ACTE  QUATRIÈME  
                     (Antonia)


(A Munich chez Crespel. 
Une chambre bizarrement meublée. 
A droite un clavecin. A gauche, canapé 
et fauteuil. Violons suspendus au mur. 
Au fond, deux portes en pan coupé. Sur 
le premier plan, à gauche, une fenêtre 
en pan coupe formant un enfoncement et 
donnant sur un balcon. Soleil couchant. 
Au fond, entre les deux portes, un grand
portrait de femme accroché au mur. Au
lever du rideau Antonia, assise, chante
et s'accompagne au clavecin)

ANTONIA
Elle a fui, la tourterelle...

(s'arrêtant de chanter) 

Ah! souvenir trop doux! 
image trop cruelle! 
Hélas! à mes genoux, 
je l'entends, je le vois! 

(se remettant à chanter) 

Elle a fui, la tourterelle, 
elle a fui loin de toi! 
Mais elle est toujours fidèle 
et te garde sa foi. 
Mon bien-aimé, ma voix t'appelle, 
oui, tout mon cur est á toi. 
Chère fleur qui viens d'éclore, 
par pitié, réponds-moi, 
toi qui sais s'il m'aime encore, 
s'il me garde sa foi... 
Mon bien-aimé, ma voix t'implore. 
Ah! que ton cur vienne à moi! 

(Elle se laisse tomber sur la 
chaise qui est devant le clavecin.) 

CRESPEL
(entrant)
Malheureuse enfant, fille bien-aimée. 
Tu m'avais promis de ne plus chanter. 

ANTONIA
Ma mère s'était en moi ranimée; 
Mon cur en chantant croyait l'écouter. 

CRESPEL
C'est là mon tourment. 
Ta mère chérie t'a légué sa voix, 
regrets superflus! 
Par toi je l'entends. 
Non... non... je t'en prie. 

ANTONIA
(tristement)
Votre Antonia ne chantera plus!... 

(Elle sort lentement.) 

CRESPEL
Désespoir!... 
Tout à l'heure encore 
je voyais ces taches de feu 
colorer son visage, Dieu! 
Perdrai-je l'enfant que j'adore? 
Ah! cet Hoffmann... C'est lui 
qui jeta dans son cur ces ivresses... 
J'ai fui jusqu'au Munich... 

FRANZ
(entrant)
On vous attend, monsieur.

CRESPEL
C'est bien... mon chapeau?
Toi, Franz, n'ouvre á personne. 

FRANZ
(fausse sortie)
Vous croyez... 

CRESPEL
Où vas-tu?... 

FRANZ
Je vais voir si l'on sonne. 
Comme vous avez dit... 

CRESPEL
J'ai dit: n'ouvre á personne! 

(criant) 

A personne! Entends-tu, cette fois? 

FRANZ
Eh! mon Dieu! je ne suis pas sourd!

CRESPEL
Bien! que te diable t'emporte! 

FRANZ
Oui, monsieur, la clef sur la porte. 

CRESPEL
Bélître! Ane bâté! 

FRANZ
C'est convenu. 

CRESPEL
Morbleu! 

(I1 sort vivement. Franz va 
refermer la porte et redescend) 

FRANZ
Eh bien! Quoi! toujours en colère! 
Bizarre! quinteux! exigeant! 
Ah! l'on a du mal à lui plaire 
pour son argent... 
Jour et nuit je me mets en quatre, 
au moindre signe je me tais, 
c'est tout comme si je chantais, 
encore non, si je chantais, 
de ses mépris il lui faudrait rabattre. 
Je chante seul quelque fois; 
mais chanter n'est pas commode! 
Tra la la! la la! 
Ce n'est pourtant pas la voix 
la la la 
qui me fait défaut, je crois. 
La la, la la!... 

(sa voix se casse)

...la la la! 
Non! c'est la méthode, c'est la méthode! 
Tra la la! la la! 
Dame! on n'a pas tout en partage. 
Je chante pitoyablement; 
mais je danse agréablement 
je me le dis sans compliment. 
Corbleu! la danse est à mon avantage, 
c'est là mon plus grand attrait, 
et danser n'est pas commode. 

(tout en dansant)

Tra la la! la la! 
Prés des femmes 
te jarret 
la la la 
n'est pas ce qui me nuirait. 
La la, la la!... 

(I1 cabriole en frappant du pied, 
tombe, mais continue à chanter.)

... la la la! 
Non, c'est la méthode, c'est la méthode! 
Tra la la! 

HOFFMANN
(paraît à la porte du fond)
Franz!... C'est ici! 

CUARTO  ACTO 
                   (Antonia)


(En Munich, en la casa de Crespel.
Una habitación con extraño
mobiliario. A la derecha, un
clavicordio. A la izquierda, sofá 
y sillón. Violines suspendidos de 
las paredes. En primer plano una
ventana se abre sobre un balcón. 
Sol poniente. Al fondo, entre las dos
puertas, un gran retrato de mujer
colgado de la pared. Al levantarse 
el telón, Antonia, sentada, canta y se
acompaña con el clavicordio)

ANTONIA
La tórtola ha huido...

(Deja de cantar.) 

¡Ah! ¡Recuerdo demasiado dulce! 
¡Imagen demasiado cruel! 
¡Ay! De rodillas ante mí 
¡sigo viéndolo, oyéndolo! 

(Volviendo a cantar) 

La tórtola ha huido. 
¡Ha huido lejos de ti! 
Pero es siempre fiel 
y conserva su fe. 
Mi bien amado, mi voz te llama, sí,
todo mi corazón es tuyo. 
Querida flor que acabas de abrirte, 
por piedad, respóndeme, 
tú que sabes si me ama todavía, 
si conserva su fe en mí... 
Mi bien amado, mi voz te implora.
¡Ah! ¡Que tu corazón venga a mí! 

(Se deja caer en una silla que está
delante del clavicordio.) 

CRESPEL
(entra)
¡Desdichada niña! Hija bien amada. 
Me habías prometido no cantar más.

ANTONIA
El cantar me recuerda a mi madre. 
Mi corazón cree escucharla. 

CRESPEL
Ese es mi tormento. 
Tu querida madre te legó su voz...
¡Penosos recuerdos! 
Por ti yo la oigo. 
¡No, no... Te lo ruego!

ANTONIA
(tristemente)
¡Vuestra Antonia no cantará más!... 

(Sale lentamente.) 

CRESPEL
¡Ay de mí... hace un momento 
aún veía esas manchas de fuego
colorear su rostro. ¡Dios! 
¿Perderé a la niña que adoro? 
¡Ah! Ese Hoffmann... 
Es él quien puso en su corazón 
esa embriaguez... 
He huido hasta Munich... 

FRANZ
(entrando)
Señor, lo están esperando.

CRESPEL
Bien, me marcho... ¿mi sombrero?
Tú, Franz, no abras a nadie. 

FRANZ
(apunto de salir)
Creéis... 

CRESPEL
¿Adónde vas?... 

FRANZ
Voy a ver si llaman. 
Como habéis dicho... 

CRESPEL
¡He dicho que no abras a nadie! 

(Gritando.) 

¡A nadie! ¿Entiendes ahora? 

FRANZ
¡Dios mío ! ¡Que no soy sordo! 

CRESPEL
Bien, ¡que el diablo te ampare! 

FRANZ
Sí, señor, en la puerta está la llave.

CRESPEL
¡Bellaco! ¡Animal! 

FRANZ
De acuerdo. 

CRESPEL
¡Vete al diablo!

(Sale vivamente. Franz va a cerrar 
la puerta y vuelve a bajar.) 

FRANZ
¡Siempre colérico! ¡Extraño!
¡Caprichoso! ¡Exigente! 
¡Cómo cuesta servirle por su dinero...!
¡Día y noche me divido en cuatro, 
a la menor señal me callo, 
es lo mismo que si cantara!
No porque... si yo cantara
él me abatiría con su desprecio. 
Yo canto, a veces,
cuando estoy solo 
¡pero cantar no es fácil! 
¡Tra, la, la! ¡La, la!... 
No es sin embargo la voz 
...la, la, la,
lo que me falta, yo creo. 
...la, la, la,

(su voz se quiebra)

... la, la, la!
¡No, es la técnica, me falta técnica!
La, la, la!
¡Vaya! No se puede poseer todo.
Canto lastimosamente, 
pero bailo agradablemente. 
Lo digo sin exagerar. 
¡Cierto! La danza es mi fuerte, 
mi mayor atractivo. 
Y bailar no es nada fácil.

(bailando.)

¡Tra, la, la! ¡La, la! 
Para gustar a las mujeres, 
unas buenas piernas... 
¡La, la, la!... 
..no me viene nada mal. 
¡La, la, la!... 

(Da vueltas golpeando con el pie,
cae, pero sigue cantando.)

...¡La, la, la! 
¡No, es la técnica, me falta técnica!
¡Tra, la, la! 

HOFFMANN
(aparece por la puerta del fondo)
¡Ahí está Franz!...

(I1 descend en scène, touchant 
l'épaule de Franz.) 

Debout, l'ami. 

FRANZ
Hein! qui va là? 

(I1 se relève surpris.)

Monsieur Hoffmann! 

HOFFMANN
Moi-même! Eh bien, Antonia? 

FRANZ
Il est sorti, monsieur. 

HOFFMANN
(riant)
Ha! ha! 
plus sourd encore Que l'an passé?... 

FRANZ
Monsieur m'honore.
Je me porte bien, grâce au ciel. 

HOFFMANN
¡Je te parle d'Antonia!... 
Va!... 
fais que je la voie! 

(Franz sort.) 

HOFFMANN
Voilà son clavecin.

(s'asseyant devant le clavecin 
et s'accompagnant)

C'est une chanson d'amour 
qui s'envole, 
triste ou folle tour à tour! ... 

ANTONIA
(rentrant précipitamment en scène):
Hoffmann! 

HOFFMANN
Antonia! 

ANTONIA
Ah! je le savais bien que tu m'aimais encore! 

HOFFMANN
Mon cur m'avait bien dit 
que j'étais regretté! 
J'ai le bonheur dans l'âme! 
Demain tu seras ma femme. 
Heureux époux, l'avenir est à nous! 

ANTONIA
J'ai le bonheur dans l'âme! 
Demain je serai ta femme! 
Heureux époux, l'avenir est à nous! 

TOUS LES DEUX
Á l'amour soyons fidèles! 
Que ses chaînes éternelles, ah, 
gardent nos curs, 
du temps même vainqueurs! 

HOFFMANN
Pourtant, ô ma fiancée, 
te dirai-je une pensée, 
qui me trouble malgré moi? 
La musique m'inspire 
un peu de jalousie, 
tu l'aimes trop! 

ANTONIA
Voyez l'étrange fantaisie! 
T'aimes-je donc pour elle, 
ou l'aimes-je pour toi? 
Car toi tu ne vas pas me défendre de chanter,
comme a fait mon père? 

HOFFMANN
Que dis-tu? 

ANTONIA
Oui, mon père, à présent, 
m'impose la vertu du silence. 
Veux-tu m'entendre?

HOFFMANN
C'est étrange! Est-ce donc... 

ANTONIA
Viens là, comme autrefois. Viens là. 
Ecoute, et tu verras si j'ai perdu ma voix. 

HOFFMANN
Comme ton il s'anime 
et comme ta main terrible! 

ANTONIA
(l'obligeant à s'asseoir au clavecin)
Tiens, ce doux chant d'amour 
que nous chantions ensemble. 

HOFFMANN
Ce doux chant d'amour... 

ANTONIA
... que nous chantions ensemble! 

HOFFMANN
Ensemble! 

ANTONIA
C'est une chanson d'amour 
qui s'envole triste ou folle tour á tour! 
C'est une chanson, etc. 
La rose nouvelle sourit au printemps. 
Las! combien de temps vivra-t-elle? 
Ah!... ... Ah! 

TOUS LES DEUX
C'est une chanson d'amour, 
qui s'envole triste! 
Triste ou folle, 
qui s'envole triste ou folle tour à tour! 
C'est une chanson d'amour!

HOFFMANN
Un rayon de flamme pare ta beauté. 
Verras-tu l'été, fleur de l'âme? 

TOUS LES DEUX
C'est une, chanson d'amour qui s'envole,
triste ou folle Tour à tour. 
C'est une chanson d'amour. 

HOFFMANN
(comme Antonia porte la main à son cur et 
semble sur le point de défaillir)
Qu'as-tu donc! Tu souffres... 

ANTONIA
Non, ce n'est rien! 

HOFFMANN
Chut! 

ANTONIA
(en sen allant)
Ciel! mon père! Viens! 

HOFFMANN
Non! 
je saurai le mot de ce mystère. 

(il se cache dans l'enfoncement 
de la fenêtre, Crespel paraît.) 

CRESPEL
(regardant autour de lui)
Non rien! 
J'ai cru qu'Hoffmann était ici. 
Puise-t-il être au diable! 

(entra en escena y acercándose toca 
el hombro de Franz.) 

¡En pie, amigo!

FRANZ
¡Eh! ¿Quién está allí? 

(Se levanta sorprendido.)

¡Señor Hoffmann! 

HOFFMANN
¡El mismo! ¿Y Antonia? 

FRANZ
El acaba de salir, señor. 

HOFFMANN
(riendo)
¡Ja, ja! 
¿Más sordo aún que el año pasado?... 

FRANZ
Señor, me honráis. 
Me siento muy bien, gracias a Dios. 

HOFFMANN
¡Te estoy preguntando 
por la señorita Antonia!... 
¡Ve!... ¡Dile que estoy aquí! 

(Franz sale.) 

HOFFMANN
Ahí está su clavecín.

(sentándose ante el clavicordio 
y acompañándose con él)

¡Es una canción de amor 
que se eleva, 
triste o radiante alternativamente!... 

ANTONIA
(entrando precipitadamente)
¡Hoffmann! 

HOFFMANN
¡Antonia! 

ANTONIA
¡Ah! ¡Sabía que aún me amabas! 

HOFFMANN
¡Bien me decía mi corazón 
que me esperabas! 
¡Mi alma está feliz! 
Mañana serás mi esposa. 
¡Feliz pareja, el futuro es nuestro! 

ANTONIA
¡Mi alma está feliz! 
Mañana seré tu esposa. 
¡Feliz pareja, el futuro es nuestro! 

AMBOS
¡Seamos fieles al amor! 
¡Que sus eternas cadenas, ah,
hagan que nuestros corazones salgan
victoriosos del paso del tiempo! 

HOFFMANN
No obstante, 
¡oh!, novia mía, 
te confesaré un pensamiento 
que me perturba a mi pesar. 
¡La música me inspira celos, 
la amas demasiado! 

ANTONIA
¡Qué extraña idea! 
¿Te amo pues por ella, 
o la amo a ella por ti? 
¿Vas, pues, a prohibirme cantar, 
como ha hecho mi padre? 

HOFFMANN
¿Qué dices? 

ANTONIA
Sí, mi padre, por el momento, 
me impone la virtud del silencio. 
¿Te gustaría escucharme? 

HOFFMANN
¡Qué extraño! Podría ser... 

ANTONIA
Ven aquí como antaño. Ven aquí.
Escucha y verás si he perdido mi voz.

HOFFMANN
¡Cómo se animan tus ojos 
y cómo tiembla tu mano! 

ANTONIA
(Obligándolo a sentarse al clavecín)
Escucha este dulce canto de amor 
que cantábamos juntos. 

HOFFMANN
Ese dulce canto de amor... 

ANTONIA
... ¡que cantábamos juntos! 

HOFFMANN
¡Juntos! 

ANTONIA
¡Es una canción de amor que se eleva,
triste o radiante alternativamente!... 
Es una canción, etc. 
La nueva rosa sonríe a la primavera.
¡Ay! ¿Cuánto tiempo vivirá? 
¡Ah!... ... ¡Ah! 

AMBOS 
¡Es una canción de amor 
que se eleva triste! 
¡Triste o radiante, 
se eleva alternativamente! 
¡Es una canción de amor! 

HOFFMANN
Un rayo de luz nimba tu belleza.
¿Verás el verano, flor del alma? 

AMBOS
¡Es una canción de amor que se eleva,
triste o radiante alternativamente!... 
Es una canción de amor. 

HOFFMANN
(Antonia se lleva la mano al corazón
y parece estar a punto de desfallecer)
¿Qué tienes? Estás sufriendo... 

ANTONIA
¡No, no es nada! 

HOFFMANN
¡Chist! 

ANTONIA
(saliendo)
¡Cielos! ¡Mi padre! ¡Ven! 

HOFFMANN
¡No! 
Conoceré el secreto de este misterio. 

(Se oculta en el hueco de 
la ventana, aparece Crespel) 

CRESPEL
(mirando a su alrededor)
¡No, no hay nadie!
Pensé que Hoffmann estaba aquí.
¡Ojalá estuviese en el infierno! 

HOFFMANN
(à part)
Grand merci! 

FRANZ
(entrant, à Crespel)
Monsieur! 

CRESPEL
Quoi? 

FRANZ
Le docteur Miracle. 

CRESPEL
Drôle! ... infâme! 
Ferme vite la porte!

FRANZ
Oui, monsieur, médecin... 

CRESPEL
Lui! médecin? Non, sur mon âme, 
Un fossoyeur, un assassin! 
Qui me tuerait ma fille après ma femme.
J'entends le cliquetis 
de ses flacons dans l'air. 
Loin de moi qu'on te chasse. 

MIRACLE
(paraît subitement)
Ha! ha! ha! ha! 

CRESPEL
Enfin! 

MIRACLE
Eh bien! me voilà! c'est moi-même. 
Ce bon monsieur Crespel, je l'aime! 
Où donne est-il? 

CRESPEL
(l'arrêtant)
Morbleu! 

MIRACLE
Ha! ha! ha! ha! 
Je cherchais votre Antonia! 
Eh bien, ce mal qu'elle hérita de sa mère?
Toujours en progrès? chère belle. 
Nous la guérirons. Menez-moi près d'elle. 

CRESPEL
Pour l'assassiner!... Si tu fais un pas, 
Je te jette par la fenêtre. 

MIRACLE
Eh! là! tout doux! Je ne veux pas 
Vous déplaire. 

(il avance un fauteuil)

CRESPEL
(tout en s'asseyant: à Miracle)
Allons, parle, et sois bref! 

MIRACLE
Pour conjurer le danger, 
il faut le reconnaître. 

HOFFMANN
(à part)
L'effroi me pénètre. 

CRESPEL
(à part)
L'effroi me pénètre. 

MIRACLE
Laissez-moi l'interroger! 

(étendant la main vers la 
porte de la chambre d'Antonia)

À mon pouvoir vainqueur 
cède de bonne grâce!... Viens! 

HOFFMANN, CRESPEL
D'épouvante...et d'horreur 

MIRACLE
Près de moi sans terreur... 

HOFFMANN, CRESPEL
... tout mon être se glace! 

MIRACLE
...viens ici prendre... ... place! 
Á mon pouvoir vainqueur cède sans terreur! 

HOFFMANN, CRESPEL
Une étrange terreur 
m'enchaîne à cette place! J'ai peur! 

(Miracle continue à se livrer a ses gestes
hypnotiques. Miracle semble prendre par la
main une personne invisible la conduire
au fauteuil qu'il a préalablement avancé) 

MIRACLE
Veuillez vous asseoir là! 

CRESPEL
(perplexe)
Je suis assis! 

MIRACLE
(feignant d'ignorer Crespel)
Quel âge avez-vous, je vous prie? 

CRESPEL
Qui? moi? 

MIRACLE
(a Crespel)
Je parle à votre enfant. 

HOFFMANN
Antonia? 

MIRACLE
Quel âge? 
répondez, je le veux! 

(on dirait qu'il écoute.) 

Vingt ans! 
Le printemps de la vie! 
Voyons, voyons, la main! 

CRESPEL
La Main? 

MIRACLE
(sortant la montre de son gousset et
 agissant comme s'il était en train de
prendre le pouls de l'invisible Antonia)
Chut! Laisse- moi compter. 

HOFFMANN
Dieu! 
Suis-je le jouet d'un rêve? 
Est-ce un fantôme? 

MIRACLE
Le pouls est inégal et vif, 
mauvais symptôme!...
Chantez! 

CRESPEL
Non, non, tais-toi! ne la fais pas chanter! 

MIRACLE
Chantez! 

LA VOIX D'ANTONIA
(faisant des trilíes)
Ah! Ah! 

MIRACLE
Voyez, 
son front s'anime et son regard flamboie; 
elle porte la main à son cur agité! 

HOFFMANN
(aparte)
¡Muchas gracias! 

FRANZ
(entrando, a Crespel)
¡Señor! 

CRESPEL
¿Qué? 

FRANZ
El doctor Miracle. 

CRESPEL
¡Truhán!... ¡Infame! 
Cierra rápido la puerta. 

FRANZ
Sí, señor, el médico... 

CRESPEL
¡Él! ¿Médico? ¡No, por mi alma! 
¡Un enterrador! ¡Un asesino! 
Que matará a mi hija 
después de haber matado a mi mujer.
Oigo el ruido de sus frascos. 
¡Ojalá los arrojara lejos de aquí! 

MIRACLE
(aparece súbitamente)
¡Ja! ¡Ja! ¡Ja! ¡Ja! 

CRESPEL
¡Paciencia! 

MIRACLE
¡Y bien! ¡Heme aquí, soy yo!
¡Señor Crespel, buen amigo! 
¿Dónde está?... 

CRESPEL
(deteniéndolo)
¡Demonios! 

MIRACLE
¡Ja! ¡Ja! ¡Ja! 
¡Busco a vuestra Antonia! 
El mal lo heredó de su madre.
¿Cómo se encuentra la querida niña?
La curaremos. Llevadme junto a ella. 

CRESPEL
¡Para asesinarla!... Si dais un paso, 
os arrojo por la ventana. 

MIRACLE
¡Eh! ¡Tranquilizaos! ¡Por favor!
No quiero disgustaros. 

(Acerca un sillón.) 

CRESPEL
(mientras se sienta, a Miracle)
¡Vamos! ¡Hablad y sed breve! 

MIRACLE
Para prevenir el peligro 
es necesario que la examine. 

HOFFMANN
(aparte)
El terror me penetra. 

CRESPEL
(aparte)
El terror me penetra. 

MIRACLE
¡Dejadme que hable con ella! 

(señalando hacia, la puerta
de la habitación de Antonia)

¡Cede gustosa a mi férrea voluntad!...
Ven... 

HOFFMANN, CRESPEL
De espanto... y de horror. 

MIRACLE
...junto a mí, sin temor... 

HOFFMANN, CRESPEL
... ¡todo mi ser se hiela!

MIRACLE
... ven aquí a tomar... asiento. 
¡Cede sin temor a mi férrea voluntad! 

HOFFMANN, CRESPEL
¡Un extraño terror me encadena 
a este sitio! ¡Tengo miedo! 

(Miracle continúa haciendo gestos
hipnóticos. Parece tomar por la mano
a una persona invisible y conducirla
hasta el sillón) 

MIRACLE
¡Tened a bien sentaros aquí!

CRESPEL
(perplejo)
¡Pero si ya estoy sentado! 

MIRACLE
(fingiendo ignorar a Crespel)
¿Qué edad tenéis, por favor? 

CRESPEL
¿Quién? ¿Yo? 

MIRACLE
(a Crespel)
Estoy hablando a vuestra hija. 

HOFFMANN
¿Antonia? 

MIRACLE
¿Qué edad tenéis? 
¡Quiero que respondáis!

(Parece escuchar)

¡Veinte años! 
¡La primavera de la vida! 
¡Veamos, veamos dadme la mano! 

CRESPEL
¿La mano? 

MIRACLE
(saca el reloj de su bolsillo y actúa
como si tomara el pulso de la
invisible Antonia)
¡Chist! Dejadme contar. 

HOFFMANN
¡Dios! 
¿Estoy siendo juguete de un sueño? 
¿Es un fantasma? 

MIRACLE
El pulso es desigual y acelerado, 
¡mal síntoma!...
¡Cantad! 

CRESPEL
¡No, no, cállese! ¡No la haga cantar! 

MIRACLE
¡Cantad! 

LA VOZ DE ANTONIA
(haciendo trinos)
¡Ah! ¡Ah! 

MIRACLE
¿Veis? 
Su rostro se anima y su mirada brilla.
Se lleva la mano a su agitado corazón. 

(on dirait qu'il regarde attentivement
Antonia se diriger vers sa chambre)

CRESPEL
Que dit-il? 

MIRACLE
Il serait dommage en vérité, 
de laisser à la mort une si belle proie! 

CRESPEL
Tais-toi, tais-toi! 

MIRACLE
Si vous voulez accepter mon secours, 
si vous voulez sauver ses jours, 
j'ai là certains flacons 
que je tiens en réserve... 

(Il se met en devoir de retirer de son sac les
bouteilles qu'il se met alors à faire tinter
les unes les autres comme des castagnettes.) 

CRESPEL
Tais-toi! 

MIRACLE
 ... dont ii faudrait... 

CRESPEL
Tais-toi! 
Dieu me préserve d'écouter tes conseils,
misérable assassin! 

MIRACLE
... dont il faudrait, chaque matin... 

(s'interrompant pour rassurer Antonia) 

Eh oui! je vous entends! Tout á l'heure!
Un instant! 

(s'adressant encore une fois à Crespel) 

Des flacons! pauvre père, 
vous en serez, j'espère... 

CRESPEL
Va-t'en! 

MIRACLE
... content... 

CRESPEL
Va-t'en... 
...loin de moi, Satan! 
Redoute la coltre et la douleur d'un père!
Va-t'en, Satan, va-t'en, 
hors de chez moi! 
Redoute la colère, 
Crains la douleur d'un père! Va-t'en! 

HOFFMANN
Antonia! A la mort qui t'attend 
je saurai, pauvre enfant, 
t'arracher, je l'espère! 
Tu ris en vain d'un père, Satan! 

MIRACLE
... ah! bien content! Ah! 

(s'adressant à l'invisible Antonia) 

Eh oui, je vous entends! 
Tout à l'heure! un instant! 

(se tournant une fois de plus vers Crespel) 

Des flacons, pauvre père, 
vous en serez content! 

(s'adressant de nouveau à Antonia) 

Eh oui, je vous entends! Oui, tout à l'heure. 

(pas le moins du monde déconcerté, poursuivant)

Des flacons, pauvre père, vous en serez 
J'espère, content... 

CRESPEL
Va-t'en! va-t'en! 

MIRACLE
... chaque matin... 

CRESPEL
Va-t'en! va-t'en! 

(Il pousse Miracle dehors, par 
la porte du fond et la referme sur lui.) 
Ils disparaissent ensemble.)

HOFFMANN
(redescend en scène)
 Ne plus chanter! hélas! 
Comment obtenir d'elle 
un pareil sacrifice? 

ANTONIA
(paraît)
Eh bien? Mon père, qu'a-t-il dit? 

HOFFMANN
Ne me demande rien, 
plus tard tu sauras tout; une route nouvelle
s'ouvre à nous, mon Antonia!... 
Pour y suivre mes pas, 
chasse de ta mémoire 
ces rêves d'avenir, 
de succès et de gloire 
que ton cur au mien confia. 

ANTONIA 
Mais toi-même? 

HOFFMANN
L'amour tous les deux nous convie, 
tout ce qui n'est pas toi 
n'est plus rien dans ma vie. 

ANTONIA
Tiens donc! Voici ma main! 

HOFFMANN
Ah, chère Antonia! 
Pourrai-je reconnaître 
ce que tu fais pour moi? 

(Il lui baise les mains.) 

Ecoute! On monte l'escalier...
Ton père va peut-être revenir, 
je te quitte... à demain! 

ANTONIA
A demain! 

(Hoffmann sort)

ANTONIA
De mon père aisément 
il s'est fait le complice! 
Allons, les pleurs sont superflus, 
Je l'ai promis, je ne chanterai plus. 

(Elle se laisse tomber sur un fauteuil) 

MIRACLE
(apparaissant soudain derrière elle)
Tu ne chanteras plus? 
Sais-tu quel sacrifice s'impose ta jeunesse,
et l'as-tu mesuré? 
La grâce, la beauté, le tâtent, 
don sacré, tous ces biens 
que le ciel t'a livrés en partage 
faut-il les enfouir 
dans l'ombre d'un ménage?
N'as-tu pas entendu, 
dans un rêve orgueilleux 
ainsi qu'une forêt par le vent balancée, 
ce doux frémissement de la foule pressée 
qui murmure ton nom 
et qui te suit des yeux? 
Voilà l'ardente joie 
et la fête éternelle que tes vingt ans en fleur
sont près d'abandonner, 
pour les plaisirs bourgeois 
où l'on veut t'enchaîner 
et des marmots d'enfants 
qui te rendront moins belle! 

(parece como si Miracle viese a
Antonia volver a su habitación)

CRESPEL
¿Qué dice?...

MIRACLE
¡Sería una lástima, en verdad, que la
muerte se llevara tan hermosa presa! 

CRESPEL
¡Cállese! ¡Cállese! 

MIRACLE
Si queréis aceptar mi ayuda, 
si queréis salvar su vida, 
tengo aquí algunos frascos 
que mantengo en reserva... 

(Se pone a sacar de su bolsa los
frascos que hace tintinear unos
contra otros como castañuelas.) 

CRESPEL
¡Callad! 

MIRACLE
....con los que podría... 

CRESPEL
¡Callad! 
¡Dios me libre de escuchar 
sus consejos, miserable asesino! 

MIRACLE
...en cualquier ocasión, podría... 

(Se detiene para calmar a Antonia.)

¡Sí, os escucho! ¡Voy enseguida! 
¡Un momento!

(Dirigiéndose una vez más a Crespel) 

De estos frascos, pobre padre, 
usted desea, yo espero estaréis... 

CRESPEL
¡Fuera! 

MIRACLE
... contento... 

CRESPEL
¡Vete!... ... ¡aléjate de mí, Satán! 
¡Ten cuidado con la cólera 
y el dolor de un padre! 
¡Vete, Satán, vete fuera de mi casa! 
¡Ten cuidado con la cólera, 
teme el dolor de un padre! 
¡Fuera! 

HOFFMANN
¡Antonia! 
¡Yo sabré, pobre niña,
salvarte de la muerte que te espera! 
¡En vano te burlas de un padre, Satán! 

MIRACLE
... ¡Ah! ¡Muy contento! ¡Ah! 

(Se dirige a la invisible Antonia.) 

¡Sí, os escucho! 
¡Enseguida! ¡Un instante!

(Se vuelve una vez más hacia Crespel) 

¡De estos frascos, pobre padre,
quedaréis contento! 

(Se dirige de nuevo a Antonia.) 

¡Sí, os escucho! ¡Sí, enseguida!

(en absoluto desconcertado, prosigue)

¡De estos frascos, pobre padre, 
espero quedaréis contento!... 

CRESPEL
¡Fuera! ¡Fuera! 

MIRACLE
...en cualquier momento... 

CRESPEL
¡Fuera! ¡Fuera! 

(Empuja a Miracle por la puerta 
del fondo y cerrándola tras de él,
desaparecen juntos.) 

HOFFMANN
(vuelve a la escena)
¡No volver a cantar más! ¡Ay! 
¿Cómo obtener de ella 
semejante sacrificio? 

ANTONIA
(aparece)
¿Y bien? ¿Qué ha dicho mi padre? 

HOFFMANN
No me preguntes nada. 
Más tarde lo sabrás todo; 
un camino nuevo 
se abre para nosotros, ¡Antonia mía! 
Para seguir en él mis pasos 
aparta de tu mente 
esos sueños de futuro, de éxitos 
y de gloria, que tu corazón me confió.

ANTONIA
¿Pero tú? 

HOFFMANN
El amor a los dos nos invita. 
Todo lo que no seas tú, 
no significa nada en mi vida. 

ANTONIA 
¡Está bien! ¡Toma mi mano! 

HOFFMANN
¡Ah, querida Antonia! 
¿Podré agradecerte 
lo que haces por mí?

(Le besa las manos.)

¡Escucha! Alguien sube las escaleras...
Tu padre va a volver tal vez 
¡Hasta mañana! 

ANTONIA
¡Hasta mañana! 

(Hoffmann sale)

ANTONIA
¡Fácilmente, él se ha convertido 
en cómplice de mi padre! 
Pero ya son superfluas las lágrimas. 
Lo he prometido, no cantaré más. 

(Se deja caer en un sillón.) 

MIRACLE
(aparece de pronto detrás de ella)
¿No cantarás más?... 
¿Has medido el sacrificio 
que se impone a tu juventud? 
Gracia, belleza, talento, 
sagrados dones, todos esos bienes 
que el cielo te ha otorgado.
¿debes sepultarlos por una boda? 
¿Acaso no ha llegado hasta ti
como un bosque agitado por el viento,
el dulce estremecimiento 
de la multitud agolpada 
que grita tu nombre 
y te sigue con la mirada? 
Esa es la ardiente alegría 
de una fiesta eterna 
que a tus veinte años en flor 
te dispones a abandonar, 
por los burgueses placeres 
a los que quieren encadenarte.
¡Y por chiquitines que 
habrán de arruinar tu belleza! 

ANTONIA
(sans retourner)
Ah! quelle est cette voix 
qui me trouble l'esprit? 
Est-ce l'enfer qui parle 
ou Dieu qui m'avertit? 
Non, non, ce n'est pas là bonheur, 
voix maudite, 
et contre mon orgueil 
mon amour s'est armé; 
la gloire ne vaut pas l'ombre heureuse 
où m'invite la maison de mon bien- aimé. 

MIRACLE
Quelles amours sont donc les vâtres? 
Hoffmann te sacrifie à sa brutalité; 
il n'aime en toi que la beauté, et pour lui,
comme pour les autres, 
viendra bientôt le temps de l'infidélité! 

(II disparaît en traversant le mur.) 

ANTONIA
Non, ne me tente plus! Va-t'en, 
démon! Je ne veux plus t'entendre! 
J'ai juré d'être à lui; mon bien-aimé m'attend. 
Je ne m'appartiens plus 
et ne puis me reprendre; 
et tout à l'heure encore, sur son cur adoré, 
quel éternel amour ne m'a-t-il pas juré! 
Ah! qui me sauvera du démon, 
de moi-même 

(s'adressant au portrait grandeur nature 
de sa mère, suspendu à l'un des murs de 
la pièce) 

Ma mère! O ma mère, je l'aime! 

MIRACLE
(rappariassent de l'autre côté)
Ta mère? 
Oses-tu l'invoquer? 
Ta mère?
Mais n'est-ce pas elle qui parle, 
et par ma voix, ingrate, 
te rappelle la splendeur 
de son nom que tu veux abdiquer? 

(Le portrait se met à briller d'un éclat
soudain. Sa mère lui apparaît à sa place.) 

Écoute! 

UNE VOIX
Antonia! 

ANTONIA
Ciel! 

MIRACLE
Écoute! 

LA VOIX
Antonia! 

MIRACLE
Écoute! 

ANTONIA
Dieu! Ma mère! ma mère! 

LE FANTÔME
Chère enfant 
que j'appelle comme autrefois,
c'est ta mère, c'est elle, entends sa voix! 

ANTONIA
Ah! c'est ma mère, c'est elle! 
Son âme m'appelle! 

MIRACLE
C'est sa voix, l'entends-tu? 
Sa voix, meilleure conseillère, 
qui te lègue un talent 
que le monde a perdu! 

LE FANTÔME
Antonia! 

MIRACLE
Écoute! Écoute! 

LE FANTÔME
Antonia! 

MIRACLE
Elle semble revivre 
et le public lointain de ses bravos l'enivre! 

LE FANTÔME
Antonia! 

ANTONIA
Ma mère! Ma mère! 

MIRACLE
(prenant son violon et 
accompagnant avec frénésie)
Mais reprends donc avec elle! 

ANTONIA
Son âme m'appelle! 

MIRACLE
Mais reprends donc, reprends! 

LE FANTÔME
Antonia! 

ANTONIA
Ma mère! 

MIRACLE
Reprends donc avec elle! 

LE FANTÔME
Antonia! 

ANTONIA
Ma mère!... ma mère! Ah! 

MIRACLE
Mais reprends donne avec elle! 

LE FANTÔME
Ah! Chère enfant 
que j'appelle comme autrefois.
Entends ma voix! 

MIRACLE
Oui, son âme t'appelle comme autrefois.
C'est ta mère, c'est elle! Entends sa voix! 

ANTONIA
Oui, son âme m'appelle comme autrefois!
C'est elle! Elle! J'entends sa voix! 
Oui, j'entends sa voix! Ah! ma mère! Ah! 
Non! assez! Je succombe, 
et ne veux... plus chanter! 

MIRACLE
Encore! Encore! 

ANTONIA
Quelle ardeur, quelle...
...ardeur m'embrase et me dévore? 

MIRACLE
Encore! Pourquoi t'arrêter?... 

(comme précédemment) 

... C'est ta mère, c'est elle! 
Son âme t'appelle comme autrefois. 
Entends sa voix! 

ANTONIA
Ma mère! J'entends sa voix! 

LE FANTÔME
Chère enfant, que j'appelle! 

ANTONIA
(sin volverse)
¡Ah! ¿Qué voz perturba mi mente? 
¿Es el infierno que habla 
o Dios que me advierte? 
No, no, no está allí la felicidad.
¡Maldita voz!
Contra mi orgullo 
mi amor me da fuerzas.
La gloria no vale ni la sombra 
de la felicidad a que me invita 
la casa de mi bien amado. 

MIRACLE
¿Qué amores son pues los vuestros? 
Hoffmann te sacrifica a su brutalidad;
sólo ama en ti la belleza, 
y para él, como para los otros, 
¡pronto llegará la infidelidad!

(Desaparece atravesando la pared.) 

ANTONIA
¡No, no me tientes más! 
¡Vete, demonio! ¡Ya no quiero oírte!
He jurado ser suya, él me aguarda. 
Ya no me pertenezco a mí misma
y no puedo desdecirme. 
Sólo hace un momento, 
sobre su corazón adorado, 
¡él me ha jurado un eterno amor! 
¿Quién me salvará de mi demonio? 

(Dirigiéndose al retrato de tamaño
natural de su madre, colgado sobre
una de las paredes de la habitación)

¡Madre mía! ¡Oh, madre mía, lo amo! 

MIRACLE
(reapareciendo del otro lado)
¿Tu madre? ¿Te atreves a invocarla?
¿Tu madre? 
¿Acaso no es ella la que te habla 
a través de mi voz,
ingrata muchacha, y te recuerda
el esplendor de su nombre, 
del que quieres renegar? 

(El retrato comienza a brillar. En 
su lugar aparece la madre.) 

¡Escucha! 

UNA VOZ
¡Antonia!...

ANTONIA
¡Cielos! 

MIRACLE
¡Escucha! 

LA VOZ
¡Antonia! 

MIRACLE 
¡Escucha! 

ANTONIA
¡Dios! ¡Mi madre! ¡Mi madre! 

EL FANTASMA
Querida niña, 
a quien llamo como antaño, 
es tu madre, es ella, ¡escucha su voz! 

ANTONIA
¡Ah! ¡Es mi madre! 
¡Es ella! ¡Su alma me llama! 

MIRACLE
Es su voz. ¿La oyes? 
Su voz, la mejor consejera,
que te legó un talento 
que el mundo ha perdido. 

EL FANTASMA
¡Antonia! 

MIRACLE
¡Escucha! ¡Escucha! 

EL FANTASMA
¡Antonia! 

MIRACLE
Parece revivir...
¡El público la aclama con sus bravos! 

EL FANTASMA
¡Antonia! 

ANTONIA
¡Madre! ¡Madre! 

MIRACLE
(toma su violín y acompaña 
con frenesí)
¡Canta pues con ella! 

ANTONIA
¡Su alma me llama! 

MIRACLE
¡Canta pues! ¡Canta! 

EL FANTASMA
¡Antonia! 

ANTONIA
¡Madre! 

MIRACLE
¡Canta con ella! 

EL FANTASMA
¡Antonia! 

ANTONIA
¡Mi madre... madre! ¡Ah! 

MIRACLE
¡Canta con ella! 

EL FANTASMA
¡Ah! Querida niña,
a la que llamo como antaño.
¡Escucha mi voz! 

MIRACLE
Sí, su alma te llama como antaño. 
¡Es tu madre! ¡Escucha su voz! 

ANTONIA
¡Sí, su alma me llama como antaño! 
¡Es ella! ¡Ella! ¡Escucho su voz! 
¡Sí, escucho su voz! ¡Ah! ¡Madre!
¡Ah! ¡No! ¡Basta, estoy exhausta! 
¡No quiero... cantar más! 

MIRACLE
¡Otra vez! ¡Otra vez! 

ANTONIA
¡Qué ardor! 
¿Qué... ardor me abrasa y me devora? 

MIRACLE
¡Sigue! ¿Por qué detenerte?... 

(Como antes)

¡Es tu madre! ¡Es ella! 
Su alma te llama como antaño.
¡Escucha su voz! 

ANTONIA
¡Madre! ¡Te escucho! 

EL FANTASMA
¡Querida niña, a la que llamo!

MIRACLE
Oui, ta mère t'appelle!... 
Oui, c'est son âme, qui t'appelle! 

ANTONIA
Ah! 

LE FANTÔME
Je t'appelle, comme autrefois! 

ANTONIA
Oui, son âme... M'appelle! Ah! 

LE FANTÔME
Ma voix t'appelle! 

MIRACLE
Sa voix t'appelle! 

(Miracle ne cesse de jouer frénétiquement
de son violon tout au long du passage
suivant.) 

ANTONIA
(haletant)
Je cède au transport qui m'enivre! 

(répétant a maintes reprises) 

Quelle flamme éblouit mes yeux? etc. Ah! 
Un seul moment encore... à vivre! 
Un seul moment encore vivre, 
et que mon âme vole aux cieux! Ah! 

LE FANTÔME
Ma voix t'appelle, comme autrefois. 
Chante toujours, ma fille! chante. 

MIRACLE
Chante, chante, chante, encore! 
sa voix t'appelle. 

(Miracle disparaît, en éclatant 
d'un rire sardonique) 

CRESPEL
(se précipitant impétueusement 
sur la scène)
Mon enfant! ma fille! Antonia! 

ANTONIA
(rendant le dernier soupir)
Mon père! Écoutez! 
c'est ma mère ... ma mère, qui m'appelle!...
Et lui ... de retour... 
C'est une chanson d'amour, 
une chanson d'amour qui s'envole... 
triste ou folle... 
Ah! c'est une chanson d'amour! 

(Elle expire au milieu d'un trille.) 

CRESPEL
Non! un seul mot! un seul! 
ma fille! parle-moi, ma fille! 
Parle donc! Mort exécrable! 
Non! pitié, pitié! Grâce! 

(comme Hoffmann entre 
précipitamment en scène)

Eloigne-toi! Ma fille! 

HOFFMANN
(alarmé)
Pourquoi ces cris? 

CRESPEL
Hoffmann! ah! misérable! 
C'est toi qui l'a tuée! 
Du sang! Pour colorer sa joue!... 
Une arme! un couteau! un couteau! 

(Saisissant un couteau sur 
la table, il se jette sur Hoffmann.) 

NICKLAUSSE
(entrant juste à temps pour empêcher
Crespel de mener à bien son projet
sanguinaire)
Malheureux! 

HOFFMANN
(a Nicklausse)
Vite! donne l'alarme! 
un médecin! un médecin! 

MIRACLE
(apparaissant)
 Présent! 

(après avoir tâté le pouls à Antonia) 

Morte!

CRESPEL
Ah! Dieu, mon enfant! ma fille!

HOFFMANN 
Antonia! 

(Franz, qui est entré attiré par le tumulte, 
s'agenouille auprès de la morte).

(en guise d'intermède l'orchestre joue
maintenant la Barcarolle, avant 
d'attaquer la musique d'entracte)
MIRACLE
¡Sí, tu madre te llama!... 
¡Sí, es su alma, que te llama! 

ANTONIA
¡Ah! 

EL FANTASMA
¡Te llamo como antaño! 

ANTONIA
¡Sí, su alma... me llama! ¡Ah! 

EL FANTASMA
¡Mi voz te llama! 

MIRACLE
¡Su voz te llama!

(Miracle no deja de tocar su violín
frenéticamente a lo largo de todo el
siguiente pasaje.) 

ANTONIA
(anhelante)
¡Cedo a la emoción que me embriaga! 

(lo repite varias veces) 

¿Qué luz deslumbra mi ojos? etc. ¡Ah!
¡Un momento más... de vida! 
¡Un solo momento más de vida, 
y que mi alma vuele a los cielos! ¡Ah! 

EL FANTASMA
¡Mi voz te llama como antaño! 
¡Canta siempre, hija mía! Canta. 

MIRACLE
¡Canta, canta, canta, más!
Su voz te llama. 

(Miracle desaparece estallando 
en una risa sardónica) 

CRESPEL
(se precipita impetuosamente 
en escena)
¡Niña mía! ¡Hija mía! ¡Antonia! 

ANTONIA
(exhala un último suspiro)
¡Padre mío! ¡Escuchad! 
¡Es mi madre... que me llama!... 
y él... ha vuelto... 
Es una canción de amor, 
una canción de amor que se eleva...
triste o enloquecida... 
¡Ah! ¡Es una canción de amor! 

(Expira en medio de un trino.) 

CRESPEL
¡No! ¡Una sola palabra, ¡Una sola! 
¡Hija mía! ¡Háblame! ¡Hija mía!
¡Háblame, pues! ¡Muerte maldita!
¡No! ¡Piedad, piedad! ¡Por favor! 

(a Hoffmann que entra
precipitadamente en escena)

¡Aléjate de mi hija! 

HOFFMANN
(alarmado)
¿Por qué esos gritos?

CRESPEL
¡Hoffmann! ¡Ah! ¡Miserable! 
¡Tú la has matado! 
¡Sangre! ¡Para colorear sus mejillas!... 
¡Un arma! ¡Un cuchillo! ¡Un cuchillo! 

(Apoderándose de un cuchillo 
se arroja sobre Hoffmann.) 

NICKLAUSSE
(entrando justo a tiempo para impedir
a Crespel llevar a cabo su proyecto
sanguinario)
¡Miserable! 

HOFFMANN
(a Nicklausse)
¡Pronto! ¡Da la alarma! 
¡Un médico! ¡Un médico! 

MIRACLE
(aparece)
¡Presente! 

(toma el pulso a Antonia)

¡Muerta! 

CRESPEL
¡Ah! ¡Dios, mi niña! ¡Mi hija! 

HOFFMANN
¡Antonia! 

(Franz entra atraído por el tumulto
y se arrodilla junto a la muerta.)

(A manera de intermedio la orquesta
interpreta la Barcarola, antes de
tocar la música del entreacto)


ACTE  CINQUIEME
                 (Epilogue)


(La taverne de Luther, comme au premier
acte. Le rideau se lève sur exactement le
même tableau, chacun occupant la même
place, qu'à la fin du premier acte)

HOFFMANN
Voilà quelle fut l'histoire
de mes trois amours
dont la mémoire en mon cur
restera toujours.

(Applaudissements pour
Stella dans les coulisses.)

LUTHER
(entrant)
Grand succès, on acclame notre
"prima donna"

LINDORF
(à part)
Il n'est plus á craindre...
À moi, la belle!

(I1 s'esquive.)

HOFFMANN
Stella!

NATHANAËL
Qu'a de
commun Stella?

NICKLAUSSE
(se levant)
Ah! je comprends!
Trois drames dans un drame
Olympia... Antonia... Giulietta ...
Ne son qu'une même femme:
La Stella!

HOFFMANN
Oui, sous les trois aspects de la vie!
Artiste, courtisane et jeune fille!

ETUDIANTS
La Stella!

NICKLAUSSE
Buvons à cette honnête dame!

(les étudiants éclatent de rire)

HOFFMANN
(furieux, brisant son verre)
Un mot de plus et sur mon âme,
je te brise comme ceci!...

NICKLAUSSE
Moi, ton mentor? Merci!...

HOFFMANN
Ah! je suis fou!...
A nous le vertige divin
des esprits de l'alcool,
de la bière et du vin!
A nous l'ivresse et la folie,
le néant par qui l'on oublie.
Allumons le punch!

ETUDIANTS
Allumons le punch!

HOFFMANN
Grisons-nous!

ETUDIANTS
Grisons-nous!

HOFFMANN
Et que le plus fous
roulement sous la table.

ETUDIANTS
Et que le plus fous
roulent sous la table.

(entonnant un refrain du
premier acte)

Luther est un bravo homme,
tire lan laïre, tire lan la!
C'est demain qu'on l'assomme,
tire lan laïre, tire lan la!
Sa cave est d'un bon drille,
tire lan laïre, tire lan la!
C'est demain qu'on la pille!
Tire lan laïre, tire lan la!

(Tous les étudiants, pris de boisson,
s'attroupent dans la pièce voisine.)

LA MUSE
(apparaissant auréolée
d'une lumière couleur de rose)
Et moi? Moi, la fidèle amie
dont la main essuya tes yeux?
Par qui la douleur endormie
s'exhale en rêves dans les cieux?
Ne suis-je donc rien?
Que la tempête des passions
s'apaise en toi!
L'homme n'est plus; renais poète!
Je t'aime, Hoffmann!
Appartiens-moi!
Des cendres de ton cur
réchauffe ton génie,
Dans la sérénité souris à tes douleurs,
La Muse adoucira ta souffrance bénie,
on est grand par l'amour
et plus grand par les pleurs!

(Elle disparaît.)

HOFFMANN
O Dieu! De quelle ivresse
embrases-tu mon âme!
Comme un concert divin
ta voix m'a pénétré,
D'un feu doux et brûlant
mon être est dévoré,
Tes regards dans les miens
ont épanché leur flamme.
Comme des astres radieux!
Et je sens, ô ma muse aimée,
passer ton haleine embaumée
sur mes lèvres et sur mes yeux! etc.
Muse aimée, je suis à toi!

(I1 s'écroule sur la tabla,
la tête enfouie dans les bras.)

STELLA
(allant vers Hoffmann)
Hoffmann endormi!...

NICKLAUSSE
Non!... ivre mort!...
Trop tard, madame!

LINDORF
Corbleu!

NICKLAUSSE
(à Stella)
Tenez, voilà le conseiller Lindorf
qui vous attend.

(Stella prend Lindorf para le bras;
Hoffmann, hébété, la suit fixement
du regard.)

ETUDIANTS
(entonnant un autre refrain
du premier acte)
Jusqu'au matin remplis mon verre!
Jusqu'au matin remplis le pot d'étain!

FIN





ACTO  QUINTO
            (Epílogo)


(La taberna de Luther como en
el primer acto. Cada uno ocupa
exactamente el mismo lugar que
al final del primer acto.)

HOFFMANN
Esta es la historia
de mis tres amores
cuyo recuerdo permanecerá siempre
en mi corazón.

(Aplausos para Stella
entre bastidores.)

LUTHER
(entrando)
Gran éxito, aclaman a nuestra
"prima donna'.

LINDORF
(aparte)
Ya no hay nada que temer...
¡Para mí la más bella!

(Se escabulle)

HOFFMANN
¡Stella!...

NATHANAEL
¿Qué tienen ellas de común
con Stella?

NICKLAUSSE
(incorporándose)
¡Ah! ¡Comprendo!
Tres dramas y un drama:
Olimpia ... Antonia.... Julieta ...
no son más que una misma mujer:
¡Stella!

HOFFMANN
¡Sí, los tres aspectos de la vida!
¡Artista, cortesana y niña!

ESTUDIANTES
¡Stella!

NICKLAUSSE
¡Brindemos por esta honesta dama!

(los estudiantes ríen)

HOFFMANN
(furioso, rompe su vaso)
Una palabra más y, por mi alma,
¡que te rompo como a esto!...

NICKLAUSSE
¿A mí? ¿A tu mentor? ¡Gracias!...

HOFFMANN
¡Estoy loco!...
¡Para nosotros el vértigo divino
de los vapores del alcohol,
de la cerveza y del vino!
¡Para nosotros la loca ebriedad,
sumergirse en la nada !
¡Que el ponche nos ilumine!

ESTUDIANTES
¡Que el ponche nos ilumine!

HOFFMANN
¡Embriaguémonos!

ESTUDIANTES
¡Embriaguémonos!

HOFFMANN
¡Y que los más locos
se revuelquen bajo las mesas!

ESTUDIANTES
Y que los más locos
Se revuelquen bajo las mesas!

(entonan la cantinela
del primer acto)

Luther es un buen hombre.
¡Viva la camaradería! ¡Viva, la, la!
Mañana lo golpearemos.
¡Viva la camaradería! ¡Viva, la, la!
Su bodega es la de un buen pillo.
¡Viva la camaradería! ¡Viva, la, la!
Mañana la saquearemos.
¡Viva la camaradería! ¡Viva, la, la!

(Todos los estudiantes, ya ebrios, se
dirigen al salón contiguo.)

LA MUSA
(apareciendo aureolada
por una luz color de rosa)
¿Y yo? ¿Yo, tu fiel amiga
cuya mano enjugó tus lágrimas?
¿Por quién ha suspirado
el dolor callado desde el cielo?
¿Acaso no soy nada?
¡Que se apacigüe en ti
la tempestad de las pasiones!
El hombre ya no existe;
¡nace el poeta!
¡Te amo Hoffmann! ¡Pertenéceme!
Con las cenizas de tu corazón
templa tu genio.
En la serenidad, sonríe a tus dolores.
La musa suavizará tu bendito sufrimiento.
¡Se es grande por el amor,
y más grande por el llanto!

(Desaparece.)

HOFFMANN
¡Oh, Dios!
¡Con qué ebriedad
enciendes tú mi alma!
Como un concierto divino
tu voz me ha penetrado.
Mi ser es devorado
por un ardiente y dulce fuego.
Tu mirada ha vertido su ardor
en mí como un radiante astro.
Y siento, ¡oh, mi amada Musa!
pasar tu aliento perfumado
sobre mis labios y mis ojos... etc.
¡Musa amada, soy tuyo!

(Se desploma sobre la mesa, con la
cabeza hundida entre los brazos.)

STELLA
(entra yendo hacia Hoffmann)
¡Hoffmann dormido!...

NICKLAUSSE
¡No!... ¡Borracho perdido!...
¡Demasiado tarde, señora!

LINDORF
¡Diablos!

NICKLAUSSE
(a Stella)
¡Pero aquí está el concejal Lindorf
que os aguarda!

(Stella toma a Lindorf por el brazo;
Hoffmann, alelado, la sigue fijamente
con la mirada.)

ESTUDIANTES
(entonando otro refrán igual
que en el primer acto)
¡Hasta la mañana llena mi vaso!
¡Hasta la mañana colma mi jarra!

FIN



Escaneado y Traducido por:
Alejandro González Ponce 2000