LA HIJA DEL REGIMIENTO

 

Personajes

MARÍA

TONIO

MARQUESA

HORTENSIO

SULPICIO

Joven Cantinera

Joven Tirolés

           Marquesa de Berkenfield.       

Intendente

Sargento

Soprano

Tenor

Mezzosoprano

Bajo

Bajo

 

La acción se desarrolla en el Tirol durante el siglo XIX.

 

PREMIÈRE ACTE                                


(Un site champêtre du Tyrol. A gauche, 
une chaumière; à droite, un commencement 
de village. Des Tyroliens sont en 
observation sur la montagne du fond. 
Un groupe de femmes est agenouillé 
devant une madone de pierre. La marquise 
de Berkenfield se trouve mal de frayer et 
s'est assise, soutenue par Hortensius, son 
intendant, qui lui fait respirer des sels. 
On entend le canon dans le lointain)

Introduction

LES VILLAGEOIS 
L'ennemi s'avance, 
Amis, armons-nous! 
Et daos le silence, 
Préparons-nous. 
Amis, amis, préparons-nous.

Prière

FEMMES
(À genoux devant une Madone) 
Sainte Madone!
Douce patronne! 
A tes genoux,
Chacun te prie! 
Vierge Marie, 
Protège-nous! 
Sainte Madone 
Protège-nous! 
Vierge Marie, 
Protège-nous!

HORTENSIUS 
Allons, madame la marquise,
Remettez-vous et faites un effort!

LA MARQUISE 
Par l'ennemi se voir ainsi surprise!
Hélas! C'est pire que la mort!

LES VILLAGEOIS 
L'ennemi s'avance,

(Ils descendent tous)

HORTENSIUS 
Allons, madame!

LES VILLAGEOIS 
L'ennemi s'avance,
amis, armons-nous, qu'importe la vie
Au prix de 1' honneur!

HORTENSIUS
Marquise, remettez-vous!

LA MARQUISE
Se voir ainsi surprise!
Hélas! C'est pire que la mort!

FEMMES
Vierge Marie!

TOUS
Sainte Madone!
Douce patronne! 
A tes genoux,
Chacun te prie! 
Vierge Marie, 
Protège-nous! 
Sainte Madone 
Protège-nous! 

UN PAYSAN
(Sur la montagne) 
Les Français quittent la montagne,..
Nous sommes sauvés, mes amis!

LES VILLAGEOIS
Ah! quel bonheur,
Quelle bonne nouvelle 
Tonio d'apporter ici.

LA MARQUISE 
Pour une femme de mon nom., 
Quel temps, hélas! Le temps de guerre! 
Aux grandeurs on ne pense guère... 
Rien n'est sacré pour le canon! 
Aussi, vraiment, je vis à peine... 
Je dépéris, je le sens bien... 
Jusqu'aux vapeurs, et la migraine, 
Les ennemis, hélas! 
Les ennemis ne respectent rien!

LES VILLAGEOIS
Ne respectent rien!

LA MARQUISE 
Les Français, chacun me l'assure, 
Sont une troupe de brigands... 
Pour peu qu'on ait de la figure 
Ils deviennent entreprenants, les brigands. 
Aussi, je frémis quand j'y pense!
Mon sort je le connais trop bien... 
La beauté, les moeurs, l'innocence... 
Ces gens-là ne respectent rien! 
Les brigands de Français ne respectent rien!

TOUS 
Les brigands de Français ne respectent rien! 
Non, rien!

PAYSAN
Les voilà loin; que votre frayeur cesse!

HORTENSIUS, LES VILLAGEOIS
Ils sont partis!

LES VILLAGEOIS
Quelle allégresse!

LA MARQUISE 
Puisent-ils ne plus revenir!

TOUS 
Allons, plus d'alarmes! 
Vive le plaisir! 
Le sort de leurs armes 
Bientôt va pâlir. 
De la paix chérie 
Goûtons les douceurs; 
Enfin la patrie 
Va naître au bonheur!

LA MARQUISE
Merci, mes aïeux! 
L'honneur est sauf! 
Oh! merci, mes aïeux! 
Enfin la patrie 
Va naître au bonheur! 
Allons, plus d'alarmes! 
Puisent-ils ne plus revenir! 
Jamais, jamais, jamais!

TOUS 
La, la, la, la. 
Allons, plus d'alarmes! 
Vive le plaisir! 
Enfin la patrie va naître au bonheur! 
Pour nous, plus d'alarmes!

Parlé

LA MARQUISE 
(Aux villageois) 
Mes chers amis, ne m'abandonnez pas. 
J'ai les nerfs dans un état... 
Ces terribles soldats!

HORTENSIUS 
Je suis là pur vous défendre, madame!

LA MARQUISE
Pfui! Allez! 
Assurez-vous s'il  n'y a plus de danger...
Je vous attends. Et surtout,
veillez bien sur ma voiture, mon or,
mes bijoux....

HORTENSIUS 
Oui, madame la marquise!

LA MARQUISE
(Aux villageois) 
Mes amis, je ne vous quitte pas...
Je vous confie mon honneur.

(Apparaît Sulpice, un vieux sergent 
robuste et bourru de l'armée française. 
Les femmes se dispersent en hurlant , 
tandis que les hommes se sauvent 
eux et que la marquise s'engouffre 
en criant dans la chaumière)

SULPICE
(Aux femmes) 
Sacré non d'une pipe! 
Quelles jambes ont-ils, ces gaillards-là! 
Voyez donc ces trembleurs! 
Nous leur appertons la paix, 
ils devraient le savoir. 
La proclamation est plus claire que le jour. 
Nous protégeons les hommes quand il vont au pas. 
Et toutes les femmes, quand elles sont jolies.

(Les quelques femmes qui n'avaient pas bougé
se dispersent en hurlant)

MARIE
(Approchant) 
La, la, la, la, la.

SULPICE
(A voir arriver a Marie) 
Mais, qui vient! tiens, Marie,
notre fille, et l'honneur et la gloire, 
la perle du Vingt-unième!

Musique 

Duetto 

La voilà! La voilà...
Mordieu, qu'elle est gentille! 
Est-il heureux. le régiment 
Qui possède une telle fille!

MARIE 
(Émouvée)
Mon régiment, j'en suis fière vraiment!
C'est lui dont l'amitié sincère
a veillé sur mes jeunes ans...

SULPICE 
N'est-ce pas?

MARIE 
C'est lui seul qui m'a servi de père,
De famille, et de parents.

SULPICE 
(Avec joie) 
N'est-ce pas?

MARIE 
Aussi, sans flatterie,
Je crois que je lui fais honneur!

SULPICE 
(La montrant) 
Oui, comme un ange, elle est jolie!

MARIE 
(Avec énergie)
Et comme un soldat j'ai du coeur!
Au bruit de la guerre
J'ai reçu le jour.
A tout je préfère
Le son du tambour.
Sans crainte, à la gloire 
Je marche soudain...
Patrie et victoire, 
Voilà mon refrain!

SULPICE 
(Avec orgueil)
C'est pourtant moi,
Je le confesse,
Qui l'élevai comme cela.
Jamais, jamais une duchesse,
Jamais n'aurait de ces manières-là!

MARIE
Ah!

SULPICE 
Jamais, jamais, jamais!

MARIE, SULPICE
Au bruit de le guerre
J'ai/elle a reçu le jour,
A tout je/elle son coeur préfère
Le son du tambour.
Sans crainte à la gloire
Je/elle marche soudain...
Patrie et victoire,
Voilà mon/son refrain.
Patrie, victoire...

MARIE 
... voilà...

SULPICE 
Qu'elle est jolie!

MARIE 
... voilà mon refrain!

LES DEUX
Patrie, victoire, victoire...

SULPICE 
...ah! son refrain le voilà!

MARIE
Voilà, voilà mon refrain!

SULPICE
(À Marie) 
Quel beau jour, quand la providence, 
Enfant, te jeta dans mes bras; 
Quand tes cris rompaient le silence 
De nos camps ou de nos bivouacs!

MARIE 
Chacun de vous, en tendre père, 
Sur son dos me portait gaiement!

SULPICE 
Quel beau jour!

MARIE 
Et j'avais, fille militaire, 
Pour berceau votre fourniment!

SULPICE 
Où tu dormais paisiblement...

MARIE 
Où je dormais complètement

LES DEUX
...au doux bruit du tambour battant!

MARIE 
Mais, maintenant que je suis grande, 
Comme on a la main au bonnet!

SULPICE 
C'est la consigne... on recommande 
A tous les pères, le respect!

MARIE
Aux jours de fête ou de ravage
On me trouve au champ d'honneur!

SULPICE 
Aux blessés rendant le courage 
Ou serrant la main du vainqueur!

MARIE
Et puis le soir, à la cantine,
Qui vous égaie par son chant?

SULPICE
Qui nous excite et nous lutine?
Crédié, c'est encore notre enfant!

MARIE
Puis, au régiment, voulant faire
Une preuve de capacité.
On m'a fait passer vivandière.

SULPICE
Nommée à l'unanimité!

MARIE
Morbleu!

SULPICE
Vivandière, nommée a l'unanimité!

MARIE 
(Avec énergie)
Oui, je le crois, à la bataille
S'il le fallait, je marcherais!

SULPICE 
(Avec admiration)
Elle marcherait!

MARIE
Oui, je braverais la mitraille,
Et comme vous je me battrais!

SULPICE
Elle se battrait!

MARIE
On dit que l'on tient de son père;
Je tiens du mien!

SULPICE
Oui, elle tient du sien!

MARIE
Je marcherais!

SULPICE
Elle marcherait!

MARIE
Je me battrais.

SULPICE
Elle se battrait.

LES DEUX
En avant!
C'est le cri du régiment.
En avant! en avant!

MARIE, SULPICE
A bruit de la guerre, 
J'ai reçu le jour,
A tout, je préfère
Le son du tambour.

MARIE
Rataplan, rataplan, plan, plan, plan

LES DEUX
Rataplan...

SULPICE
Rataplan, rataplan...
Oh! Mon Dieu, comme elle se battrait!
Victoire et patrie,
voilà son refrain!

MARIE
Rataplan, rataplan...
Rataplan march'! Rataplan...
Voilà mon refrain!

SULPICE
Vivandière du régiment!

MARIE
Présent! March''! March'!

SULPICE
Rataplan rataplan...
Rataplan rataplan!

MARIE
Sergent du régiment!

SULPICE
Présent!

MARIE
En avant rataplan!
Voilà mon refrain,
patrie et victoire,...
Voilà!

SULPICE
En avant rataplan.
Oh! Mon Dieu comme elle se battrait!
Victoire et patrie,
voilà son refrain!
Rataplan...
Patrie, victoire!

Parlé

MARIE 
(Riant)
Bonjour, mon père!

SULPICE
Maintenant, Marie, j'ai à te parler.
Tes camarades racontent que tu sembles
les éviter et ils ont vu quelqu'un parler 
souvent avec toi.

MARIE
Eh, bien! c'était un jeune homme

SULPICE 
(Ennui) 
Hein?

MARIE 
... un Tyrolien...

SULPICE 
(Encore plus ennui)
Hein?

MARIE 
...qui m'a sauvée la vie!

SULPICE
Qui t'a sauvé la vie? et comment?

(Ils sont interrompus 
par un groupe 
de soldats au milieu du 
quel marche Tonio)

Musique

Choeur et Couplet

LES SOLDATS
(poussant Tonio) 
Allons, allons, march', march', 
Marche a l'instant! 
Tu rôdais près de notre camp!

MARIE
(apercevant Tonio, à part) 
Qu'ai-je vu, grand Dieu! 
le voici!

SULPICE 
Qu'on l'entraîne!

MARIE
(Aux soldats) 
Arrêtez!

(Balbutiant, étourdi, 
bas à Sulpice) 

Psst! Psst! C'est lui!

SULPICE 
(A Marie) 
Eh quoi! c'est l'étranger qui t'aime!

TONIO
(à part, regardant Marie)  
Ah! pour man coeur quel trouble extrême!

MARIE
(Bas, à Tonio) 
Qui vous amène parmi nous?

TONIO
(bas, à Marie) 
Puis-je chercher d'autre que vous!

SOLDATS
(Entourant Tonio)
C'est un traître 
Qui, peut-être, 
Vient connaître 
Nos secrets. 
Qu'il périsse! 
La justice 
Est propice 
Aux Français!

MARIE
(Se précipitant au milieu d'eux) 
Un instant, mes amis...

SOLDATS 
C'est un traître!...

MARIE
...un instant, je vous en prie...
...mes amis, je vous en prie,
Mes amis!

SOLDATS
C'est un traître!
Qu'il périsse!
La justice soit propice..
...aux Français....
C'est un traître!

MARIE
(Indiquant Tonio)
Quoi! la mort à celui qui m'a sauvé la vie!

SOLDATS
Que dit-elle?

SULPICE
Oui, c'est vrai!

SOLDATS
Ce mot change son sort.

MARIE
Un soir, au fond d'un précipice,
J'allais tomber sans son secours
il m'a sauvée en exposant ses jours.

(Avec énergie)

Vouiez-vous encore qu'il périsse?

SULPICE, SOLDATS
Non, vraiment, non, vraiment!

SULPICE
S'il est ainsi,
le camarade est notre ami!

TONIO
(à part)
Je le veux bien.!

(Tendant la main aux soldats)

Car de cette manière,
Je puis me rapprocher
de celle qui m'est chère.

SULPICE
Allons, allons, pour fêter le sauveur
De notre enfant, de notre fille,
Buvons tous, trinquons a son libérateur!

SOLDATS
Trinquons à son libérateur!

SULPICE
Un tour de rhum: c'est fête de famille!

SOLDATS
C'est fête de famille!

SULPICE
Trinquons à la Bavière,
qui va devenir ton pays!

TONIO 
(Avec force)
Jamais! jamais! plutôt briser mon verre

SOLDATS
Que dit-il?

TONIO
À la France, à mes nouveaux amis!

SULPICE, SOLDATS
À la France, à tes nouveaux amis!

SULPICE
(A Marie)
Pour que la fête soit complète,
Tu vas nous dire, mon enfant,
Notre ronde du régiment.

SOLDATS
Écoutons, écoutons,
Le chant du régiment!

Couplet

MARIE 
Chacun le sait, chacun le dit, 
Le régiment par excellence, 
Le seul à qui l'on fasse crédit 
Dans tous les cabarets de France... 
Le régiment, en tous pays, 
L'effroi des amants, des maris... 
Mais de la beauté bien suprême! 
Il est là, il est là, il est là, morbleu! 
Le voilà le voilà, le voilà, corbleu! 
Il est là, ah! 
Le beau Vingt-unième! 

TONIO, SULPICE, SOLDATS 
Le voilà, le voilà, le voilà, morbleu! 
Il est là, il est là, il est là, corbleu! 
Le voilà, le voilà, le voilà 
le beau Vingt-unième! 

TONIO
Vive le Vingt-unième!

SOLDATS
Le Vingt-unième!

SULPICE 
Silence, silence.!

MARIE
Il a gagné tant de combats,
Que notre empereur, on le pense,
fera chacun de ses soldats,
à la paix, maréchal de France!
Car, c'est connu... le régiment
le plus vainqueur, 
le plus charmant,
Qu'un sexe craint, et que l'autre aime 
il est là, il est là, il est là, 

(Avec les soldats)

morbleu! 

(Seule)

Le voilà, le voilà, le voilà, 

(Avec les soldats)

corbleu! 

(Seule)

Il est Là, il est Là, le voilà, 
Le beau Vingt-unième! 
Le beau Vingt-unième!

TONIO, SULPICE, SOLDATS
Le voilà, le voilà, le voilà, morbleu! 
Il est Là, il est là, il est là corbleu! 
Le voilà, le voilà, le voilà, 
Le beau Vingt-unième! 

TOUS
Le beau Vingt-unième! 
Le voilà, le voilà, ...

MARIE
Vive le Vingt-unième!

TONIO, SULPICE, SOLDATS
Vive! vive!

(On entend un roulement de tambours)

SULPICE
(Aux soldats)
C'est l'instant de l'appel! en avant!
Et ne plaisentons pus avec le règlement.

(À Tonio) 

Toi, garçon, hors d'ici.

MARIE
Il est mon prisonnier et je réponds de lui

SULPICE
(se mettant entre eux)
Moi, je n'en réponds pas.... 
Allons, suis-les, l'ami!

SULPICE, SOLDATS 
Dès que l'appel sonne 
l'on doit obéir. 
Le tambour résonne, 
vite, il but courir. 
Mais, en temps de guerre, 
narguons le chagrin.
Nous ne sommes guère 
Sûrs du lendemain! 
Il faut courir, il faut courir!

Parlé sur la  musique

SULPICE 
(À Marie)
Viens-tu avec nous, Marie?

(Marie fait un signe de tête pour dire non)

Tu boudes?

(Marie fait un signe de tête pour dire si)

A tan aise, ma fille!

(En sortant) 

Ah! quel mauvais caractère!

(Sulpice et les soldats sortent avec Tonio)

Parlé

MARIE 
(Seule)
Ils m'ont emmené brutalement...
Et moi qui voulais lui parler...
Pauvre garçon, pur me voir un instant, 
Il a risqué la mort,

(Apercevant Tonio qui descend la montagne)

Oh, ciel!

TONIO 
(Accourant)
Me voilà, mamzelle.

MARIE 
Comment? c'est vous?

TONIO 
Ils ont cru que je les suivais
Et je le leur ai fait croire.
Au premier contour
Je me suis envolé,
Le sergent a hurlé comme un fou.

MARIE 
Mon père!

TONIO 
Non, certes, non! Cet autre...

MARIE 
C'est mon père!

TONIO 
Mais non!, Le vieux.

MARIE 
C'est aussi mon père.

TONIO
Ah, mais Marie, voyons donc un instant
avez vous donc pour père tout un régiment?

MARIE 
C'est juste.
Le régiment est mon père adoptif.

TONIO 
Ah! dans ce cas, cela nous change
nos bien des choses.

MARIE 
Mais pourquoi? après m'avoir quittée
m'avez vous suivie?

TONIO 
Parce que je vous aime.

Musique

Duetto

MARIE
Quoi! vous m'aimez!

TONIO 
Si je vous aime! 
Écoutez! écoutez! et jugez vous même.

MARIE 
(Souriant) 
Voyons, écoutons! 
Écoutons et jugeons!

TONIO 
Depuis l'instant ou, dans mes bras, 
Je vous reçus toute tremblante, 
Votre image douce et charmante 
Nuit et jour, s'attache à mes pas.

MARIE 
Mais, monsieur, c'est de la mémoire, 
Et voilà tout.

TONIO 
Attendez.. attendez.. 
Vous n'êtes pas au bout! 
A mes aveux vous pouvez croire!

MARIE 
Voyons, écoutons! 
Écoutons et jugeons!

TONIO 
Le beau pays de man enfance, 
Les amis que je chérissais... 
Ah! pour vous, je le sens d'avance, 
Sans peine je les quitterais!

MARIE 
(Avec malice) 
Mais une talle indifférence 
Est bien coupable, assurément!

TONIO 
Et puis enfin, de votre absence, 
Ne peuvent vaincre le tourment, 
J'ai bravé jusque dans ce camp 
Le coup d'une balle ennemie.

MARIE
Quand on aime les gens pour eux, monsieur,
L'on conserve son existence.
Entendez-vous, monsieur? 
De cet aveu si tendre,
Non, mon coeur, en ce jour,
Ne sait pas se défendre,
Non, car c'est de l'amour!

TONIO
A cet aveu si tendre,
Non, son coeur en ce jour.
Ne peut pas se défendre,
De croire a mon amour!
Vous voyez bien que je vous aime!
Mais j'aime seul...

MARIE
Jugez vous-même!

TONIO
Voyons, écoutons!
Écoutons et jugeons!

MARIE
Longtemps coquette, heureuse et vive,
je riais d'un adorateur...
Maintenant mon âme pensive
Sent qu'il est un autre bonheur!
J'aimais la guerre,
Je détestais nos ennemis.
Mais, à présent, je suis sincère,

(Regardant à Tonio)

Pour l'un d'eux, hélas! je frémis!
Et du jour plein d'alarmes,
Où ranimant mes sens au parfum 
d'un fleur,
Je la sentis humide de vos larmes,

(On la montre)

La douce fleur, trésor rempli de charmes, 
Depuis ce jour 
n'a pas quitté man coeur, 
Jugez vous-même!

TONIO 
Marie!

MARIE
Ah! De cet aveu si tendre..

TONIO 
A cet aveu si tendre... 
Je t'aime, Marie, 
je t'aime et pour toujours, 
Plutôt perdre la vie 
Que perdre nos amours.

MARIE 
Sur le coeur de Marie, 
Tonio compte toujours!

TONIO 
Oui, je t'aime, Marie, 
Je t'aime et pour toujours! 
Plutôt...

LES DEUX
...perdre la vie 
Que perdre nos amours...

Parlé

(Sulpice arrive, les surprenant au 
moment où Tonio embrasse Marie)

SULPICE
Ah! mille z'yeux! 
Encore le tyrolien!

HORTENSIUS
(Entre, accompagnant la marquise. 
Il lui montre Sulpice) 
Voilà l'officier français en question.
N'ayez pas peur... Il est fort laid,
mais très aimable!

LA MARQUISE 
(Tremblant)
Rien que l'habit me fait mal aux nerfs!

HORTENSIUS
(à Sulpice, présentant la marquise) 
C'est madame la marquise 
qui demande vous parler.

SULPICE 
Corbleu la belle plante!

LA MARQUISE
(À Sulpice) 
Oui, monsieur le capitaine...

SULPICE
(Flatté par ce titre)
Merci!

(À part) 

Elle me fait monter en garde.

LA MARQUISE 
(Disant directement ses désirs) 
Monsieur le capitaine, 
J'ai pensé que vous accepteriez de 
me faire protéger 
Jusqu'à mon château. 
Il n'est d'ailleurs pas loin: de 
cette montagne, on peut apercevoir les tours 
de Berkenfield.

SULPICE
(surpris par un pensée)
Votre château, 
vous le nommez?

LA MARQUISE
Hé! mais du même nom. que moi: Berkenfield

SULPICE
(À la Marquise) 
Vous! Sacrebleu! il se pourrait... 
Quel rapport 
entre ce nom-là et celui du Robert?

LA MARQUISE 
(Surprise) 
Plaît-il? Le capitaine Robert?

SULPICE 
Un français!...Vous avez connu?

LA MARQUISE 
Beaucoup, monsieur!

(Se reprenant) 

C'est-à-dire, non pas moi, 
mais une personne de ma famille... 
ma soeur
Oui, monsieur, c'était ma soeur!

SULPICE 
Et cette soeur?

LA MARQUISE 
Elle n'existe plus! Mais de ce mariage 
avec ce français, naquit un enfant...

SULPICE 
Une fille!

LA MARQUISE
Comment savez-vous?
En effet, une pauvre enfant que le capitaine
m'adressait avant de mourir... 
Mais le vieux serviteur 
à qui elle fut confiée y perdit la vie,
Et la seule héritière de ma fortune 
et de mon nom...

SULPICE 
Votre nièce?

LA MARQUISE
Qui serait baronne aujourd'hui... 
Perdue, abandonnée, 
écrasée dans la foule, 
Morte, la pauvre enfant!

SULPICE 
Sauvée, Sauvée, madame de Berkenfield!

LA MARQUISE
(À Hortensius) 
Ah! man Dieu! Monsieur, soutenez-moi!

SULPICE 
Mais non, madame de Berkenfield! 
Sauvée, grâce à nous!

LA MARQUISE 
Vous la connaissez donc?

SULPICE 
Si je la connais!

LA MARQUISE
Monsieur, rendez-moi ma nièce, car 
vous avez la preuve, n'est-ce pas?

SULPICE 
Certainement, madame. Cette lettre 
moi je n'ai pas pu la lire.

LA MARQUISE 
Comment? Vous ne savez pas lire?

SULPICE 
Non, madame, je ne sois pas lire. 
Mais je sois écrire, c'est bien plus difficile.
Les autres, les savants, prétendent qu'avec 
cette lettre personne ne doutera de ce 
qu'est notre Marie.

LA MARQUISE 
Marie? Elle est loin d'ici?

SULPICE 
A deux pas.

MARIE
(paraissant au fond)
Corbleu!
Qui est donc cette dame?

SULPICE
Elle dit... elle dit; mon enfant...

(Il la pousse dans les bras de la marquise)

Elle dit que tu es sa nièce.

MARIE 
(Riant)
Ma tante! Vous êtes ma tante?
Ah! Sacrebleu!

LA MARQUISE 
(Très impressionnée)
Ah! man Dieu! elle jure!

HORTENSIUS
(À part)
Quelle éducation!

MARIE
(À la marquise) 
Si vous êtes ma tante, je vais vous présenter 
mon père... Le régiment tout entier!

LA MARQUISE 
Plus tarde, plus tard...

(Bas à Hortensius) 

Il faut l'enlever à ces gens-là.

HORTENSIUS
(Bas à la marquise) 
Le plus vite possible!

LA MARQUISE 
(À Marie)
Mademoiselle... mademoiselle Marie! 

(Flattée, Marie fait des grâces)

Il faut que vous repreniez 
le titre et le rang 
qui vous conviennent, et vous allez me 
suivre à l'instant.

MARIE 
Vous suivre! les abandonner... 
C'est impossible.

LA MARQUISE 
Je le désire, et, au besoin, je le veux!

MARIE
Et de quel droit, madame?

LA MARQUISE 
(Émue) 
De celui que votre malheureux père 
m'a donné sur vous en mourant.. Lisez..

MARIE
Mon père!

SULPICE
(ému, à Marie)
Allons! du courage.... il le faut! 

(Il va au fond parler à un tambour 
qui paraît)

MARIE 
Et bien, oui! je partirai, mais vous 
viendrez tous avec moi...Tous!

HORTENSIUS 
(À part) 
Miséricorde! un régiment!

LA MARQUISE 
Silence! nous resterons! Hortensius, 
louez cette maison. Nous resterons 
quelques semaines, le temps pour vous 
de perdre ces manières soldatesques. 
Et que je ne voie personne sous mes balcons. 
Venez, ma nièce... 
Hâtez-vous, Hortensius!

SULPICE
Hâte-toi, Hortensius!

(La marquise et Marie, puis Sulpice, entrent 
dans la chaumière. Le tambour résonne. Les 
soldats accourent de tous côtés)

Musique

Choeur

CAPORAL, SOLDATS 
Rataplan, rataplan, plan, plan! 
Quand le son charmant 
Du tambour bruyant 
Nous appelle au régiment, 
Rataplan, rataplan, rataplan, 
Chaque coeur à l'instant 
D'un doux battement 
À ce roulement 
Fait l'accompagnement, 
Rataplan, plan, plan! 
Vive la guerre et ses alarmes! 
Et la victoire et ses combats! 
Vive la mort, quand, sous les armes, 
On la trouve en brave soldat! 
Rataplan, vive la guerre! 
Rataplan, vive la morte!

Parlé

LE CAPORAL 
(Regardant au fond) 
Qui nous arrive là? Eh, Eh! 
C'est le jeune paysan de ce matin, 
une nouvelle recrue, un nouveau soldat!

Musique

Cavatine

(Tonio parait: il porte la cocarde 
française à son bonnet)

TONIO
Ah! mes amis, quel jour de fête! 
Je vais marcher sous vos drapeaux. 
L'amour, qui m'a tourné la tête. 
Désormais me rend un héros, 
Ah! quel bonheur, oui, mes amis, 
Je vais marcher sous vos drapeaux! 
Qui, celle pour qui je respire, 
A mes voeux a daigné sourire 
Et ce doux espoir de bonheur 
Trouble ma raison et man coeur! 
Ah!

LE CAPORAL 
Le camarade est amoureux!

(Les soldats rient)

TONIO
Et c'est vous seuls que j'espère.

CAPORAL, SOLDATS 
Quoi! c'est notre enfant que tu veux!

TONIO
Écoutez-moi, écoutez-moi.
Messieurs son père, écoutez-moi, 
Car je sais qu'il dépend de vous 
De me rendre ici son époux.

CAPORAL, SOLDATS
Notre fille qui nous est chère
N'est pas, n'est pas pour un ennemi. Non! 
Il lui faut un meilleur parti,
Telle est la volonté d'un père.

TONIO
Vous refusez?

CAPORAL, SOLDATS 
Complètement.
D'ailleurs, elle est promise...

LE CAPORAL
... a notre régiment...

LES SOLDATS 
... a notre régiment...

TONIO 
(Avec force)
Mais j'en suis, puisqu'en cet instant
Je viens de m'engager, pour cela seulement!

CAPORAL, SOLDATS
Tant pis pour toi!

TONIO 
Messieurs son père...

LES SOLDATS 
Tant pis pour toi!

TONIO
... écoutez-moi!

CAPORAL, SOLDATS 
Tant pis pour toi!

TONIO
Ma votre fille m'aime!

CAPORAL, SOLDATS 
(Avec surprise)
Se pourrait-il! quoi! notre enfant!

TONIO
Elle m'aime, vous dis-je, j'en fais serment!

CAPORAL, SOLDATS
Eh! quoi... notre Marie...

TONIO
Elle m'aime, j'en fais serment!

CAPORAL, SOLDATS 
Que dire, que faire? 
Puisqu'il a su plaire, 
Il faut, en bon père 
Ici, consentir. 
Mais pourtant j'enrage, 
Car c'est grand dommage 
De l'unir avec 
Un pareil blanc-bec! 
Oui, c'est un grand dommage!

TONIO
Eh! bien?

LE CAPORAL
Si tu dis vrai, 
son père en ce moment
Te promet son consentement

CAPORAL,  SOLDATS
Oui, te promet son consentement

TONIO 
(Enchanté) 
Pour mon âme,
Quel destin! 
J'ai sa flamme, 
Et j'ai sa main! 
Jour prospère! 
Me voici 
Militaire et mari!

CAPORAL, SOLDATS 
Mais elle t'aime? elle t'aime?

TONIO 
J'en fais serment.

CAPORAL, SOLDATS 
Tu dis vrai? tu dis vrai?

Musique

Finale

TONIO
(À Sulpice) 
Je suis soldat, je suis soldat, 
Il faut qu'on me la donne!

SULPICE 
(Avec bonne humeur)
Elle ne peut être à personne 
Qu'à sa tante, qui va l'emmener 
de ces lieux!

CAPORAL, SOLDATS 
Emmener notre enfant, 
Que dit-il donc? Grand Dieu!

TONIO 
L'emmener loin de moi! 
Mais c'est un rêve affreux!

MARIE
(Sort de la chaumière) 
Il faut partir!

Romance 

Il faut partir, mes bons compagnons d'armes, 
Désormais, loin de vous m'enfuir! 
Mais par pitié, cachez-moi bien vos larmes, 
Vos regrets pour mon coeur 
Hélas! ont trop de charmes! 
Il faut partir! 
Ah! per pitié, cachez vos larmes! 
Adieu, adieu! il faut partir!

TONIO, SULPICE 
(Pleurant) 
Je perds, hélas! en un instant 
Tout mon bonheur en la perdant.

LE CAPORAL 
Tant de chagrin, ah! c'est vraiment 
Fort incroyable assurément!

MARIE 
Il faut partir, adieu! 
Vous que, dès mon enfance, 
Sans peine, j'appris à chérir.
Vous, dont j'ai partagé 
Le plaisir, la souffrance! 
Au lieu d'un vrai bonheur 
On m'offre l'opulence! 
Il faut partir! 
Ah! per pitié, 
cachez-moi votre souffrance! 
Adieu, adieu! il faut partir!

Concertant

TONIO
Oh! mes amis, je vous en prie.
Ne laissez pas partir Maire...!

LE CAPORAL
Tant de chagrin, ah!, c'est vraiment...

SULPICE 
Je perds, hélas! ma pauvre enfant...

MARIE 
Ah! il faut partir, mes amis, 
Il faut partir...

TONIO 
Non, non, ô mes amis, je vous en supplie, 
Ne laissez pas partir Marie.

LE CAPORAL 
...fort incroyable assurément

SULPICE 
...tout mon bonheur en te perdant. 
Hélas!

LES SOLDATS 
Partir, non, non! Hélas!

TONIO
(À Marie)
Ah! si vous nous quittez, je vous suis...

SULPICE 
Impossible, vraiment! 
N'es-tu pus engagé?

MARIE 
Ah! mon Dieu, Tonio!

TONIO 
Chère Marie!

MARIE 
Ce coup manquait à mon tourment.

TONIO 
Marie, Marie!

MARIE
Le perdre! quand à lui je pourrais être unie!

TONIO 
Marie, Marie!

SULPICE 
Il est engagé!

MARIE 
Ah! ce coup manquait à mon tourment. 
Ah! mon Dieu!

SULPICE 
Pour vous, pour vous Marie. 
O douleur! ô surprise! 
Elle quitte ces lieux! 
Au diable la marquise, 
Qui l'enlève à nos voeux!

LES SOLDATS 
O douleur! ô surprise!

SULPICE 
Aux combats, à la guerre, 
Prés de nous cette enfant 
Est l'ange tutélaire 
De notre régiment!

MARIE, TONIO 
Ah! plus d'avenir! plus d'espérance! 
Mon bonheur n'a duré qu'un jour. 
Ah! que faire, hélas! de l'existence, 
Quand on perd son unique amour!

SULPICE
Au diable la marquise!

MARIE, TONIO 
Plus d'avenir!

LES SOLDATS 
Au diable! au diable!

MARIE, TONIO
Plus d'espérance!

SULPICE 
Au diable! au diable!

LES SOLDATS 
Au diable! au diable!

MARIE, TONIO
Que faire, hélas, de l'existence...

LES SOLDATS 
Au diable! au diable!

MARIE, TONIO
...quand on perd son unique amour...

(La marquise sort de la chaumière)

MARIE
(À les soldats) 
Mes chers amis, recevez mes adieux!
La main, Pierre!
Jacques, la tienne!
Et toi, mon vieux Thomas!

LA MARQUISE
Ah! quelle horreur!

MARIE
(À les soldats)
Qui tout enfant me portait dans tes bras...

LA MARQUISE
Ma nièce...

MARIE 
Embrasse-moi, Sulpice!

LA MARQUISE 
Ah! L'horreur! quelle horreur!

MARIE
De ces braves je suis l'enfant!

SOLDATS, SULPICE 
C'est la fille du régiment, 
C'est la fille du régiment

TONIO
A toi mon coeur, à toi, Marie!

MARIE 
Tonio!

TONIO 
Bientôt je suivrais ses pas, 
Quand je devrais y trouver le trépas!

LA MARQUISE 
Partons, Marie!

SULPICE 
Allons, enfant!

TONIO 
A toi mon coeur.

HORTENSIUS 
Partons, partons!

LES SOLDATS 
Allons, allons!

MARIE 
No m'oubliez pas, Tonio. Ah! 
Adieu, adieu. 
Adieu, Tonio, adieu!

LA MARQUISE 
Partons, Marie, la poste attend. 
Viens! partons, Marie, 
Viens, ma nièce! 
Viens donc, partons! 
Marie, partons!

SULPICE, SOLDATS 
Allons, enfant, assez de larmes! 
Pour noue fille, 
Portez/ portons les armes! 
Au diable la marquise! 
Et puis, en route à la grâce de Dieu! 
Au diable la marquise, 
Qui l'enlève à nos voeux! 
Adieu!

TONIO 
A toi mon coeur, à toi ma vie, 
Chère Marie, à toi mon coeur! 
A toi, Marie, à toi mon coeur! 
Adieu, adieu, Marie, Marie! 
Mon coeur à toi, ma vie a toi! 
Ah, ah, adieu!

HORTENSIUS 
Partons, partons, madame, partons!

(Les tambours battent aux champs. 
Les soldats présentent les armes à Marie, 
commandés par Sulpice qui s'essuie les 
yeux. Marie, au fond du théâtre, leur fait 
un signe d'adieu, en pleurant; tandis que 
Tonio, sur le devant de la scène, rejette sa
cocarde et la foule aux pieds avec désespoir)

ACTO PRIMERO


(Una comarca campestre, en el Tirol a las 
afueras un pueblo. A la derecha, una 
casa. Los aldeanos están inquietos; miran 
hacia lo lejos, a las montañas. Mujeres 
arrodilladas frente a una virgen de piedra
La marquesa de Berkenfield, a quien 
la guerra ha forzado a cancelar su viaje, se 
presenta completamente abatida. Hortensio,
su criado, la consuela proporcionándole sales
aromáticas. Se oyen cañonazos, a lo lejos.)

Introducción

ALDEANOS 
El enemigo avanza... 
Amigos, ¡a las armas! 
En silencio, 
preparémonos. 
¡Amigos, amigos, preparémonos!

Plegaria

TRES MUJERES
(arrodilladas ante la virgen) 
¡Santa Señora 
¡Dulce Madre! 
¡A tus pies, 
todos te rezamos! 
¡Virgen María: 
protégenos! 
¡Santa Señora: 
protégenos! 
¡Virgen María: 
protégenos!

HORTENSIO 
¡Vamos, señora marquesa: 
reponeros, haced un esfuerzo!

MARQUESA
¡Por el enemigo, verse, así, sorprendida!
¡Ay! ¡Es peor que la muerte...!

ALDEANOS
El enemigo avanza...

(todos descienden)

HORTENSIO 
¡Vamos, señora!

ALDEANOS
El enemigo avanza...
Amigos, armémonos. ¡Qué importa la vida 
al precio del honor?

HORTENSIO
Marquesa, reponeros!

MARQUESA
verse, así, sorprendida!
¡Ay! ¡Es peor que la muerte...!

MUJERES
Virgen María!

TODOS
¡Santa Señora 
¡Dulce Madre! 
¡A tus pies, 
todos te rezamos! 
¡Virgen María: 
protégenos! 
¡Santa Señora: 
protégenos! 

UN ALDEANO
(desde la montaña) 
Los franceses se retiran de la montaña... 
¡Estamos salvados, amigos míos!

ALDEANOS 
¡Ah! ¡Enhorabuena! 
¡Qué buena noticia 
viene a darnos Tonio!

MARQUESA
Para una mujer de mi nombre
¡Qué tiempos..., ay, los tiempos de guerra!
Ya no se tiene en cuenta la nobleza.
¡Nada le es sagrado a un cañón!
Verdaderamente vivo a duras penas ...
cada vez más débil, si, lo noto...
los mareos, la migraña....
los enemigos, ¡ay!
¡Los enemigos no respetan nada!

ALDEANOS 
¡No respetan nada!

MARQUESA 
Los franceses, todos me lo han asegurado, 
son una tropa de bribones...; 
por poco guapa que se sea, 
se convierten en raptores, los bribones. 
Por ello, cuando lo pienso, ¡tiemblo...! 
Mi suerte, la conozco muy bien... 
La belleza, los modos. la inocencia.... 
¡Esta gente nada respeta! 
¡Los bribones franceses no respetan nada!

TODOS 
¡Los bribones franceses no respetan nada! 
¡No, nada!

UN ALDEANO 
¡Ya están lejos! ¡Cese vuestro temor!

HORTENSIO, ALDEANOS 
¡Se han ido!

ALDEANOS
¡Qué alegría...!

MARQUESA
¡Ojalá no pudiesen volver más!

TODOS 
¡Vamos! ¡No más alarmas! 
¡Viva el placer! 
¡La suerte de sus armas 
pronto se va a acabar! 
De la amada paz, 
degustemos su dulzura; 
¡Al fin, la patria 
nacerá al nuevo día!

MARQUESA 
¡Gracias, ancestros! 
¡El honor está a salvo! 
¡Oh, gracias, ancestros! 
¡Al fin, la patria 
nacerá al nuevo día! 
¡Vamos! ¡No más temores!
Ojalá no pudiesen volver más! 
¡Nunca jamás! ¡Jamás!

TODOS 
La, la, la, la... 
¡Vamos, ya no hay temor! 
¡Viva el placer! 
¡Al fin, la patria nacerá al nuevo día! 
¡Para nosotros, ya no hay alarma!

Hablado

MARQUESA
(a los aldeanos).
Mis queridos amigos: no me abandonéis.
Tengo los nervios en un estado...
¡esos terribles soldados...!

HORTENSIO
¡Yo estoy aquí para defenderos, señora!

MARQUESA
¡Buf! ¡Vamos!
Aseguraros de que no hay peligro...
Os espero. Y, sobre todo
vigilad bien mi coche, mi oro,
mis joyas...

HORTENSIO
Si, señora marquesa.

MARQUESA
(a los aldeanos) 
Amigos míos: yo no os abandono... 
a vosotros confío mi honor.

(Al ver entrar a un sargento francés, 
duro y serio, las mujeres gritan, la
marquesa contiene un grito de terror y se
precipita hacia una casa cercana; las 
mujeres que son capaces de irse la 
siguen. Los hombres huyen de inmediato).

SULPICIO
(a las mujeres que han quedado)
¡Por el sagrado nombre de una pipa!
Vaya piernas las de esos mozos...!
¡Mirad cómo tiemblan!
Nosotros les traemos la paz; 
deberían saberlo.
El armisticio es una realidad.
Protegemos a los hombres que van al paso,
y a todas las mujeres que son bellas.

(las mujeres gritan y salen 
apresuradamente)

MARÍA
(desde fuera del escenario) 
La, la, la, la, la.

SULPICIO
(al ver llegar a María) 
Pero, ¿Quién viene? ¡Si es María, 
nuestra hija, el honor y la gloria... 
la perla del Veintiuno!

Música

Dúo

¡Aquí está! ¡aquí está! 
¡Por Dios: qué linda es! 
¡Feliz el regimiento 
que tenga una hija así!

MARÍA 
(conmovida)
Mi regimiento... ¡qué orgullosa estoy!
Él, con sincera amistad
vigiló mis primeros años...

SULPICIO 
¿Verdad?

MARÍA 
Sólo él me sirvió de padre, 
de familia, de parientes.

SULPICIO 
(Con alegría) 
¿Verdad?

MARÍA 
Además, sin vanidad, 
creo que yo le honro...

SULPICIO 
(Mostrándola) 
¡Sí, tan bella como un ángel!

MARÍA 
(Con energía) 
¡Y tengo el coraje de un soldado! 
El estruendo de la guerra 
me recibió en el mundo, 
y de entre todos, prefiero 
el son del tambor. 
Sin temor, a la gloria 
marcho decidida... 
Patria y victoria: 
¡he aquí mi canción!

SULPICIO 
(Con orgullo) 
Fui yo, 
lo confieso, 
quien la educó de ese modo. 
Nunca, nunca una duquesa, 
nunca, tendría estos modales!

MARÍA
¡Ah!

SULPICIO
¡Nunca, nunca, nunca!

MARÍA, SULPICIO
Con el estruendo de la guerra
Llegué/Llegó al mundo,
mi/su corazón se inclina, sobre todo
por el son del tambor.
Sin miedo, a la gloria,
marcho/marcha entusiasta...
Patria y victoria
ésta es mi/su canción
¡Patria, victoria..

MARÍA
... he aquí...

SULPICIO
¡Qué linda es!

MARÍA
... he aquí mi canción...!

AMBOS
¡Patria, victoria, victoria...

SULPICIO
... ah! Esta es su canción...!

MARÍA
¡Esta, esta es mi canción!

SULPICIO
(A María)
Aquel bello día, cuando la providencia,
niña, te arrojó en mis brazos,
cuando tus llantos rompieron el silencio
de nuestros campos y campamentos...

MARÍA
Todos vosotros, como un amoroso padre,
me llevábais a la espalda, alegremente...

SULPICIO
¡Que feliz día!

MARÍA
Y yo tenía, como hija de militar,
por cuna, vuestro equipo.

SULPICIO
¡Donde dormías apaciblemente...

MARÍA
Donde dormía profundamente.

AMBOS
... al dulce son del redoble de tambor!

MARÍA
Pero, ahora, que soy mayor,
¡cómo saludo con la mano en la gorra!

SULPICIO
Es la consigna... se debe
a todos los padres, respeto.

MARÍA
En días de fiesta o de guerra
se me encuentra en el campo del honor.

SULPICIO
A los heridos, animando;
o estrechando la mano del vencedor.

MARÍA
Y después, por la noche, en la cantina,
¿quién os alegra con sus cantos?

SULPICIO
¿Quién nos anima y nos hace vibrar?
Pues, claro: ¡nuestra niña!

MARÍA
Luego, en el regimiento, para probar
mi capacidad.
me han hecho cantinera.

SULPICIO
¡Nombrada por unanimidad!

MARÍA
¡Caramba!

SULPICIO
¡Cantinera! ¡Por unanimidad!

MARÍA 
(Con energía)
Sí, ¡ya lo creo! Marcharía,
si fuese preciso, a la batalla.

SULPICIO 
(Con admiración)
¡Marcharía!

MARÍA
¡Sí, me enfrentaría a la metralla,
y, como uno más, me batiría!

SULPICIO
¡Se batiría!

MARÍA
Dicen que se hereda del padre;
¡Yo lo tengo del mío!

SULPICIO
¡Si, lo tiene de su padre!

MARÍA
¡Marcharía!

SULPICIO
¡Marcharía!

MARÍA
¡Me batiría!

SULPICIO
¡Se batiría!

AMBOS
¡Adelante!
Es el grito del regimiento:
¡Adelante! ¡Adelante!

MARÍA, SULPICIO
Los sonidos de la guerra
me recibieron en el mundo;
de entre todos ellos, prefiero
el sonido del tambor.

MARÍA
Rataplán, rataplán, plan, plan, plan.

AMBOS
Rataplán...

SULPICIO
Rataplán, rataplán...
¡Oh, Dios mío!. ¡Cómo se batiría ella!
Victoria y patria,
¡he aquí mi canción!

MARÍA
Rataplán, rataplán...
¡Rataplán en marcha! Rataplán..
¡He aquí mi canción!

SULPICIO
¡Cantinera del regimiento!

MARÍA
¡Presente! ¡En marcha! ¡En marcha!

SULPICIO
Rataplán rataplán...
Rataplán rataplán!

MARÍA
¡Sargento del regimiento!

SULPICIO
¡Presente!

MARÍA
Adelante rataplán!
He aquí mi canción,
patria y victoria, etc
¡He aquí!

SULPICIO
¡Adelante rataplán,
¡Oh! Dios mío como se batiría ella!
¡Victoria y patria,
he aquí su canción!
Rataplán...
¡Patria, Victoria!

Hablado

MARÍA 
(Riendo)
¡Buenos días, padre!

SULPICIO 
Ahora, María, he de hablarte. 
Tus camaradas cuentan que pareces 
evitarles y dicen que han visto a 
alguien hablar a menudo, contigo.

MARÍA
Pues, sí, es un joven...

SULPICIO 
(Enfadado)
¿Eh...?

MARÍA
... un tirolés...

SULPICIO 
(Aún mas enfadado)
¿Eh...?

MARÍA
... que me ha salvado la vida.

SULPICIO
¿...que te ha salvado la vida? ¿cómo?

(La conversación se interrumpe 
cuando aparece un grupo de soldados, 
que muestran, bruscamente, a Tonio, joven
tirolés; según parece, su prisionero)

Música

Coro y Cuplé

SOLDADOS
(Empujando a Tonio al entrar en escena).
¡Vamos, vamos, en marcha, en marcha,
en marcha! ¡Ya!
¡Andabas alrededor de nuestro campamento!

MARÍA
(Reconociendo a Tonio)
Pero, ¿a quién estoy viendo? 
¡Dios santo! ¡Él, aquí!

SULPICIO
¡Que lo encierren!

MARÍA
(A los soldados)
¡Deteneos!

(Balbuciendo, aturdida, en voz 
baja, ante el asombro de Sulpicio)

¡Es él!

SULPICIO
(A María)
Pero, ¡cómo! ¿Es el extranjero que te ama?

TONIO
(Aparte, fijando sus ojos en María).
¡Ah! ¡Qué disgusto para mi corazón!

MARÍA
(En voz baja, a Tonio)
¿Qué os trae entre nosotros?

TONIO
(En voz baja, a María, con pasión)
¿Puedo buscar a alguien que no seáis vos?

SOLDADOS
(Rodeando a Tonio)
Es un espía
que, tal vez,
viene a enterarse
de nuestros secretos.
¡Que muera!
¡La justicia
es propicia
a los franceses!

MARÍA
(Precipitándose, en medio de ellos)
Un momento, amigos míos...

SOLDADOS
¡Es un espía!

MARÍA
...un momento, os lo suplico..
...amigos míos, os lo suplico.
¡Amigos míos!

SOLDADOS
¡Es un traidor!
¡Que muera!
La justicia es propicia...
a los franceses....
¡Es un traidor!

MARÍA
(Señalando a Tonio)
¿Muerte para quien me ha salvado la vida?

SOLDADOS
¿Qué estás diciendo?

SULPICIO
Sí, es verdad.

SOLDADOS
Esa palabra cambia su suerte.

MARÍA
La otra tarde, me habría caído
por un precipicio, si él no me ayuda;
él me salvó, exponiendo su vida.

(Con energía)

Y, ¿aún queréis que muera?

SULPICIO, SOLDADOS
¡No, claro! ¡Por supuesto que no!

SULPICIO
Si eso es cierto,
el camarada es nuestro amigo.

TONIO
(A parte)
Me parece bien.

(Tendiendo la mano a los soldados)

Pues, de esta manera
puedo estar cerca
de aquélla a quien quiero.

SULPICIO
Vamos, vamos a agasajar al salvador
de nuestra niña, de nuestra hija.
¡Bebamos, brindemos por su liberador!

SOLDADOS
¡Brindemos por su liberador!

SULPICIO
¡Una ronda de ron: es una fiesta familiar!

SOLDADOS
¡Es una fiesta de familia!

SULPICIO
¡Brindemos por Baviera, 
que va a ser tu país!

TONIO 
(Con fuerza) 
¡Nunca! ¡Nunca! ¡Antes alzaré mi vaso... 

SOLDADOS
¿Qué dice?

TONIO
...por Francia, por mis nuevos amigos!

SULPICIO, SOLDADOS 
¡Por Francia! ¡Por tus nuevos amigos!

SULPICIO 
(A María) 
Para que la fiesta sea completa, 
nos vas a recitar, mi niña, 
la canción del regimiento.

TONIO, SOLDADOS 
¡Escuchemos, escuchemos, 
la canción del regimiento!

Cuplé

MARÍA
Todos lo saben, todos lo dicen,
el regimiento por excelencia,
el único que tiene crédito
en todos las tabernas de Francia...
El regimiento, en todos los pueblos,
el terror de los amantes y  maridos...
¡pero de la más suprema belleza...!
¡Aquí está, aquí está! ¡Diantre!
¡Ahí está, ahí está, ahí está! ¡Pardiez!
¡Aquí está, ah!
¡El gran Veintiuno!

TONIO, SULPICIO, SOLDADOS 
¡Ahí está, ahí está, ahí esta! ¡Diantre! 
¡Aquí está, aquí está! ¡Pardiez! 
¡Ahí está, ahí está, ahí está!
¡El gran Veintiuno!

TONIO
¡Viva el Veintiuno!

SOLDADOS
¡El Veintiuno!

SULPICIO
Silencio, silencio.

MARÍA
Ha ganado tantos combates
que, nuestro emperador, se piensa,
que hará a cada uno de los soldados,
cuando llegue la paz, mariscal de Francia.
Y pues, es sabido... el regimiento
es el que más ha triunfado, 
el que tiene más encanto,
un sexo lo teme; el otro, lo ama...
¡Aquí está, aquí está, aquí está! 

(Con los soldados)

¡Diantre!

(Sola)

¡Ahí está, ahí está, ahí está! 

(Con los soldados)

¡Pardiez!

(Sola)

¡Ahí está, ahí está, ahí está,
el gran Veintiuno!
¡El gran Veintiuno!

TONIO, SULPICIO, SOLDADOS 
¡Ahí esta, ahí está, ahí está! ¡Pardiez! 
¡Aquí está, aquí está! ¡Diantre!
¡Ahí está, ahí está, ahí está, 
el gran Veintiuno! 

TODOS
¡El gran Veintiuno! 
¡Ahí está, ahí está,....

MARÍA
¡Viva el Veintiuno!

TONIO, SULPICIO, SOLDADOS
¡Viva! ¡Viva! 

(Se oye un redoble de tambor)

SULPICIO 
(A los soldados)
¡La señal de llamada! ¡Adelante! 
Y no bromeemos con el reglamento. 

(A Tonio) 

Tú, chico: fuera de aquí.

MARÍA 
Es mi prisionero; yo respondo por él.

SULPICIO
(Interponiéndose) 
Pues, yo, no respondo. 
¡Vamos, sígueles, amigo!

SULPICIO, SOLDADOS 
Cuando la alarma suena, 
hay que obedecer, 
el tambor resuena, 
deprisa: ¡a correr! 
Pero, en tiempo de guerra, 
nos burlamos de las penas.
No estamos, para nada
seguros del mañana.
¡Hay que salir corriendo! ¡Corriendo!

Hablado sobre música

SULPICIO
(A María)
¿Vienes con nosotros, María?

(María niega con la cabeza)

¿Pones mala cara?

(María afirma con la cabeza)

Como quieras, hija mía

(Mientras sale)

¡Qué mal carácter!

(Sale con el cabo, los soldados y Tonio)

Hablado

MARÍA
(Sola)
Lo han apartado de mí brutalmente...
y yo, que quería hablar con él...
Pobre chico, por verme un momento,
se ha arriesgado a morir...

(Viendo a Tonio que baja de la montaña)

¡Oh, cielos!

TONIO
(Acudiendo)
¡Aquí estoy, señorita!

MARÍA
¿Cómo? ¿Sois vos?

TONIO
Creían que les estaba siguiendo;
y yo, se lo hice creer.
A la primera ocasión
me escapé...
el sargento gritaba como un loco.

MARÍA
¡Mi padre!

TONIO
No, no...

MARÍA
¡Es mi padre!

TONIO
No, ese viejo...

MARÍA
También es mi padre.

TONIO
Ah, pero, María, un momento:
¿tenéis, por padre a todo un regimiento?

MARÍA
Exacto.
El regimiento es mi padre adoptivo.

TONIO
¡Ah! En ese caso, eso
cambia mucho las cosas.

MARÍA
Pero, ¿por qué después de haberme dejado,
me habéis seguido?

TONIO
Porque os amo.

Música

Dúo

MARÍA
¿Qué? ¿Me amáis?

TONIO 
¡Que si os amo...! 
Escuchad, escuchad y juzgad por vos misma.

MARÍA 
(Sonriendo)
Veamos, escuchemos...
Escuchemos y juzguemos...

TONIO 
Desde el momento en que, en mis brazos, 
os recogí, toda temblorosa, 
vuestro dulce, encantador semblante 
noche y día, me sigue los pasos.

MARÍA 
Pero, señor, eso son recuerdos; 
sólo recuerdos.

TONIO 
Esperad, esperad... 
no habéis oído todo... 
¡Podéis creer en mis juramentos!

MARÍA
Veamos, escuchemos...
Escuchemos y juzguemos...

TONIO 
El bello país de mi infancia, 
los amigos a quienes quería 
¡ah! por vos, ahora, 
sin pena, los dejaría.

MARÍA 
(Con malicia) 
Pero, una indiferencia así 
seguramente, os hace sentir culpable.

TONIO 
Y finalmente de vuestra ausencia, 
no podía sufrir el tormento, 
y desafié hasta en este campamento, 
el golpe de una bala enemiga.

MARÍA
Cuando se ama a las personas por sí mismas
hay que conservar la vida,
¿me entendéis, señor?
De un juramento tan tierno,
no, mi corazón, hoy
no sabe defenderse.
No, pues es palabra de amor.

TONIO 
A este juramento tan tierno, 
no, su corazón, ahora, 
no puede defenderse, 
ni resistirse, a creer en mi amor. 
Vos, ya veis que os amo... 
Pero, solo amo...

MARÍA 
Juzgad vos mismo.

TONIO
Veamos, escuchemos...
Escuchemos y juzguemos...

MARÍA
Hace mucho tiempo, coqueta y vivaz,
me reía de un admirador...
Ahora, mi alma sabe...
siento que es una felicidad diferente.
Yo amaba la guerra,
detestaba a nuestros enemigos.
Pero ahora, soy sincera

(Mirándolo)

por uno de ellos, ¡ay Dios!, yo tiemblo...
y desde aquel día 
en que mis sentidos se abrieron al perfume
de una flor,
la siento húmeda, por vuestras lágrimas,

(Se la muestra)

La dulce flor, tesoro lleno de encantos,
desde aquel momento, 
no abandona jamás  mi corazón.
¡juzgad vos mismo!

TONIO
¡María!

MARÍA
¡Ah! De tan tierno juramento...

TONIO
De un juramento tan tierno...
Te amo, María,
Te amo y te amaré siempre.
Prefiero perder la vida
que perder nuestro amor.

MARÍA
¡En el corazón de María
siempre está Tonio!

TONIO
Sí, te amo, María
¡te amo y te amaré por siempre!
Prefiero...

AMBOS
... perder la vida 
que perder nuestro amor...

Hablado

(Llega Sulpicio, y les sorprende en el 
momento que Tonio  abraza a María)

SULPICIO
¡Ah! ¡Maldición! 
¡Otra vez el tirolés!

HORTENSIO
(Entra acompañando a la Marquesa. 
Señala a Sulpicio). 
Aquí está el oficial francés en cuestión.
No tengáis miedo... El es muy feo,
¡pero muy amable!

MARQUESA 
(Muy nerviosa) 
¡Ese uniforme me irrita profundamente!

HORTENSIO
(A Sulpicio, presentando a la Marquesa)
Es la señora marquesa; 
quiere hablaros.

SULPICIO
¡Caramba, qué buena planta!

MARQUESA
(A Sulpicio)
Sí, señor capitán...

SULPICIO
(Halagado por el inesperado ascenso).
¡Gracias! 

(Aparte)

Ese halago me pone en guardia

MARQUESA
(Planteando abiertamente sus deseos)
Señor capitán,
he pensado que aceptaría protegerme
hasta mi castillo. 
No está lejos; 
desde esta montaña, 
se pueden ver las torres de
Berkenfield.

SULPICIO
(sorprendido por un pensamiento).
¿Vuestro castillo? 
¿Cómo lo habéis llamado?

MARQUESA
Pues, con mi nombre propio: Berkenfield!

SULPICIO
(A la Marquesa)
¡Vos! ¡Por Dios! Podría ser... 
Cuál es la relación
entre ese nombre y el de Robert?

MARQUESA 
(Sorprendida)
¿Qué decís? ¿El capitán Robert?

SULPICIO
¡Un francés...! ¿lo conocísteis?

MARQUESA
¡Mucho, señor!

(Conteniéndose)

Es decir, no yo, 
sino una persona de mi familia... 
mi hermana
Sí señor, fue mi hermana...

SULPICIO
Y, ¿esa hermana...?

MARQUESA
¡Ya murió! Pero de ese matrimonio
con el francés, nació un bebé...

SULPICIO
¡Una hija!

MARQUESA
¿cómo lo sabéis?
En efecto. Una pobre niña que el capitán 
me encomendó antes de morir... 
pero el viejo criado 
a quién la había confiado la perdió...
Y es la única heredera de mi fortuna 
y de mi nombre...

SULPICIO
¿Vuestra sobrina?

MARQUESA
Que hoy seria baronesa...
¡Perdida, abandonada, 
aplastada entre el gentío,
muerta, la pobre pequeña....!

SULPICIO
¡Salvada, salvada señora de Berkenfield!

MARQUESA
(A Hortensio)
¡Ah! ¡Dios mío! Señor, sostenedme...

SULPICIO
Pero, señora de Berkenfield...
¡está a salvo, gracias a nosotros!

MARQUESA
Vos, ¿la conocéis, entonces?

SULPICIO
¡Claro que la conozco!

MARQUESA
Señor, devolvedme a mi sobrina
vos, pues, tenéis la prueba, ¿verdad?

SULPICIO
Por supuesto, señora. Esta carta
que nunca he leído.

MARQUESA
¿Cómo? ¿No sabéis leer?

SULPICIO
No, señora. No sé leer,
pero sé escribir; es mucho más difícil.
Los otros, los que saben, dicen que,
con esta carta, nadie dudará de quién
es nuestra María.

MARQUESA
¿María? Entonces, ¿está aquí?

SULPICIO
A dos pasos.

MARÍA
(Apareciendo al fondo)
¡Pardiez!
¿Quién es esta dama?

SULPICIO
Ella dice,... dice que...; mi niña...

(Impulsándola a los brazos de la Marquesa)

dice que tú eres su sobrina.

MARÍA 
(Ríe)
¡Mi tía! ¡Vos, sois mi tía! 
¡Ah! ¡Por Dios!

MARQUESA 
(Profundamente impresionada)
¡Oh, Dios mío! ¡Hace juramentos!

HORTENSIO
(Para sí)
¡Qué educación!

MARÍA
(A la Marquesa)
Si vos sois mi tía, os voy a presentar
a mi padre... ¡el regimiento entero!

MARQUESA
Luego, más tarde...

(Aparte, a Hortensio)

¡Hay que apartarla de estas gentes!

HORTENSIO
(Aparte, a la Marquesa)
¡Lo antes posible!

MARQUESA
(A María)
Señorita... señorita María:

(Halagada, María da las gracias)

Es preciso que retoméis 
el título y el rango
que os conviene; ahora,
vais a venir conmigo, enseguida.

MARÍA
¿Que vaya con vos? ¿Y abandonarles...?
Es imposible.

MARQUESA
¡Lo deseo, y si es preciso, lo ordeno!

MARÍA
Y, ¿con qué derecho, señora?

MARQUESA 
(Conmovida)
Con el que vuestro infortunado padre
me dio sobre vos cuando moría... Leed...

MARÍA
¡Mi padre!

SULPICIO
(Profundamente conmovido, a María)
¡Vamos! ¡Coraje! ¡Es preciso...!

(Él va al fondo para hablar a un 
tambor que aparece)

MARÍA
Pues bien, sí, iré, pero vosotros
vendréis todos conmigo... ¡Todos!

HORTENSIO 
(Aparte) 
¡Misericordia! ¡Un regimiento!

MARQUESA
¡Silencio! ¡Nos quedaremos! Hortensio, 
alquile esta casa. Nos quedaremos 
unas semanas, el tiempo para que vos 
perdáis esos modales soldadescos.
Y que no vea yo a nadie bajo mi balcón...
Venid, sobrina mía... 
¡Apresúrese, Hortensio!

SULPICIO 
¡Date prisa, Hortensio!

(La Marquesa, María y Sulpicio, entran 
en la casita. Se oye el tambor. 
Los soldados acuden de todas partes)

Música

Coro

CABO, SOLDADOS
¡Rataplán, rataplán, plan, plan!
Cuando el encantador sonido
del redoble del tambor
nos llama al regimiento,
rataplán, rataplán, plan, plan!
Cada pecho, al mismo instante,
con un cálido latido,
a ese ritmo
acompaña...
Rataplán, rataplán, plan, plan!
¡Viva la guerra y las alarmas de guerra!
¡Y la victoria, y los combates!
¡Viva la muerte, cuando, a las armas,
la encontramos, como valientes soldados!
¡Rataplán! ¡Viva la guerra!
¡Rataplán! ¡Viva la muerte!

Hablado

CABO
(Mirando al fondo)
¿Quién llega por allí? ¡Eh, Eh! 
Es el joven campesino de esta mañana, 
¡un nuevo recluta, un nuevo soldado!

Música

Cavatina

(Aparece Tonio con una escarapela 
francesa en su gorra) 

TONIO
¡Ah, amigos! ¡qué día de fiesta! 
Voy a marchar bajo vuestra bandera. 
El amor, me ha hecho perder la cabeza 
y desde ahora, me hará un héroe. 
¡Ah, qué buen día, sí, amigos míos! 
¡Voy a marchar bajo vuestra bandera! 
Aquí, aquella por quien respiro, 
se ha dignado a sonreír a mis deseos 
y esa dulce esperanza de felicidad 
empaña mi razón y mi corazón... 
¡Ah!

CABO
¡El camarada está enamorado!

(Los soldados se ríen)

TONIO
Y sólo en vosotros confío..

CABO, SOLDADOS 
¿Qué? ¡Es a nuestra niña a quien quieres !

TONIO 
Escuchadme, escuchadme.
Señores padres: escuchadme;
sé que depende de vosotros
que yo sea su esposo.

CABO, SOLDADOS
Nuestra hija, que nos es tan querida...
¡No! No ha de ser para un enemigo. ¡No!
Para ella, un partido mejor:
ésa es la voluntad de un padre.

TONIO
¿Rehusáis?

CABO, SOLDADOS
Por supuesto.
Además, ella está prometida...

CABO
... con nuestro regimiento...

SOLDADOS
... con nuestro regimiento...

TONIO 
(Con fuerza)
Al que yo pertenezco; por eso
me acabo de alistar, ¡por ella solamente!

CABO
¡Tanto peor para ti!

TONIO
Señores, padres...

SOLDADOS
¡Tanto peor para ti!

TONIO
... ¡escuchadme!

CABO, SOLDADOS
Señores, padres...

TONIO
Pero, ¡vuestra hija me ama!

CABO, SOLDADOS 
(Con sorpresa)
¡Será posible...! ¿Qué? ¿Nuestra hija...?

TONIO
Ella me ama, os lo digo; ¡os lo juro!

CABO, SOLDADOS
¡Eh! Que... nuestra María...

TONIO
Ella me ama; ¡os lo juro!

CABO, SOLDADOS
¿Qué podemos decir? ¿Que vamos a hacer?
Puesto que ha sabido enamorarla,
es necesario, es de buen padre,
en este caso, consentir.
Sin embargo, lo siento,
pues es una pena muy grande
unirla
a un tonto...
¡Sí! ¡Es una desgracia!

TONIO
Y, ¿bien?

CABO
Si es cierto lo que dices, su padre, 
en este momento,
te promete su consentimiento.

CABO, SOLDADOS
Sí, te prometo su consentimiento.

TONIO 
(Encantado)
Por mi alma,
¡qué destino! 
Tengo su amor 
y su mano... 
¡Dichoso día! 
Heme aquí: 
¡militar y marido!

CABO, SOLDADOS 
Pero, ¿ella te ama? ¿te ama?

TONIO 
Os lo juro.

CABO, SOLDADOS 
¿De verdad? ¿es cierto?

Música

Final

TONIO
(A Sulpicio) 
Ya soy soldado, ya soy soldado, 
es necesario que me la concedáis.

SULPICIO 
(Con humor) 
Ella no puede ser de nadie 
más que de su tía, que se la va a llevar 
de estos lugares...

CABO, SOLDADOS 
¿Llevarse a nuestra niña? 
¿Quién ha dicho eso, pues? ¡Dios mío!

TONIO 
¡Llevársela lejos de mí! 
¡Esto es el colmo!

MARÍA
(Sale de la casa) 
¡Hay que partir!

Romanza 

Debo partir, queridos campañeros de armas, 
a partir de ahora, lejos estaré.
Por piedad, ocultadme vuestras lágrimas, 
vuestros lamentos, mi corazón, 
¡ay!, no lo puede soportar. 
¡Hay que partir! 
¡Ah, por caridad: ocultad las lágrimas!
¡Adiós! ¡Adiós! ¡He de partir!

TONIO, SULPICIO 
(Llorando) 
Pierdo, ¡ay! en un instante, 
toda mi alegría, al perderla a ella.

CABO 
Tanta pena, ¡ah! es realmente 
increíble por  completo.

MARÍA 
He de partir, ¡adiós! 
A vosotros, a quienes, desde mi infancia, 
tan naturalmente, aprendí a querer. 
A vosotros, con quienes he compartido 
el placer y el sufrimiento... 
En lugar de una verdadera felicidad 
se me ofrece la opulencia... 
¡He de partir! 
¡Ah! ¡Por caridad! 
¡Ocultadme vuestro sufrimiento! 
¡Adiós! ¡Adiós! ¡He de partir!

Concertante

TONIO 
¡Amigos míos! Os lo ruego:
No dejéis partir a María.

CABO
¡Qué tristeza! Esto es, realmente...

SULPICIO
Pierdo, ¡ay! a mi pobre niña...

MARÍA
¡Ah! Es preciso partir, amigos míos,
Es preciso partir...

TONIO
No, no, ¡amigos míos! ¡Os lo suplico!
No dejéis que se vaya María.

CABO
... lo más increíble, os lo aseguro.

SULPICIO
...toda mi alegría, al perderte.
¡Ay!

SOLDADOS
¿Partir? ¡No! ¡No! ¡Eso es! 

TONIO
(A María)
¡Ah! Si vos nos abandonáis, yo os sigo...

SULPICIO
¡Eso es del todo imposible!
¿No estás alistado? 

MARÍA
¡Ah! ¡Dios mío! ¡Tonio!

TONIO
¡Querida María!

MARÍA
¡Sólo le faltaba esto a mi tormento!

TONIO
¡María! ¡María!

MARÍA
¡Perderlo, cuando podría estar unida a él!

TONIO
¡María! ¡María!

SULPICIO
¡Estás alistado!

MARÍA
¡Sólo le faltaba eso a mi tormento!
¡Ah! ¡Dios mío!

SULPICIO
Por ti, por ti, María.
¡Qué dolor! ¡Vaya sorpresa! 
Abandona estos lugares...
¡Al diablo la marquesa, 
que se lleva lo que nos pertenece!

SOLDADOS 
¡Qué dolor! ¡Vaya sorpresa!

SULPICIO 
En los combates, en la guerra, 
con nosotros; esta niña 
es el ángel de la guarda 
de nuestro regimiento.

MARÍA, TONIO 
¡Ah! ¡Ya no hay futuro! ¡No hay esperanza!
Mi dicha no ha durado más que un día. 
¡Ah! ¡Qué hacer, ay, con la vida 
cuando se pierde el único amor!

SULPICIO
¡Al diablo la marquesa!

MARÍA, TONIO
¡No tenemos futuro...!

SOLDADOS
¡Al diablo! ¡Al diablo!

MARÍA, TONIO
¡Ni esperanza...!

SULPICIO
¡Al diablo! ¡Al diablo!

SOLDADOS
¡Al diablo! ¡Al diablo!

MARÍA, TONIO
¿Qué hacer con la vida...

SOLDADOS
¡Al diablo! ¡Al diablo!

MARÍA, TONIO
...cuando se pierde el único amor?

(La Marquesa sale de la casa)

MARÍA
(A los soldados)
Mis amigos queridos: ¡os digo adiós!
¡La mano Pedro!
¡Santiago, la tuya!
¡Y tú, mi viejo Tomás...

MARQUESA
¡Ah! ¡Qué horror!

MARÍA
(A los soldados)
Cuando niña, me llevabas en tus brazos...!

MARQUESA
Sobrina...

MARÍA
¡Abrázame, Sulpicio!

MARQUESA
¡Ah! ¡Qué horror! ¡Qué horror!

MARÍA
¡Yo soy la niña de estos valientes!

SOLDADOS, SULPICIO
¡Es la hija del regimiento!
¡Es la hija del regimiento!

TONIO
¡Mi corazón es tuyo! ¡Tuyo, María!

MARÍA
¡Tonio!

TONIO
Muy pronto seguiré sus pasos...
¡aunque me cueste la vida!

MARQUESA
¡Vayámonos, María!

SULPICIO
¡Vamos, mi niña!

TONIO
¡Mi corazón es tuyo!

HORTENSIO
¡Vámonos, vámonos!

SOLDADOS 
¡Vamos! ¡Vamos!

MARÍA 
¡No me olvides, Tonio! 
Adiós adiós... 
Adiós Tonio, ¡adiós!

MARQUESA 
Vayámonos, María, el coche espera. 
¡Ven! ¡Vámonos, María! 
¡Vamos, sobrina! 
¡Ven, pues, vámonos! 
María, ¡vámonos!

SULPICIO, SOLDADOS 
¡Vamos, mi niña, nada de lágrimas! 
¡Por nuestra hija, 
presentad/presentemos las armas! 
¡Al diablo la marquesa! 
¡Que Dios la proteja! 
¡Al diablo la marquesa! 
¡Que se la lleva lo que nos pertenece! 
¡Adiós!

TONIO 
¡Mi corazón es tuyo, mi vida es tuya, 
querida María, tuyo mi corazón! 
¡Tuyo, María! ¡Tuyo es mi corazón! 
¡Adiós, adiós! ¡María! ¡María! 
¡Tuyo es mi corazón; tuya, mi vida! 
¡Ah! ¡Ah! ¡Adiós!

HORTENSIO 
¡Partamos, partamos, señora, partamos!

(Los tambores tocan a batalla. Los soldados
presentan armas a María, comandados por 
Sulpicio, que deja escapar una lágrima. 
María, al fondo, va diciendo adiós, con 
lágrimas en los ojos. Tonio se quita la 
escarapela de su gorra, la tira al suelo
y con desesperación, la pisotea).

Acto II