ESCLARMONDE

 

Personajes

 

FORCAS

ESCLARMONDE

PARSÉIS

ROLAND

OBISPO

ENEAS

CLÉOMER

Emperador de Bizancio

 Hija de Forcas

Hija de Forcas

Joven caballero

Obispo de Blois

Caballero bizantino

Rey de Francia

Bajo

Soprano

Mezzosoprano

Tenor

Barítono

Tenor

Barítono

 

 

La acción se desarrolla en Blois (Francia), y Bizancio, en época legendaria.

 

PROLOGUE


Première Tableau

(A Byzance dans la basilique devant

les portes du Saint Iconostase)

L'EMPEREUR PHORCAS
Dignitaires! Guerriers!
Sous ces augustes voûtes
Devant votre Empereur vous voici rassemblés!
A toi, peuple fidèle et soumis qui m'écoutes,
Les arrêts du Destin vont être révélés.
Entre l'empire et l'art de la magie
J'avais rêvé de partager ma vie...
Mais celui qui sommet les démons à sa voix
Doit lui-même obéir à d'inflexibles lois.
Loin de vous, loin du monde.
Renonçant aux grandeurs,
aux vains titres humains.
J'abandonne mon trône à ma fille Esclarmonde
Et laisse le pouvoir entre ses jeunes mains.

LA FOULE
O surprise!

PHORCAS
J'aurais voulu donner, avant de disparaître,
Un époux à ma fille, à cet empire un maître;
Mais Esclarmonde a par mes soins appris
L'art de commander aux Esprits,
Et pour garder le magique héritage,
Elle devra jusqu'à vingt ans
Dérober aux regards
des hommes son visage
Toujours couvert de longs voiles flottants!
Au jour prescrit un tournoi dans Byzance
Rassemblera les chefs,
les preux au coeur vaillant;
Et la main d'Esclarmonde, et la toute-puissance
Appartiendront alors au vainqueur triomphant!
De l'autel vénéré que la lumière inonde
Ouvrez les portes d'or!

(Les ports du Saint iconostase se sont ouvertes.
Dans un nuage d'encens
Esclarmonde voilée
paraît, tiare en tête, constellée de pierreries, on
dirait une idole Byzantine. Ses femmes
l'entourent, sa soeur Parséïs est à ses côtés.
Gardes richement vêtus. Thuriféraires
portant des encensoirs)

LA FOULE
(bien chanté et soutenu)
O divine Esclarmonde!
Ton trône resplendit plus brillant que le jour!
Le destin à tes pieds met Byzance et le monde.
Tout l'univers t'acclame en frémissant d'amour!

(Parséïs, suivie des thuriféraires, des gardes,

s'avance vers Phorcas qui lui remet les insignes,
la couronne et le sceptre, que Parséïs à son
tour dépose sur des coussins portés par des
gardes; ceux-ci se dirigent alors vers
Esclarmonde, s'agenouillent devant elle et lui
présentent les emblèmes de la toute-puissance)

PHORCAS
(à Parséïs, à part)
Toi seule, ô Parséïs, connaîtras ma retraite,
Tu seras de ta soeur la gardienne discrète.
Hélas!

(très expressif)

Chère Esclarmonde, il faut nous séparer!
O trésor sans pareil dont j'emporte
À jamais la radieuse image!
Éclatantes beautés!
O célestes regard!
Adorable visage!
Traits divins ignorés des mortels!
Apparaissez encore!
Apparaissez à mes yeux paternels!

(Esclarmonde, quittant l'Iconostase, s'avance
lentement au milieu
de la foule prosternée; puis,
soulevant doucement son voile, elle apparaît
aux regards de son père, qui s'incline devant
elle, comme extasié. Puis, Esclarmonde laisse
peu à peu retomber le voile. Le peuple prosterné
se relève peu à peu pendant qu'Esclarmonde,
seule, au milieu des flots d'encens, remonte se
placer dans le sanctuaire)

LA FOULE
Sublime Impératrice!
O divine Esclarmonde,
Ton trône resplendit plus brillant que le jour!
Le destin à tes pieds met Byzance et le monde.
Tout l'univers t'acclame en frémissant d'amour!
O divine Esclarmonde!
L'univers frémit d'amour!    



ACTE  I 

Deuxième Tableau

(
A Byzance. Une terrasse du Palais. A droite, un
trépied élevé au-dessus de quelques marches)

ESCLARMONDE
(en songeant)
Roland! Roland!
Comme ce nom me trouble étrangement!
Comme il tient ma pensée
Et règne uniquement en mon âme blessée!
Héros jamais revu mais jamais oublié,
A ton seul souvenir mon coeur reste lié!
Ah! trop malheureuse Esclarmonde!
A toute autre que moi, le ciel aurait permis
De l'aimer... de le dire à la face du monde!
Vous ne le voulez pas...
O destins ennemis!
Jamais coeur ne brûla de plus vives amours! ah!
Celui pour qui je meurs
doit l'ignorer toujours!
Comme il tient ma pensée
Et règne uniquement en mon âme blessée!

(Parséïs entre)


Parséïs!

PARSÉIS
(avec un empressement affectueux)
O ma soeur, ma tendre souveraine,
En vos yeux adorés je vois briller des pleurs!
Quel chagrin assombrit votre beauté sereine?
Ah! parlez! dites-moi vos secrètes douleurs!

ESCLARMONDE
(vivement et très expressif)
Ne les comprends-tu pas?
Une implacable loi
Du reste des humains m'isole...
Et m'enferme ainsi qu'une idole
Sort plus cruel encor le hasard d'un tournoi
Disposera de mon trône et de moi!
 

PARSÉIS
Mais s'il vous fit Impératrice
Notre père vous fit Magicienne aussi!
Quittez donc tout souci
Vous avez le pouvoir suivez votre caprice...
Parmi les rois régnant sur les peuples divers,
Parmi les chevaliers vantés dans l'univers...
Choisissez votre époux vous-même!
O ma soeur, vous aimerez peut-être!
O ma soeur, vous aimerez peut-être!

ESCLARMONDE
Hélas! Parséïs! J'aime!

PARSÉIS
Vous aimez?

ESCLARMONDE
Un vainqueur glorieux!
Le chevalier Roland Comte de Blois!
Jadis il traversa Byzance,
Mais il ne put me voir...
Les décrets du sort inexorable
Sous les longs plis d'un voile
cachaient déjà mes traits...
Mais son front noble et fier
ses regards pleins de flamme
Sont demeurés gravés à jamais dans mon âme!
C'est que je voudrais voir vainqueur du tournoi!
Rêve inutile, hélas! il est là-bas en France!
Il ne peut songer à moi! 


PARSÉIS
Mais vous songez à lui!
Vers Byzance

vous-même ne pouvez-vous donc pas...
Par quelque enchantement,
bientôt guider ses pas?

ESCLARMONDE
(avec passion)

C'est trop peu que d'aimer...
il faut que l'on vous aime!
Ah! trop malheureuse Esclarmonde!
Ah! celui par qui tu meurs doit l'ignorer,
Doit ignorer toujours!

PARSÉIS
Ah! trop malheureuse Esclarmonde!
Et ne pouvoir le dire à la face du monde!

ESCLARMONDE, PARSÉIS
Jamais coeur ne brûla de si vives amours!
Jamais coeur ne brûla de si vives amours!
Et ne pouvoir le dire à la face du monde!
Ah! Celui pour qui tu meurs
doit l'ignorer toujours!

(Appels de trompettes à l'extérieur)

PARSÉIS
(écoutant)

On vient, ma soeur!

(avec joie)


C'est Énéas! c'est lui!
C'est mon fidèle ami qui revient aujourd'hui!

(Esclarmonde s'est subitement recouverte
de son voile. Entrée d'Énéas)

ÉNÉAS
Salut, Impératrice auguste et vénérée!
Salut ô Parséïs, ô maîtresse adorée!

PARSÉIS
Entrez, beau chevalier!
La divine Esclarmonde est lasse des hommages!
Parlez-nous simplement
de vos lointains voyages...
Parti depuis un an sous le casque et l'armure,
Avez-vous combattu contre les mécréants?
Vaincu des chevaliers?
Pourfendu des géants?
Parlez! parlez!
Répondez-nous, beau chercheur d'aventure!

ÉNÉAS
En l'honneur de vos divins yeux.
Oui, partout l'on m'a vu guerroyer de mon mieux!
Sans cesse affrontant les destins contraires.
Et ne redoutant que votre rigueur!
Oui! parmi plus de mille adversaires
Je n'ai rencontré qu'un vainqueur!

PARSÉIS
(gaîment)
Un vainqueur!

ÉNÉAS
Je n'ai rencontré qu'un vainqueur!

PARSÉIS
Quelqu'un vous a pu vaincre?
Et qui donc, je vous prie? 

ÉNÉAS
Un héros sans égal... l'honneur de la chevalerie!

PARSÉIS
Il se nomme?

ÉNÉAS
Roland!

ESCLARMONDE, PARSÉIS
(avec surprise)
Lui! Roland!

ESCLARMONDE
(à part, émue)
O destin!

ÉNÉAS
(poursuivant son récit)

Vainqueur,
Roland pouvait m'égorger sans pitié;
Il m'a tendu la main,
il m'a nommé son frère!
Nous avons fait serment d'éternelle amitié!
Je l'ai quitté pourtant...

(à Parséïs)

O Parséïs! j'ai voulu vous revoir...
j'ai hâté mon retour.
Tandis que Cléomer, par un doux esclavage.
Afin de retenir ce héros à sa cour
Va, dit-on, lui donner sa fille en mariage!

ESCLARMONDE
(se levant)
O ciel!

(à part, avec émotion)


Qu'ai-je entendu?

(en sanglotant)

Roland pour moi serait perdu?
Parséïs!

PARSÉIS
(à Énéas, elle a compris

le désir d'Esclarmonde)
Énéas, laissez-nous toutes deux...

ÉNÉAS
(s'inclinant)
J'obéis.

(s'éloignant à regret)

Quand pourrai-je à vos yeux reparaître?

PARSÉIS
Vous le saurez... plus tard... ce soir... peut-être.

ÉNÉAS
Me direz-vous le mot qui doit me rendre heureux?

PARSÉIS
(s'est rapprochée d'Énéas)
Oui, je permets l'espoir à ce coeur amoureux!
Oui, je permets l'espoir à ce coeur amoureux! 

ÉNÉAS
Oui, j'entendrai le mot qui doit me rendre heureux!

PARSÉIS
Oui, je permets l'espoir à ce coeur amoureux!

ÉNÉAS
Je serai trop heureux! je suis trop heureux!
trop heureux! 


ESCLARMONDE
(tristement, à part)
Ils sont heureux! Ils sont heureux!

(Dès qu'Énéas est sorti, Esclarmonde
se relève violemment et rejette son voile;
Parséïs revient près d'elle)

C'en est fait!
Je ne résiste plus!
Énéas à fixé mes voeux irrésolus!

(avec intention)


Cette nuit... cette nuit même...
Roland m'appartiendra!
Je le ferai venir! dans une île magique...

À lui j'irais m'unir!

(avec autorité)

Je veux qu'il soit à moi! qu'il m'aime!

PARSÉIS
Mais... que devient votre pouvoir...

ESCLARMONDE
Je resterai voilée... il ne pourra me voir!

(avec volupté et énergie)

Mais par de brûlantes caresses...
Par des baisers tout puissants...
Je charmerai son coeur, je troublerai ses sens...
Il connaîtra par moi de si douces ivresses...
Qu'il ne souhaitera jamais d'autres tendresses...
Et je règnerai seule en son coeur enchanté!

(Esclarmonde monte sur le trépied.
Évoquant)

O lune! triple Hécate! ô Tanit! Astarté!
Prête-moi ton miroir et ta douce clarté!

CHOEUR INVISIBLE
O lune!...
...triple Hécate!...
...ô Tanit!...
...Astarté!

ESCLARMONDE
(éclatant et très énergique)
Esprits de l'air!
Esprits de l'onde!
Esprits du feu!

(en riant)

Ah!
Hâtez-vous d'accomplir le voeu d'Esclarmonde!

Entendez ma voix!

(avec tendresse)

A mes yeux faites paraître
Celui que je veux connaître...
Celui pour qui brûle mon être!
Roland Comte de Blois!
Esprits de l'air!
Esprits de l'onde!
Esprits du feu!
Obéissez-moi!

(Esclarmonde et Parséïs suivent

des yeux tonte la fantasmagorie) 

CHOEUR INVISIBLE
Roland!
Roland!
Roland!

ESCLARMONDE
(avec un cri de triomphe)
C'est lui!
le voilà!

PARSÉIS
O prodige! il m'apparaît aussi!

ESCLARMONDE
Dans la forêt des Ardennes
Chasse le Roi Cléomer!
 


ESCLARMONDE, PARSÉIS
On court! On court!
Des clameurs lointaines montent dans l'air!
Sonne! Sonne, ô cor, ton chant superbe!
Sonne! Sonne, ô cor!
Roland, le fier chevalier,
A déjà couché sur l'herbe
Le sanglier!
Sonne ta fanfare, ô cor! 

PARSÉIS
Car voici qu'un cerf blanc passe!

ESCLARMONDE
Un cerf couronné d'or!

PARSÉIS
Mais Roland se précipite...

ESCLARMONDE
Le cerf franchit le hallier,
Entraînant bien loin, bien vite le chevalier!

PARSÉIS
Bien loin!

ESCLARMONDE
Bien loin!


(très vibrant et détaché)

Ah!

PARSÉIS

Sonne ta fanfare, ô cor! 

ESCLARMONDE, PARSÉIS
Sonne ta fanfare, ô cor!
Sonne! Sonne! Sonne!
Ah!
Sonne! Sonne! Sonne ta fanfare, ô cor! 

PARSÉIS
Ah! tout change soudain!
Quel est ce lieu sauvage?
La mer!

ESCLARMONDE
La mer!

PARSÉIS
Le héros étonné
S'est arrêté sur le rivage...
Un navire paraît!

ESCLARMONDE
Un navire paraît!

PARSÉIS
Et Roland entraîné
Monte sur le vaisseau docile!

ESCLARMONDE
(avec un cri de joie)
Il vient!
Esprit de l'onde!
Vers cette île où l'attend un époux...
Portez aussi la trop heureuse Esclarmonde!

(Tout disparaît... la nuit est venu... des lueurs

fantastiques éclairent vaguement la scène...
un char attelé de deux griffons a remplacé le
trépied magique. Se disposant à monter sur le
char, à Parséïs, avec expression)

Adieu Parséïs! ô soeur qui m'es chère!
Je te quitte pour un époux!
Mais, quand reviendra la lumière,
Je reparaîtrai parmi vous!

(Esclarmonde monte sur le char
qui s'envole, en disparaissant)

Esprits de l'air!
Esprits de l'onde! obéissez-moi!     



ACTE  II 


Troisième Tableau

(L'Ile enchantée. Jardins féeriques.Au fond, à
gauche, rochers; à droite, la mer. Clair de lune.
Les esprits dansent au bord de la mer. Ils
désignent Roland, l'attirent du geste puis
s'éloignent un instant à la vue du héros qui
paraît et s'avance lentement) 

CHOEUR INVISIBLE
(en riant)
Ah! ah! ah! Ah! ah! ah!
Ah! ah! ah! ah! etc.

(Roland a paru. Les Esprits s'éloignent de lui.
Il regarde avec étonnement autour de lui)


ROLAND
(comme dans un rêve)
Où suis-je?
En quel lieu de la terre...
M'a conduit le vaisseau qu'une invisible main
Guidait sans doute en son chemin
Vers ce rivage solitaire! 

CHOEUR INVISIBLE
Dans ce séjour inconnu
Roland, sois le bienvenu! 

ROLAND
Qu'entends-je? Quelles voix m'adressent
Ces heureux présages? 

CHOEUR INVISIBLE
Dans ce séjour inconnu
Roland, sois le bienvenu! 

ROLAND
O miracle!

(Les Esprits reparaissent. Ils se rapprochent

de Roland, qui, malgré lui, subissant leur
pouvoir, se dirige lentement vers le tertre
fleuri où il s'endormira bientôt)

Je vois de tous côtés,
Montrant leurs gracieux visages,
Les Esprits de l'air, des eaux et des bois!

(Les Esprits dansent autour de Roland) 


ROLAND
(s'endormant peu à peu)
Une étrange torpeur s'empare de mon être...
Je sens que malgré moi... je m'endors...
Caressé par la brise et par le chant des fées...

Bercé...

(Esclarmonde a paru. Elle a aperçu

Roland et d'un geste elle a congédié
les Esprits qui disparaissent rapidement)

ESCLARMONDE
Sois bénie, ô magie, ô science profonde,

(expressif et bien chanté)

Qui bientôt vas permettre
A
l'heureuse Esclarmonde
De serrer dans ses bras

L'objet de son amour!
Pour achever ton oeuvre,

En cet endroit du monde
Fais l'heure moins rapide

et retarde le jour!

(tendrement expressif)


Nuit vénérée! O nuit!
Nuit vénérée! O nuit!
Et cet heureux séjour prolonge ta durée...

(simple et doux)


Souris à notre amour!

(Esclarmonde contemple avec amour

Roland endormi, puis elle se penche... elle
le baise au front. Roland s'éveille)

ROLAND

Quelle forme vers moi se penchait tout à l'heure?
Un songe vient-il m'abuser?
Ah! non!
Mon front que sa bouche effleure
Garde la douceur du baiser...

(il se lève)


Non! Je ne rêvais pas! Non!

(Roland aperçoit seulement Esclarmonde

et la contemple comme en extase)


Étrange créature...

(expressif)


Est-ce toi
dont la main m'attire en ces beaux lieux...
Toi, qui devant mes pas
animes la nature
Et fais vibrer les airs de concerts merveilleux?

ESCLARMONDE

C'est moi-même! 

ROLAND
(ému et charme)
Qui donc es-tu?

ESCLARMONDE
(tendre et expressif)
Je suis une femme qui t'aime!
Tu m'aimes?
 


ROLAND
¿Moi?

ESCLARMONDE
Oui, je t'aime! et je veux être à toi!

ROLAND
A moi?

ESCLARMONDE
A toi...
Si tu m'acceptes pour épouse
Et si tu me donnes ta foi...
Tu pourras défier la fortune jalouse,
Et la gloire et la volupté te rendront

Tour à tour heureux et redouté!
Mais pour qu'un tel bonheur devienne ton partage,
Tu me dois posséder sans savoir qui je suis...
Et sans connaître mon visage! 


ROLAND
(avec surprise et curiosité)

Quoi! Sans connaître ton visage? 

ESCLARMONDE
Consens, je t'appartiens; refuse... je m'enfuis! 

ROLAND
(avec élan, puis en suppliant)

Oh! non! Demeure! Demeure!
Je sens, si je te perds, qu'il faudra que je meure!

(tendrement)


Demeure!

ESCLARMONDE
(tendrement voluptueux)
Va... je suis belle et désirable!

ROLAND
(d'une vois étouffée)
Reste...

ESCLARMONDE
Oui... je suis belle et désirable!

ROLAND
Reste...
Mon coeur vers toi se précipite!
Fais-moi de tes bras un collier!

ESCLARMONDE
La nuit propice nous abrite...
Viens!

ESCLARMONDE, ROLAND
Voici le divin moment
Où celle qui s'est donnée
Sans craindre la destinée...
Va s'unir à son amant!
C'est l'heure... C'est l'heure de l'hyménée! 


ESCLARMONDE
(très expressif)

Viens! cher amant! 

LES ESPRITS
(Choeur invisible)

Hymen! Hymen! Hyménée! 

ESCLARMONDE, ROLAND
C'est l'heure! C'est l'heure de l'hyménée!

ESCLARMONDE
Oui, je suis belle et désirable!

ROLAND
Divin moment!

ESCLARMONDE, ROLAND
C'est l'heure de l'hyménée!
Ah! viens!
Je t'aime! viens!
C'est le divin moment!
Où l'amante
Va s'unir à son amant! Ah!
Celle qui s'est donnée
Va s'unir à son amant!
Hymen! Hymen! Hyménée!

LES ESPRITS
Hymen! Hyménée!
C'est l'heure de l'hyménée!
Hymen! Hymen!

ESCLARMONDE, ROLAND
Voici le divin moment!
C'est l'heure! c'est l'heure
le divin moment de l'hyménée!
   


Quatrième Tableau

(Une chambre dans un palais magique)

ROLAND
Hélas! Ma bien aimée!


(sans retenir)

Elle est donc terminée
La douce nuit d'amour où sans peur,

sans remords, entre mes bras tu t'es abandonnée
A de brûlants transports!

(avec âme)

Chère épouse, ô chère maîtresse!
O toi que cette nuit sur mon coeur je tenais!
Tu n'as point révélé ton nom à ma tendresse...
Et cependant, ce nom je le connais...
Tu t'appelles l'Adorée!

ESCLARMONDE
(simplement, tendrement émue)
Je m'appelle le Bonheur!

ROLAND
Le Bonheur!
L'épouse longtemps espérée...
L'amante toujours désirée
Qui sera chère à mon âme enivrée!
Plus que ma vie, autant que mon honneur!
O toi que cette nuit sur mon coeur je tenais!
Tu n'as point révélé ton nom à ma tendresse...
Et cependant, ce nom, je le connais...

ESCLARMONDE
(avec élan)
Je m'appelle l'Adorée!

ROLAND
(tendrement émue)
Tu t'appelles le Bonheur! le Bonheur!

ESCLARMONDE
...le Bonheur!

(tendrement suppliant)


Ami, songe au serment

que tu dois respecter!

ROLAND
(avec franchise)
Le serment que j'ai fait, je l'ose répéter;
Je jure de garder à jamais le silence
Sur le secret hymen qui nous unit tous deux!

ESCLARMONDE
Sois fidèle à la foi jurée!

à la foi jurée!

ROLAND
Je serai fidèle à la foi jurée!

ESCLARMONDE
Mais vois! des feux éclatants de l'aurore
Le vaste ciel bientôt va s'empourprer...
Hélas! hélas! il faut nous séparer!
O mon amant!

Ton peuple a besoin de secours!

(très accentué)


Le chef des Sarrazins, Sarwégur l'implacable,
Tient assiégé dans Blois le vieux roi Cléomer,
Vas arracher les tiens au deuil qui les accable!
La gloire à mon amour te rendra bien plus cher!

ROLAND
(fièrement et subitement)
Ah! tu dis vrai! ta voix en moi ranime

la sublime ardeur des combats!
Je pars! Mais toi?

ESCLARMONDE
Va! quel que soit le lieu du monde où tu seras...

(avec une tendre passion, et avec intention)


Chaque nuit, cher amant, près de toi...

tu me retrouveras!
Oui, j'irai me livrer aux étreintes de tes bras!

ROLAND
A ta promesse montre-toi fidèle!

ESCLARMONDE
(tendre et caressant)
Oui, je te serai fidèle...

ESCLARMONDE, ROLAND
A jamais!

ESCLARMONDE
(retenant Roland)
Écoute encor!

(Une blanche théorie de jeunes Vierges s'avance)


Vierges au coeur innocent, aux mains pures,
Apportez-moi l'immortelle relique,
L'arme sacrée et fatale aux parjures,
Que Dieu dota d'une vertu magique!

LES VIERGES
Vierges au coeur innocent, aux mains pures,
Nous apportons l'immortelle relique
Que Dieu dota d'une vertu magique!

ESCLARMONDE
(désignant l'épée de Saint Georges)
Cette épée a du ciel reçu le privilège
D'assurer la victoire au loyal chevalier
Qui garde son serment sans jamais l'oublier,
Contre tous les périls cette arme le protège.
Mais, subissant un inflexible arrêt,
Dans les mains d'un parjure elle se briserait!

LES VIERGES
Dans les mains d'un parjure elle se briserait!

ESCLARMONDE
(fièrement)
Saint Georges la porta: moi, je t'en armerai!

LES VIERGES

Vierges au coeur innocent, aux mains pures,
Nous apportons l'immortelle relique
Que Dieu dota d'une vertu magique!

(Tout s'éclaire subitement d'une lueur fantastique,
la poignée de l'épée devient lumineuse)

ROLAND
(avec dévotion)
O glaive, à ton aspect je m'incline avec crainte
Et c'est en frémissant qu'ici je te reçois,
Ô lame redoutable et sainte,
Forme divine de la croix!
Avant de te saisir pour augmenter ma gloire,
Chrétien, je m'agenouille humblement devant toi!
Céleste emblème de la foi!

(L'épée cesse d'être lumineuse; Roland la saisit

avec enthousiasme. À Esclarmonde, avec âme)


Adieu! car ce n'est plus l'heure de la tendresse! 

ESCLARMONDE
(avec âme)
Adieu! de ton départ c'est le triste moment!

ROLAND
Adieu! Adieu!

ESCLARMONDE
(rappelant sa promisse)
Chaque nuit...

ROLAND
(répétant avec ardeur)
...chaque nuit...

ESCLARMONDE
...près de toi... tu me retrouveras!

ROLAND
Je te retrouverai!

ESCLARMONDE
... oui, j'irai

ROLAND
... tu viendras...

ESCLARMONDE
Me livrer à tes bras!

garde-toi d'oublier ton serment!

ROLAND
...dans mes bras! garde-toi d'oublier ton serment!

LES VIERGES
Va!




ACTE  III 


Cinquième Tableau

(A Blois. La place Au loin: tours écroulées et

incendiées à moitié. Machines de guerre
brûlant et fumant. Aspect de désolation.
Tout le peuple en pleurs entoure le Roi Cléomer)

LE PEUPLE

O Blois! misérable cité!
Dois-tu subir la loi

d'un vainqueur détesté?
Hélas!

LE ROI CLÉOMER
(avec douleur)
O mon peuple! En ces jours d'alarmes,
Sur tant d'effrois, tant de malheurs,
Accablé comme toi, ton Roi verse des larmes...
Mais d'un vieillard, hélas!

à quoi servent les pleurs?

PEOPLE
O Blois! misérable cité
Dois-tu subir la loi
d'un vainqueur détesté?
Hélas!

LE ROI CLÉOMER
O Blois! misérable cité
Hélas!
Pour nous sauver il faudrait un prodige!
L'infâme Sarwegur aujourd'hui même exige
Un tribut de cent vierges captives
Le cruel à ce prix

nous offre le salut,
Et vers le ciel en vain
montent nos voix plaintives!

LE PEUPLE
O Blois! misérable cité
Dois-tu subir la loi
d'un vainqueur détesté?
Hélas! Hélas! 


LE ROI CLÉOMER
O Blois! misérable cité
Hélas! Hélas!

(Un cortège s'avance. C'est l'Evêque de Blois

accompagné de Moines, d'enfants de choeur
portant la croix et des cierges allumés et suivi
de pénitents; sorte de procession publique)

ENFANTS DE CHOEUR
(au loin)
Kyrie, eleison.

LE PEUPLE
(en s'inclinant avec respect)
C'est le Saint Evêque de Blois!

ENFANTS DE CHOEUR
(plus près)
Kyrie, eleison.
Kyrie, eleison.

L'ÉVÊQUE
(à haute voix)
Mettez en Dieu votre espérance!
Du faible il est le protecteur! 


LE PEUPLE
(tous, avec abattement)
Hélas!

L'ÉVÊQUE
Et parfois aux vaincus brisés par la souffrance
Il suscite un libérateur!

(La procession qui allait se remettre en marche;

s'arrête; tous écoutent avec stupeur; appel de
trompettes à l'exterieur)

LE ROI CLÉOMER
(avec inquiétude)
Entendez-vous?

LE PEUPLE
(avec inquiétude)
Entendez-vous?

LE ROI CLÉOMER
La trompette aux accents lugubres
nous annonce l'envoyé Sarrazin!
Tout espoir est perdu!

(Entrée de l'Envoyé Sarrazin)

LE PEUPLE

Tout espoir est perdu!
Tout espoir est perdu! 


L'ENVOYÉ SARRAZIN
Roi Cléomer, je viens connaître

La réponse que Sarvégur attend!

LE PEUPLE
(sombre et découragé)

Il faut subir l'outrage!
Qui pourrait vaincre Sarwégur?
Qui?

LE ROI CLÉOMER
O désespoir!
O rage!

Qui pourrait vaincre Sarwégur?
Qui?

ROLAND
(sortant de la foule à laquelle
il

s'est mêlé depuis quelques instants)
Moi!

L'ÉVÊQUE, CLÉOMER , PEUPLE
(avec joie)

Le chevalier Roland! Roland! Roland!

ROLAND
(avec assurance)

Oui, c'est moi, c'est moi-même!
Reprends espoir, ô noble Roi!
A l'heure du danger suprême
Je viens vous apporter le secours de mon bras!

(à l'Envoyé, avec hauteur)

Toi, va dire à ton Maître, à ce barbare impie
Qu'un chrétien le défie en combat singulier!

(L'Envoyé Sarrazin s'éloigne pendant que la foule
reconnaissante se presse autour de Roland)

O peuple, reprends courage,

Et tu triompheras!
Dieu ne nous abandonne pas!
Jeunes guerriers, prenez vos armes
Et volons ensemble aux combats!

(Sur les derniers mots de Roland tous les hommes

tirent leurs épées. Les femmes les encouragent à
partir et à vaincre. Grand mouvement) 

ROLAND, ÉVÊQUE
CLÉOMER, CHOEUR
(Femmes, Guerriers, Vieillards et peuple)
Jeunes guerriers, prenons vos (nos) armes
Il est passé le temps des larmes,
Suivez le héros aux combats!
Et volons (voulez) ensemble aux combats!
Aux armes! Aux armes!

ROLAND, L'ÉVÊQUE
CLÉOMER, CHOEUR
(Femmes, Guerriers, Vieillards et peuple)
Jeunes guerriers, prenons vos (nos) armes
Il est passé le temps des larmes,
Suivez le héros aux combats!
Et volons (voulez) ensemble aux combats!
Aux armes! Aux armes!

(Femmes, Guerriers, Vieillards et peuple)


Jeunes guerriers, prenons vos (nos) armes
Il est passé le temps des larmes,
Suivez le héros aux combats!
Et volons (voulez) ensemble aux combats!
Aux armes! Aux armes!

(Cris prolongés: Toute la foule, sauf l'Evêque,

les enfants et les femmes, se précipite du côté
des remparts en suivant Roland. Le Roi Cléomer
s'éloigne aussi. Sortie très animée)

L'ÉVÊQUE
(aux femmes restées et réunies autour de lui)
Mais tandis que Roland va combattre pour nous,
Implorons le Seigneur et tombons à genoux!

(Toutes les femmes et les enfants s'agenouillent

autour de l'Evêque. l'Evêque debout chante à
haute voix cette prière dont les femmes et
les enfants répètent les paroles en les psalmodiant.

Très expressif et très chanté)

Dieu de miséricorde!
Dieu de miséricorde!
O Père, prends pitié de nous!
O Père! Père!
prends pitié de nous!

FEMMES , ENFANTS
Dieu de miséricorde, prends pitié de nous!
Dieu de miséricorde, prends pitié de nous!

L'ÉVÊQUE
Dieu de miséricorde!
Nous demandons grâce! grâce à genoux!
A notre repentir que ta bonté l'accorde!

FEMMES , ENFANTS
A notre repentir que ta bonté l'accorde!
A notre repentir que ta bonté l'accorde!

L'ÉVÊQUE
O Dieu fort! Dieu terrible!

FEMMES , ENFANTS
O Dieu fort! Dieu terrible!

L'ÉVÊQUE
Rends notre défenseur invincible!

FEMMES , ENFANTS
Rends notre défenseur invincible!

L'ÉVÊQUE
Combats pour lui, Seigneur! car il combat pour toi!

(éclatant)


Combats pour lui, Seigneur! car il combat pour toi!
Combats pour lui, Seigneur! car il combat pour toi! 


FEMMES , ENFANTS
Dieu de miséricorde, prends pitié de nous!

L'ÉVÊQUE
Dieu de miséricorde!

FEMMES , ENFANTS
Dieu de miséricorde, prends pitié de nous!

L'ÉVÊQUE
Dieu de miséricorde!
Dieu terrible! ô Dieu fort! 


FEMMES , ENFANTS
Nous demandons grâce à genoux!
A notre repentir que ta bonté l'accorde!

ô Dieu fort!

(On entend des clameurs d'abord lointaines, puis

se rapprochant rapidement et devenant éclatantes
au moment où Roland reparaît suivi de tons ceux
qui l'ont accompagné au combat)

GUERRIERS , PEUPLE
(au loin)

Victoire! victoire!

(Les femmes qui étaient en prières sont maintenant
debout, et écoutent anxieusement.
Pplus près)


Victoire! victoire! 

FEMMES
Entendez-vous? c'est la victoire! 

GUERRIERS , PEUPLE
Victoire! Victoire! 

(Tous entrent en désordre et avec enthousiasme)

FEMMES, GUERRIERS , PEUPLE

Victoire!
Roland est vainqueur!
Roland est vainqueur!

Vainqueur! Vainqueur!
Il est vainqueur!

(Le Roi, l'Evêque s'avancent vers Roland)

ROLAND

Je n'ai pas mérité de louange, ô mon roi!
Un pouvoir invisible a combattu pour moi! 


FEMMES, GUERRIERS , PEUPLE
Victoire! gloire à Roland! 

LE ROI CLÉOMER
(à Roland)
Noble héros!
Je veux par une récompense

Éclatante et suprême m'acquitter envers toi!
Je possède un trésor plus cher que la couronne;
C'est ma fille Bathilde;
Ami, je te la donne!

ROLAND
(à part)
O ciel!

L'ÉVÊQUE
Sois son époux... viens recevoir sa foi! 


ROLAND
(troublé et à part)
Son époux! que répondre?

ah! je frissonne! 

ROI, FEMMES, GUERRIERS, PEUPLE
Qu'a-t-il donc? il frissonne... il hésite...
Qu'a-t-il donc? 


L'ÉVÊQUE
Il frissonne il hésite qu'a-t-il donc? 

ROLAND
(avec embarras)
O Roi!

De votre enfant pourquoi m'offrir la main?

(avec décision)


Je ne puis accepter ce glorieux hymen! 

L'ÉVÊQUE , LE ROI
Que dit-il? quel refus? parle! parle!

FEMMES, GUERRIERS , PEUPLE
Que dit-il? quel refus? pourquoi?

Par quel mystère? parle!

ROLAND
(avec insistant)
J'ai juré de me taire,
Ne m'interrogez pas!

L'ÉVÊQUE, LE ROI
Que dit-il? quel refus? parle! parle!

FEMMES, GUERRIERS , PEUPLE
Que dit-il? quel refus? pourquoi?

Par quel mystère? parle!

ROLAND
J'ai juré de me taire... et ne parlerai pas!
 

(Grand mouvement dans la foule)

LE ROI
(gravement)

Pour tout autre que toi...
ce refus... cette offense...
Mériteraient, Roland,

mon courroux, ma vengeance!
Mais lorsqu'un peuple entier

Aacclame son sauveur...
Le Roi doit pardonner...

(noblement)


Dieu te garde!

(Le Roi s'éloigne, suivi de quelques guerriers)
 


ROLAND
(s'avançant et courbant la fête)

O mon Roi! 

L'ÉVÊQUE
(à part, en s'éloignant aussi)

Je saurai ce qu'il ne veut point dire!
Il parlera!

(Pendent que la foule acclame Roland, les Envoyés

et les Prisonnier sarrazins viennent défiler devant
le Héros et lui offrir les trésors de Sarwégur)

FEMMES, GUERRIERS , PEUPLE

Gloire! chantons notre victoire!
A toi, Roland, gloire éternelle!
L'allégresse emplit notre coeur!
Gloire! chantons notre victoire!
A toi, Roland, gloire éternelle! 


ROLAND
(se dérobant aux acclamations)
Ah! loin de cette foule et de son allégresse
Que ne suis-je enfin seul...
Sois moins lente à venir,
O nuit qui rends la bien-aimée à ma tendresse,
Hâte-toi de paraître et de nous réunir! 


FEMMES, GUERRIERS , PEUPLE
Gloire! chantons notre victoire!
Gloire éternelle à Roland!
Gloire!

Gloire! chantons notre victoire!
Gloire éternelle à Roland!
Gloire!

Gloire! chantons notre victoire!
Gloire éternelle à Roland! Gloire!

(Cris d'enthousiasme très prolongés)


Sixième Tableau

(
Une chambre dans le palais de Roi Cléomer)

FEMMES, GUERRIERS , PEUPLE
(au loin)

Gloire! Chantons notre victoire!
Gloire à Roland!


ROLAND
(Seul, près de la fenêtre.
Il écoute les

acclamations du peuple qui s'éloignent
et s'éteignent peu à peu)
Le peuple délivré qui chante et qui m'acclame!
No trouble point ce coeur tout embrasé d'amour!

(tendre et expressif)


Je n'ai qu'une pensée
et qu'un désir dans l'âme
De l'adorée entendre le retour
La nuit bientôt sera venue,
Douces ténèbres hâtez-vous, hâtez-vous!
Afin que l'épouse inconnue
Vienne retrouver son époux!
Toi qui m'as appris la tendresse,
Par qui mon coeur fut enchanté,
O mon épouse, ô ma maîtresse,

(tendrement)

Viens reposer à mon côté!
Tu juras, amante idéale,
Que pour moi ton fidèle amant,
Que pour moi, chaque nuit serait nuptiale...
Reste fidèle à ton serment!
Reste fidèle à ton serment! 


L'ÉVÊQUE
(paraissant)

Mon fils, je te bénis! 

ROLAND
(surpris et ému)

Quoi! vous ici mon père! 

L'ÉVÊQUE
(bien chanté)

O mon enfant, lorsque ton Roi
T'offrait Bathilde,
fille à son âme si chère...
Tu n'as point consenti.
Pourquoi? 


ROLAND
(d'une voix contenue)

J'ai juré de me taire
et tiendrai mon serment...
Vous ne saurez pas ce mystère...
Vous m'interrogez vainement... 


L'ÉVÊQUE
Quel serment as-tu donc prêté?
Quelle promesse
A nos pressants discours opposes-tu sans cesse? 


ROLAND
J'ai juré sur l'honneur
De taire le secret qui fait tout mon bonheur! 


L'ÉLÊQUE
Ton coeur d'un tel serment doit respecter l'empire;
Cependant ô mon fils sans parjurer ta foi...

(avec intention)

Ton secret... tu pourrais... tu dois même le dire..
A quelqu'un de plus grand que ton prince
et que moi...
 


ROLAND
A qui donc? 

L'ÉVÊQUE
Au Seigneur! 

ROLAND
(troublé)
Je ne puis vous comprendre...


L'ÉVÊQUE
(d'une voix éclatante)
En confessant sur l'heure tes péchés!
 


ROLAND
Moi... qu'ici je confesse? 

L'ÉVÊQUE
Il le faut sans attendre...
Tes secrets aux mortels
peuvent rester cachés...
Mais Dieu doit les connaître...
Et lui seul va t'entendre!
Tu le peux en dépit du serment solennel;
De ta vie à présent dis à Dieu le mystère...
Si tu persistes à te taire
Renonce pour jamais au salut éternel! 


ROLAND
(interdit et ému)

Renoncer... pour jamais... au salut éternel!

(courageusement et avec âme)


Entends donc, ô mon Dieu, ce mystère étrange,
Ce secret si doux!
Je ne m'appartiens plus...
Car une femme... un ange...
Une fée est ma femme

et je suis son époux!

L'ÉVÊQUE
(avec épouvante)
Qu'entends-je?

ROLAND
La vérité.

L'ÉVÊQUE
(anxieusement)
C'est donc un serment d'amour qui te lie?
Une femme a charmé ton coeur
par sa beauté?

ROLAND
Non... je n'ai pu voir son visage!

L'ÉVÊQUE
O folie!

ROLAND
Dans une île magique...
Un merveilleux séjour!
Pendant la nuit elle est venue
La créature étrange et douce... l'inconnue
Qui s'est donnée à moi!
que mes bras ont tenue,
Et qui m'a révélé l'amour!

L'ÉVÊQUE
Je devine un sortilège!

ROLAND
(énergique et ému)
Non!

L'ÉVÊQUE
Ton esprit est égaré!

ROLAND
(de même)
Non!
Un démon par qui l'âme est perdue et flétrie
Ne m'eût pas ordonné
de sauver ma patrie! 


L'ÉVÊQUE
(avec explosion)

A quels charmes maudits enfant, tu te livras! 

ROLAND
(avec amour)

Elle est mon épouse!
Elle vient chaque nuit!
l'Inconnue! l'Adorée!
Elle vient dans mes bras! au rendez-vous d'amour,
Elle vient dans mes bras!

elle vient chaque nuit! 

L'ÉVÊQUE
(en accentuant chaque parole)

C'est un démon! c'est une fée!
C'est un charme maudit!
C'est un charme maudit!

Donc même en ce palais... cette nuit? 

ROLAND
(avec ivresse)

Je l'attends! 

L'ÉVÊQUE
Dieu!

(à part)


Il perd son âme!
Il faut le sauver!
il est temps!

(l'Evêque, avec autorité, élève les mains

au dessus de la tête de Roland qui, sans
l'influence de ce geste, s'incline peu à peu)

A genoux!

(bien chanté et soutenu)


Je ne saurais t'absoudre encore.
Pour toi je vais prier.
Adieu!
A genoux humblement implore,
Implore la miséricorde de Dieu!

ROLAND
O Tout-Puissant

vous qu'on adore sur terre et dans le ciel!
Pardonnez-moi! Je vous implore!
Ah! Je vous implore, ô Dieu!
O Tout-Puissant! Pardonnez-moi! ô Dieu! 


L'ÉVÊQUE
Je ne saurais t'absoudre encore!
humblement implore Dieu!
A genoux humblement
implore la miséricorde de Dieu!

ROLAND
(à genoux)
Pardonnez-moi!

L'ÉVÊQUE
(en s'éloignant)

Adieu! 

(l'Evêque sort. Roland reste agenouillé.

La voix d'Esclarmonde, au loin)

ESCLARMONDE

Ah! Roland! 

ROLAND
(Roland s'est redressé peu à peu

et il écoute avec ravissement)
Ah! c'est elle! c'est elle! 

ESCLARMONDE
Ah! Roland! 

ROLAND
Ah! c'est sa voix! sa voix qui m'appelle! 

ESCLARMONDE
Ah! ah! ah! 

ROLAND
O doux frisson d'amour!
sitôt qu'a fui le jour elle tient son serment!

(changement de ton, comme se rappelant)

Son serment! mais le mien...
Je l'ai trahi peut-être...

(avec agitation)


Qu'ai-je fait?

Qu'ai-je dit tout à l'heure à ce prêtre?

(plus calme)


Non... en me confessant je n'ai parlé qu'à Dieu!
Ah! ma raison s'égare,

et mes sens sont en feu!
Je ne t'ai point trahie et je vais, ma chère âme,
Répéter avec toi le doux épithalame!

LA VOIX D'ESCLARMONDE
Chaque nuit... cher amant, près de toi...
tu me retrouveras!
Oui, j'irai me livrer aux étreintes de tes bras! 


LES ESPRITS
(choeur invisible)

Hymen! hyménée! hyménée! 

LA VOIX D'ESCLARMONDE
Ah! me voici!

(Sur les derniers mots: me voici!, Esclarmonde

est présente. À la vue d'Esclarmonde, Roland
se précipite vers elle) 

ROLAND
(avec élan)
O bien aimée!
Te voilà revenue dans les bras de ton amant!

ESCLARMONDE
Celle qui s'est donnée doit s'unir à son amant!

(La porte s'ouvre brusquement et l'Evêque paraît

entouré de moines, de bourreaux et d'aides portant
des torches)

Ah!

ROLAND
Ciel!

L'ÉVÊQUE , LES PRÊTRES
(à la vue des prêtres, Esclarmonde,

palpitante, s'arrache des bras de Roland)
Au nom du Père, au nom de Fils,

au nom du Sainte-Esprit. 

L'ÉVÊQUE
Je te chasse, Démon!

L'ÉVÊQUE , LES PRÊTRES

Arrière! arrière!
Retourne au fond de l'empire maudit!
Arrière! arrière! 


L'ÉVÊQUE
Au nom du Père, au nom de la très sainte Église;
Je t'exorcise!

L'ÉVÊQUE , LES PRÊTRES
Au nom du Père,
au nom du Saint-Esprit.

ESCLARMONDE
(avec un cri de désespoir  et de honte,

puis se cachant le visage dans ses mains)
Ah!

(l'Evêque arrache le voile d'Esclarmonde)

ROLAND
(à la vue d'Esclarmonde; avec

enthousiasme et comme extasié)
Éclatantes beautés!
O trésor sans pareil!

ESCLARMONDE
(douloureusement et en

sanglotant. D'une voix épuisée)
O Roland... tu m'as trahie...

et me voilà... sans voiles!

(long silence. Avec la plus grande émotion,

presque sans voix et comme anéantie)

Regarde-les, ces yeux plus purs que les étoiles,
Regarde-les... regarde-les, ces yeux!
Regarde-les ces lèvres! et ce corps...
Regarde-le, ce corps...

que ta faute a perdu sans retour!

(très attendrie)

Il ne t'a pas suffi de posséder dans l'ombre
L'épouse qui t'offrait des voluptés sans nombre!
Tu veux la contempler!
Sois heureux... tu la vois!
Mais c'est pour la première et la dernière fois!
Roland, tu m'as trahie!
Roland, tu m'as perdue!
Roland! Roland! Tu m'as perdue!
Regarde-moi pour la dernière fois! Hélas!

ROLAND
(s'interposant avec violence)
Non! tu se seras pas à mes transports ravie!

L'ÉVÊQUE , LES PRÊTRES
(à Roland)
Arrière! arrière!

L'ÉVÊQUE
(désignant Esclarmonde aux Bourreaux)

Saisissez-vous de cette femme! 

ROLAND
Non! Prêtre infâme! 

ESCLARMONDE
A mon secours! à mon secours!
Esprits du feu! à moi! à moi!

L'ÉVÊQUE , LES PRÊTRES
Saisissez-la! 


ROLAND
Non! Non!

(Des esprits du feu surgissent et entourent

Esclarmonde. Roland la défend. Les Prêtres
et les Bourreaux reculent épouvantés)

L'ÉVÊQUE , LES PRÊTRES
(comme un cri d'effroi)

Ah! Voyez! d'autres démons accourent à sa voix!
Arrière! arrière!

ROLAND
(hors de lui, voyant Esclarmonde lui échapper)
Je perdrai la raison si je ne la revois!
Je veux la suivre!

L'ÉVÊQUE , LES PRÊTRES
Arrière! arrière!

(Roland s'élance sur les Bourreaux l'épée

nue à la main. Son épée se brise)

ESCLARMONDE
(désignant l'épée et rappelant à

Roland son serment; à volonté)
Parjure! Parjure! sois maudit!

ROLAND
(en sanglotant)
J'ai tout perdu!

(Tous les Prêtres s'avancent et menacent

Esclarmonde et les démons avec na accent
formidable)

L'ÉVÊQUE , LES PRÊTRES
Au Nom du Père,

au Nom de la Très Sainte Église!
Arrière! Démon!

ESCLARMONDE
Roland! Roland!

Va!
sois maudit!

ROLAND
(désespéré)

Non! Non! Ah! Je suis maudit!     



ACTE IV


Septième Tableau

(Dans la forêt des Ardennes; une clairière; grands
arbres. A gauche, des rochers surmontés de
plantations et dissimulant l'entrée d'une sombre
caverne. Au fond, paysage ensoleillé. Des Sylvains
et des Nymphes sont groupés et étendus, au fond,
sous les arbres; d'autres dansent à l'ombre de ces
arbres. Appels de Trompettes au lointain et se
rapprochant rapidement. Les Sylvains étonnés
arrêtent leurs danses et écoutent; bientôt
paraissent à cheval quatre Hérauts sonnant de la
trompette, un Porte-Étendard et un Héraut

proclamant le tournoi) 

LE HÉRAUT BYZANTIN
(à haute voix)
Entendez tous ce que ma voix proclame,
Vous tous que la gloire enflamme:
Au jour prescrit le tournoi dans Byzance
Va rassembler les chefs, les preux au coeur vaillant!
Et la main d'Esclarmonde et la toute-puissance
Appartiendront enfin au vainqueur triomphant!

(Tous s'éloignent; Les Sylvains et les Nymphes

s'avancent peu à peu, rassurés, ils reprennent
leurs danses après les derniers appels de trompette
se perdant dans les profondeurs de la forêt.
Parseïs et le Chevalier Énéas son entrés. Ils jettent
autour d'eux des regards inquiets et semblent
s'être égarés dans la forêt; trompettes au loin) 

LE CHEVALIER ÉNÉAS
(écoutant les appels de trompette

qui résonnent au loin)
Oui, le délai marqué s'avance
Et le tournoi prescrit se prépare à Byzance!

PARSÉIS
Mais celle qui doit en être le prix,
Esclarmonde, ma soeur, qu'est-elle devenue?
Dans quelle contrée inconnue
Est-elle au pouvoir des mauvais esprits?

ÉNÉAS
C'est ici, Parséis, qu'habite votre père,
C'est dans cette forêt qu'il vint finir ses jours.
Phorcas saura pénétrer ce mystère... 


PARSÉIS
Ah! Je tremble en venant
implorer sont secours!

(à Énéas, tendrement)


C'est en vous que j'espère,
Vous seul avez suivi mes pas,
Merci, cher, Énéas,
Vous seul avez suivi mes pas,
Je ne l'oublierai pas! 


ÉNÉAS
Ne dites pas merci, ô douce Parséis!
En vous suivant j'ai suivi mon espoir

Et mon bonheur!
J'ai suivi mon bonheur mon espoir! 


PARSÉIS
Merci, cher Énéas!
Vous seul avez suivi mes pas,
Je ne l'oublierai pas!
Merci, cher Énéas!
je me l'oublierai pas!

(allant à la rencontre des Sylvains)

Répondez, habitants de ce bois séculaire,
No connaissez-vous pas, retiré dans ce lieu,
Un vieillard vénérable étrange et solitaire...
Un mortel il est vrai... mais presqu'un Dieu!

(Les Sylvains désignent la

caverne et s'enfuient effrayés) 

ÉNÉAS
(désignant la caverne, avec effroi)
Le voici! c'est lui!

PARSÉIS
(émue)

Je frémis! grand Dieu!

(Énéas et Parséis restent un peu à l'écart.

Phorcas paraît, méditatif et sombre, sur
le seuil de la caverne)

PHORCAS
(il semble rêver en marchant lentement)
Les Temps vont s'accomplir...
Et bientôt le destin va donner
un époux à ma fille Esclarmonde,
Un maître au peuple byzantin...
D'où me vient malgré moi
cette angoisse profonde?
Sort mystérieux auquel j'obéis,
Voudrais-tu m'infliger,
m'infliger une épreuve dernière?
Épargne, hélas! épargne le coeur d'un père!
le coeur d'un père!
Mais qu'ai-je à redouter?
Que vois-je? Énéas! Parséis!
Que m'annonce ici votre présence?
Mais parlez!
Vous gardez le silence

(avec inquiétude)


Esclarmonde?

PARSÉIS
(confuse)

Elle a quitté Byzance! 

PHORCAS
(avec éclat et avec douleur)

Ah! Mon coeur pressentait... malheur!
malheur! sur nous!
malheur sur nous! 

ÉNÉAS , PARSÉIS
Grâce! pitié pour elle! pitié!

(Tonnerre lointain)

PARSÉIS
Elle a voulu choisir elle-même un époux!
Lorsque l'ombre envahit la voûte constellée...
Des Esprits que jamais je n'ai vus qu'en tremblant,
Emportaient Esclarmonde inconnue et voilée...
Auprès du chevalier Roland!

PHORCAS
(répétant)
Le chevalier Roland?

PARSÉIS
(continuant sou récit)
Chaque nuit l'éloignait de moi...

PHORCAS
(interrogeant anxieusement)
Chaque nuit?

PARSÉIS
Mais chaque aurore
A mes soins empressés venait la rendre encore!

PHORCAS
(palpitant)
Chaque aurore?

PARSÉIS
(avec des larmes)
Hélas! de l'imprudente, un jour,
J'ai vainement attendu le retour!
Quel malheur l'a frappée?
Hélas! hélas! mon coeur désespère!

mon coeur désespère!
Voilà pourquoi je suis venue à vous, mon père!

(suppliante)

La triste Parséis se jette à vos genoux!
Ayez pitié! ayez pitié
d'Esclarmonde et de nous!
La triste Parséis se jette à vox genoux!
Ayez pitié! ayez pitié d'Esclarmonde

et de nous.

ÉNÉAS
(suppliant)
Phorcas, ayez pitié!
Phorcas! pitié! ayez pitié! ayez pitié
d'Esclarmonde et de nous!

PHORCAS
(sévèrement)
Non! non! pas de grâce! pas de pitié!
Je devrais te punir, ô gardienne infidèle
Qui n'as pas su combattre un tel égarement...
Mais plus que toi, ta soeur se montra criminelle...
C'est sur elle que va tomber le châtiment!

PARSÉIS , ÉNÉAS
Grâce pour elle! grâce pour elle!

pitié! pitié!

PHORCAS
Non! non! non!

(Violents coups de tonnerre; éclairs;

obscurité; Énéas et Parseïs épouvantés
se retirent et se retirent à l'entrée de la
caverne)

PHORCAS
(avec autorité)
Esprits de l'air!
Esprits de l'onde!
Esprits du feu!
Hâtez-vous d'accomplir mon voeu!
En ma présence amenez Esclarmonde!

(Tonnerre et éclairs; la terre s'entrouvre;

une fumée épaisse et des flammes s'en
échappent. Le nuage se dissipe. Le jour
revient; Esclarmonde a paru)

ESCLARMONDE
(sans voir Phorcas; avec la lenteur et

l'étonnement d'une personne qui s'éveille)
D'une longue torpeur je sens que je m'éveille...

(s'éveillant peu à peu davantage et avec un

semblant d'effroi d'abord vaguement exprimé)

Ah! je me souviens!
Honte sans pareille!

le Prêtre! les bourreaux!
Roland perdu pour moi...
Les Esprits à leurs mains cruelles m'ont ravie...
Me ramenant vers l'île où je reçus sa foi!
Puis d'un profond sommeil je me suis endormie...
Hélas! En retrouvant la vie et la pensée,
Je te retrouve, ô souvenir
D'une félicité passée

(très expressif)


Qui ne doit plus jamais... revenir!

(très déchirant)

Ah! Plus notre hymen avait de charmes
Plus je dois répandre de larmes
Sur le bonheur que j'ai perdu. Hélas! Hélas!
En retrouvant la vie et la pensée,
Je te retrouve, ô souvenir
De la félicité passée...
O souvenir!

(vaguement et tristement)


Où suis-je maintenant?
Une forêt?

(Apercevant Phorcas et reculant)


Mon père!

(tremblante)

pardon! pardon!

PHORCAS
(d'une voix contenue et sombre)
Te pardonner?


(à volonté et très déclamé)

et comment le pourrais-je? ô fille sacrilège!

(sévèrement)

Toi qui, bravant le céleste courroux
Et l'arrêt du destin,
Osas prendre un époux et te montrer à lui!

ESCLARMONDE
Grâce, mon père! grâce!
 

VOIX DES ESPRITS
(Choeur invisible)

Non! 

PHORCAS
(répétant)

Non! Le Ciel a parlé! non!
Le destin sévère
Réclame un châtiment
Pour la fille indocile
et son coupable amant! 


LES VOIX
Esclarmonde!

PHORCAS
(répétant)
Esclarmonde!

PARSÉIS , ÉNÉAS
(répétant)
Esclarmonde!

LES VOIX
Ta désobéissance

PHORCAS
(de même)
Ta désobéissance...

PARSÉIS , ÉNÉAS
(de même)
Ta désobéissance...

LES VOIX , PHORCAS
Te fait perdre à jamais le trône et la puissance! 


PARSÉIS , ÉNÉAS
Tout est perdu pour toi! 

ESCLARMONDE
(avec transport)
Qu'importe! nous aimons!

LES VOIX
Pour ton amant parjure... pour lui, la mort!

PARSÉIS, ÉNÉAS , PHORCAS
...pour lui, la mort!

ESCLARMONDE
(avec un cri de douleur)
Ah! pour lui... la mort!

LES VOIX
Phorcas!

VOIX, PARSÉIS

ÉNÉAS , PHORCAS
Qu'il meure de ta (sa) (ma) main...

LES VOIX
Si ta fille ne jure quelle renonce à lui!

LES VOIX, PARSÉIS

ÉNÉAS , PHORCAS
Qu'il meure de ta (sa)(ma) main

ESCLARMONDE
Grâce!

LES VOIX
Non!

PARSÉIS, ÉNÉAS, PHORCAS
Obéis! Esclarmonde! à l'inflexible loi!
C'est le salut pour Roland et pour toi!
Obéis! Renonce à ton amant,

tel est l'arrêt du sort!
Obéis, ou pour lui, c'est la mort!

la mort! c'est la mort!

ESCLARMONDE
(avec la plus grand émotion;

parlé, presque sans voix)
Donc pour sauver la vie... à celui... qui j'adore...
Je dois... en ce funeste jour...

cachant le feu qui me dévore...

(très expressif et tendre)


Lui jurer que mon coeur pour lui...

n'a plus d'amour!

ÉNÉAS
(palpitant)
Obéis! obéis!

PARSÉIS
(palpitant)
Esclarmonde! obéis!

PHORCAS
...obéis!

ESCLARMONDE
Grands Dieux!

si ma bouche fidèle à mentir se refuse...
C'est fait de lui! c'est fait de lui!

PARSÉIS, ÉNÉAS, PHORCAS
C'est l'inflexible loi!

ESCLARMONDE
Mais si je me résigne au mensonge qui me dit,

cher amant, que tu ne mourras pas
de penser que tu n'es plus aimé!
Ah! qui me dit, cher amant,
Cher amant que tu ne mourras pas

de ma trahison feinte?

(palpitant)


Grands dieux! c'est fait de lui!
hélas! c'est fait... de lui!
Roland! pour toi la mort!
C'est fait de lui! ô mon Roland!

ô mon Roland! non, tu ne mourras pas!
Non! tu ne mourras pas!

ÉNÉAS
Résigne-toi! obéis! c'est la loi!

C'est le salut pour Roland!
Résigne-toi, Esclarmonde, c'est la loi!
Obéis! C'est la toi! le salut...

pour Roland! pour Roland et pour toi! obéis!
par toi Roland ne mourra pas!
Résigne-toi! c'est la loi!

PARSÉIS
Résigne-toi! c'est le salut pour Roland!
O ma soeur, résigne-toi!
Par toi ne mourra pas!

(suppliant)


Obéis! Résigne-toi! ô ma soeur!
Résigne-toi! c'est le salut!
Résigne-toi! obéis!

Par toi Roland ne mourra pas!
Résigne-toi! c'est la loi!

PHORCAS
Résigne-toi! c'est le salut pour Roland!
Résigne-toi! obéis c'est la toi!
Esclarmonde! obéis, c'est la loi!
C'est la loi! le salut pour Roland

Et pour toi! obéis!
Par toi Roland ne mourra pas!
Résigne-toi! c'est la loi!

ESCLARMONDE
(à son père, avec courage)
J'accomplira le sacrifice!

(Phorcas, Énéas et Parséis

se retirent. Avec émotion)

Il vient!

(douloureusement)


Ah! quel supplice!

(tendrement)


Mais... je te sauverai, mon époux adoré!

(résolument)


Ensuite je mourrai!

(Roland paraît; il entre comme un

homme égaré, désespéré; regardant
autour de lui, il reconnaît Esclarmonde)

ROLAND

C'est elle! ma bien aimée!
Ah! rends le bonheur à ton époux
Donne-lui le pardon qu'il implore à genoux!

ESCLARMONDE
(aussi calme et retenue

que Roland est enfiévré)
Mon pardon... je te le donne...
Mais il faut que Roland... 


ROLAND
(avec anxiété)
Parle...

ESCLARMONDE
(s'éloignant de Roland)

M'oublie et m'abandonne! 

ROLAND
Folie! Tu parles d'abandon!
tu veux que je t'oublie!

(avec âme et passion)


Quand je t'ai retrouvée
Il me faudrait partir!

Non! non! non! jamais!
Je n'y puis consentir!...

ESCLARMONDE
Il le faut!

ROLAND
...et pourquoi?

ESCLARMONDE
(triste et agitée)
Jadis... j'étais digne de toi!
Un peuple obéisait à mon loi souveraine...
Aux Esprits aux démons
je commandais en reine!
Hélas! ton imprudence a changé dans l'instant
En un funeste sort ce destin éclatant!

fuis! laisse-moi!

ROLAND
(avec feu)
Te quitter!

ESCLARMONDE
(doucement et avec des larmes)

J'ai perdu mon pouvoir! 

ROLAND
Ne plus te voir! quand je t'adore
Malheureuse bien plus encore!
Je te retrouve! Bénissons l'heureux jour!
Nous nous aimons et rien n'est vrai

que notre amour!
Viens! viens!

(palpitant et tendrement passionné;

soutenu et bien chanté)

Le bonheur que rien n'achève
Nous l'aurons si tu le veux!
 


ESCLARMONDE
(passionné)

Viens! viens! 

ROLAND
Hâtons-nous! l'heure est brève!
Nous aimons, partons tous deux! 


ROLAND , ESCLARMONDE
Viens!

ROLAND
(bien chanté)
Ne me parle pas de gloire!
Ma gloire c'est d'être à toi!
Te vaincre, c'est ma victoire,
Ton amour, ma seule loi!
Je ne sais plus s'il existe...

ESCLARMONDE
Viens!

ROLAND
Un chevalier glorieux!

ESCLARMONDE
Partons!

ROLAND
Mais je sais que je suis triste
Si je vis loin de tes yeux!

ESCLARMONDE, ROLAND
Viens! Viens!

Partons!

ESCLARMONDE
(avec ivresse)
Ah! le beau rêve, si tu veux!
Ah! qu'importe! l'heure est brève!
Nous aimons, partons tous deux!
Toi, vaillant, moi, frêle et souple...
Enlacés languissamment!
Nous serons le couple éternel!

moi, l'amante, et toi, l'amant!

ROLAND
Le bonheur que rien n'achève
Nous l'aurons, si tu le veux!
Ah! qu'importe! l'heure est brève!
Nous aimons, partons tous deux!
Moi vaillant, toi, frêle et souple...
Enlacés languissamment!
Nous serons le couple éternel!

Toi, l'amante, et moi, l'amant! 


(Esclarmonde et Roland vont fuir. La

foudre éclate; le tonnerre gronde)

LES VOIX SOUTERRAINES
Renonce à ton amant, ou pour lui c'est la mort!

ESCLARMONDE
(épouvantée s'est détachée de Roland)
Ah! Malheureuse!


(très déclamé)

au trépas... Roland!
par moi livré!

ROLAND
(avec angoisse)
Qu'as-tu donc?

ESCLARMONDE
(hors d'elle-même)
Je dis que je ne puis te suivre...
Je dis que je dois te quitter,

À jamais vivre loin de toi...

ROLAND
(éperdu)
Dis aussi que tu ne m'aimes plus! 


ESCLARMONDE
(désespérée. à part)
Ne plus l'aimer! quand je l'adore... 

ROLAND
Réponds! réponds! 

ESCLARMONDE
Non! non!

ROLAND
Insensé que je fus de croire à tes serments!

(avec désespoir)


Réponds! 

PHORCAS
(paraît)

Réponds! 

LES VOIX
Réponds! réponds! réponds!

ESCLARMONDE
(affolée, à Roland)

Je ne veux plus t'aimer! non! adieu!

(Esclarmonde et Phorcas disparaissent
dans la nuée qui les enveloppe)


LES VOIX
Le crime est expié!
 


ROLAND
(seul, comme sortant d'un rêve)

Disparue!

(avec un sanglot)


Maudite?

(Il tombe anéanti, défaillant sur un rocher)


Ah! mourir!

(Le ciel s'éclaircit à nouveau. Roland

revenant à lui et reconnaissant les
appels du Héraut; d'abord, vaguement)

Le tournoi!

(plus accentué)

Oui, j'ai bien entendu...
La mort... la mort digne de moi!
O mort, je t'appelais et tu m'as répondu!

(Il court au devant des chevaliers qui paraissent)     




ÉPILOGUE


Huitième Tableau


(À Byzance; Dans la basilique. Devant les

portes du Saint Iconostase. L'Empereur
Phorcas, sur son trône, entouré des
dignitaires, des guerriers et du peuple)

L'EMPEREUR PHORCAS
(sur son trône)

Dignitaires! Guerriers!
Sous ces augustes voûtes
Devant moi vous voici rassemblés!
O peuple, qui m'écoutes,
Les temps sont accomplis ainsi que les
Destins que je t'ai révélés!

(Phorcas descend de son trône)

(se tournant vers l'Iconostase)

De l'autel vénéré que la lumière inonde
Ouvrez les portes d'or!
 
(Les portes du Saint Iconostase se sont ouvertes.

Dans un nuage d'encens Esclarmonde voilée
paraît, tiare en tête, constellée de pierreries, ou
dirait une idole Byzantine. Ses femmes
l'entourent, sa soeur Parseïs est à ses côtés.
Gardes richement vêtus. Thuriféraires)

LA FOULE

O divine Esclarmonde!
Ton trône resplendit plus brillant que le jour!
Le destin à tes pieds met Byzance et le monde,
Tout l'univers t'acclame en frémissant d'amour! 


PHORCAS
Auprès d'elle amenez le vainqueur du tournoi!

PARSÉIS, ÉNÉAS , LA FOULE
Devant elle amenez le vainqueur du tournoi!

(On introduit le chevalier Roland,
casque en tête, la visière baissée)

ESCLARMONDE
(inquiète, à elle-même)
Quel est ce vainqueur? malgré moi...

je tremble! quel est-il?

PHORCAS
(à Roland)
Fier chevalier, approche, et de tant de vaillance
Viens recevoir le prix!
Mais d'abord, dis ton nom,
Héros, qui d'Esclarmonde as conquis la puissance
La trône et la beauté!
Tu ne réponds pas?

(Roland relève la visière de son casque)

ROLAND
(avec fermeté)
Non!

ESCLARMONDE
(avec émotion)
Sa voix! c'est lui!

PARSÉIS, ÉNÉAS

PHORCAS, LA FOULE
Que dit'il? quel est-il? 


ROLAND
(avec tristesse et détachement)
Qu'importe que je me nomme!
Mon nom est Désespoir!
Je m'appelle Douleur!

(très expressif et accentué)


Et je ne suis qu'un homme
Qui garde au fond du coeur
Un remords éternel une affreuse souffrance!
J'étais venu chercher un glorieux trépas
La mort trompe aujourd'hui mon espérance!
Trône! puissance! et céleste beauté!
Ne charment pas mon coeur désenchanté;
Tous ces biens... malgré moi conquis...

Je les refuse! 

ESCLARMONDE
(à part, avec ivresse)
O joie! il refuse!

PARSÉIS, ÉNÉAS

PHORCAS, LA FOULE
O folie! il refuse!
quel délire! quelle démence!

PHORCAS
(à Roland)
L'objet de ton refus, insensé ne veux-tu pas

au moins le connaître?

ROLAND
(se détournant)
Non! un seul être

Me possède et le reste n'est rien! rien! 

ESCLARMONDE
(à part, enivrée)

C'est lui! Roland! Roland! 

PHORCAS
(avec solennité)

Voiles, tombez! 

PARSÉIS, ÉNÉAS
PHORCAS, LA FOULE
O vainqueur!

Vois les traits de l'Impératrice Esclarmonde!

(Toute la foule s'incline)


C'est Esclarmonde!

ROLAND
(indifférent)
Esclarmonde?

(se retournant et la reconnaissant)

O ciel! toi! c'est toi que j'adorais!

PARSÉIS, ÉNÉAS

PHORCAS, LA FOULE
C'est Esclarmonde! 


ROLAND
(tendrement)

Mon seul amour au monde! 

ESCLARMONDE
(de même)

Oui, mon amant, c'est moi!
Veux-tu toujours mourir? 


ROLAND
(avec transport)

Vivre! vivre avec toi!

(avec âme)


Chère épouse, ô chère maîtresse!
O toi que tendrement sur mon coeur je tenais!
Tu n'as point révélé ton nom a ma tendresse...

ESCLARMONDE
Et maintenant ce nom tu le connais...

(avec élan)

Je m'appelle l'Adorée!

(simplement et tendrement ému)

Je m'appelle le Bonheur! le Bonheur!

ROLAND
Tu t'appelles l'Adorée!
Tu t'appelles le Bonheur! le Bonheur!

PARSÉIS, ÉNÉAS

PHORCAS, LA FOULE
O divine Esclarmonde!
O valeureux Héros!
L'univers vous acclame

en frémissant d'amour!


PRÓLOGO


Cuadro Primero

(En Bizancio, dentro de la basílica, frente
a las puertas del Santo Iconostasio)

EL EMPERADOR FORCAS
¡Dignatarios! ¡Soldados!
¡Bajo estos augustos arcos
estáis reunidos ante vuestro Emperador!
A vosotros, súbditos fieles y sumisos,
los designios del Destino van a ser revelados.
Entre el gobierno del imperio y el arte de la magia
había soñado el discurrir de mi vida...
Pero debo obedecer la ley de Aquel

que somete los demonios a su mandato.
Lejos de vosotros, lejos del mundo,
renunciando a las grandezas
y a los vanos títulos mundanos,
cedo el trono a mi hija Esclarmonde.
¡Dejo el poder en sus jóvenes manos!

LA MUCHEDUMBRE
¡Oh, qué sorpresa!

FORCAS
Me habría gustado otorgar

un esposo a mi hija
que fuera un señor para el imperio.
No obstante, Esclarmonde ha recibido de mí
¡el arte de controlar los espíritus!
Para resguardar la herencia mágica,
ella deberá, hasta que cumpla veinte años,
reguardar su rostro de las miradas masculinas,

cubriendo su rostro con velos traslúcidos.
En el día fijado, se realizará un torneo
que reunirá en Bizancio a los nobles

y
caballeros de corazón valiente.
¡La mano de Esclarmonde y el poder
los obtendrá aquel que resulte triunfador!
¡Abrid las puertas del venerado altar

para que la luz nos invada!

(Las puertas del Santo Iconostasio se abren.

Envuelta en una nube de incienso y cubierta
con
un velo aparece Esclarmonde. Lleva una
tiara en la cabeza. Su hermana Parséis y las
damas la rodean. La escoltan guardias
ricamente vestidos y turiferarios esparciendo
incienso)

LA MUCHEDUMBRE
(cantando y alabando)
¡Oh, divina Esclarmonde!
¡Tu trono es más resplandeciente que el día!
El destino pone a tus pies a Bizancio y al mundo.
¡Todo el universo te aclama embelesado!

(Parséïs, seguida de los turiferarios y

guardias, se acerca a Forcas que le entrega
la corona y el cetro. Parséïs coloca las
insignias del poder sobre almohadones y las
lleva hasta donde está Esclarmonde. Se
arrodilla ante ella y le presenta los emblemas
del poder)

FORCAS
(a Parséïs, aparte)
Sólo tú, Parséïs, conocerás el lugar de mi retiro.
Serás la discreta guardiana de tu hermana.
¡Ah!


(muy expresivo)

¡Querida Esclarmonde, es necesario separarnos!
¡Oh tesoro incomparable, deja que lleve
tu imagen radiante siempre conmigo!
¡Bellezas deslumbrantes son tus ojos!
¡Oh, mirada celestial!
¡Rostro adorable!
¡Rasgos divinos desconocidos por los mortales!
¡Mostraos de nuevo!
¡Apareced ante mis ojos paternales!

(Esclarmonde, sale del Iconostasio y avanza

despacio en medio de la muchedumbre postrada;
luego, levantando ligeramente su velo, se

muestra a su padre, que se inclina ante ella.
Después, Esclarmonde se cubre nuevamente
con el velo. La muchedumbre postrada poco a
poco se va levantando a medida que Esclarmonde,
envuelta en nubes de incienso, regresa sola hasta

el santuario)

LA MUCHEDUMBRE
¡Sublime Emperatriz!
¡Oh, divina Esclarmonde!
¡Tu trono es más resplandeciente que el día!
El destino pone a tus pies a Bizancio y al mundo.
¡Todo el universo te aclama embelesado!
¡Oh, divina Esclarmonde!
¡El universo se estremece de amor!
 
 

ACTO  I

Cuadro Segundo


(Una terraza del palacio de Bizancio. A la derecha,
un trípode mágico sobre una plataforma)

ESCLARMONDE
(pensativa)
¡Roland! ¡Roland!
¡Tu nombre me perturba!
¡Invades mi pensamiento
y sólo tú reinas en mi alma herida!
¡Héroe jamás visto, pero jamás olvidado,
sólo a tu recuerdo mi corazón está ligado!
¡Ah, desdichada Esclarmonde!
A cualquier otra, el cielo le habría
permitido amar... ¡y decirlo a todo el mundo!
¡Oh, destino cruel,
tú no me lo permites!...
Mi corazón
arde con el más vivo amor
por aquel por quien yo muero.
¡Por siempre, ah!

¡Sólo tú invades mi pensamiento
y reinas en mi alma herida!


(entra Parséïs)

¡Parséïs!

PARSÉIS
(con gran afecto)
¡Hermana mía, querida reina,
en tus ojos adorados veo brillar las lágrimas!
¿Qué pesar oscurece tu serena belleza?
¡Ah! ¡Habla! ¡Cuéntame tus secretas penas!

ESCLARMONDE
(muy expresiva)
¿No lo entiendes?

Una ley implacable
me separa del resto de los humanos...
¡Me atrapa como si yo fuera un ídolo!
Más aún, hará que el ganador de un torneo

disponga del trono y de mí.

PARSÉIS
¡Pero si nuestro padre te hizo emperatriz,
también te hizo hechicera!
Deja de lado tus preocupaciones
pues tienes el poder de marcar tu camino...
Entre los reyes que reinan los diversos pueblos,
entre los prestigiosos caballeros del universo...
¡escoge a tu esposo!
¡Oh hermana, tú puedes amar!
¡Oh hermana, tú puedes ser feliz!

ESCLARMONDE
¡Parséïs! ¡Estoy enamorada!

PARSÉIS
¿Amas?

ESCLARMONDE
¡A un glorioso campeón!
¡El caballero Roland, conde de Blois!
Hace tiempo él pasó por Bizancio,
pero no pudo verme...
Los decretos del inexorable destino,
bajo los largos pliegues de un velo,
ya ocultaban mi rostro...
¡Pero su rostro, noble y orgulloso,
y su mirada llena de ardor
permanecen grabadas en mi alma!
¡Es a él a quien me gustaría ver ganar el torneo!
¡Un sueño inútil, pues él vive en Francia!
¡Él no puede pensar en mí!

PARSÉIS
¡Pero tú sí piensas en él!
Entonces, hacia Bizancio,
tú misma podrías...
Con algún hechizo,
¿no podrás guiar sus pasos?

ESCLARMONDE
(con pasión)
¡Amar es muy poco...
es necesario sentirse también amada!
¡Ah, desdichada Esclarmonde!
¡Aquel por quien
yo muero,
lo ignora!

PARSÉIS
¡Ah, desdichada Esclarmonde!
¡Y poder decirlo de cara al mundo!

ESCLARMONDE, PARSÉIS

¡Mi
corazón arde con el más vivo amor!
¡Mi corazón arde con el más vivo amor!
¡Y poder decirlo de cara al mundo!
¡Aquel por quien yo muero,
lo ignora!

(Se oye el sonido de trompetas)

PARSÉIS
(oyendo)
¡Alguien viene, hermana!


(con la alegría)

¡Es Eneas! ¡Es él!
¡Es mi fiel amigo que regresa hoy!


(Esclarmonde se cubre rápidamente
con su velo. Entra Eneas)


ENEAS
¡Salve, augusta y venerara Emperatriz!
¡Salve, Parséïs, adorada dama!

PARSÉIS
¡Entrad, noble caballero!

¡La divina Esclarmonde
está cansada de homenajes!
Habladnos de vuestros viajes...
Tras un año de haber partido

con casco y armadura,
¿
habéis luchado contra muchos infieles?
¿Derrotasteis a caballeros?
¿Encontrasteis gigantes? ¡Hablad! ¡hablad!
¡Contadnos, noble caballero, vuestras aventuras!

ENEAS
Teniendo en mente vuestros divinos ojos,
¡en ningún lugar nadie luchó mejor que yo!
Constantemente enfrenté destinos adversos.
Y sólo pensando en vuestra opinión,
entre más de mil adversarios,
¡sólo uno me venció!

PARSÉIS
(alegre)
¡Uno os ha vencido!

ENEAS
¡Sólo encontré uno que me venciera!

PARSÉIS
¿Alguien pudo derrotaros?
¿Quién es, os lo ruego?

ENEAS
Un héroe sin igual... ¡el honor de la caballería!

PARSÉIS
¿Su nombre?

ENEAS
¡Roland!

ESCLARMONDE, PARSÉIS
(con sorpresa)
¡Él! ¡Roland!

ESCLARMONDE
(para sí, emocionada)
¡Oh, destino!

ENEAS
(siguiendo su narración)
El vencedor, Roland,

podría haberme matado,
¡pero me tendió la mano

y me llamó su hermano!
¡Hicimos voto de amistad eterna!
Luego yo...


(a Parséïs)

¡Oh, Parséïs! Como yo deseba veros de nuevo...
apresuré mi retorno.
Sin embargo, el rey Cléomer,
para conservar al héroe en su corte,
¡dicen que va a darle su hija en matrimonio!

ESCLARMONDE
(levantándose)
¡Oh, cielos!


(para sí, conmocionada)

¿Qué oigo?

(sollozando)

¿Roland está perdido para mí?
¡Parséïs!

PARSÉIS
(a Eneas, pues comprende

el sentimiento de Esclarmonde)
Eneas, dejadnos a solas...

ENEAS
(haciendo una reverencia)
Obedezco.


(se marcha con pesar)

¿Cuándo podré volver a veros?

PARSÉIS
Ya lo sabréis... luego... esta noche... quizás.

ENEAS
¿Me dais vuestra palabra?

PARSÉIS
(se acerca a Eneas)
¡Sí, doy esperanzas a ese corazón enamorado!
¡Sí, doy esperanzas a ese corazón enamorado!

ENEAS
¡Vuestras palabras me hacen feliz!

PARSÉIS
¡Sí, doy esperanzas a ese corazón enamorado!

ENEAS
¡Seré muy feliz! ¡Soy muy feliz!
¡Demasiado feliz!

ESCLARMONDE
(triste, para sí)
¡Ellos son felices! ¡Felices!


(En cuanto Eneas sale, Esclarmonde se
pone de pie violentamente y arroja su

velo; Parséïs regresa junto a ella)

¡Está decidido!
¡Ya no resisto más!
¡Eneas ha resuelto mi indecisión!


(con la intención)

Esta noche... esta misma noche...
¡Roland me pertenecerá!
Lo haré venir, y en una isla mágica,
¡me uniré a él!


(con autoridad)

¡Quiero que sea mío! ¡Que me ame!

PARSÉIS
Pero... qué pasará con tu poder...

ESCLARMONDE
Permaneceré velada... ¡él no podrá verme!


(con placer y energía)

Por medio de caricias ardientes...
de besos apasionados...
encantaré su corazón y perturbaré sus sentidos...
él conocerá por mí una embriaguez nueva...
que nunca deseará otra ternura más que la mía...
¡Sólo yo reinaré en su corazón encantado!


(Sube al trípode e invoca)

¡Oh, Luna! ¡Triple Hécate! ¡Oh, Tanit! ¡Astarté!
¡Dadme la luz de vuestro espejo!

CORO INVISIBLE
¡Oh, luna!...

...¡Triple Hécate!...
...¡Oh, Tanit!...
...¡Astarté!

ESCLARMONDE
(autoritaria)
¡Espíritus del aire!
¡Espíritus del agua!
¡Espíritus del fuego!¡

(riéndose)

Ah!
¡Venid a cumplir el deseo de Esclarmonde!
¡Oíd mi voz!

(con ternura)

¡Ante mis ojos haced aparecer
aquél a quien amo,
aquél que abrasa mi ser!
¡Roland, Conde de Blois!
¡Espíritus del aire!
¡Espíritus del agua!
¡Espíritus del fuego!
¡Obedeced!

(Esclarmonde y Parséïs es observan
la siguiente fantasmagoría)

CORO INVISIBLE
¡Roland!
¡Roland!
¡Roland!

ESCLARMONDE
(con un grito de triunfo)
¡Es él!
¡Ahí está!

PARSÉIS
¡Oh, qué prodigio! ¡También yo lo veo!

ESCLARMONDE
¡En el bosque de las Árdenas
está cazando con el rey Cléomer!

ESCLARMONDE, PARSÉIS
¡Corre! ¡Corre!
¡Un clamor lejano asciende al aire!
¡Toca!

¡Toca, oh cuerno, tu hermosa canción!
¡Suena! ¡Suena, oh cuerno!
¡Roland, el valiente caballero,
ha derribado en la hierba al jabalí!
¡Toca tu melodía, oh cuerno!

PARSÉIS
Por allí corre... ¡un ciervo blanco!

ESCLARMONDE
¡Un ciervo coronado de oro!

PARSÉIS
Roland se precipita tras él...

ESCLARMONDE
¡El ciervo ha cruzado la espesura,
arrastrando tras de si al caballero!

PARSÉIS
¡Bien lejos!

ESCLARMONDE
¡Bien lejos!


(vivamente)

¡Ah!

PARSÉIS
¡Toca tu melodía, oh cuerno!

ESCLARMONDE, PARSÉIS
¡Toca tu melodía, oh cuerno!
¡Toca! ¡Toca! ¡Toca!
¡Ah!
¡Toca! ¡Toca! ¡Toca tu melodía, oh cuerno!

PARSÉIS
¡Ah! ¡Todo cambia súbitamente!
¿Qué lugar agreste es ese?...
¡El mar!

ESCLARMONDE
¡El mar!

PARSÉIS
El héroe, sorprendido,
se ha detenido en la playa...
¡Una nave aparece!

ESCLARMONDE
¡Una nave aparece!

PARSÉIS
¡Y Roland, hechizado,
sube dócilmente al barco!

ESCLARMONDE
(con un grito de alegría)
¡Él viene!
¡Espíritu del agua!
Hacia esa isla donde lo espera una esposa...
¡lleva también a la dichosa Esclarmonde!

(Todo desaparece y se hace de noche. Algunos

destellos fantásticos iluminan vagamente la
escena. Un carro, tirado por dos grifos
enjaezados, reemplaza el trípode mágico.
Esclarmonde
se apresura a subir al carro)

¡Adiós Parséïs! ¡Oh, mi muy querida hermana!
¡Te dejo por un esposo!
El día que regrese,
me presentaré ante ti...


(Esclarmonde sube al carro que
levanta vuelo, desapareciendo)

¡Espíritus del aire!
¡Espíritus de las aguas! ¡Obedecedme!
 
 

ACTO  II
 


Tercer Cuadro

(
La isla encantada. Jardines mágicos. Al fondo,
a la izquierda, acantilados; a la derecha, el mar. La
luz de la luna ilumina la escena. Los espíritus que
bailan en la playa, al ver a Roland, se le acercan
un momento y luego se separan del héroe. Roland
camina despacio)

CORO INVISIBLE
(riéndose)
¡Ah! ¡ah! ¡ah! ¡Ah! ¡ah! ¡ah!
¡Ah! ¡ah! ¡ah! ¡ah! etc.

(Roland aparece. Los espíritus se apartan

de él. Él mira con asombro a su alrededor)

ROLAND
(como en un sueño)
¿Dónde estoy?
¿A qué lugar de la tierra...
ha guiado el barco una mano invisible,
conduciéndome en su ruta,
hasta esta playa solitaria?

CORO INVISIBLE
¡Roland, sé bienvenido

a esta tierra desconocida!

ROLAND
¿Qué oigo?
¿Esas voces me auguran horas felices?

CORO INVISIBLE
¡Roland, sé bienvenido

a esta tierra desconocida!

ROLAND
¡Oh, milagro!

(Los espíritus reaparecen y se acercan a Roland
que, a pesar de
él mismo, sometido a sus poderes,
se dirige lentamente hacia un prado florecido
donde no tarda en quedarse dormido)

¡Veo por doquier los rostros amables
de los espíritus del aire,
de las aguas y de los bosques!

(Los espíritus bailan alrededor de Roland)

ROLAND
(durmiéndose poco a poco)
Un extraño sopor me invade...
Siento a pesar mío... que me duermo...
Acariciado por la brisa y por
las canciones de las hadas... mecido por...
 
(Esclarmonde aparece. Ve a Roland y,
con un gesto, despide a los espíritus
que desaparecen rápidamente)

ESCLARMONDE
¡Bendita sea la magia y la ciencia oculta!

(expresiva y melodiosamente)

Muy pronto vais a permitirle,
a la dichosa Esclarmonde,
estrechar entre sus brazos
al objeto de su amor.
Para terminar vuestra obra,
haced que en este lugar
las horas transcurran lentas
y el día se demore en llegar!

(tiernamente expresiva)

¡Venerada noche! ¡Oh, noche!
¡Venerada noche! ¡Oh, noche!
En este dichoso sitio prolonga tu duración...

(simple y dulce)

¡Sonríe a nuestro amor!

(Esclarmonde contempla con amor
a Roland dormido, luego se inclina,
lo besa en la frente y Roland despierta)


ROLAND
¿Quién se inclina sobre mí?
¿Un sueño vino a engañarme?
¡Ah, no!
Mi frente, que su boca rozó,
guarda aún la dulzura de un beso...

(se levanta)

¡No, no soñé! ¡No!

(Roland sólo ve a Esclarmonde
y la contempla como en éxtasis)


Extraña criatura...

(expresivo)

¿Fue tu mano
la que me trajo a este hermoso lugar?...
¿Eres tú la que, ante mis pasos,
renuevas la naturaleza haciendo
vibrar el aire con un maravilloso concierto?

ESCLARMONDE
¡Sí, soy yo!

ROLAND
(emocionado y hechizado)
¿Quién eres?

ESCLARMONDE
(tierna y expresiva)
¡Soy una mujer que te ama!
¿Me amas tú?

ROLAND
¿Yo?

ESCLARMONDE
¡Sí, yo te amo! ¡Y quiero ser tuya!

ROLAND
¿Mía?

ESCLARMONDE
Tuya...
Si tú me aceptas por esposa
y prometes serme fiel,
podrás desafiar a la celosa fortuna
y la gloria y el placer te harán feliz,
y a su vez, temido por todos.
Pero para que tal felicidad te acompañe,
deberás poseerme sin saber quien soy...
¡Y sin conocer mi rostro!

ROLAND
(con sorpresa y curiosidad)
¡Qué! ¿Sin conocer tu rostro?

ESCLARMONDE
Acéptalo y seré tuya; recházalo... ¡y me iré!

ROLAND
(con ímpetu, luego implorando)
¡Oh, no, quédate! ¡Quédate!
¡Siento que si te pierdo, moriré!

(tiernamente)

¡Quédate!

ESCLARMONDE
(tierna y voluptuosa)
Confía en mí... ¡soy hermosa y deseable!

ROLAND
(con voz ahogada)
Quédate...

ESCLARMONDE
¡Sí... soy hermosa y deseable!

ROLAND
Quédate...
¡Mi corazón hacia ti se precipita!
¡Rodéame con tus brazos!

ESCLARMONDE
La propicia noche nos acoge...
¡Ven!

ESCLARMONDE, ROLAND
Este es el momento divino
donde el que se entrega
no teme al destino...
¡En el que se unirá a su amante!
Es esta la hora... ¡la hora del himeneo!

ESCLARMONDE
(muy expresiva)
¡Ven, amado mío!

LOS ESPÍRITUS
(coro invisible)
¡Himeneo! ¡Himeneo! ¡Himeneo!

ESCLARMONDE, ROLAND
¡Es la hora! ¡La hora del himeneo!

ESCLARMONDE
¡Sí, soy hermosa y deseable!

ROLAND
¡Momento divino!

ESCLARMONDE, ROLAND
¡Es la hora del himeneo!
¡Ah, ven!
¡Te amo, ven!
Es el divino momento
donde el amante
se unirá a su amante. ¡Ah!
¡En el que él / ella
se va a unir a su amante!
¡Himeneo! ¡Himeneo! ¡Himeneo!

LOS ESPÍRITUS
¡Himeneo! ¡Himeneo!
¡La hora del Himeneo !
¡Himeneo!
¡Himeneo!

ESCLARMONDE, ROLAND
¡He aquí el momento divino!
¡Es la hora! ¡La hora!
¡El momento divino del himeneo!
 
Cuarto Cuadro

(Habitación en un palacio mágico)

ROLAND
¡Ay, mi bien amada!

(sin pausa)

Ya ha terminado la dulce noche de amor
en la que, sin temor ni remordimiento,
te abandonaste entre mis brazos
a los arrebatos de la pasión.

(con emoción)

¡Amada esposa! ¡Oh, querida mujer!
Tú, que estuviste esta noche sobre mi corazón.
Tú, que no le revelaste tu nombre a mi ternura...
Y sin embargo, ese nombre yo lo conozco...
Tú te llamas... ¡Adorada!

ESCLARMONDE
(tierna)
Me llamo... ¡Felicidad!

ROLAND
¡Felicidad!
La esposa largo tiempo esperada...
¡La amante siempre deseada
que será amada por mi alma embriagada!
¡Más que mi misma vida, tanto como mi honor!
¡Oh tú, que estuviste esta noche sobre mi corazón!
¡Oh tú, que no revelaste tu nombre a mi ternura...
Y sin embargo, ese nombre yo lo conozco...

ESCLARMONDE
(con ímpetu)
¡Me llamo Adorada!

ROLAND
(tiernamente conmovido)
Te llamas... ¡Felicidad! ¡Felicidad!

ESCLARMONDE
¡Felicidad!

(implorando tiernamente)

¡Amigo, piensa en el juramento
que debes respetar!

ROLAND
(con franqueza)
El juramento que hice, lo repito:
¡Juro guardar silencio por siempre
sobre el himeneo que nos unió a los dos!

ESCLARMONDE
¡Sé fiel a la fe que has jurado!
¡A que has jurado!

ROLAND
¡Seré fiel a la fe que he jurado!

ESCLARMONDE
¡Ahora, debes irte!
Las luces del alba aparecerán pronto...
¡Ay, es necesario que nos separemos!
¡Oh, mi amante!
¡Tu pueblo necesita auxilio!

(con firmeza)

El jefe sarraceno, el implacable Sarwégur,
ha sitiado en Blois al viejo rey Cléomer.
¡Ve a salvarlo del peligro que lo acecha!
¡La gloria te hará más estimado a mi amor!

ROLAND
(orgullosamente y de repente)
¡Ah! ¡Tienes razón!
¡Tu voz revive en mí el ardor del combate!
Me marcho, pero... ¿Y tú?

ESCLARMONDE
¡Ve! En cualquier lugar del mundo donde estés...

(con tierna pasión, y con marcada intención)

¡Todas las noches, amado mío, cerca de ti...
volverás a encontrarme!
¡Sí, iré a entregarme a tus brazos!

ROLAND
¡Sé fiel a tu promesa!

ESCLARMONDE
(tierna y afectuosa)
Sí, te seré fiel...

ESCLARMONDE, ROLAND
¡Por siempre!

ESCLARMONDE
(reteniendo a Roland)
¡Escucha!

(Un grupo de muchachas avanza)

Vírgenes de corazón inocente y manos puras
traen la reliquia inmortal,
una sagrada y fatal arma para los perjuros,
¡que Dios dotó de una virtud mágica!

LAS VÍRGENES
Vírgenes de corazón inocente y manos puras,
traemos la reliquia inmortal
¡que Dios dotó de una virtud mágica!

ESCLARMONDE
(señalando la espada de San Jorge)
Esta espada ha recibido del cielo
el privilegio de asegurar la victoria al caballero
que guarde su juramento contra todo peligros.
Este arma te protegerá.
Mas si ella cayera en manos de un perjuro,
¡perdería su poder y se rompería!

LAS VÍRGENES
¡En manos de un perjuro se rompería!

ESCLARMONDE
(orgullosamente)
¡San Jorge la llevó y yo te armaré con ella!

LAS VÍRGENES
¡Vírgenes de corazón inocente y manos puras,
traemos la reliquia inmortal
¡que Dios dotó de una virtud mágica!

(Todo se ilumina de repente y la empuñadura
de la espada se hace luminosa)

ROLAND
(con devoción)
¡Oh, espada, ante tu imagen me inclino con temor
y temblando te recibo!
¡Oh, afilada y santa hoja de acero,
con forma divina de cruz!
Antes de asirte para aumentar mi gloria,
cristianamente, me arrodillo humildemente ante ti.
¡Emblema celestial de la fe!

(La espada deja de ser luminosa;
Roland la empuña con entusiasmo)

¡Adiós! ¡Ya no es hora de ternura!

ESCLARMONDE
(con emoción)
¡Adiós! ¡Es el triste momento de la despedida!

ROLAND
¡Adiós! ¡Adiós!

ESCLARMONDE
(renovando su promesa)
Todas las noches...

ROLAND
(repitiendo con pasión)
...cada noche...

ESCLARMONDE
...junto a ti... me volverás a encontrar!

ROLAND
¡Te volveré a encontrar!

ESCLARMONDE
... Sí, yo iré

ROLAND
... Tú vendrás...

ESCLARMONDE
¡Para entregarme a tus brazos!
¡No olvides cumplir tu juramento!

ROLAND
...entre mis brazos! ¡No olvides tu promesa!

LAS VÍRGENES
¡Ve!
 
 
 
ACTO  III


Cuadro Quinto

(Plaza en la ciudad de Blois. A lo lejos las torres
semi-quemadas. Las máquinas de guerra aún
están humeantes. Aspecto de desolación. Todo
el pueblo, llorando, rodea al Rey Cléomer)

EL PUEBLO
¡Oh, Blois! ¡Pobre ciudad!
¿Deberás someterte a la ley
de un odiado vencedor?
¡Ay!

REY CLÉOMER
(con pesar)
¡Oh, pueblo! En estos días de inquietud,
sometido a tanto terror y desgracia,
agobiado tanto como vosotros, vuestro rey llora.
Pero de un hombre viejo, ¡ay!
¿de qué sirven las lágrimas?

EL PUEBLO
¡Oh, Blois! Desdichada ciudad,
¿deberás someterte a la ley
de un odiado vencedor?
¡Ay!

REY CLÉOMER
¡Oh, Blois! Desdichada ciudad
¡Ay!
¡Sería necesario un milagro para salvarnos!
¡El infame Sarwegur, hoy mismo,
requiere un tributo de cien vírgenes cautivas.
El cruel invasor, a ese precio,
nos ofrece salvar nuestras vidas.
¡Hacia el cielo, en vano,
elevamos nuestras voces lastimeras

EL PUEBLO
¡Oh, Blois! Desdichada ciudad,
¿deberás someterte a la ley
de un odiado vencedor?
¡Ay! ¡Ay!
 
REY CLÉOMER
¡Oh, Blois! Desdichada ciudad
¡Ay! ¡Ay!
 
(Un cortejo avanza. Es el obispo de Blois
acompañado por monjes
y acólitos que llevan
una gran cruz y velas encendidas. Tras ellos,
caminan los penitentes, a manera de procesión)

LOS NIÑOS
(a lo lejos)
Kyrie, eleison.

EL PUEBLO
(inclinándose con  respeto)
¡Es el santo obispo de Blois!

LOS NIÑOS
(más cercanos)
Kyrie, eleison.
Kyrie, eleison.

EL OBISPO
(en voz alta)
¡Poned en Dios vuestras esperanzas!
¡Él es el protector de los débiles!

EL PUEBLO
(todos, con abatimiento)
¡Ay!

EL OBISPO
¡Y a veces, Él otorga un libertador
a los abatidos por el sufrimiento!
 
(La procesión que iba a reiniciar la marcha

se detiene; todos escuchan con estupor;
el sonido de trompetas)

REY CLÉOMER
(con preocupación)
¿Oís?

EL PUEBLO
(con preocupación)
¿Oísteis?

REY CLÉOMER
¡El sonido de la lúgubre trompeta
nos anuncia al emisario sarraceno!
¡Toda esperanza está perdida!

(Entrada del embajador sarraceno)

EL PUEBLO
¡Toda esperanza está perdida!
¡Toda esperanza está perdida!

EMISARIO SARRACENO
¡Rey Cléomer, vengo a conocer la respuesta
que espera mi señor Sarvégur!

EL PUEBLO
(sombrío y descorazonado)
¿Es necesario sufrir tal ultraje?
¿Quién podría derrotar a Sarwégur?
¿Quién?

REY CLÉOMER
¡Oh, qué desesperación!
¡Qué rabia!
¿Quién podría derrotar a Sarwégur?
¿Quién?

ROLAND
(Saliendo de entre la muchedumbre
con la que se había mezclado)

¡Yo!

OBISPO, CLÉOMER, PUEBLO
(con alegría)
¡El caballero Roland! ¡Roland! ¡Roland!

ROLAND
(con firmeza)
¡Sí, soy yo, yo mismo!
¡Recobra la esperanza, noble rey!
¡En la hora del peligro supremo,
vengo a traerte la ayuda de mi brazo!

(al embajador, con autoridad)

¡Tú, ve a decirle a tu amo, a ese bárbaro impío,
que un cristiano lo desafía a un combate singular!

(El embajador sarraceno se marcha
mientras la muchedumbre rodea a Roland)


¡Oh, pueblo, recobra el valor
y triunfarás!
¡Dios no nos abandona!
¡Que los jóvenes empuñen sus armas
y corramos juntos a la lucha!

(A estas palabras de Roland, los hombres
desenvainan sus espadas. Las mujeres los
alientan a salir y a vencer)

ROLAND, OBISPO

CLÉOMER, CORO
(Mujeres, guerreros, viejos y pueblo)
¡Jóvenes guerreros, tomemos / tomad
las armas que ya pasó al tiempo de las lágrimas,
sigamos / seguid al héroe al combate!
¡Corramos / corred juntos al combate!
¡A las armas! ¡A las armas!

ROLAND, OBISPO

CLÉOMER, CORO
(Mujeres, Guerreros, Viejos y pueblo)
¡Jóvenes guerreros, tomemos / tomad
las armas que ya pasó al tiempo de las lágrimas,
sigamos / seguid al héroe al combate!
¡Y corramos / corred juntos al combate!
¡A las armas! ¡A las armas!


(Mujeres, Guerreros, Viejos y pueblo)

¡Jóvenes guerreros, tomemos / tomad
las armas que ya pasó al tiempo de las lágrimas,
sigamos / seguid al héroe al combate!
¡Y corramos / corred juntos al combate!
¡A las armas! ¡A las armas!
 
(
Griterío general. Todos los guerreros 
se precipitan sobre las murallas y acompañan la
salida de Roland. Rey Cléomer también se aleja.
Marcha animada de las tropas).

EL OBISPO
(a las mujeres)
¡Mientras Roland va a luchar por nosotros,
imploremos al Señor y pongámonos de rodillas!


(Las mujeres y los niños se arrodillan
alrededor del obispo. Este, de pie, canta
en voz alta una oración que las mujeres
repiten a modo de salmodia.
Muy expresivo y melodioso)


¡Dios de misericordia!
¡Dios de misericordia!
¡Oh, Padre, ten piedad de nosotros!
¡Oh, Padre! ¡Padre!
¡Ten piedad de nosotros!

MUJERES, NIÑOS
¡Dios de misericordia, ten piedad de nosotros!
¡Dios de misericordia, ten piedad de nosotros!

EL OBISPO
¡Dios de misericordia!
¡Pedimos benevolencia! ¡De rodillas te rogamos!
¡Que tu bondad acepte nuestro arrepentimiento!

MUJERES, NIÑOS
¡Que tu bondad acepte nuestro arrepentimiento!
¡Que tu bondad acepte nuestro arrepentimiento!

EL OBISPO
¡Oh, Dios poderoso! ¡Dios inexorable!

LAS MUJERES Y LOS NIÑOS
¡Oh, Dios poderoso! ¡Dios inexorable!

EL OBISPO
¡Haz que nuestro defensor sea invencible!

LAS MUJERES Y LOS NIÑOS
¡Haz que nuestro defensor sea invencible!

EL OBISPO
¡Combate por él, Señor, pues él lucha por ti!

(vívidamente)

¡Combate por él, Seño, pues él lucha por ti!
¡Combate por él, Señor, pues él lucha por ti!

LAS MUJERES Y LOS NIÑOS
¡Dios de misericordia, ten piedad de nosotros!

EL OBISPO
¡Dios de misericordia!

LAS MUJERES Y LOS NIÑOS
¡Dios de misericordia, ten piedad de nosotros!

EL OBISPO
¡Dios de misericordia!
¡Dios inexorable! ¡Oh, Dios poderoso!

LAS MUJERES Y LOS NIÑOS
¡De rodillas pedimos tu benevolencia!
¡Que tu bondad acepte nuestro arrepentimiento!
¡Oh, Dios poderoso!

(Se oyen algunos gritos, inicialmente  lejanos,
luego se acercan
rápidamente y se hacen
estrepitosos cuando Roland reaparece seguido
por todos los hombres que lo acompañaron)

LOS SOLDADOS Y EL PUEBLO
(a lo lejos)
¡Victoria! ¡Victoria!

(Las mujeres que estaban orando,
se ponen  de pie y escuchan ansiosamente)

¡Victoria! ¡Victoria!

LAS MUJERES
¿Oísteis? ¡Ha vencido!

LOS SOLDADOS Y EL PUEBLO
¡Victoria! ¡Victoria!

(Todos entran en desorden)

MUJERES, SOLDADOS, PUEBLO
¡Victoria!
¡Roland es el vencedor!
¡Roland es el vencedor!
¡El vencedor! ¡El vencedor!
¡Él es el vencedor!

(El rey y el obispo se acercan a Roland)

ROLAND
¡Yo no merezco alabanzas, oh mi rey!
¡Un poder invisible luchó por mí!

MUJERES, SOLDADOS Y PUEBLO
¡Victoria! ¡Gloria a Roland!

REY CLÉOMER
(a Roland)
¡Noble héroe! ¡Quiero premiarte con
una deslumbrante y suprema recompensa!
Poseo un tesoro
más preciado que la corona.
¡Mi hija Bathilde!
¡Amigo, te la entrego en matrimonio!

ROLAND
(para sí)
¡Oh, cielos!

EL OBISPO
¡Sé su esposo... ve a recibirla!

ROLAND
(intranquilo y para sí)
¿Su esposo? ¿Qué debo contestar?
¡Ah, me estremezco!

REY, MUJERES, SOLDADOS, PUEBLO
¿Qué le sucede? Se estremece... duda...
¿Qué le pasa?

EL OBISPO
Se estremece y duda ¿Qué le sucede?

ROLAND
(turbado)
¡Mi Rey!
¿Por qué me ofreces la mano de tu hija?

(con decisión)

¡No puedo aceptar este glorioso himeneo!

EL OBISPO, EL REY
¿Qué dices? ¿Te niegas? ¡Habla! ¡Habla!

MUJERES, SOLDADOS, PUEBLO
¿Qué dice? ¿La rechaza? ¿Por qué?
¿Por qué ese misterio? ¡Habla!

ROLAND
(con insistencia)
¡Juré no decir nada
no me interroguéis!

OBISPO, EL REY
¿Qué dices? ¿La rechazas? ¡Habla! !

MUJERES, SOLDADOS, PUEBLO
¿Qué dice? ¿La rechaza? ¿Por qué?
¿Por qué ese misterio? ¡Habla!

ROLAND
Juré no decir nada... ¡y no hablaré!

(Movimiento de la muchedumbre)

EL REY
(con gravedad)
Para cualquier otro que no fueras tú,
este rechazo... esta ofensa...
¡Merecería, Roland,
mi ira y venganza!
Pero cuando un pueblo entero
aclama a su salvador...
El Rey debe perdonar...

(noblemente)

¡Dios te guarde!

(El Rey se marcha escoltado)

ROLAND
(se adelanta y hace una reverencia)
¡Oh, mi rey!

EL OBISPO
(para sí, marchándose también)
Ya sabré yo lo que él no quiere decir...
¡Él hablará!

(Mientras la muchedumbre saluda a Roland,
los sarracenos cautivos desfilan ante el héroe
y le presentan los tesoros de Sarwégur)

MUJERES, SOLDADOS, PUEBLO
¡Gloría! ¡Cantemos nuestra victoria!
¡A ti, Roland, gloria eterna!
¡La alegría llena nuestro corazón!
¡Gloría! ¡Cantemos nuestra victoria!
¡A ti, Roland, gloria eterna!

ROLAND
(eludiendo los agasajos)
¡Ah, lejos de la muchedumbre
y de su regocijo por fin estoy a solas!
¡Noche, no tardes en llegar,
pues que me devuelves a mi amada!
¡Date prisa en aparecer y en unirnos!

MUJERES, SOLDADOS, PUEBLO
¡Gloria! ¡Cantemos nuestra victoria!
¡Gloria eterna a Roland!
¡Gloria!
¡Gloria! ¡Cantemos nuestra victoria!
¡Gloria eterna a Roland!
¡Gloria!
¡Gloria! ¡Cantemos nuestra victoria!
¡Gloria eterna a Roland! ¡Gloria!

(Gritos muy prolongados de entusiasmo)
 
Cuadro Sexto
 

(Una sala en el palacio de Rey Cléomer)
 

MUJERES, SOLDADOS, PUEBLO
(a lo lejos)
¡Gloria! ¡Cantemos nuestra victoria!
¡Gloria a Roland!

ROLAND
(Sólo, cerca de la ventana, escucha desde
afuera las ovaciones del pueblo que se
alejan y se apagan poco a poco)

¡El pueblo liberado canta y me aclama!
¡No turba eso mi corazón ardiente de amor!

(tierno y expresivo)

Sólo tengo un pensamiento
y un deseo en el alma,
¡oír el regreso de la persona amada!
La noche muy pronto habrá venido,
dulce oscuridad... ¡precipítate, llega ya!
Que la esposa desconocida
venga a reencontrarse con su esposo.
Tú, que me enseñaste lo que es la ternura,
por quien mi corazón fue encantado,
¡Oh, mi esposa! ¡Oh, mi señora!

(tiernamente)

¡Ven a descansar a mi lado!
Tú juraste, amante ideal,
que para mí, tu fiel amante,
todas las noches serían nupciales...
¡Permanece fiel a tu juramento!
¡Permanece fiel a tu juramento!

EL OBISPO
(entrando)
¡Hijo mío, yo te bendigo!

ROLAND
(sorprendido y emocionado)
¡Qué! ¿Vos, padre, aquí?

EL OBISPO
(melodioso)
¡Oh, muchacho!
Cuando tu Rey te ofreció
a Bathilde, la tan querida hija,
no aceptaste...
¿Por qué?

ROLAND
(con voz contenida)
Juré no decir nada
y respetaré mi juramento...
Vos no conoceréis el misterio.
Preguntáis en vano...

EL OBISPO
¿Qué juramento hiciste?
¿Qué promesa
te impide que hables?

ROLAND
¡Juré, por mi honor, no decir nada sobre
el secreto que me hace inmensamente feliz!

EL OBISPO
Tu corazón debe respetar el juramento;
sin embargo, hijo mío, sin abjurar de tu fe...

(con intención)

Tu secreto... podrías... deberías revelarlo...
a alguien más grande que tu príncipe
o que yo mismo...

ROLAND
¿A quien?

EL OBISPO
¡Al Señor!

ROLAND
(intranquilo)
No comprendo...

EL OBISPO
(con voz vívida)
¡Confesando ahora tus pecados!

ROLAND
¿Yo? ¿Que aquí me confiese?

EL OBISPO
No debes demorarte...
Tus secretos a los mortales
pueden permanecer ocultos...
pero Dios debe conocerlos.
¡Y sólo Él te entenderá!
Puedes, a pesar de tu solemne juramento,
revelarle a Dios el misterio de tu vida...
Si persistes en no decir nada,
¡renuncias por siempre a la salvación eterna!

ROLAND
(sometiéndose conmovido)
Renunciar... por siempre... ¿a la salvación eterna?

(valientemente y con pasión)

¡Dios mío, oye mi extraño misterio!
¡El secreto tan dulce!
Yo ya no me pertenezco...
porque una mujer... un ángel...
¡Ua hada es mi esposa
y yo soy su esposo!

EL OBISPO
(con terror)
¿Qué oigo?

ROLAND
Es la verdad.

EL OBISPO
(ansiosamente)
¿Es, pues, un juramento de amor?
¿Una mujer hechizó tu corazón
con su bello rostro?

ROLAND
No, no puedo ver su rostro...

EL OBISPO
¡Oh, qué locura!

ROLAND
En una isla mágica...
¡En un lugar maravilloso!
Durante la noche ella llegó...
Criatura extraña y dulce...
La desconocida se entregó a mí...
¡Mis brazos la estrecharon
y ella me reveló el amor!

EL OBISPO
¡Adivino un hechizo!

ROLAND
(enérgico y emocionado)
¡No!

EL OBISPO
¡Tu mente está extraviada!

ROLAND
(de la misma manera)
¡No!
¡Un demonio por quien el alma
se pierde y marchita, no habría ordenado
que salvara a mi patria!

EL OBISPO
(exaltado)
¿A qué maldito hechizo, hijo, te has entregado?

ROLAND
(con amor)
¡Ella es mi esposa!
¡Ella viene todas las noches!
¡La desconocida! ¡La adorada!
¡Ella viene a mis brazos!
¡A darme su amor en mis brazos!
¡Ella viene todas las noches!

EL OBISPO
(acentuando cada vez más sus palabras)
¡Es un demonio! ¡Es una bruja!
¡Es un hechizo maldito!
¡Es un hechizo maldito!
Entonces aquí... ¿esta noche?

ROLAND
(con embriaguez)
¡Yo la espero!

EL OBISPO
¡Dios!

(para sí)

¡Él pierde su alma!
¡Es necesario salvarlo!
¡Es el momento!

(el obispo, con autoridad, impone sus
manos sobre la cabeza de Roland que
se va inclinando poco a poco)

¡De rodillas!

(melodioso y paternal)

No puedo absolverte aún....
Pero rezaré por ti.
¡Adiós!
De rodillas, implora humildemente,
¡implora la misericordia de Dios!

ROLAND
¡Oh, omnipotente Dios
a quien se adora en la tierra y en el cielo!
¡Perdóname! ¡Te lo imploro!
¡Ah, te lo imploro, oh Dios!
¡Oh, Todopoderoso! ¡Perdóname!

EL OBISPO
No puedo absolverte aún....
Pero rezaré por ti.
De rodillas, implora humildemente,
¡implora la misericordia de Dios!

ROLAND
(de rodillas)
¡Perdóname!

EL OBISPO
(marchándose)
¡Adiós!

(El obispo sale. Roland queda arrodillado.
La voz de Esclarmonde, a lo lejos)


ESCLARMONDE
¡Ah! ¡Roland!

ROLAND
(Roland se levanta poco a poco
y escucha extasiado)

¡Ah! ¡Es ella! ¡Es ella!

ESCLARMONDE
¡Ah! ¡Roland!

ROLAND
¡Ah! ¡Es su voz! ¡Su voz me llama!

ESCLARMONDE
¡Ah! ¡ah! ¡ah!

ROLAND
¡Oh, dulce emoción de amor!
¡El día muere y ella cumple su promesa!

(cambia de tono, como recordando)

¡Su promesa! Pero ¿y la mía?...
¿Quizás la he roto?...

(agitado)

¿Qué he hecho?
¿Qué le dije a ese sacerdote?

(calmándose)

No, al confesarme... ¡sólo le hablé a Dios!
¡Ah, mi razón se extravía
y mis sentidos están en llamas!
¡No te he traicionado, querida alma mía,
repetiré contigo el dulce epitalamio!

LA VOZ DE ESCLARMONDE
¡Todas las noches... amado mío, cerca de ti...
me volverás a encontrar!
¡Sí, yo iré a entregarme a tus brazos!

LOS ESPÍRITUS
(coro invisible)
¡Himeneo! ¡Himeneo! ¡Himeneo!

LA VOZ DE ESCLARMONDE
¡Ah, aquí estoy!

(Con estas últimas palabras Esclarmonde
se hace visible a Roland,  que va de prisa
hacia ella)

ROLAND
(con ímpetu)
¡Oh, mi bien amada!
¡Has regresado a los brazos de tu amante!

ESCLARMONDE
¡Quien se ha entregado debe unirse, a su amante!

(La puerta abre de repente y el Obispo
aparece rodeado de monjes, verdugos y
ayudantes con antorchas)


¡Ah!

ROLAND
¡Cielos!

OBISPO, SACERDOTES
(al ver a los sacerdotes, Esclarmonde,
palpitando, se lanza en brazos de Roland)

¡En el nombre del Padre, en el nombre del Hijo,
en el nombre del Santo Espíritu!

EL OBISPO
¡Te atrapé, demonio!

OBISPO, SACERDOTES
¡Atrás! ¡Atrás!
¡Regresa a lo profundo de tu maldito imperio!
¡Atrás! ¡Atrás!

EL OBISPO
¡En el nombre del Padre, en el nombre
de la muy santa Iglesia! ¡Yo te exorcizo!

OBISPO, SACERDOTES
¡En el nombre del Padre,
en el nombre del Espíritu Santo!

ESCLARMONDE
(con un grito de desesperación y vergüenza,
escondiendo la cara entre sus manos)
¡Ah!

(el obispo le arranca el velo)

ROLAND
(mira a Esclarmonde; con
entusiasmo y como extasiado)
¡Belleza deslumbrante!
¡Oh, tesoro inigualable!

ESCLARMONDE
(dolorosamente y sollozando.
Con voz extenuada)
¡Oh Roland... me has traicionado!
¡Y ahora estoy sin mi velo!

(largo silencio. Con gran emoción,
casi sin voz y como anonadada)

¡Mira, estos ojos más puros que las estrellas!
¡Míralos... mira, estos ojos!
¡Mira estos labios! ¡Y este cuerpo!...
¡Mira, este cuerpo que tu error
ha perdido irremediablemente!

(muy enternecida)

¿Acaso no era suficiente tener en las sombras
una esposa que te ofrecía placeres inenarrables?
¡Quisiste contemplarla!
¡Sé feliz... la estás viendo!
¡Pero esta será la primera y última vez!
¡Roland, me has traicionado!
¡Roland, me has perdido!
¡Roland! ¡Roland! ¡Me has perdido!
¡Mírame por última vez! ¡Ay!

ROLAND
(interfiriendo con violencia ante el obispo)
¡No! ¡Tú no me arrebatarás mi dulce hechizo!

EL OBISPO, SACERDOTES
(a Roland)
¡Atrás! ¡Atrás!

EL OBISPO
(señalando a Esclarmonde a los verdugos)
¡Atrapad a esta mujer!

ROLAND
¡No! ¡Sacerdote infame!

ESCLARMONDE
¡Socorro! ¡Auxilio!
¡Espíritus del fuego! ¡A mí! ¡A mí!

OBISPO, SACERDOTES
¡Agarradla!

ROLAND
¡No! ¡No!

(Los espíritus del fuego surgen y rodean
a Esclarmonde. Roland la defiende. Los
sacerdotes y los verdugos retroceden espantados)

OBISPO, SACERDOTES
(gritando aterrados)
¡Ah! ¡Mirad! ¡Otros demonios acuden a su voz!
¡Atrás! ¡Atrás!

ROLAND
(viendo que Esclarmonde se escapa)
¡Perderé la razón si no la vuelvo a ver!
¡Quiero seguirla!

OBISPO, SACERDOTES
¡Atrás! ¡Atrás!

(Roland se abalanza contra los verdugos
espada en mano y esta se rompe)


ESCLARMONDE
(señalando la espada y recordando
a Roland su juramento violado)
¡Perjuro! ¡Perjuro! ¡Maldito seas!

ROLAND
(sollozando)
¡Todo lo perdí!
 
(Todos los sacerdotes avanzan y
amenazan a Esclarmonde  y a los
demonios)

OBISPO, SACERDOTES
¡En el nombre del Padre,
en el nombre de la muy Santa Iglesia!
¡Atrás! ¡Demonio!

ESCLARMONDE
¡Roland! ¡Roland!
¡Vete!
¡Maldito seas!

ROLAND
(desesperado)
¡No! ¡No! ¡Ah! ¡Estoy maldecido!
 
 

ACTO  IV


Cuadro Séptimo
 
(En el bosque de las Árdenas, un claro entre

grandes árboles.
A la izquierda, peñascos
cubiertos por la vegetación que oculta la
entrada de una cueva sombría. Al fondo, un
paisaje soleado. Ninfas y silvanos se
agrupan al fondo, bajo los árboles; otros
bailan en la umbría. Se oye el sonar de
trompetas a lo lejos, acercándose  rápidamente.
Los silvanos, sorprendidos, detienen sus bailes y
escuchan. Pronto aparecen a caballo cuatro
heraldos que tocan sus trompetas, un porta
estandarte y otro heraldo que proclama el torneo)

EL HERALDO BIZANTINO
(en voz alta)
¡Oíd todos lo que mi voz proclama!
¡Hoy se celebrará un torneo en Bizancio,
que reunirá a los paladines y a todos
los esforzados caballeros de corazón valiente!
¡Y la mano de Esclarmonde y el poder absoluto
pertenecerá a quien resulte vencedor!

(Los heraldos se alejan. Los silvanos y ninfas
avanzan, poco a poco, y retoman sus bailes.
El sonido de las trompetas desaparece.
Parséis y el caballero Eneas llegan al lugar.
Miran a su alrededor angustiados; parecen
haberse perdido en el bosque. Las trompetas
resuenan de nuevo a lo lejos)

EL CABALLERO ENEAS
(escuchando la llamada de las
trompetas que resuena a lo lejos)

¡Sí, el plazo establecido se ha cumplido
y el torneo prescripto se prepara en Bizancio!

PARSÉIS
Pero aquella que debe ser el premio,
Esclarmonde, mi hermana, ¿dónde está?
¿En qué desconocida región
vagará con los malos espíritus?

ENEAS
¡Es aquí, Parséis, donde vive tu padre!
En este bosque vino a terminar sus días.
Forcas sabrá revelar este misterio...

PARSÉIS
¡Ah, tiemblo por tener que venir
a implorar su auxilio!

(a Eneas, tiernamente)

¡En ti confío!
Sólo tú has seguido mis pasos.
¡Gracias, querido Eneas,
sólo tú has seguido mis pasos!
¡No lo olvidaré jamás!

ENEAS
¡No me des las gracias, dulce Parséis!
¡Siguiéndote, sólo sigo
mi esperanza y felicidad!
¡Sigo mi felicidad y esperanza!

PARSÉIS
¡Gracias, estimado Eneas!
¡Solo tú has seguido mis pasos
yo no lo olvidaré jamás!
¡Gracias, estimado Eneas!
¡No lo olvidaré jamás!

(se dirige a los silvanos)

Contestad, habitantes de este bosque secular,
¿no sabéis, en qué lugar está refugiado
un hombre viejo, venerable, extraño y solitario?
Aunque es mortal.. ¡parece casi un Dios!

(Los silvanos señalan la
cueva y se alejan asustados)

ENEAS
(señalando la cueva, con temor)
¡Ahí está! ¡Es él!

PARSÉIS
(conmovida)
¡Tiemblo! ¡Gran Dios!
 
(Eneas y Parséis permanecen un poco
alejados. Aparece Forcas, meditabundo
y sombrío, en el umbral de la cueva)

FORCAS
(parece estar soñando mientras camina)
La fecha se acerca...
Pronto el destino dará
un esposo a mi hija Esclarmonde,
y un rey al pueblo de Bizancio...
Pero ¿de dónde proviene
este pesar, esta angustia profunda?
¿El destino, al que yo invoqué,
querrá infligirme una última prueba?
¡Protege de las penas
del corazón de un padre!
Pero ¿qué he de temer?
¿Qué veo?
¡Eneas!.. ¡Y Parséis!
¿Qué anuncia vuestra presencia?
Pero... ¡habla!
¿Guardas silencio?

(con preocupación)

¿Se trata de Esclarmonde?

PARSÉIS
(desconcertada)
¡Ella ha abandonado Bizancio!

FORCAS
(con exaltación y dolor)
¡Ah! Mi corazón presintió... ¡el infortunio!
¡Infortunio, sobre nosotros!
¡Infortunio sobre nosotros!

ENEAS, PARSÉIS
¡Gracia! ¡Piedad para ella! ¡Piedad!

(
Suena un trueno lejano)

PARSÉIS
¡Ella quiso elegir esposo!
Cuando la bóveda celeste se oscurece,
los espíritus, que nunca vi sin temblar,
la llevaban velada a un lugar desconocido...
¡Junto al caballero Roland!

FORCAS
(repitiendo)
¿El caballero Roland?

PARSÉIS
(continuando la narración)
Todas las noches se separaba de mí...

FORCAS
(interrogando ansiosamente)
¿Todas las noches?

PARSÉIS
¡Pero al amanecer regresaba a mi lado,
ansiosa por volverse a ir!

FORCAS
(palpitante)
¿Cada amanecer?

PARSÉIS
(llorando)
¡Ay! ¡Pero un día esperé vanamente
el retorno de la temeraria!
¿Qué infortunio le ocurrió?
¡Ay! ¡ay! ¡Mi corazón se desespera!
¡Mi corazón se desespera!
¡Por eso hemos venido, padre mío!

(implorando)

¡La triste Parséis se arrodilla a tus pies!
¡Ten piedad de Esclarmonde
y de nosotros!
¡La triste Parséis se arrodilla a tus pies!
¡Ten piedad de Esclarmonde
y de nosotros!

ENEAS
(implorando)
¡Forcas, tened piedad!
¡Forcas! ¡Piedad! ¡Tened piedad
de Esclarmonde y de nosotros!

FORCAS
(severamente)
¡No daré mi perdón! ¡No habrá piedad!
¡Debo castigarte, guardiana infiel,
que no supiste controlar su desvarío!...
Pero más que tú, es tu hermana la culpable...
¡Sobre ella el castigo caerá!

PARSÉIS, ENEAS
¡Gracia para ella! ¡Gracia para ella!
¡Piedad! ¡Piedad!

FORCAS
¡No! ¡no! ¡no!
 
(Violentos truenos y relámpagos; en
la oscuridad.
Eneas y Parséis, asustados,
se retiran y se esconden a la entrada
de la cueva)

FORCAS
(con autoridad)
¡Espíritus del aire!
¡Espíritus del agua!
¡Espíritus del fuego!
¡Yo os ordeno!
¡Traed a Esclarmonde a mi presencia!
 
(Truenos y relámpagos. La tierra se
entreabre y un humo espeso
con algunas
llamas escapan de ella. El humo  desaparece.
El día regresa y aparece Esclarmonde)

ESCLARMONDE
(sin ver a Forcas; con lentitud y el
asombro de alguien que despierta)

Me siento salir de un largo sopor...

(despertando gradualmente y
con cierta apariencia de temor )

¡Ah, ya recuerdo!
¡Qué vergüenza inigualable!
¡El sacerdote! ¡Los verdugos!
Roland... perjuro
Los espíritus me sacaron de allí...
¡Me llevaron a la isla del amor!
En un profundo sueño me sumergí...
¡Ay! Voy recuperando la consciencia...
¡Oh, recuerdos
de una felicidad pasada!

(muy expresiva)

¡Que ya nunca, nunca regresará!

(desgarrada)

¡Ah, jamás regresará nuestro bello himeneo!
Derramo lágrimas por la felicidad perdida
¡Ay! ¡Ay!
Voy recuperando la consciencia...
¡Oh, recuerdos
de una felicidad pasada!
¡Oh, recuerdos!

(vaga y tristemente)

¿Dónde estoy?
¿Un bosque?

(Viendo Forcas y retrocediendo)

¡Mi padre!

(temblando)

¡Perdón! ¡Perdón!

FORCAS
(con voz contenida y sombría)
¿Perdonarte?

(a voluntad y muy declamado)
 
¿Y cómo podría? ¡Oh, hija sacrílega!

(severamente)

¡A ti que, desafiando la ira celestial
y contrariando la ley del destino,
osaste a tomar un esposo y mostrarte a él!

ESCLARMONDE
¡Gracia, padre mío! ¡Gracia para mí!

LAS VOCES DE LOS ESPÍRITUS
(coro invisible)
¡No!

FORCAS
(repitiendo)
¡No! ¡El cielo ha hablado! ¡No!
¡El severo destino
reclama un castigo
para la hija rebelde
y su amante culpable!

LAS VOCES
¡Esclarmonde!

FORCAS
(repitiendo)
¡Esclarmonde!

PARSÉIS, ENEAS
(repitiendo)
¡Esclarmonde!

LAS VOCES
Tu desobediencia...

FORCAS
(de la misma manera)
Tu desobediencia...

PARSÉIS Y ENEAS
(de la misma manera)
Tu desobediencia...

LAS VOCES, FORCAS
¡Te hizo perder el trono y el poder!

PARSÉIS, ENEAS
¡Todo está perdido para ti!

ESCLARMONDE
(con arrobamiento)
¡Eso no importa! ¡Nos amamos!

LAS VOCES
Para tu perjuro amante... ¡para él, la muerte!

PARSÉIS, ENEAS, FORCAS
¡Para él, la muerte!

ESCLARMONDE
(con un grito de dolor)
¡Ah! ¡Para él, la muerte!

LAS VOCES
¡Forcas!

VOCES, PARSÉIS
ENEAS, FORCAS
Que él muera por tu/mi mano...

LAS VOCES
¡Si tu hija no jura que renuncia a él!

LAS VOCES, PARSÉIS
ENEAS Y FORCAS
Que él se muere por tu (mi) mano

ESCLARMONDE
¡Gracia!

LAS VOCES
¡No!

PARSÉIS, ENEAS, FORCAS
¡Obedece, Esclarmonde, a la inflexible ley!
¡Es la salvación de Roland y la tuya!
¡Obedece! ¡Renuncia a tu amante!
¡Ese es el decreto del destino!
¡Obedece, o para él, será la muerte!
¡La muerte! ¡Será la muerte!

ESCLARMONDE
(con gran emoción; hablado,
casi sin la voz)

Entonces, para salvar la vida... de aquel...
a quien adoro... debo... en este día fatal...
¿apagar el fuego que me devora?...

(muy expresiva y tierna)

¿Jurar que en mi corazón
ya no existe amor?

ENEAS
(muy emocionado)
¡Obedece! ¡Obedece!

PARSÉIS
(ansiosa)
¡Esclarmonde! ¡Obedece!

FORCAS
¡Obedece!

ESCLARMONDE
¡Grandes dioses!
Mi boca rehúsa a mentir...
¡Es por él! ¡Es por él!

PARSÉIS, ENEAS, FORCAS
¡Es la ley inflexible!

ESCLARMONDE
Pero si yo me resigno a mentir,
¿quién me dice que mi querido amante
no morirá al pensar que ya no lo amo?
¡Ah! ¿Quién me asegura
que querido amante no morirá
por mi fingida traición?

(emocionada)

¡Grandes dioses! ¡Es por él!
¡Ay! Debo hacerlo... ¡por él!
¡Roland! ¿Para ti la muerte?
¡Es por él! ¡Oh, mi Roland!
¡Oh, mi Roland! ¡No, no morirás!
¡No! ¡Tú no morirás!

ENEAS
¡Resígnate! ¡Obedece! ¡Es la ley!
¡Es la salvación para Roland!
¡Resígnate, Esclarmonde es la ley!
¡Obedece! ¡Es por ti!
¡Por la salvación de Roland! ¡Obedece!
¡Gracias a ti, Roland no morirá!
¡Resígnate! ¡Es la ley!

PARSÉIS
¡Resígnate! ¡Es la salvación de Roland!
¡Oh, hermana mía, resígnate!
¡Gracias a ti, él no morirá!

(implorando)

¡Obedece! ¡Resígnate! ¡Oh hermana mía!
¡Resígnate! ¡Es su salvación!
¡Resígnate! ¡Obedece!
¡Gracias a ti, Roland no morirá!
¡Resígnate! ¡Es la ley!

FORCAS
¡Resígnate! ¡Es la salvación de Roland!
¡Resígnate! ¡Debes obedecer!
¡Esclarmonde! ¡Obedece, es la ley!
¡Es la ley!
¡La salvación de Roland y también la tuya!

¡Obedece! ¡Gracias a ti, Roland no morirá!
¡Resígnate! ¡Es la ley!

ESCLARMONDE
(a su padre, decidida)
¡Realizaré el sacrificio!

(Forcas, Eneas y Parséis
se retiran. Con emoción)

¡Ahí llega!

(dolorosamente)

¡Ah! ¡Qué tormento!

(tiernamente)

Pero... ¡lo salvaré, salvaré a mi esposo!

(decidida)

¡Y luego moriré!

(Roland aparece. Entra como un hombre
perdido, desesperado; mirando a su
alrededor. Reconoce a Esclarmonde)


ROLAND
¡Es ella! ¡Mi bien amada!
¡Ah! ¡Vuelve a darle felicidad a tu esposo!
¡Otórgale el perdón que te implora de rodillas!

ESCLARMONDE
(con calma mientras que
Roland se muestra apasionado)
Mi perdón... te lo otorgo... Roland...
Pero es necesario que...

ROLAND
(con ansiedad)
¡Habla!...

ESCLARMONDE
(separándose de Roland)
¡Me olvides y me abandones!

ROLAND
¡Qué locura! ¿Hablas de abandono?
¿Quieres que te olvide?

(con el alma y apasionado)

Cuando te he recuperado,
¿tengo que dejarte?
¡No! ¡No! ¡No! ¡Jamás!
¡No puedo aceptarlo!...

ESCLARMONDE
¡Es necesario!

ROLAND
¿Por qué?

ESCLARMONDE
(triste y agitada)
En otro tiempo... ¡yo fui digna de ti!
Todos obedecían mi ley soberana...
¡A los espíritus y demonios
yo dirigía como reina!
¡Tu imprudencia cambió, en un momento,
mi destino luminoso en funesta suerte!
¡Huye! ¡Abandóname!

ROLAND
(con fervor)
¿Dejarte?

ESCLARMONDE
(dulcemente y llorando)
¡Perdí mi poder!

ROLAND
¿No verte más?
¿Ser más miserable que antes?
¡Te he encontrado!
¡Bendigamos este día feliz!
¡Nada hay más cierto que nuestro amor!
¡Ven! ¡ven!

(apasionado y tiernamente
enamorado; firme y melodiosamente)

¡Si tú lo desea,
tendrás una felicidad infinita!

ESCLARMONDE
(apasionada)
¡Ven! ¡ven!

ROLAND
¡Démonos prisa! ¡El tiempo es breve!
¡Nos amamos, huyamos!

ROLAND, ESCLARMONDE
¡Ven!

ROLAND
(melodiosamente)
¡Que no me hablen de la gloria!
¡Mi gloria es ser tuyo!
¡Tu derrota, es mi victoria;
y tu amor, mi única ley!
Yo ya no sé si existe...

ESCLARMONDE
¡Ven!

ROLAND
¡Un caballero glorioso!

ESCLARMONDE
¡Salgamos!

ROLAND
¡Sólo sé que no puedo vivir
lejos de tu mirada!

ESCLARMONDE, ROLAND
¡Ven! ¡Ven!
¡Salgamos!

ESCLARMONDE
(con la embriaguez)
¡Ah! ¡Hermoso sueño!
¡Ah! ¡Qué importa! ¡El tiempo es breve!
¡Nos amamos, vayámonos!
Tú, valiente; yo, frágil y dócil...
¡Abrazados tiernamente!
¡Seremos la pareja eterna!
¡Yo, la amante; y tú, el amante!

ROLAND
¡Si lo deseas,
disfrutarás de una felicidad infinita!
¡Ah! ¡Que importa! ¡El tiempo es breve!
¡Nos amamos, vayámonos!
Yo, valiente; tú , frágil y dócil...
¡Abrazados dulcemente!
¡Seremos la pareja eterna!
¡Tú, la amante; y yo, el amante!

(Esclarmonde y Roland van a huir.
Un rayo estalla; y ruge un trueno)


VOCES SUBTERRÁNEAS
¡Deja a tu amante, o él morirá!

ESCLARMONDE
(aterrorizada, se separa de Roland)
¡Ah! ¡Desdichada!

(muy declamado)

¡Roland! ¡La muerte...
te llegará por mí!

ROLAND
(con angustia)
¿Qué sucede?

ESCLARMONDE
(fuera de sí)
Digo, que no puedo seguirte...
Digo, que debo dejarte, para siempre
y vivir lejos de ti...

ROLAND
(descarriado)
¡Di también que no me amas!

ESCLARMONDE
(desesperada, para sí)
¿No amarlo? Cuando lo adoro...

ROLAND
¡Contesta! ¡Contesta!

ESCLARMONDE
¡No! ¡No!

ROLAND
¡Fui un insensato al creer en tus promesas!

(con desesperación)

¡Contesta!

FORCAS
(aparece)
¡Contesta!

LAS VOCES
¡Contesta! ¡Contesta! ¡Contesta!

ESCLARMONDE
(angustiada, a Roland)
¡No te amo! ¡No! ¡Adiós!

(Esclarmonde y Forcas desaparecen
en una nube que los envuelve)


LAS VOCES
¡El crimen fue expiado!

ROLAND
(sólo, como volviendo de un sueño)
¡Desapareció!

(con un sollozo)

¿Estoy maldito?

(cae anonadado sobre una piedra)

¡Ah! ¡Morir!

(El cielo se aclara de nuevo. Roland,
volviendo en sí, escucha la trompeta
del heraldo)

¡El torneo!

(más acentuado)

Sí, yo oí bien...
¡La muerte... una muerte digna para mí!
¡Oh muerte, yo te llamé y tú me has contestado!

(corre frente a los caballeros que aparecen)
  
 

EPÍLOGO
 


Octavo Cuadro 

(Basílica de Bizancio. Delante de la puerta
del Santo Iconostasio. El emperador Forcas
en su trono, rodeado de dignatarios, soldados
y el pueblo)

FORCAS
(en su trono)
¡Dignatarios! ¡Soldados!
¡Bajo estos augustos arcos
estáis reunidos ante mí!
¡Oh, pueblo que me escucháis,
el tiempo se ha cumplido,
así como el destino que yo os revelé!

(Forcas baja de su trono y se
vuelve hacia el Iconostasio)

¡Que la luz del venerado altar nos inunde!
¡Abrid las puertas de oro!
 
(Las puertas del Iconostasio se abren.
Envuelta en incienso y velada, aparece

Esclarmonde. Luce una tiara ricamente
enjoyada. Parséis camina siempre a su
lado. Las damas, guardias y turiferarios
la rodean)

LA MUCHEDUMBRE
¡Oh, divina Esclarmonde!
¡Tu trono resplandece más que el día!
¡El destino pone a tus pies a Bizancio y al mundo!

¡E
l universo te saluda estremecido de amor!

FORCAS
¡Que comparezca el ganador del torneo!

PARSÉIS, ENEAS, PUEBLO
¡Que comparezca el ganador del torneo!

(Se presenta ante ella Roland, con el
casco en la cabeza y la visera bajada)


ESCLARMONDE
(inquieta, para sí)
¿Quién es el ganador?
A mi pesar...¡tiemblo! ¿Quién es?

FORCAS
(a Roland)
¡Altivo caballero, acércate para
recibir el premio a tanto valor!
Pero antes, di tu nombre,
héroe que has conseguido
el trono y la belleza de Esclarmonde.
¿No contestas?

(Roland levanta la visera de su casco)

ROLAND
(con firmeza)
¡No!

ESCLARMONDE
(con emoción)
¡Su voz! ¡Es él!

PARSÉIS, ENEAS
FORCAS, PUEBLO
¿Qué dice ? ¿Quién es?

ROLAND
(con tristeza y desinterés)
¡Qué importa cómo me llamo!
¡Mi nombre es Desesperación!
¡Me llamo Dolor!

(muy expresivo y acentuado)

¡Sólo soy un hombre
que guarda en el fondo del corazón
un remordimiento eterno, un sufrimiento horrible!
¡Vine a buscar una muerte gloriosa,
pero la muerte ha defraudado mi esperanza!
¡El trono! ¡El poder! ¡La belleza celestial!
No halagan mi corazón desilusionado.
Todas esas cosas que, a mi pesar,
he conquistado...¡las rechazo!

ESCLARMONDE
(para sí, conmovida)
¡Oh, qué alegría! ¡Rechaza el premio!

PARSÉIS, ENEAS
FORCAS, PUEBLO
¡Oh, qué locura! ¡Rechaza el premio!
¡Qué delirio! ¡Qué locura!

FORCAS
(a Roland)
Insensato, el motivo de tu rechazo,
¿podemos al menos saberlo?

ROLAND
(extraviado y mirando a otra parte)
¡No! ¡Un único ser me posee!
El resto no vale nada!... ¡nada!

ESCLARMONDE
(para sí, embelesada)
¡Es él! ¡Roland! ¡Roland!

FORCAS
(con solemnidad)
¡Que caiga el velo!

PARSÉIS, ENEAS
FORCAS, PUEBLO
¡Oh, vencedor!
¡Mira los rasgos de Esclarmonde!

(Toda la muchedumbre se inclina)

¡Es Esclarmonde!

ROLAND
(indiferente)
¿Esclarmonde?

(dándose vuelta y reconociéndola)

¡Oh, cielos! ¡Tú! ¡Eres tú a quien yo adoré!

PARSÉIS, ENEAS
FORCAS, PUEBLO
¡Es Esclarmonde!

ROLAND
(tiernamente)
¡Mi único amor en el mundo!

ESCLARMONDE
(de la misma manera)
¡Sí, mi amado, soy yo!
¿Sigues queriendo morir?

ROLAND
(con arrobamiento)
¡Vivir! ¡Vivir contigo!

(con el alma)

¡Amada esposa, querida señora!
¡Oh, tú a quien tuve sobre mi corazón!
Tú, la sin nombre, tienes mi ternura...

ESCLARMONDE
Ahora ya conoces el nombre...

(con ímpetu)

¡Yo me llamo la Adorada!

(simple y tiernamente)

¡Me llamo Felicidad! ¡Felicidad!

ROLAND
¡Tú te llamas la Adorada!
¡Te llamas Felicidad! ¡Felicidad!

PARSÉIS, ENEAS
FORCAS, PUEBLO
¡Oh, divina Esclarmonde!
¡Oh, valeroso Héroe!
¡El universo os saluda
estremecido de amor!
 


Digitalizado y traducido por:
José Luís Roviaro
2020