre.

 

(avec émotion)

 

O visage qui fit mon bonheur!

 

(Elle le contemple)

 

RATAN-SEN

Padmâvatî!

 

PADMAVATI

Douceur d'entendre cette voix encore!

 

RATAN-SEN

Padmâvatî!

La cité va périr.

 

PADMAVATI

Nous mourrons avec elle!

 

RATAN-SEN

Par notre faute!

 

PADMAVATI

Par la volonté de Siva!

Vous avez fait votre devoir.

 

RATAN-SEN

Notre devoir est plus terrible.

 

PADMAVATI

Retournez au combat pour une mort glorieuse.

 

RATAN-SEN

Ce n'est pas la mort que je redoute.

 

PADMAVATI

Je jure de monter avec vous sur le bûcher.

 

RATAN-SEN

Padmâvati, du haut des terrasses,

n'avez-vous pas entendu les cris des blessés,

les râles des mourants?

N'avez-vous pas vu le ciel

s'ensanglanter des rougeurs d'incendie?

 

PADMAVATI

Je saurai mourir.

 

RATAN-SEN

Non! Il faut vivre.

 

PADMAVATI

(presque à voix basse dans un sentiment d'effroi)

Vous voulez me livrer!

 

RATAN-SEN

(avec insistance)

Padmâvatî! Songez aux mères

qui verront leurs enfants égorgés!

Songez aux femmes que leurs maris

ne défendront plus.

Songez aux jeunes filles dont le chant de noces

sera la clameur d'agonie!

 

PADMAVATI

(avec indignation)

Me livrer vivante! Moi! votre épouse!

O mon maître!

Vous pouvez torturer ma chair par le fer

ou par le feu,

Vous pouvez priver de la lumière ces yeux

où tant de fois vous avez lu mon amour.

Mais vous ne pouvez pas faire

que ces yeux supportent le regard

d'un autre époux,

Que cette chair subisse

l'outrage des baisers du vainqueur.

 

RATAN-SEN

L'aurore maudite est sur nous!

 

PADMAVATI

Quand j'ai quitté Singhal et traversé la mer,

votre peuple me reçut avec joie,

Et j'ai vécu heureuse en vos palais.

L'étreinte de mes bras n'a-t-elle

pas scellé notre union éternelle?

Et quand sur mon sein

vous reposiez votre tête lasse, ô mon maître,

avez-vous pu douter que le même soir funèbre

nous verrait entrer tous deux

dans le néant divin?

 

RATAN-SEN

Padmâvatî, le soleil va bientôt reparaître

et l'horreur du massacre se lever avec lui!

J'ai promis à Siva de sauver mon peuple.

 

PADMAVATI

Sacrilège!

Par devant le feu pur du foyer,

vous avez posévotre main sur mon cœur

et tracé sur mon front l'emblème de la possession.

Celui qui brise un tel lien

renaîtra bête immonde!

 

RATAN-SEN

Je prends sur moi l'expiation!

 

PADMAVATI

Je ne veux pas que votre âme

se charge d'un tel crime.

 

RATAN-SEN

(lui prenant la main)

Vous me devez obéissance!

 

PADMAVATI

(elle tire son poignard)

Plutôt vous voir mort que coupable!

 

RATAN-SEN

Venez!

 

PADMAVATI

Protège-nous, Siva!

 

(Elle frappe de son arme Ratan-Sen qui chancelle)

 

RATAN-SEN

Ah! Qu'avez-vous fait?

 

(Il tombe)

 

Où êtes-vous?

 

PADMAVATI

(à genoux près de lui)

Je ne vous quitte pas. La mort va nous unir.

 

(Il meurt. Elle se relève et court à la

porte de gauche, puis à celle de droite)

 

A moi, prêtres,

Les deux victimes vous attendant.

Accourez, mes sœurs, pour la parure dernière.

 

Scène Troisième

 

(Padmâvatî, les prêtres, les femmes du palais, puis

les Six Messagères de Siva, évoquées par les prêtres

Les prêtres entrent par la porte de gauche, portent

des torches qu'ils élèvent devant Padmâvatî. Elle

incline la tête en silence. Puis, par la porte de droite,

les femmes, voilées et tremblantes. Les prêtres portent

le corps de Ratan-Sen vers la gauche. Les femmes

s'empressent autour de Padmâvatî assise à droite)

 

PADMAVATI

O mes soeurs fidèles,

Ne pleurez pas sur moi,

Rien ne m'est plus au monde.

Mes yeux verront briller, sans crainte,

à l'heure suprême, l'ardent regard de Kali.

 

(Deux par deux les femmes lui remettent le

peigne, le miroir, le collier et le voile de noces)

 

Peigne qui tombas le premier soir,

miroir qui unis nos images,

Perles dont j'interrogeais la fuite caressante,

voile où ma tendresse prit courage.

Le soleil est mort.

Seule dans la nuit obscure,

j'écoute la voix confuse des étoiles.

Mon âme m'abandonne.

 

(Les prêtres, ayant achevé la toilette funèbre,

s'alignent au fond et commencent les incantations.

Les femmes restent autour de Padmâvatî)

 

LES PRETRES

Sur la pierre sanglante, la mort!

Les filles blanches de Siva, Prithivi! Parvati!

Ouma! Gaouri! Vous que le meurtre rassasie,

Cherchez votre victime.

 

Pantomime

 

(Ils allument un feu dans un brasero au milieu de la

scène,et jettent sur la flamme une poudre qui dégage

une abondante fumée. Quand la fumée se dissipe, on

voit paraître, se détachant du mur, quatre figures

blanches, sortes de vampires qui s'avancent, rôdant

flairant le sang. Elles découvrent le cadavre et en sont

écartées par les prêtres. Les deux premières s'approchent

davantage et tournent autour des prêtres, Repoussées,

elles vont tomber dans le recoin à gauche. Les deux

autres les imitent. Padmâvatî et les femmes détournent

leurs regards)

 

LES PRETRES

Sur la pierre brillante, la vie!

Les filles noires de Siva!

Kali, qui blesse de désir !

Dourga, serpent de la douceur perfide!

Tentez l'épreuve!

 

Danse et pantomime

 

(Les prêtres jettent de nouveau la poudre surla flamme.

Quand la fumée se dissipe, Kali s'est élancée de la crypte,

agile, tenant un trident. Dourga s'avance, souple, donnant

l'illusion du serpent. Kalientoure de gestes avides la danse

onduleuse de Dourga. Dourga feint de chercher un refuge

auprès des femmes. Toutes la repoussent Une se laisse

fléchir. Dourga, glissant à ses pieds, l'enveloppe de ses

braset la livre au trident de Kali. La femme s'abat, terrifiée.

Les autres femmes se dispersent, poursuivies par Kali.

Elles tombent et jonchent le sol. Alors, Kali et Dourga

tournent autour de Padmâvatîen cercles de plus en

plus serrés. Padmâvatî se lève, sur la défensive. Dourga

veut envelopper les flancs de Padmâvatî, pendant que Kali

s'approche. Mais Padmâvatî, avec un frisson d'horreur

bondit de côté,les mains étendues en signe de conjuration.

Kali et Dourga sont précipitées l'une sur l'autre

et vont s'abattre dans le recoin à droite)

 

LES PRETRES

Dans la nuit flamboyante,

la vie conduite par la Mort!

Filles blanches, Filles noires,

douces, divines, apaisées,

Répandez les fleurs des noces éternelles.

Om bhour! Om bhouvah! On svah!

Om mahah! Om djanah!

Om toupas!Om satyram!

 

Céréminie Funébre

 

(Les quatre filles blanches et les deux filles noires

reparaissent, transfigurées en Apsâras. Elles

s'avancent portent des guirlandes et vont d'abord au

corps du roi, puis à Padmâvatî. L'un et l'autre sont

parés de fleurs. Padmâvatî est conduite par elles

auprès de Ratan-Sen. Elle place la main sur son cœur

et de l'autre main fait un signe sur son front Les rites

des noces funèbres s'accomplissent autour du feu qui

brûle toujours. Cependant, au dehors, on entend des cris)

 

LES GUERRIERS

(au dehors)

Indraya! Indraya namah!

 

LES PRETRES

L'aurore s'est montrée.

Le carnage approche Délivrance! Délivrance!

 

(Le cortège se forme. Les prêtres d'abord, pontant le

brasero allumé, disparaissent dans la crypte en chantant.

La crypte s'éclaire de lueurs rouges, Les prêtres qui

portent le corps du roi y entrent à leur tour)

 

LES PRETRES

Siva! Quand paraît ton éclat,

Le jour se change en nuit,

les apparences s'évaporent!

l'amour rentre dans le néant.

 

(Padmâvatî vient ensuite, conduite par les Apsâras.

Le bûcher flamboie dans la crypte. A l'instant d'entrer,

Padmâvatî a un mouvement d'effroi. Les Apsâras la

soulèvent et la portent doucement.La porte du fond cède.

Le sultan Alaouddin paraît vainqueur dans l'aube pâle.

Les femmes jusque là prosternées à terre, se relèvent,

cherchant à fuir. Alaouddin, arrêtant d'un geste ses

soldats sur le seuil du temple,regarde, immobile,

la fumée qui monte de la crypte. Le rideau tombe

lentement)

 

ACTO  PRIMERO

 

 

(Una plaza en Chitor. Al fondo a la izquierda,

el palacio del Rey precedido por una terraza)

 

Preludio

 

Escena Primera

 

(Gora, luego Badal, el vigía, ciudadanos, guerreros.

Las jóvenes extienden alfombras en el suelo y adornan

las imágenes sagradas con flores. Alegre animación)

 

EL VIGÍA

¡El sultán de los mogoles

pasó por la tercera puerta!

 

(Hombres y mujeres corren asustados)

 

HOMBRES, MUJERES

¡Los mogoles! ¡Los mogoles!

 

UNA MUJER

¡Los mogoles en la ciudad!

¡Ay, qué desgracia!

 

UN GUERRERO

(deteniéndolos)

¡Los mogoles son nuestros amigos!

 

(Gora va hacia el borde de la terraza)

 

GORA

(dirigiéndose a la gente)

¡Guerreros, artesanos, mercaderes

y vosotros, brahmanes, escuchad!

Nuestro antiguo enemigo aparece hoy

en Chitor sin amenazas y sin armas.

Se convertirá bajo juramento

en el hermano de nuestros hermanos,

en el protector de nuestros hogares

y en el vengador de nuestras injurias.

Debemos ir a él con las manos extendidas

y el corazón saltando de alegría,

como la novia al regreso del novio.

 

UN GUERRERO

¡Los mongoles han maldecido a nuestra raza!

 

UN VENDEDOR

¡Desprecian a nuestros dioses!

 

UNA MUJER

¡Mataron a mi hijo!

 

UN ARTESANO

Debemos regocijarnos pues esa es la orden.

 

EL VIGÍA

¡El sultán ha pasado por la cuarta puerta!

 

VOZ EN LA MULTITUD

¡Abran paso! ¡Abran paso al enviado del rey!

 

UN GUERRERO

¡Es el Príncipe Badal!

 

UN ARTESANO

Viene de saludar al sultán extranjero.

 

UN VENDEDOR

¡Su caballo está blanco de espuma!

 

(Badal se baja del caballo)

 

UNA MUJER

Su rostro, aun adolescente, se muestra muy serio.

 

GORA

¿Qué te dijo?

 

BADAL

Palabras halagadoras.

¡Pero de pie, sobre mis estribos,

pude ver como al borde de la llanura

estaba todo su ejército!

 

GORA

¡Su ejército!

 

BADAL

Vi como brillaban sus armas bajo el sol.

 

GORA

¡Oh, traición!

 

BADAL

Y las aguas del río se veían negras...

 

GORA

¿Fueron los elefantes?

 

BADAL

Sí, los elefantes de guerra al pasar.

 

GORA

¡Debemos advertir al Rey!

 

(Badal entra en el palacio)

 

EL VIGÍA

¡El sultán ha pasado por la quinta puerta!

 

UN COMERCIANTE

¡Démonos prisa!

 

UN GUERRERO

¡Se oye el fragor de los tambores!

 

UNA MUJER

Extiende esta alfombra que es más suave

que la hierba de los prados.

 

LAS DONCELLAS

Prudente dios Ganesha,

por favor, acepta estas flores.

Estas rosas de la felicidad,

estos lirios de la constancia,

estos jazmines de la sabiduría,

¡que nunca se marchiten en nuestra ciudad!

 

VOZ EN LA MULTITUD

¡Aquí llegan! ¡Ya están aquí!

 

LOS GUARDIAS

¡Apartaos!

 

VOZ EN LA MULTITUD

¡Pasan sin mirar!

¡Sus rostros parecen máscaras doradas

y el terror se esparce por doquier!

 

Escena Segunda

 

(Los anteriores, más Ratan-Sen, Alaouddin, los

brahmanes, guerreros mongoles. Entrada de la

procesión. Ratan-Sen sale del palacio, hablando en

voz baja con Badal. Entrada de Alaouddin que

avanza hacia Ratan-Sen)

 

ALAOUDDIN

Soberano de un pueblo floreciente,

que tu corazón se deleite siempre

en las límpidas fuentes de la paz.

 

RATAN-SEN

¡Que la victoria ilumine siempre tu rostro!

 

ALAOUDDIN

La blancura de tu ciudad, en la lejanía,

se asemejaba a la luna en el horizonte.

 

RATAN-SEN

El rumor de las batallas

resuena en tus discursos.

 

ALAOUDDIN

Sin embargo, si mis palabras

supieran traducir mis pensamientos,

serían más dulces que el canto del ruiseñor.

 

RATAN-SEN

(presentándole la copa de la alianza)

Esta es la copa de la prosperidad,

los dioses residen en sus bordes,

nuestras sangres unidas serán la ofrenda.

 

GORA

(al brahmán)

¡Nadie debe permanecer aquí

durante el rito de la alianza!

 

ALAOUDDIN

Este brahmán es mi consejero,

unirá sus oraciones a las vuestras.

Pero ¿por qué tanta prisa?

Dejadme admirar las maravillas de este lugar.

 

RATAN-SEN

¿Qué quieres ver?

¿Las flores de mis jardines y las fuentes,

o bien en mi palacio las altas habitaciones donde,

para mi descanso, aprisioné

la eterna sombra de los bosques?

 

ALAOUDDIN

Antes que la belleza de las piedras y de

las estructuras, prefiero la belleza viviente.

 

RATAN-SEN

La prontitud y el vigor de mis guerreros,

¿satisfarán tus expectativas?

 

ALAOUDDIN

¡Tú las superas!

 

Danza de los Guerreros (ballet)

 

ALAOUDDIN

Al ver a estos guerreros saltar como tigres,

¿qué enemigo no temblaría?

Pero un amigo está a tu lado

y te pide un espectáculo más amable.

 

RATAN-SEN

Mis bailarinas te lo darán.

 

Danza de las esclavas

 

ALAOUDDIN

¡Parecen pétalos de rosa girando,

 arrastrados por el viento!

Pero ¡son esclavas extranjeras!

 

RATAN-SEN

La danza está prohibida

para las mujeres de nuestra pueblo...

 

ALAOUDDIN

... prohibido que bailen ante los infieles,

peºro yo ya no soy un infiel,

este brahmán lo puede testificar.

 

EL BRAHMÁN

El señor Alaouddin, sultán de los mogoles,

ha seguido mis consejos

y ahora venera a nuestros dioses.

 

RATAN-SEN

Nunca había sabido de una valentía

unida a tanta previsión.

 

Ballet de las mujeres de palacio

 

ALAOUDDIN

Estas son las mujeres del palacio;

mi corazón está bañado en alegría.

Sus cinturas son como lianas de oro;

y sus ojos, bajo la sombra de sus pestañas,

tienen el fulgor de las lámparas;

y en sus pies llevan serpientes

de hocicos dorados.

 

(Fin del baile. Las mujeres

del palacio salen en procesión)

 

Adivino los nombres de estas bellezas:

esta toma el suyo del cándido jazmín;

esa otra de la perla centellante

y aquella del plácido nenúfar.

¿Ninguna, sin embargo, está consagrada

a la flor de la perfección divina? ¿A la flor del loto,

la  que vuestros sacerdotes llaman Padma?

 

RATAN-SEN

Ninguna...

 

ALAOUDDIN

¿No hay una Padmavati?

 

RATAN-SEN

¿Qué pretendes decir?

 

ALAOUDDIN

El oro se puede encerrar en el fondo de los cofres;

el brillo de los diamantes no escapan

de las bóvedas subterráneas;

pero hay tesoros que esparcen

su fragancia por todas partes,

como flores en la oscuridad.

 

RATAN-SEN

Padmavati, la princesa de Singhal,

es mi legítima esposa.

 

ALAOUDDIN

¿Es ella indigna de su fama?

Habla, brahmán: ¿me has engañado?

 

(Durante el canto del brahmán, Ratan-Sen delibera

en voz baja con Gora y Badal, observado astutamente

por Alaouddin. Ratan-Sen finalmente decide hacer entrar

a Padmâvati. Badal va a dar las órdenes oportunas)

 

EL BRAHMÁN

(con expresión apasionada

y como alucinado)

¡Padmavati es la imagen viva del loto celestial!

¡Padmavati única, pura y soberana!

Ella irradia un perfume tan dulce

que la envuelve el murmullo de abejas invisibles.

Su cuerpo está rodeado de luminosidad.

Padmavati es la suave brisa de los mares

donde flota la tierra.

Sus ojos son las estrellas

del cielo de los inmortales.

Ella se desliza por el aire igual que

un cisne sobre el agua inmóvil de los lagos.

Las flores nacen de su sonrisa.

Padmavati es el sueño del que despertó

el creador de los mundos;

su rostro es el amanecer del Nirvana.

Hacia ella se precipitan los deseos del universo

muriendo ente su presencia.

Su voz es el canto del olvido.

 

(A una señal de Ratan-Sen, Badal entra en el palacio)

 

Escena Tercera

 

(Los anteriores, Padmavati y Nakamti.

Padmavati aparece en un balcón del palacio)

 

NAKAMTI

(separándose del grupo de doncellas)

Se eleva en el cielo donde sueña la primavera,

dominando la tierra oscura con su frente deslumbrante

ahuyenta la noche.

Y la flor despierta,

y el pájaro por ella exhala su canto,

y el bosque por ella emite largos sollozos.

 

VOZ EN LA MULTITUD

Padmavati, ¡oh, reina!

Padmavati, que Shiva te sea favorable,

que Lakshmi conserve tu belleza,

¡oh, hija del reino de Singhal!

¡Oh reina Padmavati, que los dioses te protejan!

 

NAKAMTI

¡Oh, Padmavati! ¡Oh, reina de nuestras noches!

Ten piedad de nosotros y dígnate mirarnos

con tu dulce mirada.

 

ALAOUDDIN

¡El velo! ¡Que se quite el velo!

 

(Ratan-Sen le hace una seña a Padmavati para que

se quite el velo. Ella obedece caminando con desdén,

mientras la gente se postra ante un gesto de Gora.

Alaouddin se levanta como atraído y se deja caer en

su asiento, abrumado. El brahmán se le acerca)

 

No puedo creerlo; ella ha pasado;

me parece estar expirando...

¡La noche ha pasado sobre mis ojos!

 

EL BRAHMÁN

¡Señor, debemos irnos!

 

GORA

¿Y la alianza?

 

EL BRAHMÁN

El pacto es falaz

cuando el corazón está turbado.

 

RATAN-SEN

¿A mi hermano le queda un deseo que yo pueda cumplir?

 

ALAOUDDIN

Estoy abrumado por los remordimientos,

la felicidad y la gratitud.

Mañana regresaré, dueño de mí mismo,

y mi escolta traerá regalos

dignos de vuestros merecimientos.

 

(Alaouddin desciende de la terraza del palacio

apoyándose en el hombro del brahmán mientras

los guardias hacen retroceder a la multitud)

 

VOZ EN LA MULTITUD

¡Huyen, huyen como ladrones!

 

(Un guerrero se desprende de la multitud y se dirige

al Brahmán que se ha quedado al pie de los escalones)

 

UN GUERRERO

¿Quién eres, brahmán?

 

UN ARTESANO

Creo que te vi en Chitor.

 

UN GUERRERO

¿No fuiste expulsado del templo y de la ciudad?

 

UN VENDEDOR

¡Los guardias de palacio te sacaron una mañana

de debajo de las ventanas de la reina!

 

UN GUERRERO

¿Por qué te quedas atrás?

 

(El Brahmán sube los escalones sin contestar)

 

BADAL

Dadme la orden y mi caballo galopará

hasta las puertas de la ciudad.

 

EL BRAHMÁN

¡Oh, hermano de mi Señor! ¿Me permites?

 

BADAL

¿Qué quieres de nosotros?

 

EL BRAHMÁN

Tengo un mensaje...

 

BADAL

¿Un mensaje?

 

EL BRAHMÁN

No me hubiera quedado aquí sin órdenes.

 

(Saluda profundamente)

 

RATAN-SEN

¿Qué esperas para hablar?

 

EL BRAHMÁN

El momento marcado por el destino.

 

BADAL

(empuñando una daga)

¡Habla, o morirás!

 

EL BRAHMÁN

Soy brahmán y mensajero

del sultán de los mogoles.

 

EL VIGÍA

¡El sultán traspasó las murallas de la ciudad!

 

EL BRAHMÁN

Esto es lo que dice el sultán:

Como pacto de amistad,

le pide a su hermano una sola joya,

la joya viva que es la imagen del loto celestial...

 

RATAN-SEN

¡La reina!

 

EL BRAHMÁN

(amenazante)

Si se le niega dicho presente,

vendrá a apoderarse de él por la fuerza.

Su ejército ya ruge alrededor de la ciudad,

como un mar embravecido.

 

RATAN-SEN

¡Preparad mi armadura!

¡Que suene la llamada a la guerra!

Y tú, ve a decirle a tu amo que

 te habría entregado al verdugo

si no estuvieras consagrado a los dioses.

 

(Se retira con Badal)

 

GORA

¡A las armas! ¡A las armas!

 

(Se retira)

 

EL VIGÍA

¡A las armas!

 

LA MULTITUD

¡A las armas! ¡A las armas!

 

UN GUERRERO

¿Eres tú, brahmán,

quien nos trae la guerra?

 

(La multitud rodea al brahmán)

 

EL BRAHMÁN

¡Apartaos, profanos!

 

(desafiando a la multitud

y con creciente exaltación)

 

¡Victoria para Shiva el destructor!

¡La muerte prevalece sobre la vida

y la noche ha sofocado al día!

Los guerreros serán degollados en la llanura;

los niños llorarán de terror;

las mujeres gritarán de dolor;

la ciudad dorada será

un montón de escombros oscuros;

la reina, como una flor de loto,

subirá a la pira de las viudas

y su belleza se reducirá a humo y cenizas,

¡por haber ofendido a los poderes del mal!

 

LA MULTITUD

¡La reina! ¡Ha maldecido a la reina!

¡Matadlo! ¡Matadlo!

 

(La multitud se arroja sobre el brahmán

que desaparece en el remolino)

 

EL BRAHMÁN

(emerge entre la multitud por un

momento con la cara sangrante)

¡La muerte gana! ¡La muerte! ¡La muerte!

 

(La multitud se dispersa, dejando

ver el cadáver del brahmán)

 

Escena Cuarta

 

(Padmavati)

 

UNA VOZ DETRÁS DEL ESCENARIO

¡A las armas! ¡a las armas!

 

(Padmavati aparece y avanza sobre la terraza del palacio)

 

PADMAVATI

¡Es demasiado tarde!...

¡No pude evitar el sacrilegio!

Los dioses ya no me escuchan.

¿Cuál es mi delito?

La plaza está desierta

como la playa arrasada por una ola repentina...

Los hombres afilan las hojas de sus espadas

y las mujeres lloran en el interior

de sus hogares.

Se ha consumado el primer asesinato,

ya se desata la tormenta.

Había entregado mi vida a mi señor

y su deseo era mi pensamiento.

¡Oh dioses, solo tengo una oración:

no me separéis de él!

¡Concededme la muerte en su lugar!

Vivir o morir con mi señor

es igualmente dichoso.

 

 

 

ACTO  SEGUNDO

 

 

(El interior del Templo de Shiva, entre sombras.

Al fondo, la colosal estatua del dios. En la base,

acceso a una cripta. Puertas a ambos lados y al

fondo. Delante, a la izquierda, una losa ensangrentada.

Al frente, a la derecha, un sitial de mármol blanco)

 

Preludio

 

Escena Primera

 

(Padmavati, luego los sacerdotes. Padmavati se apoya

en un pilar, en actitud suplicante. Los sacerdotes están

en la cripta)

 

SACERDOTES

¡Om! ¡Shiva, terror de hombres y dioses!

¡Om! ¡Shiva, cuerpo de llama,

ojos de ceniza!

 

PADMAVATI

¡Shiva, permite que mi voz se una

a esas voces subterráneas!

Nuestros guerreros han caído como mieses

cortadas por la guadaña.

Haciendo un último esfuerzo,

los restos del ejército de Ratan-Sen

abandonaron el luminoso palacio

para refugiarse en este templo funerario.

Se oye a lo lejos el rumor del combate...

¿Será la liberación o el desastre?

 

(Padmavati se oculta, los sacerdotes

salen de la cripta en procesión)

 

SACERDOTES

¡Shiva, cazador de existencias,

proveedor de la muerte!

¡Om! ¡Shiva, hemos erigido

la pira bajo tus pies,

baja tu mirada y deja que el fuego brote!

 

(Forman un círculo alrededor de la losa

a la izquierda, luego se inclinan ante la cripta)

 

SACERDOTES

Sobre la piedra ensangrentada, ¡la muerte!

Sobre la piedra brillante, ¡la vida!

En la noche resplandeciente,

¡la vida conducida por la muerte!

 

PADMAVATI

(acercándose)

¿Qué decís? ¡Responded! Soy vuestra reina.

 

(Los Sacerdotes salen por el lado izquierdo,

sin contestar. Solo el último de ellos se aparta)

 

UN SACERDOTE

Vimos el terrible rostro

sonriendo entre las sombras.

Consultamos a las hijas de Shiva,

primero a las blancas, luego a las negras.

Ellas prometieron, por su parte,

hacer un soberano sacrificio al amanecer.

 

PADMAVATI

¿Qué sacrificio?

 

(con franqueza)

 

¿Tengo que ofrecerme?

 

(Desenvaina hasta la mitad una daga de su cinturón)

 

Ved, el arma está lista.

 

UN SACERDOTE

Habrá más de una víctima.

 

(sale)

 

PADMAVATI

¡Más de una víctima!

El silencio es negro como la tumba.

 

(Lentamente vuelve enfundar la daga en la vaina)

 

Escena Segunda

 

(Padmavati, Ratan-Sen)

 

RATAN-SEN

(Llamando)

¡Padmavati!

 

(Entra, ensangrentado)

 

PADMAVATI

¡Tú! ¡Señor! ¿Herido?

 

RATAN-SEN

Cayó la última defensa.

 

PADMAVATI

¡Mi oración fue en vano!

 

RATAN-SEN

Nos concedieron una tregua hasta el amanecer.

 

PADMAVATI

¿Hasta el amanecer?

 

RATAN-SEN

El sultán fijó ese plazo.

Se vengará destruyendo toda la ciudad

si no cumplo con su deseo.

 

PADMAVATI

Estos son nuestros últimos momentos

en la tierra.

 

(con emoción)

 

¡Oh, tu rostro me transmite felicidad!

 

(Ella lo contempla)

 

RATAN-SEN

¡Padmâvatî!

 

PADMAVATI

¡Es dulce escuchar tu voz de nuevo!

 

RATAN-SEN

¡Padmavati!

La ciudad perecerá.

 

PADMAVATI

¡Moriremos con ella!

 

RATAN-SEN

¡Por nuestra culpa!

 

PADMAVATI

¡Por la voluntad de Shiva!

Tú has cumplido con tu deber.

 

RATAN-SEN

Nuestro deber es más terrible.

 

PADMAVATI

Regresa al combate para morir como un héroe.

 

RATAN-SEN

No es la muerte lo que temo.

 

PADMAVATI

Juro subir contigo a la hoguera.

 

RATAN-SEN

Padmavati, desde lo alto de las terrazas,

¿no escuchaste los gritos de los heridos

y los lamentos de los moribundos?

¿No has visto el cielo ensangrentado

con el rojo del incendio?

 

PADMAVATI

Sabré morir.

 

RATAN-SEN

¡No, debemos vivir!

 

PADMAVATI

(en voz baja, con una sensación de temor)

¿Quieres entregarme?

 

RATAN-SEN

(con insistencia)

¡Padmavati! Piensa en las madres

que verán masacrados a sus hijos.

Piensa en las mujeres

cuyos maridos ya no las defenderán.

Piensa en las doncellas cuyo canto nupcial

será el clamor de la agonía.

 

PADMAVATI

(con indignación)

¡Entregarme viva! ¡A mí! ¡A tu esposa!

¡Oh, mi señor!

Puedes martirizar mi carne con hierro

o con fuego,

puedes quitar la luz a estos ojos

donde tantas veces leíste mi amor,

pero no podrás hacer

que esos ojos soporten la mirada

de otro esposo,

ni que mi carne sufra

el ultraje de los besos del conquistador.

 

RATAN-SEN

¡El maldito amanecer ya está sobre nosotros!

 

PADMAVATI

Cuando salí del reino de Singhal y crucé el mar,

tu pueblo me recibió con alegría

y viví feliz en tus palacios.

¿Acaso mis abrazos no sellaron

nuestra unión eterna?

Y cuando sobre mi pecho

apoyaste tu cabeza cansada, ¡oh, mi señor!

¿pudiste dudar que la misma noche fúnebre

nos vería a ambos entrar

en el vacío divino?

 

RATAN-SEN

¡Padmavati, el sol pronto reaparecerá

y el horror de la masacre llegará con él!

Le prometí a Shiva que salvaría a mi pueblo.

 

PADMAVATI

¡Sacrilegio! Frente al fuego sagrado del hogar,

pusiste tu mano sobre mi corazón

y trazaste sobre mi frente

el signo de la posesión.

¡Quien rompa tal vínculo

renacerá como una bestia inmunda!

 

RATAN-SEN

¡Tomo sobre mí la expiación!

 

PADMAVATI

No quiero que tu alma

cargue con semejante pecado.

 

RATAN-SEN

(tomando su mano)

¡Me debes obediencia!

 

PADMAVATI

(ella saca su daga)

¡Prefiero verte muerto que culpable!

 

RATAN-SEN

¡Ven!

 

PADMAVATI

¡Protégenos, Shiva!

 

(Apuñala a Ratan-Sen que se tambalea)

 

RATAN-SEN

¡Ay! ¿Qué hiciste?

 

(Él cae)

 

¿Dónde estás?

 

PADMAVATI

(arrodillándose a su lado)

No te estoy dejando, la muerte nos unirá.

 

(él muere. Ella se levanta y corre hacia la puerta

de la izquierda, luego hacia la de la derecha)

 

¡Sacerdotes venid,

dos víctimas os esperan!

¡Apresuraos, hermanas mías, a cumplir el rito final!

 

Escena Tercera

 

(Padmavati, los sacerdotes, las damas del

palacio, luego los Seis Mensajeros de Shiva,

convocados por los sacerdotes que entran por

la puerta de la izquierda. Padmavati se inclina

en silencio. Luego entran las mujeres, cubiertas

con velos. Los sacerdotes llevan el cuerpo de

Ratan-Sen hacia la izquierda. Las mujeres se

agolpan alrededor dePadmavati)

 

PADMAVATI

¡Oh, mis fieles hermanas,

no lloréis por mí,

ya nada me queda en el mundo!

Mis ojos verán, sin temor, brillar en la hora

suprema, la mirada ardiente de la diosa Kali.

 

(De dos en dos, las mujeres le entregan la peineta,

el espejo, el collar de perlas y el velo de novia)

 

Peineta que cayó en la primera noche;

espejo que unió nuestras imágenes;

perlas cuyo vuelo acariciante interrogué;

velo con que mi ternura se animó.

El sol está muerto.

En la noche oscura,

escucho la voz confusa de las estrellas.

Mi alma me abandona.

 

(Los sacerdotes, habiendo terminado el baño ritual,

se alinean en el fondo y comienzan los conjuros.

Las mujeres permanecen alrededor de Padmavati)

 

SACERDOTES

¡Sobre la piedra ensangrentada, la muerte!

Las blancas hijas de Shiva, ¡Prithivi! ¡Parvati!

¡Ouma! ¡Gauri! Vosotras que os sacias

con la muerte, buscad a vuestra víctima.

 

Pantomima

 

(Encienden fuego en un brasero y echan sobre

las llamas un polvo que despide abundante humo.

Cuando el humo se disipa, vemos aparecer,

desprendiéndose de la pared, cuatro figuras

blancas, que como vampiros avanzan olfateando

sangre. Descubren el cadáver y son ahuyentadas

por los sacerdotes. Las dos primeras se acercan

más y giran alrededor de los sacerdotes. Empujadas

hacia atrás, caerán a un lado. Las otras dos las

imitan. Padmavati y las mujeres miran hacia otro

lado)

 

SACERDOTES

¡Sobre la piedra brillante, la vida!

¡Las hijas negras de Shiva!

¡Kali, que hiere con el deseo!

¡Durga, la serpiente de pérfida dulzura!

¡Realizad la prueba!

 

Danza y pantomima

 

(Los sacerdotes vuelven a arrojar polvo sobre las llamas.

Cuando el humo se disipa, la diosa Kali ha salido de la

cripta, sosteniendo un tridente. La diosa Durga avanza,

sinuosamente, provocando la ilusión de ser una serpiente.

Kali circunda a la ondulante de Durga con ávidos gestos.

Durga finge buscar refugio entre las mujeres. Todas la

rechazan, pero una se deja atrapar. Durga, deslizándose

a sus pies, la rodea con sus brazos y la entrega al

tridente de Kali. La mujer se desploma, aterrorizada.

Las otras mujeres se dispersan, perseguidas por Kali.

Entonces Kali y Durga giran alrededor de Padmâvatî

en círculos cada vez más estrechos. Padmâvatî se levanta,

a la defensiva. Durga quiere rodear a Padmâvatî,

mientras Kali se acerca, pero Padmâvatî, con un

estremecimiento de terror, salta a un lado, con las manos

extendidas en señal de conjuro. Kali y Durga se abalanzan

una sobre la otra y caen rodando)

 

SACERDOTES

En la noche resplandeciente,

¡la vida es conducida por la muerte!

Hijas blancas, hijas negras,

dulces, divinas, pacíficas,

¡esparcid las flores de las bodas eternas!

¡Om bhora! ¡Om bhuvah! ¡On svah!

¡Oh maha! ¡Om djanah!

¡Om tupas! ¡Om satiram!

 

Ceremonia fúnebre

 

(Reaparecen las cuatro figuras blancas y las dos figuras

negras, transfiguradas en Apsaras. Se adelantan con

guirnaldas y van al cuerpo del rey, luego a Padmavati.

Ambos quedan adornados con flores. Padmavati es

conducida junto a Ratan-Sen. Ella se lleva una mano al

corazón y con la otra mano hace un signo sobre la frente.

Los ritos de las bodas fúnebres se cumplen alrededor del

fuego que aún arde. Mientras tanto, afuera, se escuchan

gritos)

 

LOS GUERREROS

(desde el exterior)

¡Indraya! ¡Indraya namah!

 

SACERDOTES

¡Ha aparecido el alba!

¡La masacre acerca la liberación! ¡Liberación!

 

(Se forma la procesión. Primero los sacerdotes, pasan

sobre el brasero encendido y desaparecen cantando

en la cripta que se ilumina con luces rojas; luego

entran los sacerdotes que transportan el cuerpo del rey)

 

SACERDOTES

¡Shiva, cuando aparece tu resplandor,

el día se convierte en noche!

¡Las apariencias se desvanecen

y el amor cae en la nada!

 

(Padmavati entra a continuación, conducida

por las Apsaras. La pira arde dentro de la cripta.

En el momento de entrar, Padmavati hace un gesto

de terror. Las Apsaras la levantan y la sostienen. La

puerta del fondo cede. El sultán Alaouddin aparece

victorioso a la luz del pálido amanecer. Las mujeres,

hasta entonces postradas en el suelo, se levantan

tratando de huir. Alaouddin, deteniendo a sus soldados

con un gesto en el umbral del templo, observa, inmóvil,

el humo que sale de la cripta. El telón cae lentamente)

 

 

 

Digitalizado y traducido por:

José Luis Roviaro 2022