LA JUDÍA

 

Personajes

ELEAZAR

RAQUEL

LEOPOLDO

EUDOXIA

BROGNI

RUGGERO


ALBERTO

Rico Joyero Judío

    Hija de Eleazar

Príncipe del Imperio

   Sobrina del Emperador

Cardenal

Magistrado


Oficial de la Guardia

Tenor

Soprano Dramática

Tenor

Soprano Lírica

Bajo

Barítono


Bajo

 

La acción se desarrolla en Constanza, Alemania, en el año 1414.

 

ACTE I


Ouverture

Introduction

Scène Première

(Un carrefour de la ville de Constance)

CHOEUR DANS L'EGLISE
Te Deum laudamus,
Te Dominum confitemur,
Te aeternum Patrem
Omnis terra veneratur.

UN HOMME DU PEUPLE
En ce jour de fête publique,
Quel est donc ce logis
Où l'on travaille encor?

HOMMES DU PEUPLE
C'est le logis d'un hérétique,
Du juif Éléazar
Qu'on dit tout cousu d'or!

CHOEUR
Le voilà! c'est lui!

RACHEL
Mon père, prenez garde... rentrons...
C'est nous que l'on regarde!

CHOEUR dans l'église
Pleni sunt coeli et terra
Majestatis gloriae tuae!

Récitatif

ALBERT
(A Leopold)
Sous ce déguisement,
Dans les murs de Constance,
C'est vous que je revois!

LÉOPOLD
Silence!
De toi seul, cher Albert,
Qui ci je sois connu!

ALBERT
Par l'Empereur vous êtes attendu!

LÉOPOLD
Que Sigismond ignore ma présence
Jusqu’à ce soir du moins!
Mais quel concours immense!
Et pourquoi cette foule?

ALBERT
Eh! Ne savez-vous pas
Qu'aujourd'hui
Sigismond arrive dans Constance
Pour ouvrir un concile
Où princes et prélats
Vont de la chrétienté
Terminer les débats,
Décerner la tiare,
Eteindre l'hérésie
Et du fougueux Jean Huss
Juger le dogme impie.
Déjà ses partisans,
Ces Hussites fameux,
Son tombés sous les coups
D'un bras victorieux.
Et l'Empereur au ciel,
Aujourd'hui même
Rend grâce des exploits
De ce héros qu'il aime!
Entendez-vous ces chants?

CHOEUR DANS L'EGLISE
In te Domine speravi
Non confundar in aeternum.

LÉOPOLD
Eloignons nous, ami!
Attendons le moment
De reparaître ici!

CHOEUR
Hosanna, plaisir, ivresse,
Gloire à l'Éternel!
Et que nos chants d'allégresse
Retentissent jusqu’au ciel.
Et que nos chants d'allégresse
S'élèvent jusqu’au ciel!

RUGGIERO
(A la foule)
Dans ce jour solennel
Où s'ouvre le concile,
Voici l'édit que moi,
Grand prévôt de la ville,
Je dois faire aujourd'hui
Proclamer en tout lieu!

ALBERT
"Monseigneur Léopold,
Avec l'aide de Dieu,
Des Hussites ayant
Châtié l'insolence,
De par le saint concile
Assemblé dans Constance,
De par notre Empereur
Et monseigneur Brogni,
Largesse sera faite
Au peuple aujourd'hui!"

CHOEUR
Ah! Pour notre ville
Quel jour de bonheur,
Vive le concile,
Vive l'Empereur!

ALBERT
"Dans nos temples
Dès le matin,
A Dieu l'on offrira
Des actions de grâces.
A midi, sur les grandes places
Jailliront des fontaines de vin!"

CHOEUR
Ah! Pour notre ville
Quel jour de bonheur,
Vive le concile,
Vive l'Empereur!

(Enclumes sur la scène)

RUGGIERO
Eh mais…!
Grand Dieu, qu'entends-je?
Et d'où provient ce bruit étrange?
Quelle main sacrilège
En ce jour de repos
Ose ainsi s'occuper
De profanes travaux?

CHOEUR
C'est chez cet hérétique,
C'est là dans la boutique
Du Juif Éléazar,
Ce riche joaillier.

RUGGIERO
Allez et qu'on l'amène!
Devant nous qu'on le traîne.
Pour un forfait si grand
Je dois le châtier!

RACHEL
Ah! mon père!
Ah! je vous supplie!
Hélas! que lui veut-on?
Je ne le quitte pas!

RUGGIERO
Juif, ton audace impie
Mérite le trépas.
Travailler dans un jour de fête!

ÉLÉAZAR
(tranquillement)
Et pourquoi pas?
Ne suis-je pas fils d'Israël
Et le Dieu des Chrétiens
M'ordonne t'il à moi?

RUGGIERO
Tais-toi!
Vous l'entendez,
Au ciel même il insulte,
Il maudit notre sainte loi.

ÉLÉAZAR
Et pourquoi l'aimerais-je?
Par vous
Sur le bûcher,
Et me tendant les bras,
J'ai vu périr mes fils!

RUGGIERO
Eh bien, tu les suivras!
La mort au sacrilège...
Et ton juste supplice
Aux yeux de l'Empereur
De ce jour solennel
Doublera la splendeur.

CHOEUR
Ah! Pour notre ville
Quel jour de bonheur,
Vive le concile,
Vive l'Empereur!

(Brogni sort de l'Église suivi de gardes et de pages)

RUGGIERO
(Regardant a Brogni)
Ô ciel!
Le président suprême
Du concile,
Le vénérable Brogni!

CHOEUR
Le président suprême
Du concile!

BROGNI
Où les conduisez-vous ainsi?

RUGGIERO
Ce sont des Juifs
Qu'à la mort on condamne!

BROGNI
Leur crime?

RUGGIERO
D'un travail profane
Ils ont osé s'occuper
aujourd'hui.

BROGNI
Approchez… votre nom?

ÉLÉAZAR
Éléazar!

BROGNI
Je pense que ce nom
Ne m'est pas inconnu!

ÉLÉAZAR
Non, sans doute!

BROGNI
Autrefois ailleurs
Je vous ai vu!

ÉLÉAZAR
Dans Rome, mais alors,
Si j'en ai souvenance,
Vous n'étiez pas encore
Un ministre des cieux,
Vous aviez une femme, une fille...

BROGNI
Silence!
D'un père, d'un époux
Respecte la souffrance,
J'ai tout perdu,
Dieu seul,
Appui du malheureux,
Dieu me restait,
Il a reçu mes voeux.
Je suis son serviteur,
Son ministre et son prêtre!

ÉLÉAZAR
Pour nous persécuter!

BROGNI
Pour vous sauver peut être.

ÉLÉAZAR
Je n'ai point oublié
Que de Rome jadis,
Sévère magistrat,
C'est toi qui me bannis!

RUGGIERO
Quelle audace!

BROGNI
Et cependant, je lui fais grâce entière!
Sois libre, Éléazar.
Soyons amis, mon frère!
Et si je t'offensai, pardonne-moi.

ÉLÉAZAR
Jamais!

Cavatine

BROGNI
Si la rigueur et la vengeance
Leur font haïr ta sainte loi,
Que le pardon, que la clémence,
Mon Dieu,
Les ramène en ce jour vers toi.

RACHEL
Tant de bonté, tant de clémence
Désarment mon coeur malgré moi
Et les chrétiens et leur croyance
Ne m'inspirent plus tant d'effroi.

RUGGIERO
Tant de bonté, tant de clémence,
Leur font mépriser notre foi.
C'est par le fer et la vengeance
Que l'on fait triompher la foi!

CHOEUR
Tant de bonté, tant de clémence
O digne soutien de la foi,
Avec respect pour ta puissance,
Nos fronts s'inclinent
Devant toi!

ÉLÉAZAR
Sa vaine et tardive clémence,
Ne saurait ébranler ma foi,
Je garde en mon coeur la vengeance,
Point d'alliance entre eux et moi!

BROGNI
Nous rappelant son précepte sacré,
Ouvrons nos bras
A l'enfant égaré!
Si la rigueur et la vengeance
Leur font haïr ta sainte loi
Que le pardon, que la clémence,
Mon Dieu,
Les ramène en ce lieux vers toi.

RACHEL
Dieu! quelle clémence!
Sa voix, déjà calme mon effroi.

ÉLÉAZAR
Non! Point d'alliance
Entre eux et moi.

RUGGIERO
Non, point de clémence,
Point de pardon,
Telle est ma loi!

CHOEUR
Avec respect pour ta puissance
Nos fronts s'inclinent
Devant toi!

Scène Deuxième

(Exterieur de la maison de Éléazar)

(Léopold s'approche d'un musicien ambulant qui se
dispose à chanter: celui ci, moyennant quelques
pièces d'argent lui prête son luth)

Sérénade

LÉOPOLD
Loin de son amie
Vivre sans plaisirs,
Ne compter sa vie
Que par ses soupirs,
Voilà de l'absence
Quelle est la souffrance.
Mais voici le jour
Heureux et prospère
Mais voici le jour,
Le jour du retour!
Oui, voici le jour
Heureux et prospère
Où tout sait me plaire.
Oui, voici le jour
Heureux et prospère,
Le jour du retour!

RACHEL
Quelle voix chérie,
Si douce à mon coeur,
Me rend à la vie?
Quelle voix chérie,
Me rend au bonheur?
J’avais dans l’absence
Perdu l’espérance.

RACHEL, LÉOPOLD
Béni soit le jour
Qui vers moi l’amène.
Mais voici le jour,
Le jour du retour!
Mais voici le jour,
Qui finit ma peine,
Oui, voici le jour
Heureux et prospère,
Le jour du retour!

Récitatif

RACHEL
Samuel, c'est donc vous!

LÉOPOLD
Oui, Samuel qui t'aime!

RACHEL
Le sort dans ce voyage
A-t-il comblé vos voeux?

LÉOPOLD
Si tu l'aimes toujours,
Samuel est heureux.

RACHEL
Comment ne pas t'aimer?
Notre culte est le même,
Le même Dieu nous bénit
Tous les deux.
Et tes pinceaux,
Ton art que je révère
Valent bien, selon moi,
Les trésors de mon père!

LÉOPOLD
Rachel, ma bien-aimée,
Hélas, comment te voir?

RACHEL
Viens chez mon père aujourd'hui,
Viens ce soir!

LÉOPOLD
Eh! Que dira-t-il?

RACHEL
Viens sans crainte:
Nous célébrons la Pâque sainte,
Ainsi que notre Dieu
L'ordonne à ses élus.

LÉOPOLD
Ô ciel!

RACHEL
Et dans ce jour sous
Son toit respectable
Tous les fils d'Israël
Par lui sont bien reçus!

LÉOPOLD
Un mot encor!

RACHEL
Va-t'en! une foule innombrable
Se précipite vers ce lieu!...

LÉOPOLD
Rachel! écoute-moi!

RACHEL
Non, à ce soir, adieu!

Scène Troisième

(La foule arrive)

CHOEUR
Hâtons-nous,
Car l'heure s'avance
Et bientôt la fête commence,
Hâtons-nous,
Car l'heure s'avance.
En ces lieux il nous faut accourir.
Et de cette belle journée
Que chaque instant soit un plaisir!

CHOEUR
Amis de cette fontaine
Bientôt jaillira du vin.
Ainsi sans crainte et sans peine
Nous boirons jusqu'à demain.
A cette fête qui commence
Allons nous livrer à la danse
Et dansons jusqu'à demain.

Finale

CHOEUR
Noël!
Tout là-bas le cortège
S'avance lentement.
Bientôt il sera près d'ici.

ÉLÉAZAR
Et comment dans cette foule
Immense trouver à se placer?

RACHEL
Mon père, suivez-moi.
Nous serons là très bien, je crois.

RUGGIERO
Place, rangez-vous tous,
Vous, manants et bourgeois!
Ah! Grand Dieu! Que vois-je?
Et quelle audace impie!
Aux portes de l'Église
Un Juif se réfugie!
Vous le voyez, Chrétiens!
Et vous souffrez
L'empreinte de ses pas
Sur les marbres sacrés?

CHOEUR
Il a raison!

RUGGIERO
Suivez l'exemple du Dieu saint
Qui chassa tous
Les vendeurs du temple!

CHOEUR
Au lac, oui, plongeons dans le lac
Cette race rebelle et criminelle!
Oui, plongeons dans le lac,
Ces Hébreux, ces maudits,
Ces enfants d'Isaac!
Dans le lac!

ÉLÉAZAR
Eh bien! que voulez-vous,
Race d'Amalécites?
Tout mon sang je le livre
A vos lèvres maudites.
Et ces jours malheureux,
Disputés trop longtemps,
Venez les terminer,
Venez, je vous attends!

CHOEUR
Ah c'est trop audace
Pour eux point de grâce,
Que de cette race le nom détesté
S’efface et périsse.
Au lac, oui, plongeons dans le lac,
Cette race rebelle et criminelle!
Ces Hébreux, ces maudits,
Ces enfants d'Isaac!
Dans le lac!

LÉOPOLD
Ah! qu'ai-je vu?
Rachel, ma bien aimée

RACHEL
Va-t’en, Samuel.
Contre nous animée
Cette foule inhumaine
En veut à tous les Juifs.
Ils te tueront, va-t’en!

LÉOPOLD
Non, près de toi je reste
Et vous qui l’insultez,
Coeurs lâches et craintifs,
Fuyez tous ou ce bras
Vous deviendra funeste!

ALBERT
Arrêtez-les!
O ciel! soldats, retirez-vous!
N'avancez pas!
Que ces infortunés
Soient soustraits au trépas!
Laissez-les ou redoutez mon bras!

RACHEL
Ô surprise nouvelle!
Cette horde cruelle,
Ces soldats menaçants,
A son geste obéissent
Et devant lui fléchissent,
Désarmés et tremblants!
Mon Dieu, toi que j'implore,
D'où vient donc ce pouvoir,
Qu'hélas mon coeur ignore
Et ne peut concevoir!

LÉOPOLD
Que toujours elle ignore
Mon nom et mon pouvoir!
O Dieu, toi que j'implore,
C'est là mon seul espoir!

ALBERT
Que toujours elle ignore
Son nom et son pouvoir!
Dieu, que j'implore,
C'est là mon seul espoir!

ÉLÉAZAR
Mon Dieu, que j'implore,
Ô toi, mon seul espoir!
Ces traîtres que j’abhorre
Connaîtront ton pouvoir!

CHOEUR
Du vrai Dieu les enfants
A ce Juif obéissent
Et devant lui fléchissent
Désarmés et tremblants!

RACHEL
Ces soldats menaçants
À son ordre obéissent.

RACHEL, ÉLÉAZAR
Oui, devant lui fléchissent,
Désarmés et tremblants!

CHOEUR
Le cortège, le voici,
Plaçons-nous!
De ces nobles guerriers,
De ces fiers chevaliers
Vois la marche imposante,
L'armure étincelante.
Quel éclat! quelle fête
En ce beau jour s'apprête!
Non, non jamais en ces lieux,
Spectacle plus pompeux
N'avait frappé nos yeux!

RACHEL
Ô Mon Dieu, que j'implore,
D'où lui vient ce pouvoir,
Qu'hélas! j'ignore
Et ne peux concevoir?

ÉLÉAZAR
Ô mon Dieu, que j'implore,
J'ai remis en toi seul mon espoir!
Ces méchants que j’abhorre
Connaîtront ton pouvoir!

LÉOPOLD
Que toujours elle ignore
et mon nom et mon pouvoir!
Dieu puissant que j'implore,
C'est là mon seul espoir!

CHOEUR
Oui, gloire, honneur
À ces soldats vaillants!
Oui que toujours leur glaive fidèle
Soit l'effroi des méchants!

RACHEL
Comment découvrir ce mystère?
Mortel effroi pour mon amour!
C'est en vain que j'espère!

ÉLÉAZAR
Laissons ces puissants
De la terre!
Quittons cet odieux séjour!
Viens Rachel accompagne ton père.

ALBERT
Comment lui cacher ce mystère?
Mortel effroi pour son amour!
C'est en vain qu'il espère!

LÉOPOLD
Comment lui cacher ce mystère?
Mortel effroi pour mon amour!
C'est en vain que j'espère
Lui cacher ce secret!

ÉLÉAZAR
Ô ma fille chérie!
Viens Rachel, mon seul bien,
Mon trésor, mon amour!

RACHEL
Hélas! que faire?
Quel est donc ce secret
Qu'il me cache en ce jour?

CHOEUR
Voici l'Empereur!

CHOEUR
Te Deum laudamus,
Te Dominum confitemur,
Te aeternum Patrem
Omnis terra veneratur.
Hosanna, gloire à l'Empereur!



ACTE II


Scène Première

(L'intérieur de la maison d'Éléazar)

Prière

ÉLÉAZAR
Ô Dieu, Dieu de nos pères
Parmi nous descends!

RACHEL, CHOEUR
Ô Dieu, Dieu de nos pères
Parmi nous descends!

ÉLÉAZAR
Ô Dieu, cache nos mystères
À l'oeil des méchants!

RACHEL, CHOEUR
Ô Dieu, cache nos mystères
À l'oeil des méchants!

ÉLÉAZAR
Toi qui nous éclaires
Parmi nous descends!

RACHEL, CHOEUR
Toi qui nous éclaires
Parmi nous descends!

ÉLÉAZAR
Cache nos mystères
À l'oeil des méchants!

RACHEL, CHOEUR
Cache nos mystères
À l'oeil des méchants!

ÉLÉAZAR
Si trahison ou perfidie
Osait se glisser parmi nous,
Sur le parjure ou sur l'impie,
Grand Dieu, que tombe ton courroux!
Et vous tous, enfants de Moïse,
Gage de l'alliance
A nos aïeux promise,
Partagez vous ce pain
Par mes mains consacré
Et qu'un levain
Impur n'a jamais altéré.

RACHEL, CHOEUR
Partageons nous ce pain
Par ses mains consacré
Et qu'un levain
Impur n'a jamais altéré.

(Léopold jette le pain qui lui est présenté)

RACHEL
Que vois-je?

Cavatine

ÉLÉAZAR
Dieu, que ma voix tremblante
S’élève jusqu'aux cieux.
Etends ta main puissante
Sur tes fils malheureux.
Tout ton peuple succombe
Et Sion dans la tombe,
Implorant ta bonté,
Vers toi se lève et crie
Et demande la vie
A son père irrité!

(Ils sonnent à la porte)

RACHEL, ÉLÉAZAR, CHOEUR
On frappe, ô terreur!

(On frappe encore)

ÉLÉAZAR
Eteignez ces flambeaux et va voir!

RACHEL
Oh! je n'ose!

ÉLÉAZAR
(a ouvert la fenêtre)
Qui frappe ainsi chez moi lorsque la nuit est close?

PLUSIEURS VOIX
(au dehors)
C'est de la part de l'Empereur!

ÉLÉAZAR
(A ses compagnons)
Cachez tous ces apprêts!

RACHEL
(Parlant a demi voix)
Il faut qu'à l'instant même je vous parle Samuel!

LÉOPOLD
L'Empereur...
Frayeur extrême!

ÉLÉAZAR
Demeure! une visite à cette heure, en ces lieux m'est
suspecte; ton bras est fort et courageux, il saura me
défendre, et vous, qu'on se retire!

(ouvrant la porte de la chambre)

Entrez! une femme!

(Eudoxie entre)

Scène Seconde

LÉOPOLD
(A part)
Ah grand Dieu!
J'ai senti sur mon front se dresser mes cheveux!

ÉLEAZAR
Que voulez-vous?

EUDOXIE
(Regardant a Léopold)
Je vais vous en instruire
Quel est cet homme!

ÉLÉAZAR
Un peintre, un ouvrier fameux
et dont l'habile main utile a mon commerce,
sur l'or et le vélin avec talent s'exerce,
Mais si vous l'exigez, qu'il sorte!

EUDOXIE
Non vraiment! ma visite n'est pas un secret

ÉLÉAZAR
Et pourtant l'ordre de l'Empereur qui vers moi vous
amène et ses riches valets sa livrée...

EUDOXIE
Est la mienne je suis sa nièce!

ÉLÉAZAR
Oh ciel! et quel honneur pour moi!
La princesse Eudoxie!

EUDOXIE
Eh oui! relève toi!

EUDOXIE
Tu possèdes, dit-on,
Un joyau magnifique!

ÉLÉAZAR
Oui, je le destinais
À quelque souverain.
Une chaîne incrustée,
Une sainte relique
Que portait autrefois
L'empereur Constantin.

EUDOXIE
Je veux la voir
Celui que j'aime, Léopold, mon époux,
Des Hussites vainqueur...

LÉOPOLD
Ô ciel!

EUDOXIE
...Auprès de moi revient
Aujourd'hui même!

ÉLÉAZAR
J'entends

EUDOXIE
Non, tu ne peux
Concevoir mon bonheur!
Ah! dans mon âme
Son image chérie
Est gravée à jamais.
Ma vive flamme près de moi
Saura bien le fixer désormais,
Par sa tendresse
Mes jours vont s'embellir.
Ô douce ivresse,
Quel heureux avenir!

LÉOPOLD
(Pour lui même)
Oui, de son âme
J'ai banni le repos,
Le bonheur à jamais.
Sa vive flamme vient
Encor augmenter mes remords,
Mes regrets.
Pour sa tendresse
Quel funeste avenir!
Sa voix m'oppresse
D'un cruel repentir!

ÉLÉAZAR
(Pour lui même)
Je tremblais que cette femme
Ne surprit tous mes secrets.
Et je maudissais dans l'âme
Tous ces chrétiens que je hais.
Mais pour moi plaisir extrême
Et quel heureux avenir,
Ces bons écus d'or que j'aime
Chez moi vont donc revenir!

EUDOXIE
Ô doux espoir!
Celui que j'aime bientôt va revenir!

LÉOPOLD
(Pour lui même)
Que devenir, ô trouble extrême!
Que de malheurs dans l'avenir!

ÉLÉAZAR
(Pour lui même)
Ces bons écus,
Cet or que j'aime,
Chez moi vont revenir!,

(Éléazar présente la chaîne à Eudoxie)

EUDOXIE
Tenez, vous graverez
Et son chiffre et le mien,
Son blason et le mien.
Et puis dans mon palais demain,
Songez-y bien, vous me l'apporterez.

ÉLÉAZAR
Que mes mains sois maudites
Si j'y manquais.

EUDOXIE
Oui, je veux que demain,
Aux yeux de l'Empereur
Dans un pompeux festin,
Ce joyau soit offert
Au vainqueur des Hussites.
Et je prétends moi-même
En gage de ma foi
Le placer sur ce coeur
Qui ne bat que pour moi.
Ah, dans mon âme
Son image chérie
Est gravée à jamais.
Ma vive flamme près de moi
Saura bien le fixer désormais.
Par sa tendresse
Mes jours vont s'embellir.
Ô douce ivresse,
Quel heureux avenir!

ÉLÉAZAR
(Pour lui même)
Des ducats, des florins!
Quel plaisir
De tromper ces chrétiens!
Je les hais tous,
Ces ennemis
De mon Dieu, de ma foi!

EUDOXIE
Quel heureux jour pour moi,
Il recevra ce gage de ma foi!

LÉOPOLD
(Pour lui même)
Non, rien n'égale, hélas!
Mes tourments, mon effroi.

Scène Troisième

(Eudoxie et Éléazar partent)

Récitatif

RACHEL
Mon père n'est plus là,
Je veux enfin connaître quel mystère...

LÉOPOLD
Silence, il va rentrer peut-être.
Je ne puis maintenant,
Mais ce soir, cette nuit, seule ici
dans ta demeure consens à me recevoir.

RACHEL
Qu'oses-tu demander?

LÉOPOLD
Tu veux donc que je meure?

RACHEL
Qui moi? grand Dieu!

LÉOPOLD
N'ai-je donc pas ta foi,
Ton amour, tes serments?
Et je meurs loin de toi
Si tu me refuses!

RACHEL
Que faire?

LÉOPOLD
Tu m'attendras?

RACHEL
O mon Dieu! je frémis!

LÉOPOLD
Tu m'attendras?

RACHEL
Eh bien! oui!

Scène Quatrième

(Éléazar s’approche a sa fille)

ÉLÉAZAR
(Pour lui même)
Quel trouble à mon aspect!
D'où vient que vers la terre
Leurs yeux restent baissés?

(A Léopold)

Il est tard; adieu, frère, retire-toi!

(A Rachel)

Approche, mon enfant,
Et par moi sois bénie.
Ah! que ta main est froide!
Et ne puis-je savoir?
Ne t'en vas pas encor, Samuel,
Ton coeur oublie de redire
Avec nous la prière du soir.

Ô Dieu de nos pères,
Parmi nous descends!
Ô Dieu cache nos mystères
À l'oeil des méchants!

RACHEL
Dieu de nos pères,
Parmi nous descends!

(Pour elle même)

Hélas, quel trouble dans me sens!

(Forte)

Cache nos mystères
À l'oeil des méchants!

LÉOPOLD
(Pour lui même)
Leurs prières troublent mes sens!
Dieu de nos pères,
Vois mes tourments!
Ah! prends pitié de mes tourments!

Scène Cinquième

Romance

RACHEL
Il va venir!
Et d'effroi je me sens frémir.
D'une sombre et triste pensée
Mon âme, hélas, est oppressée.
Mon coeur bat, mais non de plaisir
Et cependant… il va venir!
La nuit et le silence,
L'orage qui s'avance
Augmentent ma terreur.
L'effroi, la défiance
S'emparent de mon coeur!
Il va venir!
Chaque pas me fait tressaillir!
J'ai put tromper les yeux d'un père
Mais non pas ceux d'un Dieu sévère,
Oui, je le dois, oui je veux fuir.
Et cependant... il va venir!

Scène Sixième

(Léopold arrive)

RACHEL
C'est lui! la force m'abandonne!

LÉOPOLD
Rachel, ma bien aimée...
À mon aspect frissonne.

RACHEL
N'approchez pas!
Sais-je, en cette maison,
Si vous n'apportez
Pas parjure et trahison?
Vous que le mystère environne,
Vous qui, pâle et confus, tremblez,
Je le vois bien.

LÉOPOLD
Oui, mon regard tremblant
Est celui d'un coupable.
Je t'ai trompée et le remords m'accable!

RACHEL
Samuel!

LÉOPOLD
Tu sauras tout.
Ton Dieu n'est pas le mien.

RACHEL
Qu'ai je entendu?

LÉOPOLD
Rachel… je suis chrétien!

Duo

RACHEL
(avec force)
Lorsqu'à toi je me suis donnée,
J'outrageais mon père et l'honneur,
Mais j'ignorais, infortunée,
Que j'outrageais un Dieu vengeur.

LÉOPOLD
Quand mon âme à toi s'est donnée,
J'oubliai fortune et grandeur,
J'oubliai tout,
Ma destinée est en toi
Comme mon bonheur.

RACHEL
Mais ta loi nous condamne
Et défend que je vive.
La Juive amante d'un Chrétien,
Le Chrétien amant d'une Juive,
Sont livrés à la mort!
Le sais-tu bien?

LÉOPOLD
Je le sais, mais qu'importe? viens!
Rachel, viens!
Ah! Que ton coeur m'appartienne,
Que l'amour nous enchaîne
Et Juive ou bien chrétienne
Ton sort sera le mien.
Que le courroux céleste
Me garde un sort funeste,
Si ton amour me reste,
Je ne regrette rien!

RACHEL
Que mon coeur t'appartienne,
Que l'amour nous enchaîne!
Ta foi n'est pas la mienne,
Ton Dieu n'est pas le mien.
Mon père vous déteste.
Et dans mon sort funeste
C'est la bonté céleste
Qui seule est mon soutien!

LÉOPOLD
Eh bien, fuyons!
Cherchons une retraite obscure
Où de tous oubliés,
Nous les oublierons tous,
Où gloire, amis, parents,
Tout sera mort pour nous!

RACHEL
Abandonner mon père?

LÉOPOLD
Oui, que dans la nature
Il ne me reste rien
Que mon amour et toi!

RACHEL
Abandonner mon père!

LÉOPOLD
Oui! crois-tu donc que moi
Je n'abandonne rien?

RACHEL
Que dis-tu?

LÉOPOLD
Tais-toi! Rachel!
Que ton coeur m'appartienne,
Que l'amour nous enchaîne
Et Juive ou bien Chrétienne,
Ton sort sera le mien.
Que le courroux céleste
Me garde un sort funeste…

RACHEL
Moi, que je t'appartienne,
Que l'amour nous enchaîne,
Ta foi n'est pas la mienne,
Ton Dieu n'est pas le mien.
Moment funeste!

LÉOPOLD
…si ton amour me reste,
Je ne regrette rien.

RACHEL
Eh bien! c'en est fait!
Oui, c'en est fait!
Pardonne, ô mon Dieu,
A ce coeur malheureux.
C'en est fait!
Dans les cieux,
Même sort, désormais
Nous attend tous les deux!

LÉOPOLD, RACHEL
Rachel, suis-moi!
Quittons ces lieux!
c'en est fait!
Ici-bas, dans les cieux,
Même sort, désormais
Nous attend tous les deux!

Scène Septième

(Éléazar arrive)

ÉLÉAZAR
Où courrez-vous?

RACHEL
Mon père!

ÉLÉAZAR
Pour m'éviter
Où portez vous vos pas?
Connaissez-vous donc sur la terre
Quelqu'endroit où n'atteigne pas
La malédiction d'un père?

Trio

ÉLÉAZAR
(Pour lui même)
Je vois son front coupable
Glacé par la terreur!
Oui, tout m'accable
De crainte et de douleur.

RACHEL, LÉOPOLD
(Pour lui même)
Ah! le remords m'accable!
Je sens mon front coupable,
Couvert de honte et de rougeur.

ÉLÉAZAR
Et toi que j'accueillis,
Toi qui venais sans crainte
Outrager dans ces lieux
L'hospitalité sainte, va-t'en!
Si tu n'étais un enfant d'Israël,
Si je ne respectais en toi notre croyance,
Mon bras t'aurait déjà
Frappé d'un coup mortel!

Récitatif

LÉOPOLD
Frappe!
Je ne veux pas te ravir ta vengeance:
Je suis Chrétien!

ÉLÉAZAR
Chrétien!

(Il va frapper Léopold. Rachel retient son
bras et tombe à ses genoux)

RACHEL
Arrêtez!
Il n'est pas seul coupable
Et la mort qui l'attend
Je dois la mériter!
Pour lui, pour moi, mon père,
J'invoque votre amour.
Ses yeux à la lumière
Pourront s'ouvrir un jour,
Notre loi qu'il ignore,
Qu'il l'apprenne de vous.
Hélas! je vous implore,
Bénissez mon époux!

ÉLÉAZAR
C'est Dieu qui l'inspire,
Sa douleur me déchire.
Je n'ai plus de courroux!

RACHEL
Une voix m'inspire
C'est elle qui m'inspire,
Je crois l'entendre dire:
Il sera ton époux!

LÉOPOLD
(Pour lui même)
Ô ciel! cruel martyre!
Sa douleur me déchire!
Je serais son époux!
Hélas! j'expire,
Plus de bonheur pour nous!
Hélas! affreux martyre!
Plus de bonheur non pour nous!

Récitatif

ÉLÉAZAR
(A Léopold)
Eh bien, donc!
Puis qu'ici ma fureur vengeresse
Doit céder à tes pleurs,
Que le ciel en courroux
Comme moi te pardonne
Et qu'il soi ton époux!

LÉOPOLD
Jamais!

RACHEL
Qu'oses tu dire?

LÉOPOLD
Je ne puis

RACHEL
Et pourquoi?

LÉOPOLD
Laissez-moi!
Et la terre et le ciel
Sont prêts à me maudire!

ÉLÉAZAR
Et moi, je l'ai prévu:
Trahison, anathème!
Maudits soient les chrétiens
Et celui qui les aime!

LÉOPOLD
Et la terre et le ciel
Sont prêts à me proscrire!

RACHEL
Malheur extrême!
Hélas! que devenir? ah!

ÉLÉAZAR
Chrétien sacrilège
Et que l'enfer protège,
Je connais tes projets.
Anathème, anathème!
Et que Dieu qu'il blasphème
Le maudisse à jamais!

LÉOPOLD
Parjure et sacrilège!
Ah! le remords m'assiège
Et c'est trop de forfaits!
Désespoir, anathème!
Le ciel que je blasphème
Me maudit à jamais!

RACHEL
De ce coeur sacrilège,
Oui, que l'enfer protège
Quels sont donc les projets?
Désespoir! anathème!
J'en jure par Dieu même,
Je saurais ses secrets!
Perfide, infâme!

LÉOPOLD
Ah! je t'aime plus que jamais!
Mais cet hymen, vois-tu,
C'est un crime, un blasphème.
Ne m'interroge pas,
Je dois fuir.
Adieu, Rachel, pour la dernière fois.

ÉLÉAZAR
Fuis de ces lieux,
Fuis pour jamais!



ACTE III


Scène Première

Air

EUDOXIE
Assez longtemps
La crainte et la tristesse
Ont habité les murs
De ce palais.
Que tout partage mon ivresse,
Que le plaisir y règne désormais!
Tandis qu'il sommeille
Et sans qu'il s'éveille,
Puisse son oreille
Entendre mes chants!
A lui plus craintive
Que ma voix arrive
Et qu'elle captive
Son coeur et ses sens.
Qu'un songe heureux
M'offre à ses yeux
Et lui rappelle
les traits de celle
Qui veille ici, pensant à lui!
Je l'ai revu,
J'ai pu lui dire
Et mes tourments et mon amour.
Ô douce joie, heureux délire,
Avec lui tout est de retour!
Qu'importent les chagrins passés?
Un jour les a tous effacés,
Un seul jour... ah!

Scène Deuxième

(Des jardins magnifiques)

CHOEUR
Ô jour mémorable,
Ô jour de splendeur!
Vois-tu la table
De l'Empereur?
Insigne grâce,
On leur permet
De prendre place
A ce banquet,
Insigne grâce,
Jour d'éclat, de victoire,
Tout fléchit sous la gloire de l'Empereur,

MAJORDOME
L'Empereur le permet: devant, vous messeigneurs,
L'aventure d'amour de la tour enchantée
Va pendant ce festin être représentée!
Entrez, entrez, trouvères et jongleurs!

(Entrée des Chevaliers)
(Un chevalier sonne du cor)
(Le nain parait sur la tourelle
et il répond à l'appel des chevaliers)
(Le Chevalier Sarrazin se montre sur

les degrés du château)
(Les chevaliers délibèrent un moment)
(Ils jurent de pénétrer de force dans
le château enchanté)
(Combat. Ils attaquent le Maure)
(Après la défaite du Maure, les dames captives
sortent du château enchanté)

(Léopold arrive)

CHOEUR
Sonnez, clairons,
Que vos chants de victoire
Portent son nom,
Ses exploits jusqu'aux cieux,
Et qu'en ce jour
Et l'amour et la gloire
Ornent son front victorieux!

EUDOXIE
Et que vos chants de victoire
Portent son nom jusqu'aux cieux!
Et qu'en ce jour
Et l'amour et la gloire
Ornent son front victorieux!

LÉOPOLD
(Pour lui même)
Ces chants d'amour,
Ces chants de gloire,
Pour moi sont un supplice affreux!

EUDOXIE
Pour fêter un héros
Dont la gloire m'est chère,
Les princes de l'Eglise
Et les rois de la terre
À ma voix dans
Ces lieux vont être réunis!

ÉLÉAZAR
A vos ordres soumis j'apporte
En ce palais ce joyau précieux.

RACHEL
(Regardant Léopold)
Ô ciel! voilà ses traits!

Scène Troisième

EUDOXIE
Au nom de l'Empereur,
De l'honneur et des dames
Qui des nobles guerriers
Electrisent les âmes,
Preux chevalier,
Fléchissez les genoux
Et recevez ce don
Que j'offre à mon époux!

RACHEL
Son époux! arrêtez!

(Elle arrache des mains de Léopold la chaîne que
vient de lui donner Eudoxie et la lui rend)

Reprends ce noble signe,
Ce signe de l'honneur
Son coeur n'en est pas digne!

EUDOXIE
Lui, mon époux?

RACHEL
Ce n'est plus ton époux!
C'est un lâche, un coupable
Que je dénonce aux yeux de tous!

EUDOXIE, ÉLÉAZAR, RUGGIERO
BROGNI, CHOEUR
Ciel!

ÉLÉAZAR
Tais-toi. Rachel!

RACHEL
Non! il est coupable!

BROGNI
Quel crime a-t-il commis?

CHOEUR
Quel crime a-t-il commis?

Récitatif

RACHEL
Le plus épouvantable!
Celui que votre loi
Punit par le trépas!
Chrétien, il eut commerce
Avec une maudite,
Une Juive, une Israélite.
Et cette Juive, sa complice,
Qui comme lui mérite le supplice,
C'est moi!
Ne me connais-tu pas?

Scène Quatrième

Sextuor

LÉOPOLD
Je frisonne et succombe
Et d'horreur et d'effroi
Et j'appelle la tombe
Qui va s'ouvrir pour moi!

ÉLÉAZAR, RUGGIERO
BROGNI, CHOEUR
O jour d'horreur, d'effroi!

EUDOXIE
Je frisonne et succombe
Et d'horreur et d'effroi.

RUGGIERO, BROGNI
Sur lui faut-il que tombe
Le glaive de la loi?

CHOEUR
Ô Dieu puissant!

ÉLÉAZAR, RACHEL
LÉOPOLD, EUDOXIE
Je frisonne et succombe
Et d'horreur et d'effroi
Et j'appelle la tombe
Qui va s'ouvrir pour moi!

TOUS
Ô jour deuil, ô jour d'effroi!

ÉLÉAZAR
Notre cause succombe,
Car je connais leur loi.
Je vois s'ouvrir la tombe
Et pour elle et pour moi!
Mais Dieu m'appelle,
Sa parole immortelle
Vient ranimer ma foi.

EUDOXIE, RACHEL, LÉOPOLD
RUGGIERO, BROGNI
O Dieu puissant,
je n'ai d'espoir, qu'en toi!

EUDOXIE
Ah, plus d'espoir!

RUGGIERO
Ciel! a-t-il trahi sa foi?

BROGNI
A-t-il trahi sa foi?
Je n'ai d'espoir qu'en toi!
Grand Dieu, je n'ai d'espoir qu'en toi!

EUDOXIE, RACHEL, ÉLÉAZAR
RUGGIERO, CHOEUR
Grand Dieu!

LÉOPOLD, BROGNI
Grand Dieu, je n'ai d'espoir qu'en toi!

EUDOXIE, RACHEL
Ah, je n'ai d'espoir qu'en toi!

BROGNI
Dieu, non, je n'ai plus d'espoir,
Je n'ai d'espoir...

TOUS
...Qu'en toi!

Malédiction

ÉLÉAZAR
Eh bien! nobles seigneurs!
prêtres et cardinaux!
Qu'attendez-vous?
Qui retient votre glaive?
Gardez-vous pour nous seuls
Les fers et les bourreaux?
Et le coupable heureux
Qui par le rang s'élève
A-t-il le droit d'impunité?

BROGNI
Il se tait, ô mon Dieu!
C'est donc la vérité!

CHOEUR
Il se tait, ô mon Dieu!
C'est donc la vérité!

BROGNI
Vous qui du Dieu vivant
Outragez la puissance
Soyez maudits!
Vous que tous trois unit
Une horrible alliance
Soyez maudits!
Anathème! ¡anathème!
C'est l'Éternel lui-même
Qui vous a par ma voix
Rejetés et proscrits!

(A Léopold)

De nos temples, pour toi,
Que se ferme l'enceinte!
Que de l'eau salutaire
Et de la table sainte
Tu ne puisse plus approcher!
Que toujours redoutant
Ton souffle et ton toucher
Le chrétien se détourne
Et s'éloigne avec crainte.
Et maudits sur la terre
Et maudits dans les cieux,
Que leurs corps soient enfin
À leur heure dernière
Laissés sans sépulture
Ainsi que sans prière
Aux injures du ciel
Qui s'est fermé pour eux!

Ensemble

TOUS
Ah!

EUDOXIE
Ah! Malheur extrême,
Par lui que j'aime
Mes feux sont trahis!
Et dans ma misère
Je vois sur la terre
Mes jours flétris.

RACHEL
Ah! justice suprême,
Que leur anathème
Qui nous a proscrits
Epargne mon père,
Et dans ta colère
Mes jours flétris
Soient seuls maudits!
Malheur extrême,
Oui leur anathème
Tous deux, hélas,
Nous a proscrits!

LÉOPOLD
Ah! justice suprême,
Retiens l’anathème
Qui les a proscrits!
Entends ma prière
Et dans ta colère
Mes jours flétris
Soient seuls maudits!

RUGGIERO, BROGNI
Ah! sur eux anathème,
C'est le ciel lui-même
qui les a proscrits!
Que l'eau salutaire,
Le feu, la lumière
Leur soient interdits,
Dieu les a maudits!

CHOEUR
Oui, Dieu les a proscrits!
Oui Dieu les maudits!
Sur eux anathème,
Ils sont proscrits!

LÉOPOLD
Grand Dieu!

CHOEUR
Que l'eau salutaire, le feu, la lumière
Leur soient interdits, Dieu les a maudits!

EUDOXIE
Ah! calmez leur furie!

CHOEUR
Oui, que leur mort expie
Leur forfait odieux!
Il faut leur vie,
Leur mort expie leur perfidie,
Leur crime affreux.



ACTE IV


Scène Première

Duo

EUDOXIE
(Seule)
Du cardinal voici
L'ordre suprême,
Il me permet de voir Rachel
Quelques instants.
Mon Dieu, pour délivrer
L'infidèle que j'aime
Viens soutenir ma voix
Et dicter mes accents.
Que je sauve ses jours
Et puis, qu'après, je meure!

(Rachel arrive)

RACHEL
Pourquoi m'arrachez-vous
À ma sombre demeure?
M'apportez vous la mort
Qu'appellent mes souhaits?
Que vois-je ô ciel! mon ennemie!

EUDOXIE
Une ennemie, hélas! qui te supplie!

RACHEL
Que peut-il entre nous
Exister désormais?

EUDOXIE
Pour moi je ne veux rien,
Mais pour lui seul je tremble.
Ce concile terrible
En ce moment s'assemble,
Personne excepté vous ne
Pourrait désarmer
Ces juges impitoyables,
Ils le condamneront!

RACHEL
Ils sont donc équitables?
J'estime les chrétiens
Et je veux les aimer!

EUDOXIE
Ah! que ma voix plaintive,
Fléchisse votre coeur!
Ô vous, mon ennemie,
Accordez-moi sa vie
Et prenez mon bonheur!

RACHEL
Moi, permettre qu'il vive?
Quand de la pauvre Juive
Il a brisé le coeur?
Non, que ma triste vie
Près de lui soit finie.
C'est là mon seul bonheur.

EUDOXIE
Rachel accordez-moi sa vie.

RACHEL
Non

EUDOXIE
Vous pouvez le soustraire
À l'arrêt implacable,
En déclarant ici
Qu'il n'était pas coupable.

RACHEL
Pas coupable!
Sais-tu qu'il avilit mes jours?
Sais-tu que je l'aimais?
Que je l'aime toujours?

EUDOXIE
Entendez-vous
Et ce signal affreux,
Ce bruit, ces pas tumultueux?
C'est lui que l'on
Traîne au concile!
Si vous tardez, tout devient inutile:
l meurt!

RACHEL
Ô ciel!

EUDOXIE
Rendez-vous à mes voeux!

RACHEL
Ô Dieu! que faire?

RACHEL
Dieu tutélaire,
Toi qui vois ma misère,
Dieu tutélaire à toi j'ai recours.
Ah! pour moi peine extrême,
Oui, je sens que je l'aime,
Et pour toujours!

EUDOXIE
Dieu tutélaire,
Oh! reçois ma prière
Dieu tutélaire
Ah! sauve ses jours!
Ah! pour moi peine extrême,
Oui, je sens que je l'aime,
Hélas! et pour toujours!

EUDOXIE
Rachel, qu'ici j'obtienne
Grâce et pardon
De ton coeur irrité.

RACHEL
Il ne sera pas dit
Qu'une femme chrétienne
Sur une Juive en rien l'ait emporté.

Scène Deuxième

L’OFFICIER
Le Cardinal, Madame,
En ce lieu doit se rendre!

EUDOXIE
Je me retire; adieu Rachel
Tu l'as juré, tu dois le sauver,
Le défendre!

RACHEL
Décide à présent, tu le peux,
Qui de nous deux l'aime le mieux!

EUDOXIE
Ah! Qu'il vive et pour moi
Le trépas, je l’espère,
Aura bientôt terminé ma misère.

RACHEL
Oh! Non, je mourrai seule, adieu!
Vivez en paix!

(Eudoxie sort et Brogni arrive)

Duo

BROGNI
Devant le tribunal
Vous allez comparaître!

RACHEL
Eh bien!
Le tribunal entendra mon aveu!

BROGNI
Quel est-il donc?

RACHEL
Bientôt vous allez le connaître;
Je ferai mon devoir
Et m'abandonne à Dieu.

BROGNI
Cet aveu pourrait-il
Conjurer la tempête?

RACHEL
Oui, d'un front
Qui m'est cher il la détournera!

BROGNI
Et ne peut-il sauver ta tête?

RACHEL
Oh non, la mienne tombera!

BROGNI
Ainsi donc à la mort
Vous courez sans défense?

RACHEL
C'est mon refuge et mon désir!

BROGNI
Vous n'avez donc plus d'espérance?

RACHEL
Il m'en reste une encor:
Le sauver et mourir!

BROGNI
(Pour lui même)
En mon âme une voix secrète
Parle pour elle et la défend.
Et lorsque son bûcher s'apprête
Je tremble du sort qui l'attend.

RACHEL
(Pour lui même)
On dirait qu'une voix secrète
Pour moi lui parle et me défend.

BROGNI
(Pour lui même)
Du coup affreux
Qui va l'atteindre
Ne pourrai-je la préserver?
Le ciel m'ordonne
De la plaindre,
Que ne puis-je
Aussi la sauver!
Quel est donc cette voix secrète
Qui dans mon coeur
S'élève et la défend?

(A Rachel)

Allez, Rachel, Je veillerai sur vous!

(Elle sort)

Scène Troisième

Récitatif

BROGNI
Mourir si jeune!
Un seul espoir me reste,
Oui, son père lui seul
Peut détourner
Les coups de l'humaine justice
Et du courroux céleste.
Je veux le voir!

(A les gardes)

Qu'on amène ce Juif!
Allez et laissez-nous!

(Élézar entre)

Duo

BROGNI
Ta fille en ce moment
Est devant le concile
Qui va prononcer son arrêt.
Toi, son complice,
En vain mon coeur
Voudrait tenter,
Pour te sauver,
Un effort inutile.
Sa vie est dans tes mains,
Aux flammes du bûcher,
En abjurant ta foi,
Toi seul peux l'arracher!

ÉLÉAZAR
L'ai-je bien entendu?
Que me proposes-tu?
Renier la foi de mes pères!
Non, jamais, plutôt mourir!

BROGNI
Mais le Dieu qui t'appelle
Est un Dieu redoutable!

ÉLÉAZAR
Non, le Dieu de Jacob
Est le seul véritable!

BROGNI
Et pourtant dans l'opprobre
Il laisse ses enfants!

ÉLÉAZAR
Si de leurs fronts vainqueurs
Les palmes sont tombées,
Dieu qui dans les combats
Guidait les Macchabées,
Rendra bientôt ses fils
Libres et triomphants!

BROGNI
Ainsi tu veux mourir?

ÉLÉAZAR
Oui! c'est mon espérance
Mais je veux avant tout
Et sur quelque chrétien me venger,
Et ce sera sur toi!

Récitatif

ÉLÉAZAR
Quand les Napolitains
Dans Rome sont entrés
Vous avez vu vos toits
Au pillage livrés
Et ta maison en proie
À l'incendie
Et ta femme expirante
Et ta fille chérie
En recevant le jour
Mourante à tes côtés!

BROGNI
Tais-toi, cruel!
Que ces jours détestés
Par qui j'ai tout perdu
S'efface et s'oublient!

ÉLÉAZAR
Non! tu n'avais pas tout perdu!

BROGNI
Que dis-tu?

ÉLÉAZAR
Tu n'avais pas tout perdu!

BROGNI
Ô ciel!

ÉLÉAZAR
Un Juif avait sauvé ta fille,
Un Juif l'avait vivante
Enlevée en ses bras.
Ce Juif, je le connais.

BROGNI
Ah, parle! dis:
Son nom, quel est-il?

ÉLÉAZAR
Non! Non!

BROGNI
(avec beaucoup de force)
Mais parle au nom du ciel!

ÉLÉAZAR
Tu ne le sauras pas!

BROGNI
Mais non! c'est un rêve!
Ah, par pitié, achève!
Ah, j'implore en tremblant
Ta clémence,
Ah! par pitié, cruel,
Vois ma souffrance,
Vois, je suis à tes pieds,
Hélas! comble mes voeux.
Ah! dis un mot
Ou j'expire à tes yeux!
Ma fille. eh! quoi!
Il serait vrai
Peut-être elle respire?
Ah, je succombe hélas!
A mon martyre,
Tu me vois à tes pieds,
Hélas! comble mes voeux,
Dis un mot
Ou j'expire à tes yeux!

ÉLÉAZAR
Hélas! il est trop vrai,
Oui, ta fille respire,
Seul je connais son sort,
Seul je puis tout dire.
Mais bientôt mon trépas
Va te glacer d'effroi.
Et mon secret va mourir avec moi!
Le bûcher qui s'élève
Nous rapproche des cieux!

BROGNI
Je t'en supplie, achève
Ou j'expire à tes yeux,

(Brogni sort désespéré)

Scène Quatrième

ÉLÉAZAR
Va prononcer ma mort,
Ma vengeance est certaine.
C'est moi qui pour jamais
Te condamne a gémir!
J'ai fait peser sur toi
Mon éternelle haine
Et maintenant je puis mourir.
Mais ma fille... ô Rachel!
Quelle horrible pensée
Vient déchirer mon coeur.
Délire affreux, rage insensée,
Pour me venger
C'est toi qu'immole ma fureur

Air

ÉLÉAZAR
Rachel, quand du Seigneur
La grâce tutélaire
À mes tremblantes mains
Confia ton berceau,
J'avais à ton bonheur voué ma vie entière.
Et c'est moi qui te livre au bourreau!
Mais j'entends une voix qui me crie:
Sauvez-moi de la mort qui m'attend!
Je suis jeune et je tiens à la vie,
Ô mon père, épargnez votre enfant!

CHOEUR
(dans la coulisse)
Au bûcher, au bûcher les Juifs!
les Juifs qu'ils périssent!
La mort est due à leurs forfaits,
La mort, la mort, la mort pour leurs forfaits!

ÉLÉAZAR
Quels cris de mort retentissent?

CHOEUR
(dans la coulisse)
Au bûcher les Juifs,
les Juifs qu'ils périssent!
La mort, la mort pour leurs forfaits!
Oui! oui! oui!

ÉLÉAZAR
Ils demandent ma mort.
Vous voulez notre sang, Chrétiens
et moi j'allais vous rendre ma fille Rachel non, non,
jamais!

(avec exaltation)

Dieu m'éclaire,
Fille chère,
Près d'un père
Viens mourir
Et pardonne
Quand il donne
La couronne
Du martyre!
Vaine crainte,
Plus de plainte
En mon coeur
Saint délire
Qui m'inspire,
Ton empire
Est vainqueur!

CHOEUR
(dans la coulisse)
Au bûcher les Juifs qu'ils périssent!

ÉLÉAZAR
Israël la réclame!

CHOEUR
(dans la coulisse)
La mort est due à leurs forfaits, la mort!

ÉLÉAZAR
Israël la réclame,
C'est au Dieu de Jacob que j'ai voué son âme!

CHOEUR

(dans la coulisse)
Au bûcher! au bûcher oui, qu'ils périssent!

ÉLÉAZAR

Elle est à moi, c'est notre enfant
Et j'irais en tremblant pour elle,
Prolongeant ses jours d'un enfant,
Lui ravir la vie éternelle
Et le ciel qui l'attend
Non, non, jamais!
Dieu m'éclaire!



ACTE V


Marche funèbre

Scène Première

RUGGIERO
Le concile prononce
Un arrêt rigoureux!
Il vous a condamnés!

ÉLÉAZAR
Tous les trois?

RUGGIERO
Tous les deux!

ÉLÉAZAR
Et Léopold?

RUGGIERO
Un témoin digne de foi
Le déclare innocent.

ÉLÉAZAR
Qui l'ose attester?

RACHEL
Moi!

ÉLÉAZAR
Rachel!

CHOEUR
Ciel! de Dieu le pouvoir qui la guide
Fait briller la vérité.

ÉLÉAZAR
Quoi Rachel quoi! c'est toi?

RUGGIERO
Déclarez devant tous,
Publiez en ces lieux
Que nul ne vous dicta
Ces importants aveux!

RACHEL
Devant dieu
Qui connaît quel sentiment me guide,
Devant ce Dieu
Qui seul peut lire dans mon coeur,
De nouveau je l'atteste:
Oui, ma bouche perfide
Hier a proclamé
Le mensonge et l'erreur!

CHOEUR
Ô crime, ô mensonge exécrable!
La mort punira tes forfaits!

RUGGIERO
Vous avez tous les deux,
Dans un fatal délire,
Accusé faussement
Un prince de l'Empire
Et profané des rois
La sainte majesté.
Le bûcher vous attend,
Vous l'avez mérité!

BROGNI
Au pécheur, Dieu, soyez propice!
Saints et saintes, intercédez,
Du ciel apaisez la justice!
Seigneur tout-puissant, pardonnez!

CHOEUR
Au pécheur, Dieu, soyez propice!
Saints et saintes, intercédez!
Du ciel apaisez la justice!
Seigneur tout-puissant, pardonnez!

RACHEL
Ah, mon père, j'ai peur!
Leurs lugubres prières
Glacent mon coeur d'effroi!

ÉLÉAZAR
Mon Dieu, que dois-je faire?
Hélas! éclaire moi!

RACHEL
Je vais quitter la terre
Ce séjour de douleur
Priez pour moi, mon père
Et cachez-moi vos pleurs.

ÉLÉAZAR
Faut-il, doute affreux
La laisser à la terre
Et la ravir aux cieux?

BROGNI
A ton heure dernière
Oubliant ta rigueur,
Révèle ce mystère
D'où dépend mon bonheur.

RACHEL
Unissons nos prières
Vers le Dieu de nos pères
Elançons nous tous deux!

FEMMES
Unissez vos prières,
Vers le Dieu de nos pères
Allez montez tous deux!

ÉLÉAZAR
La laisser à la terre
Et la ravir aux cieux?
Que faut-il faire?
Hélas! moment affreux!

BROGNI
Ah! termine la misère
D'un père malheureux.

RACHEL
Venez, venez mon père
Restez auprès de moi!

ÉLÉAZAR
Que faut-il faire?
Ô doute affreux!

RUGGIERO
Il est temps!

ÉLÉAZAR
Arrêtez!
Plus qu'un mot!

(Comme à voix basse)

Rachel, je vais mourir!
Veux-tu vivre?

RACHEL
Pourquoi?
Pour aimer et souffrir?

ÉLÉAZAR
Non, pour briller
Au rang suprême!

RACHEL
Sans vous?

ÉLÉAZAR
Sans moi!

RACHEL
Comment?

ÉLÉAZAR
Ils veulent sur ton front
Verser l'eau du baptême,
Le veux-tu, mon enfant?

RACHEL
Qui? moi! Chrétienne? moi!
La flamme étincelle, venez!

ÉLÉAZAR
Leur Dieu t'appelle!

RACHEL
Et le notre m'attend!
C'est le ciel qui m'inspire,
Je choisis le trépas!
Oui courons au martyre
Dieu nous ouvre ses bras!

ÉLÉAZAR
Ah, c'est le ciel qui l'inspire,
Je te rends au trépas!
Viens courons au martyre
Dieu nous ouvre ses bras!

CHOEUR
Au pécheur, Dieu, soyez propice,
Saints et Saintes, intercédez.

BROGNI
Prêt à mourir réponds
À la voix qui t'implore:
Cet enfant que ce Juif
Aux flammes arracha...

ÉLÉAZAR
Eh bien?

BROGNI
Réponds:
Ma fille existe-t-elle encore?

ÉLÉAZAR
Oui!

BROGNI
Dieu! où donc est elle?

(on précipite Rachel dans le bûcher)

ÉLÉAZAR
La voilà!

CHOEUR
Oui, c'en est fait
Et des Juifs nous sommes vengés!



ACTO I


Obertura

Introducción

Escena Primera

(Una plaza en la ciudad de Constanza)

CORO EN LA IGLESIA
Te Deum laudamus,
Te Dominum confitemur,
Te aeternum Patrem
Omnis terra veneratur.

UN HOMBRE DEL PUEBLO
En este día de fiesta pública,
¿qué casa es ésa,
donde aún se trabaja?

HOMBRES DEL PUEBLO
Es la casa de un hereje,
¡del judío Eleazar,
que nada en oro!

CORO
¡Ahí está! ¡Es él!

RAQUEL
Tened cuidado, padre... entremos...
¡Nos están mirando!

CORO EN LA IGLESIA
¡Pleni sunt coeli et terra
Majestatis gloriae tuae!

Recitativo

ALBERTO
(Al ver a Leopoldo)
¡Con estas ropas,
en los muros de Constanza,
vuelvo a veros!

LEOPOLDO
¡Silencio!
¡Sólo tú me conoces aquí,
querido Alberto!

ALBERTO
¡Os espera el Emperador!

LEOPOLDO
¡Que Segismundo ignore mi presencia
al menos hasta esta noche!
¡Qué inmenso gentío!
¿Por qué esta multitud?

ALBERTO
¡Ah! ¿No sabes que hoy llega
Segismundo a Constanza,
para inaugurar
un concilio en el que,
príncipes y prelados
de toda la cristiandad
vienen para
otorgar la tiara,
acabar con la herejía
y juzgar el dogma
impío de Jan Hus?
Sus partidarios,
los famosos husitas,
ya han caído bajo los golpes
de un brazo victorioso.
¡Y el Emperador al cielo,
hoy mismo agradece
las hazañas del
héroe al que ama!
¿Oís esos cánticos?

CORO EN LA IGLESIA
In te Domine speravi
Non confundar in aeternum.

LEOPOLDO
¡Vámonos, amigo!
¡Aguardemos el momento
de reaparecer por aquí!

CORO
¡Hosanna, placer, júbilo,
gloria al Eterno!
¡Que nuestros cánticos de alegría
resuenen hasta el cielo!
¡Que nuestros cánticos de alegría
se eleven hasta el cielo!

RUGGIERO
(Dirigiéndose a la multitud)
¡En este día solemne
en que se inaugura el concilio,
he aquí el edicto que, yo,
gran preboste de la ciudad,
quiero hacer proclamar
por todas partes!

ALBERTO
"Monseñor Leopoldo,
con la ayuda de Dios,
habiendo castigado
la insolencia de los husitas,
en nombre del santo concilio
reunido en Constanza,
en nombre de nuestro emperador
y de monseñor Brogni,
hoy se será generoso
con el pueblo"

CORO
¡Ah qué día de felicidad
para nuestra ciudad!
¡Viva el concilio!
¡Viva el Emperador!

ALBERTO
"¡En nuestros templos,
desde primera hora de la mañana,
se ofrecerán a Dios
acciones de gracias!
¡Y a mediodía, en las grandes plazas
correrán fuentes de vino!"

CORO
¡Ah qué día de felicidad
para nuestra ciudad!
¡Viva el concilio!
¡Viva el Emperador!

(Se oye sonido de yunques)

RUGGIERO
Pero...
¿Qué oigo, gran Dios?
¿De dónde viene ese extraño ruido?
¿Qué mano sacrílega,
en este día de reposo,
osa ocuparse
en trabajos profanos?

CORO
¡Es en la casa de ese hereje!
¡Allí!... En la tienda
del judío Eleazar,
el rico joyero.

RUGGIERO
¡Id y prendedlo!
¡Arrastradlo ante nosotros!
¡Debo castigarle
por tan gran crimen!

RAQUEL
¡Ah, padre mío!
¡Ah, os lo suplico!
¡Ay! ¿Qué queréis de él?
¡Yo no lo abandono!

RUGGIERO
Judío, tu audacia impía
merece la muerte.
¡Trabajar en un día de fiesta!

ELEAZAR
(tranquilamente)
¿Y por qué no?
¿No soy yo hijo de Israel,
y va a darme órdenes
el Dios de los cristianos?

RUGGIERO
¡Cállate!
¿Lo oís?
¡Al cielo mismo insulta
y maldice nuestra ley santa!

ELEAZAR
¿Y por qué habría de amarlo?
Por orden vuestra,
sobre la hoguera,
y tendiéndome sus brazos,
¡he visto perecer a mis hijos!

RUGGIERO
¡Muy bien, y tú irás detrás!
¡Muerte al sacrílego!...
Tu justo suplicio,
a los ojos del Emperador,
doblará el esplendor
de este día solemne.

CORO
¡Ah, qué día de felicidad
para nuestra ciudad!
¡Viva el concilio!
¡Viva el Emperador!

(Brogni sale de la iglesia con su séquito)

RUGGIERO
(Viendo llegar a Brogni)
¡Oh, cielos!
El presidente supremo
del concilio,
¡el venerable Brogni!

CORO
¡El presidente supremo
del concilio!

BROGNI
¿Adónde lleváis a estos?

RUGGIERO
¡Son unos judíos
que hemos condenado a muerte!

BROGNI
¿Su crimen?

RUGGIERO
Han osado trabajar hoy
en un trabajo
profano.

BROGNI
Acercaos... ¿Vuestro nombre?

ELEAZAR
¡Eleazar!

BROGNI
¡Creo que ese nombre
no me es desconocido!

ELEAZAR
¡No, sin duda!

BROGNI
En el pasado
¿os he visto en alguna parte?

ELEAZAR
En Roma, pero entonces,
si bien recuerdo,
no erais aún
ministro de los cielos,
teníais una mujer y una hija...

BROGNI
¡Silencio!
De un padre, de un esposo,
respetad el sufrimiento.
Lo perdí todo,
sólo Dios,
sostén de los desdichados,
Dios me quedaba,
Él ha recibido mis votos.
¡Soy su servidor,
su ministro y su sacerdote!

ELEAZAR
¡Para perseguirnos!

BROGNI
Quizá para salvaros.

ELEAZAR
¡No he olvidado que
en otro tiempo de Roma,
severo magistrado,
fuiste tú quien me desterraste!

RUGGIERO
¡Qué audacia!

BROGNI
¡Y, sin embargo, te concedo el perdón!
¡Sé libre, Eleazar!
¡Seamos amigos, hermano mío!
Y si te ofendí, perdóname.

ELEAZAR
¡Jamás!

Cavatina

BROGNI
Si el rigor y la venganza
les hacen odiar tu santa ley,
que el perdón, que la clemencia,
Dios mío,
les hagan volver a Ti en este día.

RAQUEL
Tanta bondad, tanta clemencia,
desarman mi corazón a mi pesar,
y los cristianos y sus creencias
ya no me inspiran tanto terror.

RUGGIERO
Tanta bondad, tanta clemencia,
les hacen despreciar nuestra fe.
¡Es por el hierro y la venganza
como triunfa la fe!

CORO
Tanta bondad, tanta clemencia
¡oh, digno sostén de la fe!
con respeto por tu poder,
nuestras frentes
se inclinan ante ti.

ELEAZAR
Su clemencia vana y tardía,
no sabrá quebrantar mi fe.
Guardo en mi corazón la venganza,
¡nada de alianza entre ellos y yo!

BROGNI
¡Recordando su sagrado precepto,
abramos nuestros brazos
al hijo perdido!
Si el rigor y la venganza
les hacen odiar tu santa ley
¡qué el perdón, qué la clemencia,
Dios mío,
les conduzcan en estos lugares hacia Ti!

RAQUEL
¡Dios, cuánta clemencia!
Su voz tranquiliza mi pavor.

ELEAZAR
Nada de alianza
entre ellos y yo.

RUGGIERO
¡No, nada de clemencia,
nada de perdón,
esa es mi ley!

CORO
¡Con respeto por tu poder,
nuestras frentes se inclinan
ante ti!

Escena Segunda

(En la puerta de la casa de Eleazar)

(Leopoldo se acerca a un músico ambulante
que se disponía a cantar y que, a cambio de
algunas monedas, le cede su laúd)

Serenata

LEOPOLDO
Lejos de su amada,
vivir sin placeres,
no contar su vida
más que por sus suspiros,
este es el sufrimiento
de la ausencia.
¡Pero al fin llega el día
feliz y próspero!
¡Pero al fin llega el día,
el día del regreso!
Sí, llega el día
feliz y próspero,
donde todo me agrada.
¡Sí, llega el día
feliz y próspero,
el día del regreso!

RAQUEL
¿Qué voz adorada,
tan dulce a mi corazón,
me devuelve la vida?
¿Qué voz adorada
me devuelve la felicidad?
En la ausencia,
había perdido toda esperanza.

RAQUEL, LEOPOLDO
¡Bendito sea el día
que lo trae hasta mí!
¡Ya ha llegado el día,
el día del regreso!
¡Ya ha llegado el día
que acabará con mi pena,
sí, ha llegado el día
feliz y próspero,
el día del regreso!

Recitativo

RAQUEL
¡Samuel, entonces, sois vos!

LEOPOLDO
¡Sí, Samuel que te ama!

RAQUEL
¿El viaje que emprendisteis
ha satisfecho vuestros deseos?

LEOPOLDO
¡Sí, desde que me amas,
Samuel siempre es feliz!

RAQUEL
¿Cómo no amarte?
Nuestro culto es el mismo,
un Dios común
nos bendice a ambos.
¡Y tus pinceladas,
tu arte que yo venero,
bien valen, para mí,
los tesoros de mi padre!

LEOPOLDO
¡Raquel, mi adorada!
¡Ay! ¿Cuando te volveré a ver?

RAQUEL
Ven hoy a casa de mi padre.
¡Ven esta noche!

LEOPOLDO
¡Eh! ¿Y qué dirá él?

RAQUEL
Ven sin temor.
Celebramos la santa Pascua,
como nuestro Dios
ordena a sus elegidos.

LEOPOLDO
¡Oh, cielos!

RAQUEL
¡Y en este día,
bajo su respetable techo,
todos los hijos de Israel
son bien recibidos!

LEOPOLDO
¡Una palabra más!

RAQUEL
¡Vete! ¡Una gran multitud
viene hacia este lugar!...

LEOPOLDO
¡Raquel, escúchame!

RAQUEL
¡No, hasta esta noche, adiós!

Escena Tercera

(La multitud invade la plaza)

CORO
¡Démonos prisa,
porque la hora se acerca
y la fiesta comenzará enseguida!
¡Démonos prisa,
porque ya es la hora!
¡Hay que llegar pronto allí!
¡Que cada instante de esta
hermosa jornada sea un placer!

CORO
¡Amigos, de esta fuente
enseguida manará vino!
Sin temores ni penas,
beberemos hasta mañana.
¡En esta fiesta que comienza
entreguémonos al baile
y giremos hasta el amanecer!

Final

CORO
¡Hurra!
Por allí abajo,
el cortejo avanza lentamente.
Pronto llegará aquí.

ELEAZAR
¿Cómo saber dónde ponerse,
entre este gentío inmenso?

RAQUEL
¡Padre mío, seguidme!
Creo que allí estaremos muy bien.

RUGGIERO
¡Sitio, apartaos todos,
campesinos y burgueses!
¡Ah, gran Dios!... ¿Qué veo?
¡Qué audacia impía!
¡En la puerta de la iglesia
se refugia un judío!
¡Ahí lo veis, cristianos!
¿Y toleraréis
la marca de sus pasos
sobre los sagrados mármoles?

CORO
¡Tiene razón!

RUGGIERO
¡Seguid el ejemplo del Dios santo,
que expulsó a todos
los vendedores del templo!

CORO
¡Al lago, sí, arrojemos al lago
a esta raza rebelde y criminal!
¡Sí, arrojemos al lago
a estos hebreos, estos malditos,
estos hijos de Isaac!
¡Al lago!

ELEAZAR
¿Y bien?
¿Qué queréis, raza de amalecitas?
Toda mi sangre la entrego
a vuestros labios malditos.
¡Y a estos días desdichados,
aciagos por demasiado tiempo,
venid a ponerles fin!
¡Venid, os espero!

CORO
¡Ah, es demasiado insolente!
¡Que no haya de gracia para ellos!
¡Que se borre y se olvide
el detestado nombre de esta raza!
¡Al lago, sí, arrojemos al lago
a esta raza rebelde y criminal,
a estos hebreos, estos malditos,
estos hijos de Isaac!
¡Al lago!

LEOPOLDO
¡Ah! ¿Qué veo?
¡Raquel, mi adorada!

RAQUEL
¡Vete, Samuel!
Esta multitud inhumana
va contra nosotros,
pero detesta a todos los judíos.
¡Te matarán, vete!

LEOPOLDO
¡No, permaneceré a tu lado!
¡Y vosotros que la insultáis,
corazones cobardes y angustiados,
huid o este brazo
se os volverá funesto!

ALBERTO
¡Detenedlos!
¡Oh, cielos, soldados, retiraos!
¡No avancéis!
¡Qué estos desdichados
sean sustraídos a la muerte!
¡Dejadlos o temed mi brazo!

RAQUEL
¡Oh, nueva sorpresa!
¡Esta horda cruel,
estos soldados amenazadores,
obedecen a su gesto
y ceden en su presencia,
desarmados y temblorosos!
¡Dios mío, a Ti te imploro!
¿De dónde emana este poder,
que, ay, mi corazón ignora
y no puede comprender?

LEOPOLDO
¡Que ella siempre ignore
mi nombre y mi poder!
¡Oh Dios, a Ti te imploro,
eres mi única esperanza!

ALBERTO
¡Que ella siempre ignore
su nombre y su poder!
¡Dios, al que imploro,
eres mi única esperanza!

ELEAZAR
¡Dios mío al que imploro,
oh Tú, mi única esperanza!
¡Estos traidores que detesto
conocerán tu poder!

CORO
¡Los hijos del Dios verdadero
obedecen a este judío,
y ceden en su presencia
desarmados y temblorosos!

RAQUEL
Estos soldados amenazadores,
obedecen su orden.

RAQUEL, ELEAZAR
¡Sí, ceden en su presencia
desarmados y temblorosos!

CORO
¡Aquí está el cortejo!
¡Coloquémonos!
De estos nobles guerreros,
de estos valientes caballeros,
mira la imponente marcha
y las brillantes armaduras.
¡Qué esplendor, qué fiesta
para este hermoso día!
¡No, jamás en estos lugares
espectáculo tan pomposo
asombró a nuestros ojos!

RAQUEL
¡Dios mío, a Ti te imploro!
¿De dónde le viene este poder,
que, ay, yo ignoro
y no puedo comprender?

ELEAZAR
¡Dios mío al que imploro,
sólo en Ti deposito mi esperanza!
¡Estos malvados que detesto
conocerán tu poder!

LEOPOLDO
¡Que ella siempre ignore
mi nombre y mi poder!
¡Dios poderoso, al que imploro,
eres mi única esperanza!

CORO
¡Sí, gloria y honor
a estos valerosos soldados!
¡Sí, que siempre su fiel espada
sea el terror de los malvados!

RAQUEL
¿Cómo descubrir este misterio?
¡Presagio mortal para mi amor!
¡En vano intento comprenderlo!

ELEAZAR
¡Dejemos a estos poderosos
de la tierra!
¡Dejemos estas calles odiosas!
Ven, Rachel, acompaña a tu padre.

ALBERTO
¿Cómo esconderle el misterio?
¡Presagio mortal para su amor!
¡Él lo oculta en vano!

LEOPOLDO
¿Cómo esconderle mi misterio?
¡Presagio mortal para mi amor!
¡En vano espero
ocultarle mi secreto!

ELEAZAR
¡Oh, mi querida hija!
¡Ven, Raquel, mi único bien,
mi tesoro, mi amor!

RAQUEL
¡Ay! ¿Qué hacer?
¿Cuál es pues, el secreto
que me oculta en este día?

CORO
¡Ya llega el Emperador!

CORO
Te Deum laudamus,
Te Dominum confitemur,
Te aeternum Patrem
Omnis terra veneratur.
¡Hosanna, gloria al Emperador!



ACTO II


Escena Primera

(El interior de la casa de Eleazar)

Plegaria

ELEAZAR
¡Oh Dios, Dios de nuestros padres,
desciende entre nosotros!

RAQUEL, CORO
¡Oh Dios, Dios de nuestros padres,
desciende entre nosotros!

ELEAZAR
¡Oh Dios, oculta nuestros misterios
a los ojos de los malvados!

RAQUEL, CORO
¡Oh Dios, oculta nuestros misterios
a los ojos de los malvados!

ELEAZAR
¡Tú que nos iluminas,
desciende entre nosotros!

RAQUEL, CORO
¡Tú que nos iluminas,
desciende entre nosotros!

ELEAZAR
¡Oculta nuestros misterios
a los ojos de los malvados!

RAQUEL, CORO
¡Oculta nuestros misterios
a los ojos de los malvados!

ELEAZAR
¡Si la traición o la perfidia
osan deslizarse entre nosotros,
sobre el perjuro o el impío,
caiga tu ira, gran Dios!
Y ahora, todos vosotros, hijos de Moisés,
garantía de la alianza prometida
a nuestros ancestros,
compartid este pan
consagrado por mis manos
y que nunca ha sido mancillado
por una levadura impura.

RAQUEL, CORO
Compartamos este pan
consagrado por sus manos
y que jamás ha mancillado
levadura impura.

(Leopoldo tira al suelo disimuladamente su pan)

RAQUEL
¿Qué veo?

Cavatina

ELEAZAR
¡Dios, que mi voz temblorosa
se eleve hasta los cielos!
¡Extiende tu poderosa mano
sobre tus desdichados hijos!
¡Todo tu pueblo sucumbe,
y Sión en la tumba,
implorando tu bondad,
se levanta hacia ti y grita
y suplica la vida
a su padre enojado!

(Llaman a la puerta)

RAQUEL, ELEAZAR, CORO
¡Horror, llaman!

(Vuelven a golpear la puerta)

ELEAZAR
¡Apagad esos candelabros e id a ver!

RAQUEL
¡Oh, no me atrevo!

ELEAZAR
(Abriendo la ventana)
¿Quién llama a estas horas?

VOCES EN EL EXTERIOR
(fuera de escena)
¡Abrid en nombre del Emperador!

ELEAZAR
(A los demás)
¡Recoged todo!

RAQUEL
(A Leopoldo, en voz baja)
¡Debemos hablar ahora mismo, Samuel!

LEOPOLDO
De parte del Emperador...
¡Abramos de inmediato!

ELEAZAR

Es extraña una visita a estas horas...
Tu brazo es fuerte... Sabrá defendernos.
¡Abrid la puerta!

(Abren la puerta)

¡Pasad!... ¡Una mujer!

(Entra Eudoxia)

Escena Segunda

LEOPOLDO
(Para sí, al ver a Eudoxia)
¡Dios mío!
¡Se me erizan todos mis cabellos!

ELEAZAR
¿Qué deseas?

EUDOXIA

(Señalando a Leopoldo, sin reconocerlo)
Antes, decidme
¿quién es ese hombre?...

ELEAZAR
Un pintor, un buen artista...
Estamos negociando un contrato de colaboración
que nos favorezca a ambos, pero...
si es necesario, se marchará.

EUDOXIA
¡No, mi visita no es ningún secreto!

ELEAZAR
Dices que vienes
de parte del Emperador...

EUDOXIA
¡Soy su sobrina!

ELEAZAR
¡Oh, cielos! ¡Qué honor para mí!
¡La princesa Eudoxia!

EUDOXIA
¡Sí! ¡Levántate!

EUDOXIA
¡Dicen que posees
una joya magnífica!

ELEAZAR
Sí, la destinaba
a algún soberano.
Una cadena con incrustaciones,
una santa reliquia
que llevó en otros tiempos
el emperador Constantino.

EUDOXIA
Quiero verla.
¡El hombre que yo amo, Leopoldo,
mi prometido, venció a los husitas...

LEOPOLDO
¡Oh, cielos!

EUDOXIA
... y hoy mismo
vuelve junto a mí!

ELEAZAR
Entiendo.

EUDOXIA
¡No, no puedes
concebir mi dicha!
¡Ah! En mi alma
está grabada para siempre
su imagen querida.
A partir de ahora,
mi ardiente llama
sabrá mantenerlo junto a mí.
Su afecto embellecerá mis días.
¡Oh, dulce embriaguez
del dichoso futuro!

LEOPOLDO
(Para sí)
Sí, en su alma
he desterrado para siempre
el reposo y la dicha.
Su ardiente llama aumentará,
aún más,
mis remordimientos y pesares.
Su amor,
el futuro funesto,
su voz...
¡Me oprimen con cruel arrepentimiento!

ELEAZAR
(Para sí)
Temblaba porque esta mujer
sorprendiera todos mis secretos;
y maldecía en mi alma
a todos los cristianos que odio.
Pero para mí es el mayor placer,
¡qué futuro tan dichoso!
obtener unos buenos escudos de oro.
¡Los adoro y pronto llegarán a mi casa!

EUDOXIA
¡Oh, dulce esperanza!
¡El hombre al que amo pronto volverá!

LEOPOLDO
(Para sí)
¡Qué futuro, oh tormento extremo!
¡Qué desgracias se avecinan!

ELEAZAR
(Para sí)
¡Esos buenos escudos,
ese oro que amo,
pronto vendrán a mi casa!

(Eleazar presenta la cadena a Eudosia)

EUDOXIA
Aquí tenéis, grabaréis
su monograma y el mío,
su blasón y el mío.
Y luego, mañana en palacio,
recordadlo bien, me lo traeréis.

ELEAZAR
¡Malditas sean mis manos
si no estoy allí!

EUDOXIA
Sí, quiero que mañana,
en presencia del Emperador,
y con una fiesta grandiosa,
sea ofrecida esta joya
al vencedor de los husitas.
Mi intención es,
como garantía de fidelidad,
ponerla sobre ese corazón
que late sólo por mí.
¡Ah, en mi alma
está grabada para siempre
su querida imagen!
En lo sucesivo, mi ardiente llama
sabrá mantenerlo junto a mí.
Su afecto
embellecerá mis días.
¡Oh, dulce embriaguez,
del dichoso futuro!

ELEAZAR
(Para sí)
¡Ducados, florines!
¡Qué placer engañar
a esos cristianos!
¡Los odio a todos,
a esos enemigos
de mi Dios y de mi fe!

EUDOXIA
¡Qué feliz día en que él recibirá
esta prenda de mi amor!

LEOPOLDO
(Para sí)
¡No, nada iguala, ay,
mis tormentos y mi pavor!

Escena Tercera

(Sale Eudosia; Eleazar charla con sus invitados)

Recitativo

RAQUEL
Ahora que mi padre ya se ha ido,
quiero conocer por fin qué misterio...

LEOPOLDO
¡Silencio, puede que vuelva!
Ahora no puedo, pero esta tarde sí...
esta noche... contigo a solas, aquí...
recíbeme en tu morada.

RAQUEL
¿Qué me estás pidiendo?

LEOPOLDO
¿Es que quieres que muera?

RAQUEL
¿Quién, yo? ¡Dios santo!

LEOPOLDO
¿No tengo entonces tu confianza,
tu amor, tus promesas?
¡Moriré lejos de ti
si me rechazas!

RAQUEL
¿Qué hacer?

LEOPOLDO
¿Me esperarás?

RAQUEL
¡Oh, Dios mío, estoy temblando!

LEOPOLDO
¿Me esperarás?

RAQUEL
¡Está bien, sí!

Escena Cuarta

(Eleazar se aproxima)

ELEAZAR
(Para sí, observando a Raquel)
¡Cómo se turba al verme!
¿Cómo es que hacia la tierra
mantienen bajos sus ojos?

(A Leopoldo)

Es tarde; ¡adiós, hermano, retírate!

(A Raquel)

Acércate, hija mía,
quiero bendecirte...
¡Ah, qué fría está tu mano!
¿Y no puedo saberlo?
No te vayas aún, Samuel,
tu corazón olvida repetir con nosotros
la oración vespertina.

¡Oh Dios de nuestros padres,
desciende entre nosotros!
¡Oh Dios, esconde nuestros ritos
a los ojos de los malvados!

RAQUEL
¡Dios de nuestros padres,
desciende entre nosotros!

(Para sí)

¡Ay, cómo se perturban mis sentidos!

(E voz alta)

¡Esconde nuestros misterios
a los ojos de los malvados!

LEOPOLDO
(Para sí)
¡Sus plegarias perturban mis sentidos!
¡Dios de nuestros padres,
contempla mis tormentos!
¡Ah, apiádate de mis tormentos!

Escena Quinta

Romance

RAQUEL
¡Él va a venir!
Y me siento estremecer de terror.
Con un sombrío y triste pensamiento
está oprimida, ¡ay!, mi alma.
Mi corazón late, pero no de placer,
y sin embargo…¡él va a venir!
La noche, el silencio
y la tormenta que se acerca
aumentan mi terror.
¡El terror y la desconfianza
se apoderan de mi corazón!
¡Él va a venir!
¡Cada paso me hace estremecer!
Pude engañar a los ojos de un padre
pero no a los de un Dios severo.
¡Sí, debo, sí, quiero huir!
Y sin embargo... ¡él va a venir!

Escena Sexta

(Entra Leopoldo)

RAQUEL
¡Es él! ¡Las fuerzas me abandonan!

LEOPOLDO
¡Raquel, mi bienamada!...
¿Te estremeces al verme?

RAQUEL
¡No te acerques!
¿Cómo estar segura
que a esta casa
no traes el perjurio y traición?
¡Tú, que te envuelves en un halo de misterio!
¡Tú, que pálido y confuso, tiemblas!
¡Lo veo todo muy claro!

LEOPOLDO
Sí, mi mirada temblorosa
es la de un culpable.
¡Te engañé, y el remordimiento me abruma!

RAQUEL
¡Samuel!

LEOPOLDO
Lo debes saber todo...
¡Tu Dios no es el mío!

RAQUEL
¿Qué oigo?

LEOPOLDO
Raquel... ¡soy cristiano!

Dúo

RAQUEL
(con fuerza)
Cuando me entregué a ti,
ofendí a mi padre y al honor,
pero, desgraciada,
ignoraba que ofendía a un Dios vengador.

LEOPOLDO
Cuando te entregué mi alma,
olvidé fortuna y grandeza,
olvidé todo,
en tus manos está
mi destino y mi felicidad.

RAQUEL
Pero tu ley nos condena
y me prohíbe vivir.
¡La judía que ama a un cristiano,
el cristiano que ama a una judía,
son condenados a muerte!
¿Te das cuenta?

LEOPOLDO
Lo sé, pero, ¿qué importa? ¡Ven!
¡Raquel, ven!
¡Ah, que tu corazón me pertenezca,
que el amor nos encadene
y, judía o cristiana,
que tu suerte sea la mía.
¡Que la ira celestial
me guarde una suerte funesta,
si me queda tu amor,
no me lamentaré nada!

RAQUEL
¡Que mi corazón te pertenezca,
que el amor nos encadene!
Tu fe no es la mía,
tu Dios no es el mío.
Mi padre os detesta.
¡Y en mi suerte funesta
la bondad celestial
es mi único apoyo!

LEOPOLDO
¡Muy bien, huyamos!
Busquemos un refugio oscuro
donde, olvidados por todos,
olvidaremos a todos.
Donde gloria, amigos, parientes,
¡todo habrá muerto para nosotros!

RAQUEL
¿Abandonar a mi padre?

LEOPOLDO
¡Sí, que en la naturaleza
no quede más que
mi amor y tú!

RAQUEL
¡Abandonar a mi padre!

LEOPOLDO
¡Sí! ¿Acaso crees que
yo no abandono nada?

RAQUEL
¿Qué dices?

LEOPOLDO
¡Cállate, Raquel!
¡Que tu corazón me pertenezca,
que el amor nos encadene,
y judía o cristiana,
tu suerte sea la mía!
¡Que la ira celestial
me guarde una suerte funesta...

RAQUEL
Que yo te pertenezca,
que el amor nos encadene...
Pero tu fe no es la mía,
tu Dios no es el mío.
¡Momento funesto!

LEOPOLDO
… pero si me queda tu amor
no lamentaré nada!

RAQUEL
¡Muy bien! ¡Lo haré!
¡Sí, lo haré!
Perdona, Dios mío
a este corazón desdichado.
¡Lo haré!
¡En el cielo, a partir de ahora,
la misma suerte,
nos aguarda a los dos!

LEOPOLDO, RAQUEL
¡Raquel, sé mía!
¡Abandonemos estos lugares!
¡Lo haré!
¡Aquí abajo y en el cielo,
la misma suerte, en lo sucesivo,
nos aguarda a los dos!

Escena Séptima

(Entra Eleazar)

ELEAZAR
¿Adónde vais?

RAQUEL
¡Mi padre!

ELEAZAR
¿Adónde os encamináis
que queréis evitarme?
¿Acaso conocéis en la tierra
algún lugar donde no alcance
la maldición de un padre?

Trío

ELEAZAR
(Para sí)
¡Veo su frentes culpables
heladas por el terror!
Sí, todo me abruma
con temor y dolor.

RAQUEL, LEOPOLDO
(Para sí)
¡Ah, el remordimiento me abruma!
Siento mi frente culpable,
cubierta de vergüenza y rubor.

ELEAZAR
¡Y tú,a quien acogí!
¡Tú, que viniste sin remordimiento
a mancillar en este lugar
la santa hospitalidad, vete!
¡Si no fueras un hijo de Israel,
si no respetara en ti nuestras creencias,
mi brazo ya te habría asestado
un golpe mortal!

Recitativo

LEOPOLDO
¡Golpea pues!
No quiero privarte de tu venganza.
¡Soy cristiano!

ELEAZAR
¡Cristiano!

(Va a golpear a Leopoldo, pero Raquel le retiene
el brazo y cae abrazando sus rodillas)

RAQUEL
¡Deteneos padre!
No es culpable él solo.
La muerte que le espera
¡yo también la merezco!
¡Por él, por mí, padre mío,
invoco vuestro amor paternal!
Sus ojos a la luz
podrán abrirse un día,
nuestra ley, que él ignora,
podrá aprenderla de usted.
¡Ay, se lo imploro,
bendecid a mi esposo!

ELEAZAR
Es Dios quien le inspira...
Su dolor me desgarra.
¡Ya no estoy furioso!

RAQUEL
Una voz me inspira...
Y a esa voz
creo oírle decir:
¡él será tu esposo!

LEOPOLDO
(Para sí)
¡Oh, cielos! ¡Martirio cruel!
¡Su dolor me desgarra!
¡Yo sería su esposo!...
¡Ay, muero,
no habrá felicidad para nosotros!
¡Ay, martirio horrible!
¡No habrá felicidad para nosotros!

Recitativo

ELEAZAR
(A Leopoldo)
¡Muy bien!
Mi furor vengador
cede ante tus lágrimas.
Que el cielo enfurecido
te perdone como lo hago yo.
¡Que sea tu esposo!

LEOPOLDO
¡Eso, jamás!

RAQUEL
Pero ¿qué dices?

LEOPOLDO
No puedo.

RAQUEL
¿Por qué?

LEOPOLDO
¡Déjame!
¡Y la tierra y el cielo
están dispuestos a maldecirme!

ELEAZAR
Yo lo había previsto.
¡Traición, anatema!
¡Malditos sean los cristianos
y quien los ama!

LEOPOLDO
¡Y la tierra y el cielo
están dispuestos a proscribirme!

RAQUEL
¡Extrema desgracia!
¡Ay! ¿Qué sucederá? ¡Ah!

ELEAZAR
Cristiano sacrílego
protegido por el infierno,
conozco tus proyectos.
¡Anatema, anatema!
¡Y que el Dios al que blasfemas
te maldiga para siempre!

LEOPOLDO
¡Perjurio y sacrilegio!
¡Ah, el remordimiento me asedia
y son demasiados mis crímenes!
¡Desesperación, anatema!
¡El cielo al que blasfemo
me maldice para siempre!

RAQUEL
¿Qué será lo que oculta
ese corazón sacrílego,
al que el infierno protege?
¡Desesperación, anatema!
¡Lo juro por el mismo Dios
que descubriré su secreto!
¡Pérfido, infame!

LEOPOLDO
¡Ah, yo te amo más que nunca,
pero nuestra unión
sería un crimen y una blasfemia!
¡No preguntes!...
Debo huir.
¡Adiós, Raquel, por última vez!

ELEAZAR
¡Huye de aquí,
huye para siempre!



ACTO III


Escena Primera

Aria

EUDOXIA
Desde hace mucho tiempo
el temor y la tristeza
han habitado en los muros
de este palacio.
¡Que todo comparta mi embriaguez,
que, en lo sucesivo, reine el placer!
¡Mientras él duerme,
y sin que se despierte,
que pueda su oído
escuchar mis cantos!
¡Que mi voz llegue
hasta él
y que cautive
su corazón y sus sentidos!
¡Que un sueño feliz
le ofrezca a sus ojos
el recuerdo
y los rasgos de aquella
que aquí vela, pensando en él!
He vuelto a verlo,
he podido expresarle
mis tormentos y mi amor.
¡Oh, dulce dicha, feliz delirio,
con él regresa todo!
¿Qué importan las penas pasadas?
¡Un día las borró todas,
un solo día!... ¡Ah!

Escena Segunda

(Jardines del Palacio Real)

CORO
¡Oh, día memorable!
¡Oh, día esplendor!
¿Veis la mesa imperial?
¡Qué gran honor
ocupar un sitio
junto al Emperador!
Es el banquete
de la victoria.
¡Todo sea
a la mayor gloria
del Emperador!

MAYORDOMO
¡Señores!¡Es deseo del Emperador
se represente durante el festín,
una pantomima amorosa!
¡Adelante, adelante, juglares!

(Entrada de los caballeros)
(Un caballero hace sonar su cuerno)
(Un enano aparece sobre la torre
y responde a la llamada de los caballeros)
(Un caballero sarraceno se deja ver entre
las almenas del castillo)

(Los caballeros, tras deliberar unos
instantes, juran tomar al asalto la fortaleza
encantada)
(Combate entre caballeros moros y cristianos)
(Tras vencer a sus enemigos, los caballeros

liberan a las damas cautivas del castillo)

(Leopoldo hace su entrada solemne)

CORO
¡Sonad, trompetas,
que vuestros cantos de victoria
lleven su nombre
y sus hazañas hasta el cielo!
¡Que en este día,
el amor y la gloria
adornen su frente victoriosa!

EUDOXIA
¡Que vuestros cantos de victoria
lleven su nombre hasta el cielo!
¡Que en este día,
el amor y la gloria
adornen su frente victoriosa!

LEOPOLDO
(Para sí)
¡Estos cantos de amor,
estos cantos de gloria,
son para mí suplicio horrible!

EUDOXIA
¡Para celebrar a un héroe
cuya gloria me es cara,
los príncipes de la Iglesia
y los reyes de la tierra,
van a unirse a mi voz
en este lugar!

ELEAZAR
Siguiendo vuestras órdenes,
¡aquí tenéis esta maravillosa joya!

RAQUEL
(Al ver a Leopoldo)
¡Oh, cielos, pero si es igual que él!

Escena Tercera

EUDOXIA
En nombre del Emperador,
del honor, y de las damas
que exaltan las almas
de los nobles guerreros...
¡Valiente caballero,
doblad la rodilla
y recibid este don
que ofrezco a mi esposo!

RAQUEL
¡Su esposo!... ¡Deteneos!

(Arranca de manos de Leopoldo la cadena que
acaba de darle Eudoxia y se la devuelve)

¡Volved a coger este noble signo,
este signo de honor!
¡Su corazón no es digno de él!

EUDOXIA
¿No es digno mi esposo?

RAQUEL
¡Ya no es vuestro esposo!
¡Es un cobarde, un canalla
al que denuncio ante los ojos de todos!

EUDOXIA, ELEAZAR, RUGGIERO
BROGNI, CORO
¡Cielos!

ELEAZAR
¡Cállate, Raquel!

RAQUEL
¡No! ¡Él es culpable!

BROGNI
¿Qué crimen ha cometido?

CORO
¿Qué crimen ha cometido?

Recitativo

RAQUEL
¡El más espantoso!
¡Aquél que vuestra ley
castiga con la muerte!
Siendo cristiano,
tuvo tratos con una maldita,
una judía, una israelita.
Y esa judía, su cómplice,
que tanto como él merece el suplicio,
¡soy yo!
¿No me reconoces?

Escena Cuarta

Sexteto

LEOPOLDO
¡Tiemblo y sucumbo
de horror y temor,
llamo a la tumba
que se va a abrir para mí!

ELEAZAR, RUGGIERO
BROGNI, CORO
¡Oh, día de horror, de temor!

EUDOXIA
¡Tiemblo y sucumbo
de horror y temor.

RUGGIERO
¿Hace falta que sobre él caiga
la espada de la ley?

CORO
¡Oh, Dios poderoso!

ELEAZAR, RAQUEL
LEOPOLDO, EUDOXIA
¡Tiemblo y sucumbo
de horror y temor,
y llamo a la tumba
que se va a abrir para mí!

TODOS
¡Oh, día de duelo, día de temor!

ELEAZAR
Nuestra causa sucumbe
porque conozco su ley.
¡Veo abrirse la tumba
para ella y para mí!
¡Dios me llama,
pues su palabra inmortal
viene a revivir mi fe!

EUDOXIA, RAQUEL, LEOPOLDO
RUGGIERO, BROGNI
¡Oh, Dios poderoso,
sólo tengo esperanza en Ti!

EUDOXIA
¡Oh, ya no hay esperanza!

RUGGIERO
¡Cielos! ¿Traicionó su fe?

BROGNI
¿Traicionó su fe?
¡Sólo tengo esperanza en Ti!
¡Gran Dios, sólo tengo esperanza en Ti!

EUDOXIA, RAQUEL, ELEAZAR
RUGGIERO, CORO
¡Gran Dios!

LEOPOLDO, BROGNI
¡Gran Dios, sólo tengo esperanza en Ti!

EUDOXIA, RAQUEL
¡Ah, sólo tengo esperanza en Ti!

BROGNI
¡Dios, no, sólo tengo esperanza...
¡Sólo tengo esperanza...

TODOS
... en Ti!

La Maldición

ELEAZAR
¡Muy bien, nobles señores!
¡Sacerdotes y cardenales!
¿A qué esperáis?
¿Quién retiene vuestra espada?
¿Guardáis sólo para nosotros
los hierros y los verdugos?
Y este feliz culpable,
que se eleva por su rango
¿tiene el derecho de impunidad?

BROGNI
¡Él calla, Dios mío!
¡Entonces es verdad!

CORO
¡Él calla, Dios mío!
¡Entonces es verdad!

BROGNI
Vosotros, que del Dios vivo
ofendéis el poder
¡malditos seáis!
Vosotros tres, que os habéis unido
en una horrible alianza
¡malditos seáis!
¡Anatema, anatema!
¡Es el Eterno mismo
quien por mi voz,
os rechaza y proscribe!

(a Leopoldo)

¡Que el muro de nuestros templos
se cierre para ti!
¡Que al agua sagrada
y a la santa mesa
no puedas volver a acercarte!
¡Que siempre temeroso,
de tu aliento y tu tacto,
el cristiano se aparte
y se aleje espantado!
¡Que sean malditos en la tierra
y malditos en los cielos!
¡Que sus cuerpos queden,
en su última hora,
abandonados sin sepultura
y sin plegarias
a las injurias del cielo
que se ha cerrado para ellos!

Concertado

TODOS
¡Ah!

EUDOXIA
¡Ah, desdicha extrema,
aquél a quien amo
ha traicionado mi amor!
En mi miseria
veo desvanecerse
mis días sobre la tierra.

RAQUEL
¡Ah, justicia suprema!
Que el anatema
con el que se nos proscribe,
excluya a mi padre;
y sólo recaiga la cólera
sobre mis
malditos días.
¡Desgracia extrema!
Sí, su anatema
a ambos, ¡ay!,
nos proscribió.

LEOPOLDO
¡Ah, justicia suprema,
detén el anatema
que los proscribe!
Escucha mi oración
y en tu cólera,
¡que sólo mis días
sean malditos!

RUGGIERO, BROGNI
¡Ah, anatema para ellos!
¡Es el cielo mismo
quien los proscribe!
¡Que el agua sagrada,
el fuego y la luz
queden prohibidos para ellos!
¡Dios los ha maldecido!

CORO
¡Sí, Dios los proscribió!
¡Sí, Dios los maldijo!
¡Sobre ellos recaiga el anatema!
¡Están proscritos!

LEOPOLDO
¡Gran Dios! ¡Me estremezco!

CORO
¡Que el agua sagrada, el fuego y la luz
queden prohibidos para ellos, Dios los maldijo!

EUDOXIA
¡Ah, calmad vuestra furia!

CORO
¡Sí, que con su muerte expíen
el crimen odioso!
¡Hace falta que expíen con su vida,
la perfidia
de su crimen horrible!



ACTO IV


Escena Primera

Dúo

EUDOXIA
(Sola)
Esta es la orden
del cardenal
que me autoriza ver a Raquel
unos instantes.
¡Dios mío, para liberar
al infiel que amo,
apoya mi voz
y dicta mis palabras!
¡Que yo salve sus días
y después que muera!

(Los guardias hacen entrar a Raquel)

RAQUEL
¿Por qué me sacáis
de mi sombría morada?
¿Acaso ya me traéis la muerte
que tanto ansío?
¡Qué veo, cielos! ¡Mi enemiga!

EUDOXIA
¡Una enemiga, ay, que te suplica!

RAQUEL
¿Qué puede haber ahora
entre nosotras?

EUDOXIA
Nada quiero para mí,
pero tiemblo por él.
El concilio terrible
se reúne en este momento,
nadie excepto tú,
podría desarmar a
esos jueces despiadados.
¡Lo condenarán!

RAQUEL
¿Son justos?
¡Valoro a los cristianos
y quiero amarlos!

EUDOXIA
¡Ah, que mi voz quejumbrosa
ablande tu corazón!
¡Oh, tú, mi enemiga,
concédeme su vida
y dame la dicha!

RAQUEL
¿Yo? ¿Permitir que él viva?
¿Cuando ha roto el corazón
de la pobre judía?
¡No, que mi triste vida
acabe a su lado!
¡Esa es mi única dicha!

EUDOXIA
¡Raquel, concédeme su vida!

RAQUEL
¡No!

EUDOXIA
Puedes protegerlo
del fallo implacable,
declarando
que él no era culpable.

RAQUEL
¿Qué no es culpable?
¿Sabéis que arruinó mis días?
¿Sabéis que lo amaba?
¿Qué lo amaré siempre?

EUDOXIA
¿Escuchas esa señal terrible,
ese ruido,
esos pasos tumultuosos?
¡Es él
que lo arrastran al concilio!
Si tardas, todo será inútil.
¡Morirá!

RAQUEL
¡Oh, cielos!

EUDOXIA
¡Cede a mis deseos!

RAQUEL
¡Oh, Dios! ¿Qué hacer?

RAQUEL
¡Dios protector,
Tú que ves mi miseria!
¡Dios protector, a ti recurro!
¡Ah, por mi pena extrema,
sí, siento que lo amo
y para siempre!

EUDOXIA
¡Dios protector,
ah, recibe mi plegaria!
¡Dios protector,
ah, salva su vida!
¡Ah, por mi pena extrema,
sí, siento que lo amo, ay,
y para siempre!

EUDOXIA
Raquel, que obtenga
gracia y perdón
de tu corazón enojado.

RAQUEL
No se dirá que
una mujer cristiana
ha derrotado a una judía.

Escena Segunda

UN OFICIAL
¡El Cardenal, señora,
viene hacia aquí!

EUDOXIA
Me retiro, adiós, Raquel.
¡Lo has jurado, debes salvarlo,
defenderlo!

RAQUEL
¿Ves ahora cuál de nosotras dos
lo ama más?

EUDOXIA
¡Ah, qué él viva y yo muera,
así conseguiría poner fin
a mi miseria!

RAQUEL
¡Oh, no, sólo yo moriré, adiós!
¡Vivid en paz!

(Eudoxia sale y el cardenal Brogni entra)

Dúo

BROGNI
¡Ante el tribunal
habéis de comparecer!

RAQUEL
¡Muy bien,
el tribunal oirá mi confesión!

BROGNI
¿Y cuál será?

RAQUEL
Enseguida la conoceréis.
Cumpliré con mi deber
y me abandonaré a Dios.

BROGNI
¿Podría tu confesión
aplacar la tempestad?

RAQUEL
¡Sí, de una frente
que me es querida la apartará!

BROGNI
¿Y podrá salvar tu cabeza?

RAQUEL
¡Oh, no, la mía caerá!

BROGNI
¿Correrás hacia a la muerte
sin defenderte?

RAQUEL
¡Ése es mi refugio y mi deseo!

BROGNI
¿No tienes esperanza?

RAQUEL
Sólo me queda una:
¡salvarlo y morir!

BROGNI
(Para sí)
En mi alma una voz secreta
habla por ella y la defiende.
Y mientras se prepara su hoguera,
tiemblo por la suerte que le espera.

RAQUEL
(Para sí)
Es como si una voz secreta
le hablara por mí y me defendiera.

BROGNI
(Para sí)
Del horrible golpe
que va a llegarle
¿no podría protegerla?
El cielo me ordena
apiadarme de ella,
¡ojalá yo
pudiera salvarla!
¿Qué es esta voz secreta
que se eleva en mi corazón
y la defiende?

(A Raquel)

¡Ve, Raquel, rezaré por ti!

(Raquel sale)

Escena Tercera

Recitativo

BROGNI
¡Morir tan joven!
Sólo me queda una esperanza,
sí, sólo su padre puede
apartar los golpes
de la justicia humana
y de la ira celestial.
¡Quiero verlo!

(A los guardias)

¡Que traigan a ese judío!
¡Salid y dejadnos!

(Entra Eleazar)

Dúo

BROGNI
Tu hija,
en ese momento,
está delante del concilio
que va a dictar su fallo.
Tú eres su cómplice,
y en vano querría mi corazón
intentar un esfuerzo inútil
para salvarte.
Su vida está en tus manos.
¡Si abjuras de tu fe,
podrás apartarla
de las llamas de la hoguera!

ELEAZAR
¿He oído bien?
¿Qué me propones?
¿Renegar de la fe de mis padres?
¡No, jamás, mejor morir!

BROGNI
¡Pero el Dios al que invocas,
es un Dios temible!

ELEAZAR
¡No, el Dios de Jacob
es el único verdadero!

BROGNI
¡Y, sin embargo,
deja a sus hijos en el oprobio!

ELEAZAR
Aunque las palmas cayeron de nuestras frentes,
en otro tiempo victoriosas,
el Dios que en los combates
guiaba a los macabeos,
¡hará que sus hijos vuelvan a ser
libres y vencedores!

BROGNI
¿De modo que, quieres morir?

ELEAZAR
Sí, ésa es mi esperanza.
Pero antes quiero, por encima de todo,
vengarme de algún cristiano...
¡Y ese cristiano serás tú!

Recitativo

ELEAZAR
Cuando los napolitanos
entraron en Roma,
vuestras casas
fueron entregadas al pillaje.
Al amanecer,
llegaste a tu casa
presa de las llamas,
y viste a tu mujer expirar
entre tus brazos.
Tu querida hija desaparecida...

BROGNI
¡Cállate, cruel!
Que esos días detestados,
en los que perdí todo,
¡se borren y se olviden!

ELEAZAR
¡No! ¡No lo perdiste todo!

BROGNI
¿Qué quieres decir?

ELEAZAR
¡No lo perdiste todo!

BROGNI
¡Oh, cielos!

ELEAZAR
¡Un judío salvó a tu hija!
Un judío se la llevó viva
en sus brazos.
Yo conozco a ese judío...

BROGNI
¡Ah, habla, di!
¿Cuál es su nombre?

ELEAZAR
¡No, no!

BROGNI
(con fuerza)
¡Habla, en nombre del cielo!

ELEAZAR
¡No lo sabrás nunca!

BROGNI
Pero, ¡no! ¡Es un sueño!
¡Ah, por piedad, acaba!
¡Ah, temblando imploro
tu clemencia!
¡Ah, por piedad, cruel,
observa mi sufrimiento
mira, estoy a tus pies,
ay, satisface mis deseos!
¡Ah, di una palabra
o expiraré en tu presencia!
¡Mi hija! ¡Eh, qué!
¿Podría ser verdad
que ella aun respire?
¡Ah, sucumbo, ay,
a mi martirio!
¡Mírame a tus pies,
ay, satisface mis deseos!
¡Di una palabra
o expiraré en tu presencia!

ELEAZAR
¡Sí, es verdad!
¡Sí, tu hija respira
y sólo yo conozco su suerte!
¡Sólo yo puedo decirlo todo!
Pero pronto mi muerte
va a helarte de temor.
¡Y mi secreto morirá conmigo!
¡La hoguera que se eleva
nos acerca a los cielos!

BROGNI
¡Te lo suplico, acaba,
o expiraré en tu presencia!
voy por
(Brogni sale desesperado y Eleazar queda solo)

Escena Cuarta

ELEAZAR
Ve y ordena mi muerte,
¡pero mi venganza será segura!
¡Soy yo quien para siempre
te condena a lamentarte!
He cargado en ti
el peso de mi odio eterno
y ahora ya puedo morir.
¡Pero, mi hija!... ¡Oh, Raquel!
¡Qué horrible pensamiento
viene a desgarrar mi corazón!
¡Delirio terrible, rabia insensata,
para cumplir mi venganza,
es a ti a quien inmola mi furor!

Aria

ELEAZAR
Raquel, cuando la gracia
protectora del Señor
a mis manos temblorosas
confió tu cuna,
consagré mi vida entera a tu felicidad.
¡Y soy yo quien te entrega al verdugo!
Pero oigo una voz que me grita:
¡salvadme de la muerte que me espera!
¡Soy joven y me aferro a la vida!
¡Oh, padre mío, salvad a vuestra hija!

CORO
(Fuera de escena)
¡A la hoguera, a la hoguera con los judíos!
¡Mueran los judíos!
¡La muerte es el castigo por sus pecados!
¡Que mueran, a muerte con esos pecadores!

ELEAZAR
¿Qué gritos de muerte son esos?

CORO
(Fuera de escena)
¡A la hoguera, a la hoguera con los judíos!
¡Mueran los judíos!
¡La muerte es el castigo por sus pecados!
¡Sí, que mueran!

ELEAZAR

Piden mi muerte...
Los cristianos quieren nuestra sangre...
Y yo... les entrego a mi hija.
¡No, no, jamás!

(Con pasión)

¡Que Dios
me ilumine
hija querida!
Junto a tu padre
vas a morir…
¡Perdona
si él te entrega
la corona
del martirio!
¡Vano temor!
En mi corazón
nace
el santo delirio
que me hace ver
la victoria.

CORO

(Fuera de escena)
¡Los judíos a la hoguera!

ELEAZAR

¡La victoria de Israel!

CORO
(Fuera de escena)
¡La muerte es el pago por sus pecados!

ELEAZAR
¡La ofrezco a Israel!
¡El Dios de Jacob la reclama!

CORO

(Fuera de escena)
¡A la hoguera con los judíos!

ELEAZAR
Mi pequeña
se dirigirá temblando,
como una niña,
hacia la vida eterna
que la espera en el Cielo.
¡No, no, jamás!
¡Que Dios me ilumine!



ACTO V


Marcha fúnebre

Escena Primera

RUGGIERO
¡El concilio dicta
un fallo riguroso!
¡Habéis sido condenados!

ELEAZAR
¿Los tres?

RUGGIERO
¡Los dos!

ELEAZAR
¿Y Leopoldo?

RUGGIERO
Un testigo digno de fe
lo declara inocente.

ELEAZAR
¿Quién osa atestiguarlo?

RAQUEL
¡Yo!

ELEAZAR
¡Raquel!

CORO
¡Cielos! El poder de Dios que la guía
hace brillar en ella la verdad.

ELEAZAR
¡Cómo, Raquel! ¿Qué has hecho?

RUGGIERO
¡Declara delante de todos,
haz público,
que nadie te dictó
esas importantes confesiones!

RAQUEL
Delante de Dios,
que conoce el sentimiento que me guía,
delante de Dios,
que es el único que puede leer en mi corazón,
de nuevo lo atestiguo:
¡sí, mi boca pérfida
ayer proclamó
la mentira y el error!

CORO
¡Oh, crimen! ¡Oh, mentira execrable!
¡La muerte castigará tus crímenes!

RUGGIERO
Los dos,
en un fatal delirio,
acusasteis falsamente
a un príncipe del imperio;
profanando así
la santa majestad de los reyes.
Os aguarda la hoguera,
¡la habéis merecido!

BROGNI
¡Sed propicio, Dios, al pecador!
¡Santos y santas interceded,
aplacad la justicia del cielo!
¡Señor todopoderoso, perdónalos!

CORO
¡Sed propicio, Dios, al pecador!
¡Santos y santas interceded,
aplacad la justicia del cielo!
¡Señor todopoderoso, perdónalos!

RAQUEL
¡Ah, padre mío, tengo miedo!
¡Sus lúgubres plegarias
llenan mi corazón de temor!

ELEAZAR
Dios mío, ¿qué debo hacer?
¡Ay, ilumíname!

RAQUEL
Voy a dejar la tierra,
esta morada del dolor.
Rezad por mí, padre mío,
y escondedme vuestras lágrimas.

ELEAZAR
¡Duda temible!
¿Debo dejarla en la tierra
y robársela al cielo?

BROGNI
En tu última hora,
olvidando tu rigor,
revela el misterio
del que depende mi dicha.

RAQUEL
Unamos nuestras plegarias.
¡Hacia el Dios de nuestros padres
caminaremos los dos!

MUJERES
Unid vuestras plegarias,
hacia el Dios de vuestros padres
caminaréis los dos.

ELEAZAR
¡Dejarla en la tierra!
y robársela al cielo?
¿Qué debo hacer?
¡Ay, momento terrible!

BROGNI
¡Oh, acaba con la miseria
de un padre desgraciado!

RAQUEL
¡Venid, venid padre mío!
¡Quedaos cerca de mí!

ELEAZAR
¿Qué debo hacer?
¡Oh, duda temible!

RUGGIERO
¡Es la hora!

ELEAZAR
¡Deteneos!
¡Sólo una palabra!

(En voz baja)

¡Raquel, yo voy a morir!
¿Quieres tú vivir?

RAQUEL
¿Pora qué?
¿Para amar y sufrir?

ELEAZAR
¡No, para brillar
en el lugar supremo!

RAQUEL
¿Sin vos?

ELEAZAR
¡Sin mí!

RAQUEL
¿Y cómo?

ELEAZAR
Quieren sobre tu frente
verter el agua del bautismo,
¿quieres, hija mía?

RAQUEL
¿Quién? ¡Yo! ¿Cristiana, yo?
¡La llama centellea, vamos!

ELEAZAR
¡Su Dios te llama!

RAQUEL
¡Y el nuestro me espera!
Es el cielo quien me inspira,
¡elegí la muerte!
¡Sí, corramos al martirio,
Dios nos abre sus brazos!

ELEAZAR
¡Oh, es el cielo quien te inspira,
elegiste la muerte!
¡Ven, corramos al martirio,
Dios nos abre sus brazos!

CORO
¡Sed propicio, Dios, al pecador,
santos y santas interceded!

BROGNI
Presto a morir responde
a la voz que te implora:
esa niña que ese judío
arrancó a las llamas...

ELEAZAR
¿Y bien?

BROGNI
¡Responde!
¿Mi hija, existe aún?

ELEAZAR
¡Sí!

BROGNI
¡Dios! ¿Dónde está?

(arrojan a Raquel a la hoguera)

ELEAZAR
¡Ahí!

CORO
¡Sí, es el fin!
¡Nos hemos vengado de los judíos!



Escaneado y Traducido por:
Begoña Domínguez 2010