ATTO
PRIMO
Quadro Primo
(Una grande sala nel palazzo di Artù a Carduel.
Architettura pesante. Sui muri in mattoni rossi,
dette tappezzerie. Il suolo è cosparso di canne
tagliate. A sinistra, sopra alcuni gradini, cè il
trono del re. Quando il sipario si alza, Artù è in
piedi che sta terminando un discorso. Accanto a
lui Ginevra seduta. La scena è affollata di
cavalieri, di scudieri e di paggi. Nelle prime file
Mordred e Lancillotto. Le dame sono riunite sotto
il trono, a un lato di Ginevra. I bardi, in lunghi
ornamenti bianchi, occupano laltro lato)
Scena Prima
ARTHUS
Gloire à vous tous qui mavez secondé!
Il est vaincu le destructeur de villes.
Le dur Saxon, dépossédé,
A pleines voiles cingle à présent vers ses îles.
Devant léclair du glaive bleu
Il fuit sur la vague profonde.
Gloire à vous, chevaliers,
gloire à la Table Ronde,
Et surtout gloire à Dieu.
Que nes-tu là, Merlin, le jour où la victoire
Couronne nos communs efforts!
Où donc es-tu? Me faut-il croire que le puissant
Merlin est au nombre des morts?
Où que tu sois, du moins, ton âme vibre
Au cri de guerre des Bretons.
Vois, Arthus est vainqueur
et la Bretagne est libre.
Nous avons chassé les Saxons.
(Grande animazione fra la folla.
I cavalieri percuotono i loro scudi
con lelsa delle spade. Degli scudieri,
in fondo alla scena, agitano rami
di quercia)
CHOEUR
Hurràh! Hurràh! Gloire au chef invincible.
Hurrah! Quand tu brandis Escalibor,
Arthus, ta colère est terrible!
De ton glaive jaillit la mort.
(Artù li ferma con un gesto)
ARTHUS
Puisquenfin la tourmente, amis, est dissipée
Oublions les jours mauvais
Et déposant notre épée
Goûtons sans nul souci
les charmes de la paix.
Que lon verse le vin, le cidre, la cervoise,
Lhydromel doré, boisson des héros.
Que la vieille cité galloise se pavoise
De fougères, diris et de fleurs de sureaux.
MORDRED
Et vous, Bardes, chantez sur vos harpes divoire
Linvincible, le preux, le loyal chevalier,
Car cest lui le vainqueur, je vous le dis très
haut,
Tous ont bien combattu, certes,
Mais la victoire que met en fuite les Saxons,
Cest à lui que nous la devons.
Lui! Toujours!
LANCELOT
(facendo qualche passo in direzione di Artù)
Je ne mérite pas, Sire, une telle gloire.
Il nest pas un de nous qui, comme moi,
Ne soit prêt à verser tout son sang
pour son Roi.
LES BARDES
Elle brille comme laurore
Larmure blanche des guerriers.
Excités par leur voix sonore
Ils étaient légers le coursiers
Impétueux comme las aigles rouges.
MORDRED
(a bassa voce, indirizzandosi a un gruppo
di cavalieri che lo circondano)
Cen est trop. Toujours Lancelot!
LES CHEVALIERS
(fra loro, a bassa voce)
Toujours lui!
À la guerre ne le valons-nous pas?
Pour le Roi nous ne sommes plus rien.
Vois, Mordred, on toublie, toi,
le neveu dArthus!
LES BARDES
Il brandit sa lance de frêne
Lancelot le preux chevalier,
Galopant à travers la plaine
Il était léger son coursier
Impétueux comme le aigles noirs.
MORDRED
(a bassa voce)
Attendez; bientôt je vous vengerai tous.
LES CHEVALIERS
(a bassa voce)
Oui, oui, vengeons-nous.
CHEVALIER, ECUYERS, PAGES
Honneur à Lancelot, hurrah!
LES BARDES
Que de morts couché sur la lande!
Les guerriers fauchent les guerriers.
Cest Lancelot qui les commande.
Comme ils sont légers les coursiers,
impétueux comme les aigles blancs!
(Artù discende dal trono e
si avvicina ai cavalieri)
ARTHUS
(a Lancillotto)
Pourquoi, cher Lancelot, parmi les chants de
Fête Seul baisses-tu la tête?
Quel nuage assombrit ton front?
MORDRED
(con ironia e senza lasciare a
Lancillotto il tempo di rispondere)
Le vaillant Lancelot, sans doute,
à le cur tendre
Ou ce chagrin profond
Vient de ce quil ne peut à son aise pour fendre
Quelques Saxons chaque matin.
ARTHUS
(severo)
Mordred, mon beau neveu, ne soyez pas hautain
Ni railleur, je vous prie,
Envers linsigne fleur de la Chevalerie.
(Alle prime parole di Mordred Ginevra è
scesa da trono. Ella prende una coppa
dalle mani di uno scudiero e savanza
verso Lancillotto)
GENIÈVRE
(a Lancillotto)
Messier Lancelot, le glaive nest plus roi
quand le chant des harpes séveille
Recevez de mes mains cette coupe vermeille
Oubliez les cris de rage et deffroi,
Le tumulte des mêlées, et ne dédaignez pas
les paroles ailées des Bardes
chantant vos combats.
Leurs hymnes légers comme les nuages
Mènent à limmortalité
Et votre nom au plus lointain des âges
Ne survivra que si les Bardes lont chanté!
(Ella gli presenta la coppa e gli
dice, a bassa voce, rapidamente)
Cette nuit
le signal
Viens
(Dopo che ella si è allontana, passando
fra i ranghi dei Cavalieri e intrattenendosi
con qualcun altro)
MORDRED
(che lha osservata, a parte)
Ils se parlent bas
Il tressaille
Ah! Genièvre,
Mon amour tu las repoussé et tu laimes, lui,
ce Lancelot!
Malheur! Malheur à vous deux!
(Ginevra, seguita da tutte le dame esce
lentamente; Artù laccompagna fino al fondo
della scena. Quando ritorna sul davanti della
scena, vengono approntate delle tavole. Egli
fa segno agli altri Cavalieri di sedersi.
Il banche comincia. Il sipario si chiude)
Quadro Secondo
Scena Seconda
(Una terrazza del castello. A destra, galleria
esterna, coperta; in primo piano un portico;
di dietro la porta degli appartamenti della
Regina. A sinistra il parco. Sul fondo una
balaustra, dietro la quale si vedono delle
cime di alberi e delle sommità di torri Annotta
cielo coperto. A volte, fra le nubi, appare la
luna. Allalzarsi del sipario, Lionello solo è
seduto sui gradini del portico. Si sentono in
lontananza gli appelli dei vigilanti della notte)
LES VEILLEURS
(dietro la scena)
Ohé! Ohé! Ho!
DAUTRES VEILLEURS
(più lontano)
Ohé! Ohé! Ho!
LYONNEL
Seul, le cri des veilleurs dans le silence de la
nuit!
Tout repose.
(breve silenzio)
Lancelot quas-tu fait?
O maître bien aimé, tu
mas enseigné lhonneur et la loyauté.
Jespérais un jour recevoir de ta main
les armes de chevalier.
Hélas! Faut-il que mon coeur malgré
moi te condamne?
Amour fatal, amour sacrilège
et maudit
Lancelot, toi lami dArthus,
son frère darmes et de gloire,
parjure! Déshonoré! Félon!
Comment cela peut-il être?
Son amour la pris tout entier.
Il vit comme en un rêve sans comprendre
son crime. Plus même de prudence.
Il laisse éclater son amour dans ses yeux.
Et Mordred qui toujours le épie! Mordred!
Jaloux de Lancelot, lui qui jadis aima Genièvre
et dont lamour fut repoussé.
Dieu! sil allait les surprendre.
Seul pour les défendre je veille dans la nuit.
(Si alza e si dirige verso il fondo della scena.
Sembra guardare se alcuno viene. Ginevra e
Lancillotto, strettamente abbracciati, compaiono
sotto il portico. Scendono lentamente i gradini.
Lionello, appena li vede, sparisce sotto gli alberi.
Durante la scena che segue, passa una volta
o due in secondo piano)
Scena Terza
LANCELOT, GENIÈVRE
Délicieux oubli des choses
De la terre. Rêve enchanté.
Rêve damour et de clarté
Parfumé de suaves roses.
Profond et doux enivrement
Où nos deux âmes confondues,
Muettes dextase, éperdues,
Sétreignent amoureusement.
(hanno raggiunto il fondo del portico)
LANCELOT
(sedendosi su un banco di pietra e
attirando a sé Ginevra)
Oh! serre-toi plus près de ma poitrine,
Plus près. Plus près encore.
Incline comme une fleur
Ta tête jeune et fière
Sur mon coeur.
GENIÈVRE
Oui, je tappartiens tout entière
Mon doux Lancelot.
Prends ma bouche, prends mes yeux,
Je suis à toi,
Je suis ta servante et ta femme.
LANCELOT
Ma Genièvre! Comme un oiseau joyeux
Ta voix chante dans mon âme.
A tes côtés, oh! garde-moi toujours.
Là seulement, ma Genièvre, joublie ce
que fut autrefois ma vie
Et ce quen a fait notre amour.
GENIÈVRE
Doux ami que veux-tu dire?
A quel passé songes-tu?
Quelle inflexible vertu vaudra jamais le délire
Dont sembrassent nos deux curs?
Les amants sont déternels vainqueurs
Lamour est le seul maître, le maître suprême.
Mon bien-aimé, sois joyeux comme moi.
Je taime éperdument, sans remords,
Sans effroi.
Je ne sais rien de plus que, je taime, je
taime.
LANCELOT
(con slancio)
O bien-aimée, ô mon unique amour.
Comme les songes funèbres
Enfantés par les ténèbres
Disparaissent quand vient le jour,
Toute ma mélancolie
Senfuit au son de ta voix.
Je ne me souviens plus quand je te vois
Que de la beauté seule, étoile de ma vie.
ENSEMBLE
Paisiblement entre tes bras
sendort mon coeur
Et ma pensée chancelante, épuisée
Sincline sous le poids de se trop grand bonheur.
Je ne vois plus que toi seul au monde.
Le reste nest plus quun rêve confus
Tant notre extase est divine et profonde.
(Essi restano silenziosi, immobili, amorosamente
abbracciati, come se avessero perduto la
sensazione di ciò che li circonda. Lyonnel
appare allimprovviso. Esitando si avanza a
una certa distanza da Lancillotto e lo chiama
a voce bassa)
Scena Quarta
LYONNEL
Le jour, maître! le jour!
LANCELOT
(come rinvenendo)
Ah! Qui mappelle?
LYONNEL
Le jour! le jour est proche.
LES VEILLEURS
(fuori scena)
Ohé! Ohé!
LYONNEL
Maître, tu dois partir.
GENIÈVRE
Partir
qui
déjà le jour?
LES VEILLEURS
Ohé! Ohé! Le jour est proche.
LYONNEL
Maître, ne tarde pas.
Ecoute le cri des veilleurs.
Bientôt le soleil va paraître.
LES VEILLEURS
Voici le jour.
LYONNEL
Ne tente pas la sort!
GENIÈVRE
(alzandosi)
Hélas! Mon bien-aimé!
Il faut nous séparer, va!
(Lionello entra nel castello e riappare
qualche istante dopo, portando le armi
di Lancillotto)
LANCELOT
Les heures sont lentes loin de toi.
Quand nous reverrons-nous?
GENIÈVRE
Ce soir, ce soir peut-être.
Je tenverrai
(Dopo qualche istante Mordred appare sul
fondo della scena. Avanzando a passi lenti,
senza essere visto, ha potuto riconoscere
Ginevra e Lancillotto al primo sorgere
dellalba)
MORDRED
(ritirandosi presto e gridando ad alta voce)
Alerte, Chevaliers, trahison!
Félonie!
LYONNEL
Grand Dieu!
GENIÈVRE
Ciel!
MORDRED
Venez, accourrez tous.
LYONNEL
(che si è ritirato un poco, ritornando
precipitosamente)
Maître, cest Mordred.
MORDRED
Alerte, Chevaliers .
LANCELOT
(avanzando verso Mordred)
Lâche, prends ton épée!
(Si battono Mordred cade, colpito da un
colpo in pieno petto. Ginevra, che da
lontano ha seguito il combattimento
ansiosamente, accorre precipitosamente)
GENIÈVRE
Mort?
Muette sa bouche, mouette pour toujours
LYONNEL
Le jour grandit, Maître, il faut partir.
GENIÈVRE
Oui, le temps presse.
Pars, mon bien-aimé, pars sans tarder.
Ses cris peut-être ont été entendus.
Si lon venait
Pars, mon bien-aimé.
LANCELOT
Tabandonner en un pareil moment!
GENIÈVRE
Je suis perdue si lon te trouve ici.
Tu ne peux rien pour moi.
Pars, les instants sont comptés.
LANCELOT
Ah! Genièvre, te reverrai-je jamais?
GENIÈVRE
Dans la forêt voisine, attends-moi. Conduite
par Lyonnel, bientôt jirai te retrouver. Puisque
nous nous aimons nous navons rien à craindre.
LANCELOT
(accigliato)
Chevalier déloyal. Jai tiré mon épée
pour soutenir mon mensonge.
LYONNEL
Maître, au nom du ciel
GENIÈVRE
Adieu, adieu!
(Lancillotto, trascinato da Lionello esce da
sinistra; Ginevra, arrampicata sulla
balaustra, lo segue per qualche tempo
con gli occhi, poi si dirige verso il palazzo.
Nel momento in cui arriva alle porte del suo
appartamento, Mordred si alza a metà e,
senza vederla, chiama con debole voce)
MORDRED
À moi! à moi!
GENIÈVRE
(voltandosi con spavento)
Lui! Lui! Vivant!
(Dei soldati scendono dai bastioni e
appaiono sul fondo della scena. Vedono
Mordred e fanno corona attorno a lui.
Giorno pieno. Il sipario cala lentamente)
ATTO SECONDO
Quadro Primo
(I margini di una foresta di pini. I tronchi,
dritti e regolari, fanno leffetto di una
moltitudine di colonne. A destra una rupe
coperta di muschio, e formante vicino a terra
una rientranza dove ci si può sedere. Sul
fondo una vasta distesa di campi Giorno
pieno Il sole filtrando attraverso i rami fa
delle chiazze luminose sul suolo. Qualche
istante dopo lalzarsi del sipario, un
lavoratore attraversa il fondo della
scena, gettando semente nei solchi)
Scena Prima
LE LABOUREUR
Rion, le Roi des Iles
Avait huit pieds de haut, Ohé!
Sur ses chevaux à voiles
Il traverse la mer
Pour prendre dans nos villes
Nos femmes et nos filles.
Les aigles de Lomond veillaient sur la montagne,
Ohé!
Ils virent dans la nuit savancer les pirates.
« Merlin, éveille-toi,
Éveille aussi le Roi »
(Lancillotto avanza lentamente, agitato,
inquieto. Depone la spada e il mantello ai
piedi di un albero, sul fondo della scena)
Scena Seconda
LANCELOT
Lyonnel a-t-il pu la voir?
O rage! Attendre!
Et ne pouvoir rien faire,
rien... quattendre.
Le jour allait bientôt paraître,
le veilleurs des remparts
maauraient-ils reconnu?
Mordred est-il bien mort?
Si dune main mal assurée
je lavais seulement
Dieu! Sil vivait encore
Dans sa fureur sil mavait accusé
LA VOIX DU LABOUREUR
(fuori scena)
De mon manteau royal
Vois la riche doublure, Ohé!
Cest le poil de menton
Des rois tués en guerre.
Arthus, ta barbe dor
Il me la faut encore.
(il lavoratore entra in scena e attraversa
il fondo da destra a sinistra. Lancillotto
ascolta la canzone con un attenzione
crescente)
LE LABOUREUR
Arthus, blanc de colère
Brandit Escalibor, Ohé!
Sur le Géant farouche
Il sélance en criant
Et bientôt la prairie
De sang rouge est fleurie.
(Si allontana. Si ode ancora la sua
voce dopo che è uscito di scena)
Jésus défend les siens
Au jour de la bataille, Ohé!
Et bientôt le Géant
Roule dans la poussière.
Arthus, cur de faucon
A terrassé Rion.
LANCELOT
(come riprendendo i sensi)
Arthus! Arthus!
Le plus grand, le plus saint des rois.
Lui! Le chevalier du Christ!
Le vainqueur des Saxons!
(con una improvvisa esplosione di dolore)
Ah! Je suis un infâme.
Jai commis le plus exécrable forfait.
Jai trahi lamitié dun homme qui
maime
de mon Roi.
Ma parole est menteuse.
Mon honneur est souillé.
Et mon nom, autrefois symbole de loyauté.
Sera bientôt craché
comme une sanglante injure.
Suis-je tombé si bas?
Infidèle et parjure! Oui, parjure.
A jamais je resterai lié,
Je le sens bien, à celle qui menfièvre.
Tout, loyauté, serment,
honneur est oublié
Dès que mes bras
étreignent ma Genièvre.
GENIÈVRE
(chiamando da fuori scena)
Lancelot! Lancelot!
LANCELOT
(scorgendo Ginevra da lontano)
Cest elle!
GENIÈVRE
Sauve-moi!
(Ginevra entra in scena impetuosamente,
senza fiato. È accompagnata da Lionello
che si ritira subito)
LANCELOT
Ma Genièvre
Scena Terza
GENIÈVRE
Mordred est vivant. Il taccuse.
De nombreux chevaliers sunissent contre toi.
Seul Arthus te défend.
Il hésite. Il refuse encore de le croire.
LANCELOT
Ciel!
Puis-je encore te sauver?
Que faut-il que je fasse?
GENIÈVRE
Un moyen te reste, laudace.
Hardiment, le front haut,
retourne à Carduel.
Arthus ne peut
te croire criminel,
Toi, son ami.
Seul tu peux me défendre.
Jai nié, mais cest toi,
Toi seul quil veut entendre.
LANCELOT
Me présenter devant le Roi?
Protester de mon innocence!
Que dirai-je pour ma défende?
Tu le sais, je rougis de moi.
GENIÈVRE
Dis ce que tu voudras mais sauve ta Genièvre.
LANCELOT
Faut-il que le mensonge aux lèvres,
Moi, Chevalier, moi, Lancelot
Jaille me disculper devant tous?
GENIÈVRE
Il le faut.
LANCELOT
Mentirai-je à mon noble maître?
GENIÈVRE
Un mensonge de plus, quimporte?
Nes-tu pas déloyal
et traître en maimant?
LANCELOT
Hélas!
GENIÈVRE
Et crains-tu donc un mensonge suprême
Qui doit sauver, ingrat, celle qui taime?
LANCELOT
Oui, cest vrai,
mon amour ma tout fait oublier.
Jai pu trahir lhomme que je vénère,
Arthus le preux! Lui mon Roi!
Lui mon frère!
Lui, qui me sacra Chevalier!
Mais froidement tromper sa noble confiance
Quand malgré lévidence
Il me veut innocent,
Genièvre, est-ce possible?
Nexige pas de moi ce sacrilège horrible.
Je suis prêt à verser mon sang
pour te sauver.
Ordonne que je meure; prends ma vie.
GENIÈVRE
Ah! mourir!
Cest me perdre sur lheure.
LANCELOT
Que faire? Nest-il pas un moyen de salut
Moins perfide et moins bas?
GENIÈVRE
Cest odieux, je le sais; cest infâme,
Mais il le faut. Mon honneur le réclame;
le tien aussi.
Cest toi, mon Lancelot, par ton amour,
Cest toi qui mas perdue.
Ne me refuse pas cette grâce; il le faut.
Dans mon angoisse, affolée, éperdue,
Je viens à toi. Cet horrible serment,
Je comprends combien il te coûte.
Hélas! Tu ne peux me sauver autrement.
Le Roi te croit fidèle encore, mais il doute.
Chaque instant de retard
aggrave ses soupçons.
Bien-aimé, le temps presse.
LANCELOT
Ah! Cest trop de bassesse.
Jamais je ne pourrai soutenir son regard.
Je naurait point la triste audace,
Vois-tu, de lui mentir en face.
Mon trouble avouera tout
Non. Non.
Je ne peux pas.
GENIÈVRE
Ah! Lâche! Lâche!
Ainsi, tu dis que tu maimes
Et cest toi qui me perds.
Un inepte scrupule
Tinterdit aujourdhui
de sauver mon honneur.
Déjà parjure et suborneur,
Le loyal Lancelot pour cette fois recule.
Eh bien, soit. Abandonne-moi.
Seule, jirai trouver le Roi; javouerai tout.
Après
que mon destin sachève.
Que mimporte à présent?
Mais toi, pars à linstant.
Notre amour fut un mauvais rêve.
Je ne veux plus te voir.
Je te chasse. Va-ten!
(Ginevra, priva di forze si lascia cadere su
un banco erboso e si tiene la testa fra le
mani. Lancillotto, interdetto, resta
immobile in mezzo alla scena)
LANCELOT
Quai-je dit? Faut-il donc que jabandonne
Celle par qui mon suppliant appel fut écouté?
A mon coupable amour tant que je fus fidèle
Jeus un semblant de loyauté.
Maintenant, cest fini. Plus rien.
Ah! que mimporte
(prendendo una improvvisa decisione)
Déshonneur, mensonges, dégout!
Je la vois défaillir, pâle comme une morte
Il faut la sauver avant tout.
Puis...
(Resta un momento immobile, come oppresso,
gli occhi fissi al suolo. Poi lentamente si
riprende, e prende il suo mantello e la sua
spada. Ginevra, sempre silenziosa, lo segue
con gli occhi. Lancillotto, esitando, si ferma
diverse volte. Sembra attendere che una
parola di Ginevra lo richiami. Ma ella tace.
Si dirige lentamente verso sinistra,
per uscire. Nel momento in cui esce di
vista, Ginevra, senza agitazione, lo
chiama con una voce pressoché spenta)
GENIÈVRE
Lancelot! Mon Lancelot, arrête.
Parle. Où vas-tu?
LANCELOT
(rientrando in scena)
Devant le Roi.
Je men vais jurer, sans baisser la tête
Que pas un nest plus fidèle que moi.
(amaramente)
Genièvre, voici lépreuve suprême,
Mais il me croira, dis-tu, car il maime.
Soit. Je saurai mentir.
Pour te sauver je subirai la honte,
Après, dans les combats
je saurai bien trouver
Une mort noble et prompte.
GENIÈVRE
Toi! Mourir.
(si alza vivacemente e si avvicina a Lancillotto)
Ah! Ne parle pas ainsi.
Oublie une injuste parole.
Hélas! Lancelot, jétais folle.
Je suis à toi,
ma place est sur ton coeur, ici.
(ella si preme teneramente sul suo petto)
Quai-je donc pu te dire?
Tourne vers moi tes yeux.
Pardonne-moi. Je ne sais quel délire
Ma fait prononcer des mots odieux.
O bien-aimé, sans toi pourrais-je vivre?
Sans ton amour, sans tes ardents baisers?
Au destin, quel quil soit, avec toi je me livre.
Nous ne craignons plus rien,
lun à lautre enlacés.
LANCELOT
Ton amour, ta colère, hélas!
Tout me torture.
Tu las dit toi-même,
il faut nos quitter.
Si par un dernier parjure
jabuse encore le Roi,
Pouvons-nous éviter
que nos yeux devant tous
se recherchent sans cesse?
La haine de Mordred ne désarmera pas;
Nous serons épiés, surpris,
Par ta tendresse adorable tu te perdras.
GENIÈVRE
Ah bien! Fuyons!
LANCELOT
Fuir!
GENIÈVRE
Mon amour lemporte.
Genièvre vivant ou morte
De toi jamais ne doit se séparer.
Quun même sort nous enchaîne.
Je ne veux plus être reine
Pour mieux tadorer.
Mon coeur tressaille de joie.
Je suis ton butin, ta proie.
Emporte-moi, fuyons.
Ton château nous attend;
Quil soit notre refuge.
Viens, viens, fuyons.
Aimons-nous librement
O bien-aimé,
lamour est notre unique juge.
Arthus nous poursuivra.
Mais sil est le plus fort
Nous nous serons aimés du moins
jusquà la mort!
LANCELOT
Genièvre...
GENIÈVRE
Lancelot, mon Lancelot, je taime.
Où tu voudras, bien loin, emporte-moi.
Ma royauté, mon honneur même,
Je ne regrette rien si je perds tout pour toi.
LANCELOT
A jamais unis!
Vivre ensemble!
GENIÈVRE
Et ne plus nous quitter jamais.
LANCELOT
Dis-tu vrai Genièvre? Il me semble
Que cest un rêve que je fais.
Ah! Pouvoir taimer sans mensonge.
GENIÈVRE
Aimer librement au grand jour.
LANCELOT
Ne vivre que pour notre amour.
GENIÈVRE
Joie à peine espérée en songe!
LANCELOT
Etre libres! enfin!
Bonheur divin!
GENIÈVRE
Libres!
Bonheur certain, bonheur divin!
(si gettano luna nelle braccia dellaltro e
si tengono appassionatamente abbracciati)
GENIÈVRE, LANCELOT
Nos corps sont à jamais
enchaînés lun à lautre
Comme nos deux curs sont unis.
Nul amour nest semblable au nôtre.
O délices daimer!
O transports infinis!
LANCELOT
Genièvre, ma Genièvre,
âme fière et divine,
Je taime, à jamais je tappartiens.
GENIÈVRE
(molto dolcemente)
Je taime, Lancelot.
Presse sur ta poitrine
Ton amante fidèle et bien heureuse.
LANCELOT
(la trascina via)
Viens.
(il sipario cala rapidamente)
Quadro Secondo
Scena Quarta
(La scena rappresenta un cortile interno del
castello di Artù, a Carduel. Il cortile, in forma
di chiostro è circondato da gallerie le cui
colonne, alte e ben distanti luna dallaltra,
lasciano vedere il giardino che occupa il centro
del cortile, e, sullo sfondo, i tetti del castello. Il
giardino è incolto; grandi alberi, boschetti molto
arruffati; piante rampicanti. Langolo formato
dalla giunzione delle due gallerie si trova circa
al centro della scena. Sul fondo della galleria di
destra, una porta sopraelevata cui si perviene
mediante alcuni gradini, dà accesso agli
appartamenti interni. Al livello del sipario,
alcuni cavalieri parlano fra loro a voce bassa.
Artù entra dalla sinistra e si avvicina a uno
dei cavalieri)
ARTHUS
Lancelot na pas encore paru?
UN CHEVALIER
Pas encore, Sire.
(Artù fa segno ai cavalieri di allontanarsi.
Poi procede a passi lenti lungo una
galleria)
ARTHUS
Toujours, toujours cette pensée.
Je la repousse loin de moi.
Mais cest en vain.
La pax fuit mon âme angoissé.
Je ne puis retrouver ma foi.
Comment mettre fin à ce doute horrible?
Genièvre! Lancelot!
Non, non : cest impossible.
Mais pourquoi ne vient-il pas?
Lancelot, vois, je tappelle;
Le touvre les bras.
Dis-moi quil a menti.
Mon cur te croit fidèle.
(continua la sua lenta camminata,
poi si arresta di nuovo)
Jai renversé les autels des faux dieux;
Jai chassé du pays les Saxons odieux.
Pour faire triompher la justice en ce monde
Jai fondé la Table Ronde
Et je croyais mon uvre immortelle et féconde.
Hélas! Jy découvre un germe de mort.
Les chevaliers entre eux luttent de jalousie.
Ils ne supportent plus sans un pénible effort
La règle austère qui les lie.
Il écoutent Mordred
qui les pousse en secret à la révolte.
Ma couronne a fasciné ses yeux.
Et je sens quil me hait.
Le trahison menvironne.
Ils ont formé peut-être un ténébreux complot
Contre mon loyal Lancelot
Ou faut-il aussi que je le soupçonne?
Ah! Pourquoi donc,
pourquoi mas-tu quitté, Merlin?
Toi qui maidas aux premiers jours de lutte,
Vois, notre uvre sécroule
et je résiste en vain
Je nen puis arrêter la chute.
Merlin, ô doux ami
des grands jours dautrefois,
Quel charme te retient loin
dArthus qui supplie?
Vois, sous un poids trop lourd je chancelle,
Je plie.
Viens, viens! Où donc es-tu?
Merlin, entends ma voix.
Scena Quinta
(Gli alberi si scostano leggermente. Al
loro interno si vede un chiarore verdastro.
Nel mezzo cè Merlino, appollaiato sui
rami di un albero di mele. Ha laspetto
di un vecchio. Porta una lunga veste
bianca, la sua lunga barba bianca scende
fino alla cintura. Durante tutta la scena
parla senza far gesti. Al momento dell
apparizione di Merlino, Artù è girato
verso il pubblico e non si accorge della
sua presenza, fino a quando egli non
lo chiama)
MERLIN
Arthus.
ARTHUS
Merlin!
Ami fidèle et bien aimé, mes plaintes
sont donc parvenues jusquà toi?
(Artù entra nel giardino)
MERLIN
Pommiers verts, pommiers prophétiques
Qui révélez le mots magiques,
Sous votre feuillage profond
Combien de siècles sécoulèrent!
O pommiers verts, pommiers fleuris!
Les jours marqués sont accomplis.
Malheur! Les aigles centenaires
Cette nuit ont quitté Lomond
Et crié les mots symboliques.
O pommiers verts, pommiers antiques.
ARTHUS
Ta parole est sombre
comme le rire de la mer.
Merlin, je nose te comprendre.
MERLIN
Nespère rien de lavenir.
Notre uvre commune est brisée,
Dégénérée et méprisée.
La Table Ronde va périr.
ARTHUS
Ainsi tout est consommé.
Nul espoir ne nous reste?
(un breve silenzio Egli
continua con voce tremante)
Quelle est donc
la cause de cet effondrement?
Autrefois tu disais
notre uvre impérissable.
Tu lisais dans lavenir.
Quel mystère tentoure?
Pourquoi te vois-je immobile?
enchaîné par des fleurs?
Suis-je le jouet dun rêve?
Oh! Parle, parle mois!
MERLIN
Aveugles que nous sommes,
Nous avons trop compté
sur la vertu des hommes.
Si lemplacement consacré
Est envahi par les orties
Cest quun crime encore ignoré,
Lorgueil, les basses jalousies
Ont fait mentir les prophéties.
Ne minterroge plus, ô Roi.
Ma langue doit rester muette.
Jai quitté ma prison secrète pour te dire
Résigne-toi.
Tu vas bientôt quitter la terre.
Le glauque murmure de leau
Comme autrefois dans ton berceau
Tenvironnera de mystère.
Mais quand viendra
le jour du glorieux réveil
O fils de Pendragon!
O guerrier sans pareil!
Alors, les chênes dans leur joie
De rouges fleurs se couvriront,
Vêtus dargent, dor et de soie.
Les guerriers morts senlaceront,
Et le clair soleil qui flamboie
De son disque éclatant
couronnera ton front.
ARTHUS
Vienne donc la mort.
Je lattends sans crainte.
Merlin, encore un mot.
Quel est ce crime obscur
dont tu parles en tremblant?
(con esitazione)
Genièvre, nest-ce pas,
Genièvre et Lancelot sont innocents?
(Silenzio)
Merlin, vois mon angoisse, réponds-moi.
(Silenzio)
Songe que ton silence les accuse.
(Silenzio)
Merlin, je soi ton roi,
Parle, parle, je te lordonne.
(Gli alberi si rinchiudono. La visione
scompare. Artù resta per un istante
immobile poi, tutto dun tratto, si
lancia nella galleria gridando)
Genièvre, Genièvre. A moi!
(attraversa tutta la scena e
sparisce nella porta di fondo)
LES CHEVALIERS
(accorrendo)
On appelle. Quy a-t-il?
Pourquoi ces cris? Le Roi!
DAUTRE CHEVALIER
(accorrendo)
Qua-t-il donc? Il parait hors de lui.
TOUS
Le Roi furieux était là, criant.
DES CHEVALIERS
Le Roi? Que vent dire
UN CHEVALIER
Ne savez-vous pas?
TOUS
Quoi? Parle.
LE CHEVALIER
La Reine a disparu.
TOUS
La Reine, disparue?
PREMIER CHOEUR
Avec Lancelot sans doute.
LES CHEVALIERS
Dans la forêt voisine on les a vus tous deux.
Puis à cheval, ils ont fui du coté de la mer.
SECOND CHOEUR
Ah! La malheur est tombé sur nous.
PREMIER CHOEUR
Comment? Que dites-vous?
SECOND CHOEUR
Pourquoi Mordred a-t-il parlé?
PREMIER CHOEUR
Quoi! Devait-il se taire?
SECOND CHOEUR
Oui.
PREMIER CHOEUR
Confondre Lancelot! Quelle joie!
SECOND CHOEUR
Oubliez-vous le Roi et lhonneur
de la Table Ronde?
PREMIER CHOEUR
Mort à la Table Ronde!
Assez de contrainte.
Nous ne voulons pas de ses règles folles!
SECOND CHOEUR
Traîtres, taisez-vous. taisez-vous!
Chevaliers félons, taisez-vous!
(Artu appare sulla scena, brandendo la
sua spada. Impazzito, furioso, si precipita
verso i cavalieri e urla con voce tonante)
ARTHUS
En guerre, en guerre contre le ravisseur.
TOUS
En guerre!
(Il sipario cala rapidamente)
ATTO TERZO
Quadro primo
(La sommità di una collina che domina il
campo di battaglia A destra alcuni pini
rocce. Allorizzonte il mare. Non appena
il sipario si alza, Ginevra entra
precipitosamente in scena. La segue un
vecchio scudiero)
Scena Prima
ALLAN
De grâce arrêtez-vous, maîtresse.
Le champ de bataille est proche;
prenez garde
GENIÈVRE
Va, je ne crains rien.
(Ella si avanza fino allestremità
Della scena, sulla destra e guarda
ansiosamente lontano)
Le sort est jeté. Enfin. Jusquau dernier
moment jai cru que Lancelot reculerait encore.
Arrière toutes mes craintes.
Lancelot a livré le combat.
Lancelot sera vainqueur.
ALLAN
Oui, sans doute, il vaincra.
Tout fait prévoir sa prochaine victoire.
(Amaramente)
Mordred, resté là-bas
pour soigner sa blessure,
disait-il, sest proclamé Roi.
Ses nombreux partisans,
las de la Table Ronde,
Ont déserté la cause dArthus.
GENIÈVRE
(interrompendolo)
Tais-toi, tais-toi, vieillard.
(Allan si allontana, scuotendo tristemente
la testa. Ginevra continua a guardare la
pianura. Tutto ad un tratto ella si gira
come scossa da un pensiero improvviso.
Ritorna al centro della scena e si siede
su una pietra)
Ah! par moments mon angoisse est profonde.
Un doute affreux me déchire le cur.
Lancelot, mon Lancelot
maime-t-il toujours?
Pour lui jai tout quitté sans effort,
sans regrets.
Mais, lui, comme il est changé!
ALLAN
(accanto a un albero, guardando lontano)
Ces chevaliers là-bas, courent à perdre haleine
On dirait
Mais non. Cest impossible.
GENIÈVRE
(senza sentirlo, seduta con
i gomiti sulle ginocchia)
Morne, silencieux, un farouche désespoir
assombrit son visage.
Parfois son regard semble éviter le mien.
ALLAN
Ah! un cheval sabat
En tumulte, à pied, ils
poursuivent leur route.
GENIÈVRE
Ah! sil était vrai!
si le remords qui dompte son
âme avait tué son amour?
ALLAN
(riscendendo vero Ginevra)
Maîtresse, regardez, cest lui!
Monseigneur Lancelot.
GENIÈVRE
Allan, es-tu fou?
Lancelot abandonner
ALLAN
(interrompendola)
Cest lui, cest lui. Il vient de ce côté.
GENIÈVRE
(alzandosi)
Blessé, alors.
(Ella risale sulla sommità e comincia a
guardare verso la pianura. Ben presto
arriva Lancillotto, laria smarrita, senza
armi, seguito da Lionello e da qualche
scudiero. Appena vede Ginevra si ferma
bruscamente)
Scena Seconda
LANCELOT
Dieu! Genièvre!
GENIÈVRE
(correndogli davanti precipitosamente)
Blessé, blessé! Non!
Alors
que veut dire?
Parle, parle.
LANCELOT
(in tono quasi parlato)
Jai fui.
GENIÈVRE
Que dis-tu?
Tu as fui, tu as fui!
LANCELOT
Ah! Genièvre, cest toi qui las voulu.
Malgré mon horreur pour ce combat sacrilège,
Vaincu par tes prières, jai livré la bataille.
Livresse de la mêlée ma dabord
étourdit.
Joubliais contre qui
josais tourner mes armes.
Mais tout à coup, au milieu de ses chevalier les
dépassant tous de sa grande taille, brandissant
dans sa main Escalibor rouge de sang, je lai
vu
lui! Arthus!
Alors un soudaine et terrible clarté
envahit mon âme.
Un indicible honte me saisit.
Jai jeté mes armes,
jai fui, jai fui, jai fui.
GENIÈVRE
(fra sè)
Ah! tout est perdu.
Jusquau dernier moment
il méchappera donc.
LANCELOT
Quai-je fait?
ce combat fratricide, pourquoi?
Pourquoi lai-je livré?
GENIÈVRE
Ingrat! Loublies-tu?
Notre amour lexigeait.
Ta fidèle Genièvre nest donc plus rien pour toi!
Au seul aspect dArthus ton amour est-il mort
ainsi que ton courage? Au moment décisif
tu désertes la lutte, tu fuis.
Inutile lâcheté dun coeur pusillanime,
malgré toi linéluctable enchaînement
des choses tétreint dans un cercle de fer.
LANCELOT
(a voce bassa, come parlando a se stesso)
Oui, la fuite est stérile et vaine.
Le passé ne sefface pas.
GENIÈVRE
(vivacemente)
Quimporte le passé?
Un indomptable amour
nous enchaîne
à jamais lun à lautre.
À jamais à jamais.
Cest notre bien suprême,
le seul qui nous reste
au monde. Le défendre jusquà la
mort, voilà ton seul devoir.
(Lancillotto resta immobile.
Ginevra lo osserva con ansia)
Lancelot que veux-tu faire?
Ton regard mépouvante.
Ah!
(avvicinandosi a lui con grande tenerezza)
Va combattre; sois vainqueur.
Cher bien-aimé,
voici la dernière épreuve,
et je suis à toi pour toujours.
LANCELOT
(prendendo una risoluzione.
Si alza molto calmo)
Jai jeté mes armes. Je ne les reprendrai plus
pour combattre en rebelle.
GENIÈVRE
Dieu!
LANCELOT
Je vais arrêter la bataille.
GENIÈVRE
Insensé! Cest impossible.
LANCELOT
Eh bien, fût-ce au prix de la vie
je saurai parvenir jusquau Roi; jirai...
GENIÈVRE
Ainsi, tu préfères la mort
à lamour de ta Genièvre.
LANCELOT
Je taime de toute mon âme.
GENIÈVRE
Tais-toi, tais-toi!
LANCELOT
A ce moment suprême
jarrache de mon cur tout ce qui
fut ma vie et mon coupable bonheur!
GENIÈVRE
Ah! Si tu maimais comme je taime serait-il
rien au monde de plus cher pour toi que notre
amour?
LANCELOT
Le plus saint de tous devoirs lordonne. Un
voile tombe de mes yeux, je comprends enfin.
Et jobéis à la voix qui parle dans mon coeur.
Genièvre, accepteras-tu de partager mon sort?
GENIÈVRE
Que veux-tu dire?
LANCELOT
Unis dans lamour, unis dans le péché, le
serons-nous aussi dans lexpiation?
GENIÈVRE
A quoi donc songes-tu?
Revoir Arthus.
Subir sa pitié!
Sa clémence peut-être.
Jamais. Jamais.
LANCELOT
Genièvre!
GENIÈVRE
Jamais.
(Rumori di battaglia cominciano a farsi
sentire sempre più distinti. Squilli di
tromba si rispondono dai differenti
lati della scena)
LANCELOT
Écoute
Ces appels
Là-bas, la bataille continue.
Le sang coule
pour une cause criminelle.
Que fais-je ici?
Le temps presse
Si le Roi vaincu, blessé peut-être
Genièvre, cen est donc fait
Je ne te verrai plus!
(La guarda con una passione
angosciosa. Poi, tutto ad un tratto,
dopo un violento sforzo)
Adieu. Adieu.
(rimonta verso il fondo della
scena e si rivolge agli scudieri)
Je vous confie lhonneur
de veiller sur la Reine.
A bord de mon vaisseau
conduisez-la vers un
port de la Gaule.
Là, pour elle
in nest plus rien à craindre.
Toi Lyonnel, viens avec moi.
LYONNEL
Mon maître!
GENIÈVRE
(precipitandosi fra le braccia di Lancillotto)
Lancelot! Ne mabandonne pas.
La vie nous sépare.
Eh bien que la mort nous rassemble!
Unis dans lamour, unis dans le péché, unis,
éternellement unis, dans la mort.
LANCELOT
Genièvre, Genièvre!
ma vie désormais nappartient quà mon Roi.
GENIÈVRE
(con un grido di collera)
Ah!
(Ella lo respinge violentemente e si dirige
dal lato opposto della scena. Lancillotto,
trascinato da Lionello, esce quasi subito,
facendo un gesto di disperazione. Le
trombe fuori scena continuano a farsi
sentire sempre più vicine. Dopo un
momento di attesa, gli scudieri scendono
in silenzio e si avvicinano alla Regina)
GENIÈVRE
(vedendoli, con una voce rauca
e scossa, molto rápidamente)
Que faites-vous là?
Au vaisseau! Au vaisseau!
Préparez le départ. Allez.
Laissez-moi.
(Gli scudieri escono per la
sinistra. Allan esita a seguirli)
Scena Terza
ALLAN
(timidamente)
Maîtresse, pardonnez
GENIÈVRE
Va-t-en; va-t-en.
(Allan si ritira lentamente; Ginevra resta
sola, percorre la scena a grandi passi
emettendo delle grida inarticolate. Ben
presto i rumori della battaglia vanno attenuandosi)
Ah! Trahie! Abandonnée! Méprisée! Jai pu le
supplier en vain, lui, mon Lancelot! Jimplorais
comme une grâce le bonheur de mourir
dans ses bras.
Et lui, sans pitié
Si pourtant, le souvenir de sa
Genièvre au dernier moment larrêtait
Si
Lâcheté dun cur tout éperdu damour.
Il me
fuit! Il me fuit! Et je sens que le laime toujours.
(I rumori della battaglia sono cessati
completamente. Ginevra se ne rende
conto; si avanza verso destra e guarda
verso la pianura)
Dieu! ce calme soudain
ce silence
Se pourrait-il
Oui, cest en fait.
La bataille a cessé.
Il a pu laccomplir
le suprême abandon!
(Si lascia cadere su una roccia e resta un
momento silenziosa, la testa presa fra le mani)
Lui survivre!
Comment la-t-il pu croire?
Pourquoi poursuivre une inutile vie,
sans gloire, sans amour?
Délaissée! Abandonnée!
Voici la fin du jour.
La nuit tombe sur ma destinée.
Sans te plaindre, sans murmurer,
entre, Genièvre, entre
dans lombre pour toujours.
(Ella si alza, sembra cercare unarma, poi,
portandosi la mano sulla fronte, si ferma
come colpita da una improvvisa idea.
Cominciando a sciogliere le trecce dei
suoi capelli)
Ornement dune vaine beauté,
Cheveux sombres et bleus comme la nuit,
Vous qui navez pas su retenir Lancelot
Dans vos filets soyeux,
Prêtez-moi votre secours ami.
Vous fûtes mon orgueil dans les jours heureux;
Maintenant aidez-moi, aidez-moi à mourir.
(Ella se li attorciglia attorno al collo
e si strangola, cade, muore)
(Il sipario cala lentamente)
Quadro Secondo
Scena Quattro
La pianura in riva al mare.
In primo piano a sinistra, gruppi di alberi
non molto alti e qualche roccia bassa.
Ginestre, asfodeli e altre piante perenni.
In secondo piano, più in basso, la curva
della riva forma una specie di baia
circondata da rocce. Una scogliera si
immerge a picco nel mare. Vasto orizzonte.
Siamo verso la fine del giorno. Allalzarsi
del sipario, Lancillotto è a terra esanime,
al centro della scena. Alcuni soldati lo
circondano. Altri sono occupati a portar
via dei morti e dei feriti sullo sfondo)
TROISIÈME SOLDAT
(chinato sul corpo di Lancillotto)
Son corps est couvert de blessures.
QUATRIÈME SOLDAT
Ici, aux bras.
PREMIER SOLDAT
A la tête aussi.
TROISIÈME SOLDAT
Dix à la poitrine.
UN ECUYER
Pourtant il vit encor?
QUATRIÈME SOLDAT
(mettendo la lama della sua spada
davanti alla bocca di Lancillotto)
Aucun souffle sur ses lèvres.
(Si china sul suo petto)
Son cur bat
si faiblement quà peine
on peut lentendre.
DEUXIÈME SOLDAT
Les rayons du soleil peut-être le ranimeraient il?
LECUYER
Transportez-le auprès de ce rocher.
(I soldati prendono Lancillotto fra le loro
braccia e lo stendono presso una roccia
a sinistra, illuminata dai raggi del sole.
TROISIÈME SOLDAT
Comme il est grand et fort.
PREMIER SOLDAT
Comme il est beau.
Sur son visage pâle
quelle mâle fierté.
QUATRIÈME SOLDAT
Qui donc pourra jamais égaler Lancelot?
LECUYER
Hélas! Le plus noble,
le plus vaillant des chevaliers!
Et cependant il meurt en rebelle.
(altri soldati si sono avvicinati)
LES SOLDATS
Oui. Rebelle. Traître à son Roi.
Si la Table Ronde périt
qui donc sinon lui en est la cause?
LECUYER
(fermandoli)
Est-ce à nous à le juger?
Va prévenir le Roi
TROISIÈME SOLDAT
Déjà Lyonnel!...
DEUXIÈME SOLDAT
(guardando verso destra)
Le Roi lui-même vient ici.
(I soldati si schierano dietro Lancillotto.
Artù entra in scena, accompagnato da
Lionello che sta finendo di raccontargli
la morte di Lancillotto)
Scena Quinta
LYONNEL
(camminando)
Ils nobéirent pas.
Alors, sans armes,
il se jeta entre les combattants.
(Artù lo ferma con un gesto, mostrandogli
Lancillotto steso a terra, circondato dai
soldati. Artù gli si avvicina e lo guarda a
lungo, in silenzio. I soldati si ritirano verso
il fondo della scena)
ARTHUS
Genièvre! Lancelot!
Et morts tous les deux!
Ceux que jaimais le plus au monde
Impitoyablement ont déchire mon cur.
Mais la blessure est trop profonde;
Je nai plus rien dhumain que ma douleur.
Tout, tout sécroule à la fois,
tout seffondre.
Luvre de ma vie est brisée.
Au cri de mon cur blessé
Nul cur ne peut plus répondre.
LYONNEL
(inginocchiato presso Lancillotto)
Sire, voyez. Il entrouvre les yeux;
ses lèvres sagitent.
Il vit.
LANCELOT
(riprendendo i sensi. È girato dalla parte
degli spettatori e non vede Artù che si
trova dietro di lui)
Arrêtez, arrêtez le combat.
LYONNEL
Maître, le combat a cessé.
Tu souffres.
Parle que veux-tu?
LANCELOT
(sempre senza vedere Artù)
Arthus, me voici
Je me livre a toi.
Tiens, prend mon épée
Oh! frappe, frappe moi.
(Si gira e vede Artù)
Arthus!
(Vuole alzarsi sostenuto da
Lionello, ma ricade pesantemente)
Je ne peux pas
mes forces mabandonnent
Fais-toi justice.
Tue-moi
et venge ton honneur.
ARTHUS
(con molta calma)
Mon honneur!
Crois-tu donc quil dépende
dun autre que moi-même?
Sans doute lheure est venue
où je vais quitter ce monde.
Hélas sans regrets.
À peine suis-je un homme encore.
La souffle del la mort
a déjà pâli mon visage.
Les choses de la terre comme à travers
un suaire apparaissent à mes yeux.
Au seuil de linsondable nuit,
mon regard sarrête sans colère,
Résigné et douloureux
Sur ce qui fut notre vie.
LANCELOT
Ah! regard plein damertume!
Que nai-je été celui que jaurais pu être!
Vie stérile! Vie flétrie!
ARTHUS
Poignante étreinte de la fatalité!
Ah! jai cru à la puissance de leffort,
à lénergie de la volonté;
Sans relâche jai lutté
Et maintenant que reste-t-il de toute ma vie?
Espérance déçues!
Inutiles, inutiles efforts.
LANCELOT
Qui peut connaître la force des pensées
et la durée des choses?
A travers les âges
ton nom peut-être périra.
Mais, plus durable que son éclat sonore,
Ta pensée, Arthus, est immortelle.
Lamour dont ton cur senivra
jaillit de la flamme éternelle.
Tu vivras! Tu vivras!
Pour dautres la mort est léternel oubli.
Ils disparaissent pour jamais.
Hélas! Hélas! Comme moi.
(Muore)
LYONNEL
Sire, il meurt. Ah! mon maître!
ARTHUS
(avvicinandosi a Lancillotto e
guardandolo con tristezza)
Repose en paix, pauvre âme.
(Artù fa un segno. Compaiono dei soldati
che portano via il corpo di Lancillotto.
Lionello li segue)
Scena Sesta
ARTHUS
Seigneur, Seigneur,
je suis sans force entre vos mains.
Mon courage est vaincu;
je nai plus despérance.
Dans un sommeil sans lendemain
Endormez, sil se peut,
endormez ma souffrance
(Un coro invisibile, puro, limpido si eleva e
si amplifica. Le parole diventano sempre
più distinte)
CHOEUR
Viens par-delà les flot bleus.
ARTHUS
Quentends-je?
CHOEUR
Et par-delà les étoiles
Dans un monde où se dévoilent
les secrets mystérieux.
Par-delà toutes les choses
Qui doivent un jour périr
Viens Arthus, vien tendormir
Dans les cieux calmes et roses.
ARTHUS
Esprits mystérieux,
Je nose vous comprendre.
Venez-vous, venez-vous répandre
Léternel oubli sur mes yeux?
CHOEUR
Viens! celui qui nous envoie
Tassigne un sublime sort
Le sommeil et non la mort
Bercera ton coeur sans joie.
ARTHUS
Dormir
Oublier
Ne plus être!
Ne plus souffrir aussi
CHOEUR
Viens! Oublie un monde impur.
Viens! ô grande âme blessé
Dans un île caressé
Par des flots dor et dazur.
Des brises fraîche et calmes
Font chanter les bois épais.
Dans une éternelle paix
Tu dormiras sous des palmes.
Loeillet, la rose et le lis
Se pencheront vers ta bouche,
Et pour embaumer ta couche
Souvrira le fleur dIris.
(Sul fondo della scena, in mezzo a
bagliori rosa e dorati che circondano il
sole, si vede apparire e avanzare sul
mare una navicelle piena di fanciulle.
Una di esse, in piedi sulla poppa della
imbarcazione, distende della grandi ali
a guisa di vele)
ARTHUS
O Terre que jaimais,
ô Bretagne, ô Patrie,
Sol sacré que baigne
le sang de mes aïeux;
sauvage Carmélide et toi,
verte Cambrie,
Recevez mes derniers adieux.
Les temps sont accomplis
des grandes aventures,
Des chevaliers vaillants
bardés dor et de fer,
Doux pour les malheureux,
terribles aux parjures;
Rochers debout contre la mer.
CHOEUR
Arthus, ô noble victime!
Jouet dun rêve éternel
Viens. Le monde fut cruel
Pour ton âme trop sublime.
Le sort trompa tes desseins.
Ton uvre chancelle et croule
Dans linévitable houle
Qui roule tous les humains.
ARTHUS
(si toglie lentamente lo scudo e la spada)
Vous, fidèles amis
dans les jours de bataille,
Pridwann, Escalibor, adieu;
je vous quitte à jamais;
Dormez dans lOcéan
qui bagne Cornouailles
Nul ne vous prendre désormais.
(Artù si avanza sulla bordo della scogliera
e getta le armi in mare. In quel momento
la navicella è arrivata fino alla riva. Artù
scende lentamente il cammino che vi
conduce. Una roccia impedisce di vedere
Artù che monta sulla navicella. Qualche
istante più tardi la navicella riparte e si
dirige verso il fondo della scena. Artù,
coricato su una sorta di giaciglio,
sembra dormire. Durante tutta questa
scena il canto è continuato)
CHOEUR
Ton uvre écroulée est belle,
Ceux-là seuls sont des héros
Qui luttèrent sans repos
Pour la Justice éternelle
Mais quand viendra le Réveil
Tu déchireras tes voiles,
Et le front mitré détoiles
Tu descendras du soleil.
Comme un sublime manuvre,
Sur terre tu reviendras
Pour reprendre ta grand uvre
Et livrer de fiers combats.
Arthus! Sur ton front royal
Qua dédaigné la victoire,
Plane la suprême gloire
Davoir cru dans lIdéal.
(Il disco del sole si immerge nel mare.
Il suo accecante splendore impedisce
di vedere per un istante la navicella che
si dirige verso di esso. Quando il sole
è scomparso, la scena è assolutamente
vuota. Lincendio del cielo si attenua
e il sipario scende lentamente)
|
ACTO
PRIMERO
Cuadro Primero
(Una gran sala en el castillo del rey Arturo en
Carduel. Arquitectura austera. Sobre las paredes
de ladrillo rojo, tapices. El suelo está cubierto de
cañas cortadas. A la izquierda, a unos pocos pasos,
se encuentra el trono real. Cuando se levanta el
telón, Arturo está de pie terminando un discurso.
A su lado, Ginebra sentada. La escena está colmada
de caballeros, escuderos y pajes. En primer lugar,
Mordred y Lancelot. Las damas están reunidas bajo
el trono, a un lado de Ginebra. Los bardos, en largos
bancos engalanados que ocupan el lado opuesto)
Escena Primera
ARTURO
¡Gloria a todos los que me apoyaron!
Ha sido derrotado el destructor de ciudades.
El duro sajón, desposeído,
está navegando a toda vela hacia sus islas.
Frente al resplandor de la espada azul
huyó hacia los profundos mares.
Gloria a vosotros, caballeros,
gloria a la Mesa Redonda
y sobre todo, gloria a Dios.
¡Merlín no estaba el día que la victoria
coronó nuestros esfuerzos comunes!
¿Dónde estás? ¿Debo creer que el poderoso
Merlín se encuentra entre los muertos?
Estés donde estés, tu alma vibra
ante el grito de guerra de los britanos.
¡Mira, Arturo ha triunfado
y Bretaña es libre!
Hemos expulsado a los sajones.
(Gran animación entre los presentes.
Los caballeros golpean sus escudos con
la empuñadura de sus espadas.
Los escuderos, al fondo de la escena,
agitan ramas de encina)
CORO
¡Hurra! ¡Hurra! Gloria al rey invencible.
¡Hurra! ¡Cuando Arturo blande
a Excálibur, su ira es terrible!
De su espada surge la muerte.
(Arturo los detiene con un gesto)
ARTURO
Amigos, ahora que finalmente la tormenta
se ha disipado, olvidemos los malos días
y envainemos nuestras espadas
para disfrutar sin preocupaciones
de los encantos de la paz.
¡Que sirvan vino, sidra,
cerveza e hidromiel, la bebida de los héroes!
Que la antigua ciudad galesa se engalane
con helechos, lirios y flores.
MORDRED
¡Bardos, tañed las arpas de marfil en honor
del invencible, el valiente y leal caballero!
Él es el triunfador, lo digo en voz alta,
todos luchamos bien, sin duda,
pero la victoria que puso en fuga a los sajones
es a él a quien se la debemos.
¡Él! ¡Por siempre!
LANCELOT
(Acercándose a Arturo)
Yo no merezco, señor, tal gloria.
No hay ninguno entre nosotros que,
como yo, no esté dispuesto
a dar su sangre por su Rey.
LOS BARDOS
Brillaban como la aurora
las armaduras de los guerreros.
Excitados por su voz sonora,
los corceles impetuosos eran como la luz,
eran como águilas rojas.
MORDRED
(en voz baja, dirigiéndose a un
grupo de caballeros que lo rodean)
Esto es demasiado. ¡Siempre Lancelot!
LOS CABALLEROS
(entre ellos, en voz baja)
¡Siempre él!
Nosotros ¿no somos también valientes?
Para el rey no somos nada.
¡Mira, Mordred, se han olvidado de ti,
del sobrino de Arturo!
LOS BARDOS
Él blandió su lanza de fresno.
Lancelot, el valiente caballero,
galopando por la llanura
velozmente sobre su corcel
impetuoso como águilas negras.
MORDRED
(en voz baja)
Esperad; pronto os vengaré a todos.
LOS CABALLEROS
(en voz baja)
Sí, sí, vénganos.
CABALLEROS, ESCUDEROS, PAJES
¡Honor a Lancelot, viva!
LOS BARDOS
¡Cuántos muertos yacen en el páramo!
Guerreros matan guerreros.
Es Lancelot quien los guía.
¡Qué ligeros son los corceles,
impetuosos como águilas blancas!
(Arturo baja del trono y se
aproxima a los caballeros)
ARTURO
(a Lancelot)
¿Por qué, querido Lancelot, en medio
de los cantos festivos bajas la cabeza?
¿Qué nube oscurece tu frente?
MORDRED
(con ironía y sin darle tiempo
a Lancelot de responder)
El valiente Lancelot, sin duda,
tiene un corazón tierno...
¿O acaso ese profundo dolor proviene
del hecho que no puede despedazar
algunos sajones cada mañana?
ARTURO
(con severidad)
Mordred, mi querido sobrino, por favor,
no seas arrogante ni te burles,
de la insigne flor de la caballería.
(durante las palabras de Mordred
Ginebra ha bajado del trono. Toma
una copa de las manos de un escudero
y avanza hacia Lancelot)
GINEBRA
(a Lancelot)
Messier Lancelot, la espada ya no reina
cuando el sonido de las arpas se despierta.
Recibe de mis manos esta copa rojiza
y olvídate de los gritos
y del tumulto de la lucha.
No desdeñes las baladas de los bardos
que cantan tus hazañas.
Sus himnos, ligeros como nubes,
te llevan a la inmortalidad;
y tu nombre no sobreviviría
si los bardos no lo cantaran.
(Ella le ofrece la copa y le dice
en voz baja, rápidamente)
Esta noche... a la señal... Ven...
(Luego ella se aleja pasando entre las
filas de caballeros entreteniéndose con
algunos de ellos)
MORDRED
(que la ha observado, dice para sí)
Han hablado en voz baja...
Él se ha sobresaltado...
¡Ah! Ginebra,
mi amor has rechazado
y tú lo amas, lo amas a él, ¡a Lancelot!
¡La desgracia caiga sobre ambos!
(Ginebra, seguida de todas las damas sale
lentamente, Arturo la acompaña hasta el fondo
de la escena. Cuando regresa al proscenio
ha sido preparada la mesa. Él hace señas a
los otros caballeros para que se sienten. El
banquete comienza. Cae el telón)
Cuadro Segundo
Escena Segunda
ª
(Una terraza del castillo. A la derecha, una
galería exterior, cubierta; en primer plano
un porche; detrás del mismo la puerta de los
apartamentos de la Reina. A la izquierda el
parque. Al fondo una balaustrada, detrás de
la cual se puede ver la copa de los árboles y
las torres. Anochece. Está nublado. Entre las
nubes aparece la luna. Lyonnel, a solas, está
sentado en el porche. Se oyen a lo lejos a los
vigilantes nocturnos)
LOS VIGILANTES
(fuera de escena)
¡Ohé! ¡Ohé! ¡Ho!
OTROS VIGILANTES
(más alejados)
¡Ohé! ¡Ohé! ¡Ho!
LYONNEL
¡Sólo se escuchan los centinelas
en el silencio de la noche!
Todo está en reposo.
(breve silencio)
Lancelot ¿qué has hecho?
¡Oh, querido maestro, que me
inculcaste el honor y la lealtad!
Tenía la esperanza de recibir
de tus manos las armas de caballero.
¡Ay! ¿Acaso mi corazón te condena?
Amor fatal, amor sacrilegio y maldito...
Lancelot, tú, el amigo de Arturo,
su hermano de armas y de gloria... ¡perjuro!
¡Deshonrado! ¡Traidor!
¿Cómo ha podido ocurrir esto?
El amor lo atrapó completamente.
Vive como en un sueño
sin comprender su crimen.
Al menos, si fuese más cauteloso,
si no dejara traslucir su amor...
¿Y Mordred? Siempre espiando. ¡Mordred!
Celoso de Lancelot, él también ama
a Ginebra pero fue rechazado.
¡Dios, si llegara a sorprenderlos!
Sólo para defenderlos velo en la noche.
(Se levanta y parece observar a alguien
que llega. Ginebra y Lanzarote, abrazados,
aparecen en el porche. Lentamente bajan
los escalones. Lyonnel, apenas los ve,
desaparece entre los árboles. Durante la
escena que sigue, pasa una o dos veces por
el fondo)
Escena Tercera
LANCELOT, GINEBRA
Deliciosa dejadez de todas las cosas.
Sueño encantado, sueño de amor
envuelto en el dulce perfume de las rosas.
Profunda y dulce embriaguez
en la que nuestras dos almas
confundidas, mudas,
en frenético éxtasis
se entrelazan con amor.
(llegan al extremo del porche)
LANCELOT
(Sentándose en un banco de piedra y
atrayendo hacia sí a Ginebra)
¡Oh! Abrázate fuerte contra mi pecho,
más fuerte, más fuerte aún.
Inclina como una flor tu cabeza,
joven y adorable,
sobre mi corazón.
GINEBRA
Sí, soy totalmente tuya,
mi dulce Lancelot.
Toma mi boca, mira mis ojos,
soy tuya,
soy tu sierva y tu esposa.
LANCELOT
¡Ginebra! Como un alegre pájaro
canta tu voz en mi alma.
A tu lado, ¡oh! consérvame siempre.
Sólo allí, Ginebra, me olvido
de lo que alguna vez fui en mi vida.
Eso es lo que ha logrado nuestro amor.
GINEBRA
Dulce amigo ¿qué quieres decir?
¿En qué pasado estás pensando?
¿Qué inflexible virtud choca con el delirio
con que se unen nuestros corazones?
Los amantes son los eternos vencedores.
El amor es nuestro único maestro.
Amado mío, sé feliz como yo lo soy.
Te amo con locura,
sin remordimiento, sin miedo.
No sé nada más que te amo, te amo.
LANCELOT
(con arrebato)
¡Oh, amada mía! ¡Mi único amor!
Al igual que los sueños funestos,
generados por la oscuridad,
huyen a la llegada del día,
toda mi melancolía desaparece
con el sonido de tu voz.
Cuando te veo, no existe para mí otra cosa
que tu sola belleza, estrella de mi vida.
AMBOS
Mi corazón, apaciblemente
se queda dormido entre tus brazos;
y mi pensamiento, vacilante, se inclina
agotado por el peso de tanta felicidad.
No veo en el mundo a nadie más que a ti.
El resto no es más que un sueño confuso,
nuestro éxtasis es divino y profundo.
(Permanecen silenciosos, inmóviles y
abrazados amorosamente como si
hubieran perdido la noción de lo que
les rodea. Lyonnel aparece de repente.
Vacilando, avanza hacia los amantes
y llama a Lancelot en voz baja)
Escena Cuarta
LYONNEL
¡Ya se hace de día, señor! ¡De día!
LANCELOT
(como despertando)
¡Ah! ¿Quién me llama?
LYONNEL
¡El día! Se acerca el día.
LOS VIGILANTES
(fuera de escena)
¡Ohé! ¡Ohé!
LYONNEL
¡Señor, os debéis ir!
GINEBRA
¿Ir?
¡Cómo!
¿Ya es de día...?
LOS VIGILANTES
¡Ohé! ¡Ohé! ¡Ya llega el día!
LYONNEL
¡Señor, rápido!
Escuchad el grito de los centinelas.
Pronto aparecerá el sol.
LOS VIGILANTES
¡Ha llegado el día!
LYONNEL
¡No tentéis a la suerte!
GINEBRA
(Alzándose)
¡Ay! ¡Amado mío!
¡Debemos separarnos, vete!
(Lyonnel entra en el castillo y vuelve
a aparecer poco después llevando
las armas de Lancelot)
LANCELOT
Las horas son lentas lejos de ti.
¿Cuándo nos volveremos a ver?
GINEBRA
Esta noche, esta noche tal vez.
Te avisaré...
(Después de un momento Mordred
aparece en el fondo de la escena.
Avanzando lentamente sin ser visto ha
podido reconocer a Ginebra y Lancelot
con las primeras luces de la aurora)
MORDRED
(Se retira y grita con fuerza)
¡Alerta, caballeros, traición!
¡Felonía!
LYONNEL
¡Gran Dios!
GINEBRA
¡Cielos!
MORDRED
¡Acudid, acudid todos!
LYONNEL
(que se había retirado un poco,
vuelve precipitadamente)
¡Señor es Mordred!
MORDRED
¡Caballeros alerta!
LANCELOT
(avanzando hacia Mordred)
¡Cobarde, toma tu espada!
(Se baten. Mordred cae, habiendo
recibido un golpe en el pecho.
Ginebra que ha seguido la lucha desde
cierta distancia corre ansiosamente)
GINEBRA
¿Muerto?
¡Muda su boca para siempre!
LYONNEL
¡El día avanza, señor, debemos irnos!
GINEBRA
Sí, el tiempo apremia.
Vete, mi amado, vete inmediatamente.
Sus gritos pueden haber sido escuchados.
Si alguien viniese... ¡Vete, amor mío!
LANCELOT
¿Abandonarte en un momento como éste?
GINEBRA
Estaré perdida si te encuentran aquí.
No puedes hacer nada por mí.
¡Márchate, cada instante es precioso!
LANCELOT
¡Ah! Ginebra, ¿Podré volver a verte?
GINEBRA
Espérame en el bosque cercano...
Guiada por Lyonnel, pronto te encontraré.
Nuestro amor no teme a nada.
LANCELOT
(frunciendo el ceño)
¡Caballero desleal!
Usé la espada para sostener mi mentira.
LYONNEL
¡Señor, en nombre del cielo!...
GINEBRA
¡Adiós, adiós!
(Lancelot, arrastrado por Lyonnel,
sale. Ginebra, asomada a la
balaustrada, lo sigue con la mirada,
luego se dirige al palacio. En el
momento en que ella llega a la puerta
de su aposento, Mordred, sin verla,
llama con voz débil)
MORDRED
¡A mí! ¡Ayuda!
GINEBRA
(Se vuelve con espanto)
¡Él! ¡Él! ¡Está vivo!
(Varios soldados salen del bastión y
aparecen en el fondo de la escena.
Ven a Mordred y lo rodean.
Es pleno día, El telón cae lentamente.)
ACTO SEGUNDO
Cuadro Primero
(Linde de un pinar. Los troncos, rectos
y regulares, producen el efecto de una
multitud de columnas. A la derecha un
acantilado cubierto de musgo y, cerca
de allí, un saliente de tierra donde es
posible sentarse. Al fondo, campos
extensos. Pleno día. El sol filtrándose a
través de las ramas produce manchas
brillantes en el suelo. Momentos después
de alzarse el telón, un campesino cruza la
parte posterior del escenario, sembrando)
Escena Primera
EL CAMPESINO
Rion, el rey de las Islas,
tenía ocho pies de altura, ¡Ohé!
Navegando en su barco de vela
cruza el mar para tomar,
en las ciudades,
a nuestras mujeres e hijas.
Las águilas de Lomond
velan sobre la montaña, ¡Ohé!
Ellas ven a los piratas avanzar en la noche.
"¡Merlín, despierta, despierta
que despierte también el Rey!"
(Lancelot avanza lentamente, agitado e
inquieto. Deja su espada y su capa al pie
de un árbol, al fondo de la escena)
Escena Segunda
LANCELOT
¿Lyonnel, habrá podido verla?
¡Que desesperación!
¡Esperar, y no poder hacer nada!
Nada... tan sólo esperar.
El día estaba a punto de despuntar,
¿Me habrán reconocido
los centinelas de la muralla?
¿Mordred habrá muerto?
Le asesté un golpe flojo,
si sólo lo hubiese...
¡Dios! Si él todavía estuviese vivo...
Si en su furor me hubiese acusado...
LA VOZ DE CAMPESINO
(fuera de escena)
He aquí el rico forro
de mi capa real, ¡Ohé!
Es el pelo de la barbilla
de los reyes muertos en batalla.
Arturo, tu barba dorada
Todavía no la tengo.
(El campesino entra en escena y cruza
por el fondo, de derecha a izquierda.
Lancelot escucha la canción con
creciente atención)
EL CAMPESINO
Arturo, blanco de ira,
blandiendo a Excálibur, ¡Ohé!
sobre el gigante feroz
se lanza gritando.
Y pronto el prado queda cubierto
de sangre roja.
(Se aleja. Se oye su voz, aún
después de salir de escena)
Jesús defiende a los suyos
el día de la batalla, ¡Ohé!
Y de pronto, el gigante
rueda sobre el polvo.
Arturo, corazón de halcón,
ha abatido a Rion.
LANCELOT
(como recobrando el sentido)
¡Arturo! ¡Arturo!
¡El más grande, el más sagrado de los reyes!
¡Él! ¡El caballero de Cristo!
¡El vencedor de los sajones!
(con explosión de dolor)
¡Ah, soy un villano!
He cometido el crimen más execrable.
Traicioné la amistad de un hombre
que me ama... de mi Rey.
Mi palabra es falsa.
Mi honor está profanado.
Y mi nombre,
que una vez fue símbolo de lealtad,
pronto será escupido
como una injuria sangrienta.
¿Cómo he caído tan bajo?
¡Infiel y perjuro! Sí, perjurio.
Para siempre estará ligada
a esa palabra mi infamia, lo sé bien,
Mi juramento, la lealtad y mi honor
desaparecieron tan pronto mis brazos
abrazaron a Ginebra.
GINEBRA
(fuera de escena)
¡Lancelot! ¡Lancelot!
LANCELOT
(percibiendo a Ginebra de lejos)
¡Es ella!
GINEBRA
¡Sálvame!
(Ginebra entra impetuosamente en
escena sin aliento. La acompaña Lyonnel
que se retira de inmediato)
LANCELOT
¡Mi Ginebra!
Escena Tercera
GINEBRA
¡Mordred está vivo! ¡Él te acusa!
Muchos caballeros se unen a él en tu contra.
Sólo Arturo te defiende.
Duda. Todavía se niega a creer.
LANCELOT
¡Cielos!
¿Todavía puedo salvarte?
¿Qué debo hacer?
GINEBRA
Un medio te queda: la audacia.
Con valentía, la frente alta,
regresa a Carduel.
Arturo no puede creer
que seas un criminal,
tú, su amigo, sólo tú
puedes defenderme.
Yo negué todo, pero es a ti,
sólo a ti, a quien él quiere oír.
LANCELOT
¿Presentarme ante el Rey?
¡Plocamar mi inocencia!
¿Qué voy a decir en mi defensa?
Bien sabes cómo me avergüenzo de mí mismo.
GINEBRA
Di lo que quieras, pero salva a Ginebra.
LANCELOT
¿Deben mis labios mentir,
yo, un caballero, yo, Lancelot,
debo disculparme delante de todos?
GINEBRA
Es necesario.
LANCELOT
¿Mentirle a mi noble señor?
GINEBRA
¿Una mentira más, a quién le importa?
¿No has sido desleal con él,
no lo traicionaste al ser mi amante?
LANCELOT
¡Ay de mí!
GINEBRA
¿Temes decir una última mentira
que salvará, ingrato, a quien te ama?
LANCELOT
Sí, es cierto,
el amor hace que me olvide de todo.
¡He traicionado al hombre
al que venero, al valiente Arturo!
¡A él, mi rey, mi hermano!
¡Él, que me nombró Caballero!
Fríamente traicioné su noble confianza
cuando él, a pesar de la evidencia,
me considera inocente.
Ginebra, ¿es esto posible?
No me exijas ese horrible sacrilegio.
Estoy dispuesto a derramar
mi sangre para salvarte.
Ordena que yo muera; quítame la vida.
GINEBRA
¡Ah! ¡Morir!
Eso sería mi perdición inmediata.
LANCELOT
¿Qué hacer? ¿No existe para salvarte
un medio menos bajo y menor pérfido?
GINEBRA
Es repugnante, lo sé; es infame,
pero debes hacerlo.
Mi honor lo exige y el tuyo también.
Has sido tú, Lancelot, con tu amor,
has sido tú quien me ha perdido.
No me niegues este favor; es necesario.
Vengo a ti angustiada, enloquecida,
desesperada, este horrible juramento,
lo entiendo bien, mucho te cuesta.
¡Ay! No me puedes salvar de otro modo.
El Rey todavía te cree fiel, pero duda.
Cada momento de retraso
aumenta sus sospechas.
¡Amor mío, el tiempo apremia!
LANCELOT
¡Ah, es demasiada mezquindad!
No volveré a poder sostener su mirada.
No tendré la dolorosa audacia
de mentirle a él en la cara.
Mi turbación lo descubrirá todo...
¡No, no, no puedo!
GINEBRA
¡Ah! ¡Cobarde! ¡Cobarde!
Dices que me amas
y eres tú el que me pierde.
Un escrúpulo estúpido
te impide salvar mi honor.
El perjuro y seductor,
el leal Lancelot, se hecha atrás.
Pues bien, ¡vete, abandóname!
Sola, iré a ver al rey.
Lo confesaré todo.
¡Que se cumpla mi destino!
¿Qué me importa ya?
Pero tú, márchate de inmediato.
Nuestro amor fue un mal sueño.
¡No quiero verte nunca más!
¡Te repudio, vete!
(Ginebra. sin fuerzas se deja caer
sobre un banco y pone su cabeza entre
las manos. Lancelot permanece
inmóvil en medio de la escena)
LANCELOT
¿Que dije? ¿Debo renunciar a aquella
que respondió a mi suplicante llamada?
Fui tan fiel a mi culpable amor
que logré darle una apariencia de lealtad.
Pero ahora todo se acabó. No queda nada.
¡Ah, qué importa!
(Tomando una repentina decisión)
¡El deshonor, las mentiras, el asco!
Los veo debilitarse, pálidos como la muerte...
Debo anteponer ante todo su salvación.
Después...
(Queda un momento inmóvil, con los
ojos fijos en el suelo. Luego, lentamente
se recobra y toma su espada. Ginebra,
siempre en silencio lo observa. Lancelot,
dubitativo se detiene varias veces.
Parece esperar una palabra de Ginebra
llamándolo. Pero ella calla. Si dirige
lentamente a la izquierda para salir. En
el momento en que desaparece de la vista,
Ginebra, sin excitarse, lo llama con voz
casi apagada)
GINEBRA
¡Lancelot! ¡Mi Lancelot detente!
¿Te marchas? ¿A dónde vas?
LANCELOT
(regresando)
Ante el rey.
voy a jurar, sin bajar la cabeza,
qué no hay nadie más fiel que yo.
(amargamente)
Ginebra, he aquí la prueba suprema,
él me creerá,
porque él me ama.
Sea. Voy a mentir.
Para salvarte sufriré el deshonor,
después, en el combate buscaré
una muerte noble y rápida.
GINEBRA
¡Tú! ¿Morir?
(Se levanta y se acerca a Lancelot)
¡Ah, no hables así!
Olvida esas palabras injustas.
¡Ay! Lancelot, estaba delirando.
Soy tuya y mi lugar está
en tu corazón, aquí.
(se aprieta tiernamente contra su pecho)
¿Qué te he dicho? Mírame... Perdóname.
No sé qué delirio me hizo decir
esas palabras de odio.
¡Oh, amado! Sin ti ¿podría yo vivir?
¿Sin tu amor, sin tus besos ardientes?
Al destino, sea cual fuere,
contigo me abandono.
Tú y yo abrazados
no debemos temer nada.
LANCELOT
Tu amor, tu ira, ¡ay!
Todo me tortura.
Tú misma lo dijiste,
tenemos que separarnos.
Con un último perjurio
puedo lograr que el Rey
siga creyendo en mí.
Sin embargo, debemos evitar
que nos vean juntos constantemente.
El odio de Mordred no cesará jamás.
Seremos espiados y sorprendidos,
y te perderás por tu adorable ternura.
GINEBRA
¡Está bien! ¡Huyamos!
LANCELOT
¿Huir?
GINEBRA
¡Mi amor lo impone!
Viva o muerta,
Ginebra nunca se separará de ti.
Un mismo destino nos une.
Dejaré de ser reina para así
poder adorarte mejor.
Mi corazón se regocija.
Soy tu botín, tu presa.
¡Llévame contigo, huyamos!
Tu castillo nos espera.
Que él sea nuestro refugio.
¡Ven, vamos, huyamos!
Amémonos libremente.
¡Oh, amor mío, el amor
es nuestro único juez!
Arturo nos perseguirá.
Pero, si él triunfa,
al menos nos habremos amado
hasta la muerte.
LANCELOT
Ginebra...
GINEBRA
Lancelot, mi Lancelot, te ano.
Donde quieras, llévame lejos.
Mi dignidad real, mi propio honor,
no me importa si los pierdo por ti.
LANCELOT
¡Siempre unidos!
¡Vivir juntos!
GINEBRA
Y no abandonarnos jamás.
LANCELOT
¿Hablas en serio, Ginebra?
Me parece estar soñando.
¡Ah, poder amarnos sin tapujos!
GINEBRA
¡Amarnos libremente todo el día!
LANCELOT
¡Vivir para nuestro amor!
GINEBRA
¡La felicidad soñada!
LANCELOT
¡Ser libre! ¡Por fin!
¡Felicidad Divina!
GINEBRA
¡Libres!
¡Felicidad verdadera, felicidad divina!
(Se arrojan uno en brazos del otro
y permanecen abrazados apasionadamente)
GINEBRA, LANCELOT
Nuestros cuerpos encadenados
uno al otro, para siempre,
Al igual que nuestros corazones.
Ningún amor es similar al nuestro.
¡Oh, delicias del amor!
¡Oh, infinito arrobamiento!
LANCELOT
Ginebra, mi Ginebra,
alma altiva y divina,
te amo y seré tuyo para siempre.
GINEBRA
(con dulzura)
Te amo, Lancelot.
Estrecha contra tu pecho
a tu amante fiel y colmada de felicidad.
LANCELOT
(la lleva con él)
Ven.
(El telón cae rápidamente)
Cuadro Segundo
Escena Cuarta
ª
(Patio interno del castillo real, en Carduel.
El patio, en forma de claustro está rodeado
de galerías cuyas altas columnas permiten
ver el jardín que ocupa el centro del patio.
El jardín está formado por grandes árboles,
arbustos enmarañados y plantas trepadoras.
El ángulo formado por la unión de dos
galerías se encuentra aproximadamente en
el centro de la escena. Al fondo y a la
derecha de la galería, una puerta elevada a
la que se accede por medio de algunos
escalones permite acceder a los apartamentos
reales. A la altura del telón, algunos caballeros
hablan entre ellos en voz baja. Arturo entra
por la izquierda, y se acerca a uno de los
caballeros)
ARTURO
¿Lancelot, no ha aparecido aún?
UN CABALLERO
Todavía no, señor.
(Hace un gesto a los caballeros para
que se alejen. Después lentamente se
dirige hacia la galería)
ARTURO
Siempre, siempre trato de alejar
este pensamiento.
Pero es en vano.
La paz huye de mi alma angustiada.
No puedo reencontrar mi confianza.
¿Cómo acabar con esta horrible duda?
¡Ginebra! ¡Lancelot!
No, no, es imposible.
Pero, ¿por qué no viene?
Lancelot, mira, te estoy llamando,
te abro mis brazos.
Dime que él mintió.
Mi corazón te cree leal.
(Continúa su lenta caminata,
después se detiene de nuevo)
Desalojé de los altares a los falsos dioses.
Expulsé del país a los odiados sajones.
Para lograr la justicia en este mundo
fundé la Mesa Redonda.
Creí que mi obra era inmortal y fructífera.
¡Ay, descubro un germen mortal!
Los Caballeros, entre ellos, luchan por celos.
Ya no soportan, sin penoso esfuerzo,
la austera regla que los une.
Escuchan a Mordred que los impulsa
en secreto a la rebelión.
Mi corona ha fascinado sus ojos.
Y noto que él me odia.
La traición me rodea.
Han conformado una oscura trama
contra mi leal Lancelot...
¿O también debería sospechar de él?
¡Ah! ¿Por qué,
por qué me abandonaste, Merlín?
Tú que me ayudaste
en los primeros días de la lucha.
Mira, nuestra obra colapsa
y yo resisto en vano,
no puedo detener la caída.
Merlín, ¡oh, dulce amigo de antaño!
¿Qué encantamiento te mantiene
lejos de Arturo que te implora?
Mira, bajo una pesada carga
Vacilo y sucumbo.
¡Ven, ven! ¿Dónde estás?
¡Merlín, escucha mi voz!
Escena Quinta
(Los árboles se inclinan ligeramente.
Se ve un resplandor verdoso. En el
medio está Merlín, apoyado en las
ramas de un manzano. Se lo ve
como un anciano. Lleva una larga
túnica blanca, su larga barba blanca
le llega hasta la cintura Durante toda
la escena habla sin hacer gestos. En
el momento de la aparición de Merlín,
Arturo esta de frente al público y no
se percata de su presencia hasta que
él lo llama)
MERLÍN
Arturo.
ARTURO
¡Merlín!
Amigo fiel y querido, mis angustias
me han reunido nuevamente contigo.
(Arturo entra en el jardín)
MERLÍN
Verde manzano profético
que bajo tu profundo follaje
revelas palabras mágicas.
¡Cuántos siglos han pasado!
¡Oh, manzano en flor!
Los días señalados se han cumplido.
¡Ay! Las águilas centenarias
esta noche abandonaron Lomond
y gritan las palabras simbólicas.
¡Oh, manzano verde, árbol amigo!
ARTURO
Tus palabras son oscuras
como el rugido del mar.
Merlín, no puedo interpretarlas.
MERLÍN
No esperes nada del futuro.
Nuestra común tarea
ha sido destruida y despreciada.
La Mesa Redonda morirá.
ARTURO
¿Así que todo se acaba?
¿No queda esperanza?
(Un breve silencio, luego
continúa con voz temblorosa)
¿Cuál es la causa
de este colapso?
En otra época dijiste
que nuestra obra era inmortal.
Leías el futuro.
¿Qué misterio te rodea?
¿Por qué te veo inmóvil?
¿Encadenado por las flores?
¿Soy el juguete de un sueño?
¡Oh! ¡Habla, háblame!
MERLÍN
Fuimos ciegos.
Confiamos demasiado
en la virtud de los hombres.
El sitio consagrado
ha sido cubierto de ortigas.
Es un crimen, aún oculto,
que el orgullo y los rastreros celos
han hecho falsas las profecías.
No me interrogues más, ¡oh, rey!
Mi lengua debe permanecer muda.
Salí de mi prisión secreta para decirte:
¡resígnate!
Pronto dejarás esta tierra.
El celestial murmullo del agua,
como otras veces en tus sueños,
te rodeará de misterio.
El día en que se revele tu gloria
¡Oh, hijo de Pendragon!
¡Oh, guerrero inigualable!
los robles, en su alegría,
se cubrirán de flores rojas,
y se revestirán
de plata, oro y seda.
Los guerreros muertos se alzarán,
y el sol, brillante y ardiente,
desde su círculo deslumbrante
coronará tu frente.
ARTURO
Espero la llegada de la muerte
sin miedo.
Merlín, una palabra aún.
¿Ese crimen oscuro
del que hablaste temblando?
(con excitación)
Se trata de Ginebra, ¿verdad?
¿Lancelot y Ginebra son inocentes?
(Silencio)
Merlín, ve mi angustia, respóndeme.
(Silencio)
Recuerda que tu silencio los acusa.
(Silencio)
Merlín, ¿no soy yo tu rey?
¡Habla, habla, te lo ordeno!
(Los árboles se normalizan. La visión
desaparece. Arturo permanece inmóvil
por un instante, luego, de golpe .se lanza
a la galería gritando)
¡Ginebra, Ginebra, ven aquí!
(atraviesa toda la escena y
desaparece por la puerta del fondo)
LOS CABALLEROS
(acudiendo presurosos)
¿Quién llama? ¿Qué ocurre?
¿Por qué esos gritos? ¡El rey!
OTROS CABALLEROS
(acudiendo)
¿Qué ocurre? Parece fuera de sí.
TODOS
¡El rey anda furioso gritando!
ALGUNOS CABALLEROS
¿El Rey? ¿Qué queréis decir?...
UN CABALLERO
¿No lo sabéis?
TODOS
¿Qué? ¡Habla!
LOS CABALLEROS
La reina ha desaparecido.
TODOS
¿La reina, desapareció?
PRIMER CORO
Sin dudas con Lancelot.
LOS CABALLEROS
Los han visto en el bosque cercano,
Luego, a caballo, huyeron hacia el mar.
SEGUNDO CORO
¡Ah, la desgracia ha caído sobre nosotros!
PRIMER CORO
¿Qué? ¿Qué dices?
SEGUNDO CORO
¿Porque Mordred lo ha dicho?
PRIMER CORO
¡Qué! ¿Debía permanecer en silencio?
SEGUNDO CORO
Sí.
PRIMER CORO
¡Lancelot denigrado! ¡Qué alegría!
SEGUNDO CORO
¿Olvidáis al Rey y el honor
de la Mesa Redonda?
PRIMER CORO
¡Muerte a la Mesa Redonda!
¡Basta de imposiciones!
¡Ya no queremos sus reglas absurdas!
SEGUNDO CORO
¡Traidores, silencio, callaros!
¡Caballeros infames, callaros!
(Arturo aparece en escena blandiendo su
espada. Enloquecido y furioso, se precipita
sobre los caballeros con voz tronante)
ARTURO
¡A la guerra, contra el secuestrador!
TODOS
¡A la guerra!
(El telón cae rápidamente)
ACTO TERCERO
Cuadro Primero
(En lo alto de una colina que domina
el campo de batalla. A la derecha
algunos pinos y rocas. Al fondo, el mar.
Apenas se alza el telón, Ginebra entra
precipitadamente en escena seguida de un
viejo escudero)
Escena Primera
ALLAN
¡Por favor, señora, deteneos!
El campo de batalla está cerca;
¡mirad!
GINEBRA
Vete, no temo nada.
(avanza hasta el extremo derecho
de la escena y observa ansiosamente
a lo lejos)
La suerte está echada.
Creía que Lancelot se echaría atrás.
Todos mis temores han desaparecido.
Lancelot va a la batalla.
Lancelot será el vencedor.
ALLAN
Sí, sin duda, él triunfará.
Todo hace prever su próxima victoria.
(amargamente)
Mordred, está en el castillo
curando sus heridas.
Se dice, que ha sido proclamado rey.
Sus muchos seguidores,
hastiados de la Mesa Redonda,
han abandonado la causa de Arturo.
GINEBRA
(interrumpiéndolo)
¡Cállate, cállate, anciano!
(Allan se aleja sacudiendo tristemente
la cabeza. Ginebra sigue mirando la
llanura. De repente se vuelve como
sacudida por un pensamiento imprevisto.
Regresa al centro de la escena y se sienta
sobre una piedra)
¡Ah, mi angustia es profunda!
Una terrible duda me rompe el corazón.
¿Lancelot, mi Lancelot,
me sigue amando?
Por él, sin dudar lo dejé todo
y sin el menor remordimiento.
Pero él, ¡cómo ha cambiado!
ALLAN
(junto a un árbol mirando a lo lejos)
Aquellos caballeros, allí, corriendo desesperados...
Se diría que... pero no, es imposible.
GINEBRA
(Sin oírlo, sentada con los codos sobre
las rodillas, pensando el Lancelot)
Tiste y en silencio, una cruel desesperación
ensombreció su rostro.
A veces, su mirada parece evitar la mía.
ALLAN
¡Ah, un caballo ha caído!...
El caballero, en medio del tumulto,
a pie continúa avanzando.
GINEBRA
¡Ah! ¿Y si fuera verdad?
¿Si el remordimiento de su alma
hubiese matado al amor?
ALLAN
(dirigiéndose a Ginebra)
¡Señora, mirad, es él!
El señor Lancelot.
GINEBRA
Allan, ¿estás loco?
Lancelot darse por vencido ...
ALLAN
(interrumpiéndola)
¡Es él, es él! Viene por ese lado.
GINEBRA
(levantándose)
¿Está herido?
(Ella asciende a lo alto y comienza a
mirar hacia la llanura. De inmediato llega
Lancelot, con aire de derrota, sin armas,
seguido por Lyonnel y algunos
escuderos. Apenas ve a Ginebra se
detiene bruscamente).
Escena Segunda
LANCELOT
¡Dios! ¡Ginebra!
GINEBRA
(corriendo ante él)
¡Herido, herido!
¡No! ¿Pero entonces?...
¿Qué significa?... ¡Habla, habla!
LANCELOT
(en tono casi hablado)
He huido.
GINEBRA
¿Qué estás diciendo?
¡Huiste, huiste!
LANCELOT
¡Ah, Ginebra, tú lo quisiste!
A pesar de mi horror por el sacrilegio,
vencido por tus ruegos, libré la batalla.
La embriaguez del combate
inicialmente me aturdió.
Olvidé contra quien me atrevía
a levantar mis armas.
Pero, de pronto, entre sus caballeros.
destacándose por su gran estatura,
blandiendo en su mano a Excálibur,
roja de sangre, lo vi... ¡Arturo!
Entonces, una claridad repentina y terrible
invadió mi alma.
Una vergüenza indecible se apoderó de mí.
Tiré mis armas y, huí, huí, huí.
GINEBRA
(para sí)
¡Ah, todo está perdido!
Justo en el último momento
él se alejará de mí.
LANCELOT
¿Qué he hecho?
Este combate fratricida, ¿por qué?
¿Por qué lo motivé?
GINEBRA
¡Ingrato! ¿No lo recuerdas?
Nuestro amor lo exigía.
¡Tu fiel Ginebra ya no es nada para ti!
Ante la sola presencia de Arturo
tu amor murió, lo mismo que tu valor.
En el momento decisivo
abandonaste la lucha y huiste.
Inútil cobardía de un corazón pusilánime,
al que aferra un círculo de hierro.
LANCELOT
(para sí)
Sí, la fuga fue estéril y vana,
el pasado no se puede borrar.
GINEBRA
(con vivacidad)
¿Qué importa el pasado?
Un amor indomable
nos une para siempre el uno al otro.
Por siempre, por siempre.
Ese es nuestro bien supremo,
el único que nos queda en el mundo.
Defenderlo hasta la muerte
es nuestro único deber.
(Lancelot permanece inmóvil.
Ginebra lo observa con ansiedad)
Lancelot, ¿qué pretendes hacer?
Tu mirada me aterra.
¡Ah!
(acercándose a él con gran ternura)
Ve a combatir y sé el vencedor.
Querido amor mío,
esta será la última prueba
y luego seré tuya para siempre.
LANCELOT
(tomando una decisión se
levanta muy calmadamente)
He tirado mis armas.
No voy a retomarlas para luchar en rebeldía.
GINEBRA
¡Dios!
LANCELOT
Voy a detener el combate.
GINEBRA
¡Insensato, es imposible!
LANCELOT
Aún a costa de MI vida
sabré llegar hasta el rey...
GINEBRA
¿Prefieres la muerte
al amor de tu Ginebra?
LANCELOT
Te amo con toda mi alma.
GINEBRA
¡Cállate, cállate!
LANCELOT
¡En este momento supremo
erradico de mi corazón todo
lo que fue mi vida y mi felicidad culpable!
GINEBRA
¡Ah! Si me amaras como yo te amo,
¡no habría nada más importante en el mundo
que nuestro amor!
LANCELOT
El más santo de todos los deberes lo ordena.
Un velo cayó de mis ojos y por fin comprendo.
Obedezco la voz que habla en mi corazón.
¿Ginebra, aceptas compartir mi destino?
GINEBRA
¿Qué quieres decir?
LANCELOT
Unidos en el amor, unidos en el pecado,
estaremos también unidos en la expiación.
GINEBRA
¿En qué estás pensando?
Volver a ver a Arturo.
¡Implorar su piedad!
Quizás su misericordia.
¡Nunca. Jamás!
LANCELOT
¡Ginebra!
GINEBRA
¡Jamás!
(El fragor del combate se hace sentir
cada vez más cercano. Toques de
clarín se responden de diferentes lados
de la escena)
LANCELOT
Escucha... esos toques...
Allá, la batalla continúa.
Fluye la sangre...
por una causa criminal.
¿Qué estoy haciendo aquí?
El tiempo se acaba...
Si el rey fuese herido...
Ginebra, está decidido...
¡No volveré a verte!
(La mira con una pasión
angustiada, después, con
un esfuerzo dice)
Adiós. Adiós.
(Regresa hacia el fondo de la
escena y se dirige a sus escuderos)
Os encomiendo velar
por el honor de la Reina.
A bordo de mi embarcación
conducidla
a un puerto de la Gaula.
Allí, ella no tendrá
nada que temer.
Lyonnel, tú ven conmigo.
LYONNEL
¡Mi señor!
GINEBRA
(Precipitándose en brazos de Lancelot)
¡Lancelot! No me abandones.
La vida nos separa...
Está bien, ¡que la muerte nos reúna!
Unidos en el amor, unidos en el pecado,
unidos, para siempre unidos, en la muerte.
LANCELOT
¡Ginebra, Ginebra!
Mi vida sólo pertenece a mi rey.
GINEBRA
(Con un grito de ira)
¡Ah!
(Ella lo rechaza violentamente y
se desplaza al lado opuesto de la
escena. Lancelot, arrastrado por
Lyonnel, sale haciendo un gesto
de desesperación. Las trompetas
cada vez se oyen más cercanas.
Luego, los escuderos, en silencio,
se aproximan a la reina)
GINEBRA
(viéndolos, dice con voz ronca y
Agitada, muy rápidamente)
¿Qué estáis haciendo aquí?
¡Al barco! ¡Al barco!
¡Preparad la salida!
¡Vamos!
(Los escuderos salen por la
izquierda. Allan, duda en seguirlos)
Escena Tercera
ALLAN
(tímidamente)
Señora, perdonad...
GINEBRA
¡Vete; Vete!
(Allan se retira lentamente; Ginebra
permanece sola dando grandes pasos
y emitiendo gritos inarticulados. El
fragor de la batalla se va atenuando)
¡Ah! ¡Traicionada!
¡Abandonada! ¡Despreciada!
¡Le supliqué en vano, a él, a Lancelot!
Le imploré la dicha
de poder morir en sus brazos.
Y él, sin piedad...
Sin importarle el recuerdo su Ginebra,
sin recordar su otrora amor enloquecido,
¡él huye de mí! ¡Huye de mí!
(Sin embargo yo aun lo amo.
Los rumores del combate han cesado.
Ginebra avanza hacia la derecha y
observa hacia la llanura)
¡Dios! Esta repentina calma...
este silencio... ¿Podría ser?...
Sí, la batalla ha cesado.
¡Él ha sido capaz
de lograr la rendición total!
(Se deja caer sobre una roca y
permanece en silencio)
¡Que yo lo sobreviva!
¿Cómo ha sido capaz de pensarlo?
¿Por qué seguir una vida inútil,
sin gloria, sin amor?
¡Olvidada! ¡Abandonada!
Aquí está el final de la jornada.
Cae la noche sobre mi destino.
Sin quejarte, sin murmurar
entra Ginebra, entra en
las sombras para siempre.
(se levanta, parece buscar un arma,
luego, llevándose la mano a la frente
se detiene como golpeada por una idea
imprevista. Comienza a deshacer las
trenzas de su cabello)
Ornamento de una belleza vana,
cabellos oscuros y azules como la noche,
que no supieron retener a Lancelot
con sus redes sedosas,
¡prestadme vuestra ayuda amiga!
Fuisteis mi orgullo en los días más felices,
ahora ayudadme, ayudadme a morir.
(Ajusta su cabello alrededor del
cuello, se estrangula, cae y muere)
(El telón cae lentamente)
Cuadro Segundo
Escena Cuarta
(Una llanura a la orilla del mar. En
primer plano a la izquierda un grupo
de árboles y algunas rocas. Retamas,
narcisos y otras plantas perennes. En
segundo plano, más abajo, la playa
forma una ensenada rodeada de rocas.
Un acantilado se sumerge directamente
en el mar. Horizonte extenso. Cae la
tarde. Lancelot está en el suelo inerte,
rodeado por algunos solados, mientras
otros, al fondo, se ocupan de trasladar
muertos y heridos)
TERCER SOLDADO
(inclinado sobre el cuerpo de Lancelot)
Su cuerpo está cubierto de heridas.
CUARTO SOLDADO
Aquí en el brazo...
PRIMER SOLDADO
A en la cabeza también.
TERCER SOLDADO
Diez heridas en el pecho...
UN ESCUDERO
Y sin embargo, ¿aún vive?
CUARTO SOLDADO
(pone la hoja de su espada
en la boca de Lancelot)
De sus labios no surge aliento.
(Se inclina sobre su pecho)
Pero su corazón está latiendo...
Aunque tan débil
que apenas se le oye.
SEGUNDO SOLDADO
Quizás los rayos del sol lo reanimen.
EL ESCUDERO
¡Llevémosle junto a esa roca!
(Los soldados toman a Lancelot
entre sus brazos y lo acuestan junto
a una roca iluminada por el sol)
TERCER SOLDADO
¡Qué grande y fuerte es!
PRIMER SOLDADO
¡Y qué hermoso!
Sobre su pálido rostro
que fiereza viril se observa.
CUARTO SOLDADO
¿Quién podría igualar a Lancelot?
EL ESCUDERO
¡Ah! ¡El más noble
y más valiente caballero!
Sin embargo, murió como un rebelde
(otros soldados se acercan)
LOS SOLDADOS
Sí, rebelde. Traidor a su rey.
Si la Mesa Redonda acaba
¿de quién es la culpa si no de él?
EL ESCUDERO
(deteniéndolos)
¿Debemos juzgarlo nosotros?
Ve a llamar al Rey
TERCER SOLDADO
¡Ya ha ido Lyonnel! ...
SEGUNDO SOLDADO
(mirando a la derecha)
¡Aquí llega el rey!
(Los soldados forman detrás de
Lancelot. Arturo llega acompañado
de Lyonnel que está finalizando su
narración sobre la muerte de Lancelot)
Escena Quinta
LYONNEL
(Caminando)
Ellos no obedecieron...
Así que, sin armas,
se lanzó entre los combatientes.
(Arturo lo detiene con un gesto,
señalando el cuerpo de Lancelot.
Arturo se acerca y lo mira por un
largo tiempo, en silencio. Los
soldados se retiran al fondo)
ARTURO
¡Ginebra! ¡Lancelot! ¡Ambos muertos!
Aquellos a quienes
más amaba en el mundo
implacablemente han roto mi corazón.
Pero la herida es demasiado profunda;
No me queda nada más que mi dolor.
Todo, todo se viene abajo de una vez,
¡Todo se derrumba!
La obra de mi vida ha sido destrozada.
Al grito de mi corazón herido
ningún corazón puede responder.
LYONNEL
(arrodillado junto a Lancelot
¡Señor, mirad! Entreabre los ojos...
sus labios se mueven...
¡Está vivo!
LANCELOT
(recobrando el sentido. Está frente
a los espectadores y no deja ver a
Arturo que se encuentra detrás de él)
¡Detened, detened el combate!
LYONNEL
Señor, la batalla ya terminó.
Estáis sufriendo...
¿Qué necesitáis?
LANCELOT
(siempre sin ver a Arturo)
Arturo, aquí estoy... me entrego a ti.
Toma, acepta mi espada...
¡Oh, golpéame, golpéame!
(gira y ve a Arturo)
¡Arturo!
(quiere levantarse apoyándose en
Lyonnel, pero cae pesadamente)
No puedo ...
Las fuerzas me abandonan...
Haz justicia.
Mátame... y venga tu honor.
ARTURO
(con extrema calma)
¿Mi honor?
¿Crees que él depende de los otros,
y no de mí mismo?
Probablemente ha llegado la hora
en que voy a dejar este mundo.
¡Ay de mí, sin pesar!
Apenas sigo siendo un hombre.
El aliento de la muerte
ya ha hecho palidecer mi rostro.
Las cosas terrenales pasan
ante mi mirada como a través de un velo.
En el umbral de la noche insondable,
mis ojos se detienen sin ira,
resignado y dolorido,
sobre todo aquello que fue nuestra vida.
LANCELOT
¡Ah, imágenes llenas de amargura!
¿Qué ha sido? ¿Qué podía haber sido?
¡Qué vida estéril! ¡Desperdiciada!
ARTURO
¡Puñalada mortal del destino!
¡Ah! Yo creía en el poder del esfuerzo,
en la energía de la voluntad.
Luché incansablemente...
Y ahora ¿qué queda?
¡La esperanza decepcionada!
Todos los esfuerzos inútiles, inútiles.
LANCELOT
¿Quién puede conocer la fuerza de los
pensamientos y la duración de las cosas?
Cuando pasen los años
tu nombre podrá desaparecer,
pero más duradero que tu gesta gloriosa,
tu pensamiento, Arturo, será inmortal.
El amor que inunda tu corazón
brilla como una llama eterna.
¡Vivirás! ¡Vivirás!
Para los otros la muerte es el olvido eterno.
Ellos desaparecerán para siempre.
¡Ay! ¡Ay! Como yo.
(muere)
LYONNEL
Ha muerto... ¡Ah! ¡Mi señor!
ARTURO
(acercándose a Lancelot y
observándolo con tristeza)
Descansa en paz, pobre alma.
(hace una señal. Se acerca un grupo de
soldados que se llevan el cadáver de
Lancelot. Lyonnel los sigue)
Escena Sexta
ARTURO
Señor, señor, ya sin fuerzas
me abandono en tus manos.
Mi valor ha sido vencido.
Ya no tengo esperanzas.
En un sueño eterno,
si es posible,
haz que duerma mi sufrimiento.
(un coro invisible, puro y diáfano, se
eleva y se amplifica. Sus palabras se
vuelven cada vez más nítidas)
CORO
Ven sobre las olas azules.
ARTURO
¿Qué oigo?
CORO
Y más allá de las estrellas,
en un mundo donde se revelan
los misteriosos secretos.
Más allá de todas las cosas
que deben perecer un día,
ven Arturo, ven a dormir
en el cielo apacible y rosado.
ARTURO
Espíritus misteriosos,
no oso comprenderos.
¿Venís, venís a derramar
el olvido eterno sobre mis ojos?
CORO
¡Ven! Aquél que nos envía
te asigna un destino sublime.
El sueño y no la muerte
mecerá tu corazón sin alegría.
ARTURO
Dormir
Olvidar
¡Dejar de existir!
No sufrir más...
CORO
¡Ven, olvídate de un mundo impuro!
¡Ven, oh alma herida,
a una isla acariciada
por las olas de oro y azul!
La brisa fresca y calma
hace cantar a los tupidos bosques.
En una paz eterna
dormirás bajo las palmeras.
El clavel, la rosa y el lis
se inclinan hacia tu boca;
y para embalsamar tu lecho,
se abrirá la flor del lirio.
(En la parte posterior del escenario,
en medio de un resplandor rosado,
alrededor del Sol, vemos aparecer y
avanzar sobre el mar una nave llena de
muchachas. Una de ellas, de pie en la
popa, extiende sus grandes alas a modo
de vela)
ARTURO
¡Oh, tierra amada!
¡Oh, Patria! ¡Oh, Bretaña!
Sagrado sol bañado
con la sangre de mis antepasados.
Salvaje Carmélide y tú,
verde Cumbria,
recibid mi último adiós.
Ha llegado el momento de terminar
con las grandes aventuras,
con los valientes caballeros
vestidos de oro y hierro.
Amables con los desafortunados
y terribles con los perjuros.
¡Firmes rocas frente al mar!
CORO
¡Arturo, oh, noble víctima!
Juguete de un sueño eterno.
Ven. El mundo es demasiado cruel
para tu sublime alma.
El destino desbarató tus planes.
Tu obra se tambalea y se derrumba
en el inevitable oleaje que arrastra
a todos los seres humanos.
ARTURO
(deja lentamente es escudo y la espada)
Y vosotras,
fieles compañeras de batalla:
Pridwann, Excálibur, ¡adiós!
Os dejo para siempre;
descansad en el océano
que baña Cornualles.
Nadie volverá a empuñaros.
(Arturo se aproxima al borde del
acantilado y arroja sus armas al
mar. En ese momento el barco
llega a la orilla y Arturo desciende
hacia la nave. Una roca impide ver
a Arturo que se sube a la embarcación.
A continuación, la nave zarpa y va
hacia el fondo del escenario. Arturo,
recostado, parece dormir. A lo largo
de esta escena continúa oyéndose el
coro)
CORO
Tu obra fue hermosa.
Sólo son héroes
aquellos que luchan
sin descanso por la justicia eterna.
Cuando llegue el día del despertar,
desplegarás tus alas
con la frente coronada de estrellas
y descenderás del sol.
Con sublime determinación,
volverás a la tierra
para retomar tu gran trabajo
y librar fieros combates.
¡Arturo! Sobre tu frente real,
que ha desdeñado la Victoria,
se posará la gloria suprema
de haber creído en un ideal.
(El disco solar se sumerge en el mar.
Su resplandor impide por un momento
ver la nave, que se dirige hacia él.
Cuando el sol desaparece, la escena
está totalmente vacía. El resplandor
del cielo se atenúa y el telón desciende
lentamente)
Digitalizado y Traducido por:
José Luís Roviaro 2025 |