DON CARLOS

 

Personajes

FELIPE II

CARLOS

ISABEL

RODRIGO       

PRINCESA DE ÉBOLI     

GRAN INQUISIDOR   

TEBALDO

CONDE DE LERMA

Rey de España      

    Infante de España         

Princesa de Francia     

     Marqués de Posa          

Noble Español     

   Inquisidor General del Reino       

Paje de Isabel    

Embajador del Rey de España   

Bajo

Tenor

Soprano

Barítono

         Mezzosoprano

Bajo

Soprano

Tenor

 

La acción se desarrolla en el Palacio de Fontainebleau, Francia, en el Primer Acto.
En el Palacio de El Escorial y en el Monasterio de Yuste, España, en los restantes actos.
Año de 1560.

 

ACTE I


(La forêt de Fontainebleau. L'hiver. Le palais dans 
le lointain. À droite, un grand rocher forme une sorte 
d'abri)

Introduction 

(Des bûcherons, leurs femmes, leurs enfants. Les uns 
s'occupent à dépecer des chênes abattus. Les autres 
traversent le théâtre, portant des fagots, des pièces 
de bois et des instruments de travail; les femmes et 
les enfants se chauffent à un foyer allumé sous le grand 
rocher)

LES BÛCHERONS, LEURS FEMMES
L'hiver est long! La vie est dure!
Le pain est cher!
Quand donc finira ta froidure,
O sombre hiver!
Hélas! Quand finira la guerre?
Hélas! Reverrons-nous jamais
Et nos fils dans notre chaumière
Et des blés mûrs dans nos guérets?
L'hiver est long! etc.
Tout meurt au bois, dans la plaine
L'eau des fleuves manque aux troupeaux
Et l'hiver glace la fontaine,
Notre fontaine aux belles eaux!

UN BÛCHERON
Amis, hâtons-nous l'ouvrage!
Que nos femmes, nos fils, nous donnent du courage!
Avec la paix, ô travailleurs,
Nous reverrons des jours meilleurs!

LES BÛCHERONS, LEURS FEMMES
... des jours meilleurs!

LES BÛCHERONS
Entendez-vous? Les trompes sonnent!
Entendez-vous? Les cors résonnent!
La cour a quitté le palais!
Le Roi chasse dans nos forêts!

LES CHASSEURS 
(au loin)
Le cerf s'enfuit sous la ramure...
Par Saint Hubert!
Suivons-le, tant que le jour dure,
Au bois désert!

LES BÛCHERONS
Le son du cor de nous s'approche!
Il retentit de roche en roche!
L'air est plein de leur bruit joyeux!
Que le sort des rois est heureux!

(Élisabeth de Valois, paraissant à gauche, à cheval,
conduite par Thibault, son page; valets et piqueurs)

LES BÛCHERONS, LEURS FEMMES
C'est la fille du Roi! Vite, approchons-nous d'elle!
Elle est aussi bonne que belle!
La noble Élisabeth...

ÉLISABETH 
(arrêtant son cheval au milieu des bûcherons)
Amis, que voulez-vous?

LES FEMMES 
(menant Élisabeth une femme en deuil)
Nous ne demandons rien pour nous,
Mais secourez dans sa misère
Cette veuve dont les deux fils,
Sous l'étendard du roi partis,
Ah! ne sont pas revenus!

ÉLISABETH 
(à la pauvresse)
Ma mère,
Je te donne ma chaîne d'or...

(aux bûcherons) 

Et vous tous, espérez! Bientôt la triste guerre
Finira. De beaux jours pour nous luiront encor!
Vers le roi Henri deux, mon père,
Un envoyé d'Espagne est venu... De la paix
Bientôt, s'il plaît à Dieu, renaîtront les bienfaits!

LES BÛCHERONS et LEURS FEMMES
Noble dame, que Dieu vous donne,
Dans notre coeur lisant nos voeux
Un jeune époux, une couronne,
Avec l'amour d'un peuple heureux!
Avec la paix, ô travailleurs,
Nous reverrons des jours meilleurs!

(Élisabeth sourit, salue les bûcherons et leurs 
femmes, reprend sa marche avec sa suite et sort 
droite, au bruit des fanfares. À ce moment, Don 
Carlos paraît à gauche, se cachant parmi les arbres)

LES CHASSEURS 
(au loin)
Le cerf s'enfuit sous la ramure...
Par Saint Hubert!
Suivons-le, tant que le jour dure,
Au bois désert!

LES BÛCHERONS, LEURS FEMMES
Avec la paix, ô travailleurs,
Nous reverrons des jours meilleurs!

(Les bûcherons regardent s'éloigner la Princesse, 
reprennent leurs instruments de travail, se remettent 
en route et disparaissent au fond)

Récit Et Romance 

DON CARLOS 
(seul)
Fontainebleau! Forêt immense et solitaire!
Quels jardins éclatants de fleurs et de lumière
Pour l'heureux Don Carlos valent ce sol glacé
Où son Élisabeth souriante a passé?
Quittant l'Espagne et la cour de mon père,
De Philippe bravant la terrible colère,
Caché parmi les gens de son ambassadeur;
J'ai pu la voir enfin, ma belle fiancée,
Celle qui dès longtemps régnait dans ma pensée,
Celle qui désormais régnera dans mon coeur!
Je l'ai vue, et dans son sourire,
Dans ses yeux pleins d'un feu charmant,
Tout ému, mon coeur a pu lire
Le bonheur de vivre en l'aimant.
Avenir rempli de tendresse!
Bel azur dorant tous nos jours!
Dieu sourit à notre jeunesse,
Dieu bénit nos chastes amours!

Scène et Duo 

(Il s'élance sur les traces d'Élisabeth, puis incertain, il 
s'arrête et écoute. Un appel de cor se fait entendre dans 
le lointain)

DON CARLOS
Le bruit du cor s'éteint sous l'ombre épaisse,
On entend des chasseurs expirer le refrain...

(Il écoute) 

Tout se tait! La nuit vient et la première étoile
Scintille à l'horizon lointain!
Comment vers le palais retrouver mon chemin,
Dans ce bois que la brume voile?

THIBAULT 
(au dehors)
Holà! piqueurs! Holà! pages du Roi!

DON CARLOS
Quelle voix retentit dans la forêt immense?

THIBAULT
Holà! bons paysans et bûcherons!... à moi!

(Le page paraît avec Élisabeth s'appuyant à son bras)

DON CARLOS 
(se retirant l'écart)
Ah! Quelle ombre charmante ici vers moi s'avance?

THIBAULT 
(avec effroi)
Ah! J'ai perdu le sentier effacé...
Appuyez-vous sur moi, de grâce!
La nuit vient et l'air est glacé...
Marchons encor.

ÉLISABETH
Dieu! Comme je suis lasse!

(Don Carlos paraît et s'incline devant Élisabeth)

THIBAULT 
(effrayé, à Don Carlos)
Ah! Qui donc êtes-vous?

DON CARLOS 
(à Élisabeth)
Je suis un étranger...
Un Espagnol...

ÉLISABETH
De ceux dont l'escorte accompagne
Le vieux comte de Lerme, ambassadeur d'Espagne?

DON CARLOS
Oui, noble dame! Et si quelque danger...!

THIBAULT 
(au fond)
Ô bonheur! Sous la nuit claire,
Là-bas j'ai vu Fontainebleau!
Pour ramener votre litière
Je vais courir jusqu'au château.

ÉLISABETH 
(avec autorité)
Va, ne crains pour moi! Je suis la fiancée
De l'Infant Don Carlos... J'ai foi
Dans l'honneur espagnol... 
Page, suis ta pensée!...

(montrant Don Carlos) 

Ce seigneur peut garder la fille de ton Roi!

(Thibault s'incline et sort. Don Carlos, la main 
sur l'épée, se place fièrement là droite d'Élisabeth. 
Élisabeth lève les yeux sur Don Carlos; leurs 
regards se rencontrent, et Don Carlos, comme par 
un mouvement involontaire, fléchit le genou devant 
Élisabeth. Don Carlos ramassant des branches sèches)

ÉLISABETH 
(étonnée)
Que faites-vous donc?

DON CARLOS
À la guerre,
Ayant pour tente le ciel bleu,
Ramassant ainsi la fougère,
On apprend à faire du feu.
Voyez! De ces cailloux a jailli l'étincelle,
Et la flamme brille à son tour!
Au camp, lorsque la flamme est ainsi, vive et belle,
Elle annonce, dit-on, la victoire... ou l'amour!

ÉLISABETH
Vous venez de Madrid?

DON CARLOS
Oui.

ÉLISABETH
Dès ce soir, peut-être,
On signera la paix...

DON CARLOS
Oui, sans doute, aujourd'hui,
Vous serez fiancée au fils du Roi, mon maître,
À l'Infant Don Carlos!

ÉLISABETH
Ah! Parlez-moi de lui!
De l'inconnu j'ai peur malgré moi-même:
Cet hymen, c'est l'exil! L'Infant m'aimera-t-il?
Et dans son coeur voudra-t-il que je l'aime?

DON CARLOS
Carlos voudra vous servir genoux;
Son coeur est pur, il est digne de vous.

ÉLISABETH
Je vais quitter mon père et la France:
Dieu le veut, j'obéis.
Dans mon nouveau pays
J'irai joyeuse et pleine d'espérance!

DON CARLOS
L'heureux Carlos veut vivre en vous aimant:
C'est à vos pieds que j'en fais le serment!

ÉLISABETH
Tout mon être a frémi! 
Ciel! Qui donc êtes-vous?

DON CARLOS 
L'envoyé de celui qui sera votre époux.

(lui donnant un écrin) 

ÉLISABETH
Cet écrin...

DON CARLOS
Il contient, madame, le portrait
De votre fiancé.

ÉLISABETH
L'Infant!... Il se pourrait!... Je n'ose ouvrir!... 
Ah! J'ai peur de moi-même.

(regardant le portrait et reconnaissant Don Carlos) 

Dieu puissant!

DON CARLOS 
(tombant à ses pieds)
Je suis Carlos... Je t'aime!

ÉLISABETH 
(à part)
De quels transports poignants et doux
Mon âme est pleine!
Ah! C'est Carlos, à mes genoux
Un dieu l'amène!
Ah! Je tremblais et de bonheur
Encor je tremble!
Oui, c'est Carlos!
À sa voix semble
S'ouvrir mon coeur!

DON CARLOS
Ah! Je vous aime, et Dieu lui-même
À vos genoux, Dieu m'a conduit!

ÉLISABETH
Si sa main nous guida dans cette étrange nuit,
Ah! C'est qu'il veut aussi que je vous aime!

(coup de canon)

Ecoutez!

DON CARLOS
Le canon retentit.

ÉLISABETH
Jour heureux!
C'est un signal de fête.

(Les terrasses illuminées de Fontainebleau brillent
dans le lointain)

DON CARLOS, ÉLISABETH
Dieu soit loué! La paix est faite!

ÉLISABETH
Regardez! Le palais étincelle de feux!

DON CARLOS
Bois dépouillés, ravins, broussailles,
Ames yeux enchantés, vous vous couvrez de fleurs!

ÉLISABETH
Ah!

DON CARLOS, ÉLISABETH
Sous les regards de Dieu, unissons nos deux coeurs
Dans le baiser des fiançailles!

DON CARLOS
Ne tremble pas, reviens à toi.
Ah! Ne tremble pas, reviens à toi,
Ma belle fiancée:
Ne tremble pas, lève sur moi
Ta paupière baissée.
Toujours unis par le serment
Qui dès longtemps nous lie :
Marchons tous deux dans cette vie
En nous aimant!

ÉLISABETH
Ah! Je tremble encor, mais non d'effroi.
Lisez dans ma pensée:
Et ce bonheur nouveau pour moi
Tient mon âme oppressée.
Toujours unis par le serment
Qui dès longtemps nous lie:
Marchons tous deux dans cette vie
En nous aimant!

Scène Et Final 

(Thibault entre avec des pages, portant des flambeaux;
les pages s'arrêtent au fond de la scène, et Thibault 
s'avance seul vers Élisabeth)

THIBAULT 
(s'agenouillant et baisant la robe d'Élisabeth)
À celui qui vous vient, Madame,
Apporter un message heureux
Accordez la faveur que de vous il réclame,
Celle de ne jamais vous quitter!

ÉLISABETH 
(le relevant)
Je le veux!

THIBAULT
Salut, ô Reine, épouse de Philippe deux!

ÉLISABETH 
(tremblante)
Non! C'est à l'Infant que je suis destinée!

THIBAULT
Au roi Philippe deux Henri vous a donnée!
Vous êtes reine!

ÉLISABETH
Ô ciel!

DON CARLOS
Muet, glacé d'horreur,
Devant l'abîme ouvert je frémis de terreur!

ÉLISABETH
L'heure fatale est sonnée!
Non! Contre la destinée
Combattre est vaillant et beau.
Oui, plutôt que d'être reine
Et de porter cette chaîne,
Je veux descendre au tombeau!

DON CARLOS
L'heure fatale est sonnée!
La cruelle destinée
Brise ce rêve si beau!
Et de regrets mon âme est pleine,
Nous traînerons notre chaîne
Jusqu'à la paix du tombeau.

(Le comte de Lerme, ambassadeur d'Espagne, la 
comtesse d'Aremberg, dames d'Élisabeth, pages, 
valets, portant des flambeaux et une litière, et peuple 
s'approchent)

LE CHOEUR
Ô chants de fête et d'allégresse,
Frappez sans cesse
Les airs joyeux,
La paix heureuse est ramenée
Par l'hyménée,
Du haut des cieux!
Salut et joie à la plus belle,
Honneur à celle
Qui va demain,
Sur un trône où Dieu l'accompagne,
Au Roi d'Espagne
Donner sa main!

ÉLISABETH
C'en est donc fait!

DON CARLOS
Fatales destinées...

ÉLISABETH
Nos âmes condamnées...

DON CARLOS, ÉLISABETH
Ne connaîtront jamais
Le bonheur ni la paix!

ÉLISABETH
Ah!

LE CHOEUR
Ô chants de fête et d'allégresse, etc.

DON CARLOS, ÉLISABETH
L'heure fatale est sonnée,
La cruelle destinée
Brise ce rêve si beau
Et de regrets l'âme pleine,
Nous traînerons notre chaîne
Jusqu'à la paix du tombeau.

DON CARLOS
C'en est donc fait!
À d'éternels regrets nos âmes condamnées...

ÉLISABETH
Hélas! Nos âmes condamnées
Ne connaîtront jamais
Le bonheur ni la paix!

LE COMTE DE LERME 
(à Élisabeth)
Le très glorieux Roi de France, votre père,
Au puissant Roi d'Espagne et de l'Inde a promis
La main de sa fille bien chère.
Une guerre cruelle est finie à ce prix,
Mais Philippe ne veut vous devoir qu'à vous-même,
Acceptez-vous la main de ce roi qui vous aime?

LES FEMMES
Ô Princesse, acceptez Philippe pour époux!
La paix! Nous souffrons tant, ayez pitié de nous!

LE COMTE DE LERME
Votre réponse?

ÉLISABETH 
(d'une voix mourante)
Oui!

LE CHOEUR
Dieu nous entende,
Ô vaillant coeur!
Et qu'il vous rende
Notre bonheur!

DON CARLOS, ÉLISABETH
(â part)
C'est l'angoisse suprême!
Je me sens mourir! Ah!

LE CHOEUR
Ô chants de fête et d'allégresse, etc.

DON CARLOS, ÉLISABETH
C'en est fait! Ô douleurs! Ô regrets!
Nos âmes condamnées 
à d'éternels regrets
Ne connaîtront jamais
Le bonheur ni la paix!

LE CHOEUR
Reine d'Espagne, gloire à vous!

(Élisabeth, conduite par le comte de Lerme, monte 
dans sa litière. Don Carlos reste désespéré, la tête 
dans ses mains, sur le rocher où Élisabeth était assise. 
Le cortège se met en marche)

DON CARLOS
Hélas! Hélas!

LE CHOEUR
Gloire à vous!

(en s'éloignant toujours) 

Ô chants de fête et d'allégresse, etc.

DON CARLOS 
(désespéré)
L'heure fatale est sonnée,
La cruelle destinée
Brise mon rêve si beau!
O destin fatal, ô destin fatal!


ACTE II

Premier Tableau 

(Le cloître du couvent Saint-Just. À droite, une chapelle 
éclairée, avec le tombeau de Charles V, qu'on aperçoit 
à travers des grilles dorées. À gauche, porte conduisant 
à l'extérieur. Au fond, un jardin avec de grands cyprès. 
L'aube)

Scène Et Prière 

(Le choeur des Moines psalmodie dans la chapelle. Sur
la scène, un moine agenouillé prie devant le tombeau)

LE CHOEUR DES MOINES
Charles V, l'auguste Empereur,
N'est plus que cendre et que poussière.
Et maintenant, son âme altière
Est tremblante aux pieds du Seigneur!

LE MOINE
Il voulait régner sur le monde,
Oubliant celui dont la main
Aux astres montra leur chemin.
Son orgueil était grand, sa démence profonde!

LE CHOEUR DES MOINES
Charles V, l'auguste Empereur,
N'est plus que cendre et que poussière.
Que les traits de votre colère
Se détournent de lui, Seigneur!

LE MOINE
Dieu seul est grand!
Ses traits de flamme
Font trembler la terre et les cieux!
Ah! Maître miséricordieux,
Penché vers le pécheur, accordez à son âme
La paix et le pardon, qui descendent des cieux.
Dieu seul est grand!

LE CHOEUR DES MOINES
Charles V, l'auguste Empereur,
N'est plus que cendre et que poussière.
Seigneur, que votre colère
Se détourne de lui.
Dieu seul est grand!

(Une cloche sonne. Les Moines sortent de la chapelle,
traversent le cloître et disparaissent. Don Carlos paraît
sous les voûtes du cloître)

DON CARLOS
Au couvent de Saint-Just, où termina sa vie
Mon aïeul Charles V, de sa grandeur lassé,
Je cherche en vain la paix et l'oubli du passé:
De celle qui me fut ravie
L'image erre avec moi dans ce cloître glacé!

LE MOINE 
(qui s'est levé, s'approche de Don Carlos)
Mon fils, les douleurs de la terre
Nous suivent encore en ce lieu.
La paix que votre coeur espère
Ne se trouve qu'auprès de Dieu!

(Il se remet en marche)

DON CARLOS
À cette voix, je frissonne!
J'ai cru voir, O terreur
L'ombre de l'Empereur!
Sous le froc cachant sa couronne
Et sa cuirasse d'or
Ici, dit-on, il apparaît! encor!

LE MOINE 
(en s'éloignant toujours)
La paix ne se trouve qu'auprès de Dieu.

DON CARLOS
Cette voix! Je frissonne...
ô terreur! Ô terreur!

Scène et Duo 

RODRIGUE 
(entrant, introduit par un frère lai))
Le voilà! C'est l'Infant!

DON CARLOS 
(prêt à se jeter dans ses bras)
Ô mon Rodrigue!

RODRIGUE 
(l'arrêtant d'un geste)
Je demande audience au noble fils du roi!

DON CARLOS 
(froidement)
Soyez le bienvenu, marquis de Posa!

(Sur un geste de Carlos, le frère lai s'éloigne) 

DON CARLOS 
(se jetant dans les bras de Rodrigue)
Toi! mon Rodrigue!
C'est toi que dans mes bras je presse!
Vers moi, dans ma douleur Dieu te conduit,
Ange consolateur!

RODRIGUE
Ah! cher prince!
Mon Carlos, ah! mon cher prince,
J'étais en Flandre, où je suivais l'armée!
Je viens intercéder près de l'infant Carlos
Pour ce noble pays où le sang coule à flots!
Secourez la Flandre opprimée!
Dans le deuil et l'effroi tout un peuple à genoux,
Un peuple de martyrs lève les bras,
Ce peuple lève les bras vers vous!

(parlé) 

Mais qu'ai-je vu! quelle pâleur mortelle!
Un éclair douloureux dans vos yeux étincelle,
Vous vous taisez! vous soupirez! des pleurs!
Mon Carlos, donne-moi ma part de tes douleurs!

DON CARLOS
Mon compagnon, mon ami, mon frère
Laisse-moi pleurer dans tes bras.
Dans tout l'empire de mon père,
Je n'ai que ce coeur, ne m'en bannis pas!

RODRIGUE
Au nom d'une amitié chère,
Des jours passés, des jours heureux!
Ouvre-moi ton coeur, ô mon Carlos!

DON CARLOS
Tu le veux? Et bien donc, connais ma misère:
Frémis du trait fatal
Dont mon coeur est blessé!
J'aime d'un amour insensé Élisabeth...

RODRIGUE
Ta mère! Dieu puissant!

DON CARLOS
Tu pâlis! Ton regard malgré toi fuit le mien!
Malheureux! mon Rodrigue lui-même,
Rodrigue, avec horreur se détourne de moi!

RODRIGUE
Non, Carlos, ton Rodrigue t'aime,
Par ma foi chrétienne, tu souffres!
À mes yeux, l'univers n'est plus rien!
Ô Carlos, mon ami, mon frère,
Je t'ouvre encor mon coeur et mes bras:
Pour le sceptre d'or de ton père,
Mon coeur, ô Carlos, ne changerait pas!

DON CARLOS
Mon compagnon, mon ami, mon frère,
Laisse-moi pleurer dans tes bras:
Dans tout l'empire de mon père
Je n'ai que ce coeur, ne m'en bannis pas! 

RODRIGUE
Ton secret par le Roi s'est-il laissé surprendre?

DON CARLOS
Non!

RODRIGUE
Obtiens donc de lui de partir pour la Flandre.
Par un effort digne de toi
Brise ton coeur... et viens apprendre,
Parmi des malheureux, ton dur métier de Roi!

DON CARLOS
Je te suivrai, mon frère!

(Une cloche sonne)

RODRIGUE
Écoute!

(Des moines traversent le couvent)

Les portes du couvent vont s'ouvrir!
C'est sans doute Philippe avec la Reine!

DON CARLOS 
(tremblant)
Élisabeth!

RODRIGUE
Carlos,
Près de moi, fortifie une âme qui chancelle!
Ta destinée encor peut être utile et belle...
Demande Dieu la force d'un héros!

DON CARLOS, RODRIGUE
Dieu, tu semes dans nos âmes
Un rayon des mêmes flammes,
Le même amour exalté,
L'amour de la liberté!
Dieu, qui de nos coeurs sincères
As fait les coeurs de deux frères,
Accepte notre serment!
Nous mourrons en nous aimant!
Ah! Dieu, tu semes dans nos âmes etc.

(Philippe, conduisant Élisabeth, paraît, précédé 
par les Moines)

RODRIGUE
Les voilà!

DON CARLOS
Je frémis! Je me meurs à sa vue!

RODRIGUE
Courage!

(Rodrigue s'est écarté de Don Carlos qui s'incline 
sous le regard soupçonneux de Philippe et cherche à 
maîtriser son émotion. Élisabeth tressaille en voyant 
Don Carlos. Le Roi et la Reine vont la chapelle)

LE CHOEUR DES MOINES
Charles V, l'auguste Empereur, etc.

DON CARLOS
Elle est à lui, grand Dieu! Je l'ai perdue!

LE MOINE
Ah! La paix, le pardon qui descendent des cieux.
Dieu seul est grand!

RODRIGUE
Viens, près de moi ton coeur sera plus fort!

DON CARLOS, RODRIGUE
Soyons unis pour la vie et la mort!
Dieu accepte notre serment
De mourir en nous aimant!
Soyons unis pour la vie et la mort!

Deuxième Tableau 

(Un site riant aux portes du couvent de Saint_Just Une 
fontaine, des bancs de gazon, massifs d'orangers, de 
pins et de lentisques. À l'horizon, les montagnes bleues 
de l'Estrémadure. Au fond, la porte du couvent avec un 
perron de quelques degrés)

Choeur et Scène 

(Les Dames sont assises sur le gazon et autour de la
fontaine. Un page accorde sa mandoline)

LES DAMES
Sous ces bois au feuillage immense,
D'un rempart d'ombre et de silence
Entourant la maison de Dieu,
Sous ces pins, dont l'abri nous tente,
On peut fuir la chaleur ardente
Et l'éclat de ce ciel en feu!

THIBAULT 
(entrant avec Eboli)
Les pins ouvrent leurs parasols,
Et sous l'ombrage pour vous plaire,
Vont s'éveiller les rossignols.

THIBAULT, LES DAMES 
(prenant place sous les arbres près de la fontaine)
Qu'il fait bon, assis sous ces arbres,
Écouter bruire sur les marbres
La chanson de la source en pleurs!
Qu'il fait bon, à l'heure brûlante,
Charmer du jour la marche lente
Parmi l'ombre et parmi les fleurs!

EBOLI
Puisque dans ce couvent la Reine des Espagnes
Peut seule entrer; voulez-vous, mes compagnes,
Chercher en attendant que le ciel ait pâli,
Quelque jeu qui nous divertisse?

THIBAULT, LES DAMES
Nous suivrons tous votre caprice,
Charmante Princesse Eboli!

EBOLI 
(à Thibault)
Apportez une mandoline,
Et chantons tour... tour,
Chantons la chanson sarrasine,
Celle du voile indulgent l'amour!
Chantons!

THIBAULT, LES DAMES
Chantons!

Chanson Du Voile 

EBOLI
Au palais des fées,
Des rois grenadins,
Devant les nymphées
De ces beaux jardins,
Couverte d'un voile
Une femme, un soir,
À la belle étoile
Seule vint s'asseoir.
Achmet, le roi maure,
En passant la vit,
Et voilée encore,
Elle le ravit.
"Viens, ma souveraine,
Régner à ma cour"
Lui dit-il:"La Reine
N'a plus mon amour"
Ah!

EBOLI, THIBAULT
Ah! Ô jeunes filles, tissez des voiles!
Quand le ciel brille des feux du jour,
Aux lueurs des étoiles,
Les voiles
Sont chers à l'amour!

LES DAMES
Ô jeunes filles, tissez des voiles!
Quand le ciel brille des feux du jour,
Aux lueurs des étoiles,
Les voiles
Sont chers l'amour!

EBOLI, THIBAULT
Ah! Les voiles
Sont chers à l'amour!

EBOLI
"J'entrevois à peine;
Dans l'obscur jardin,
Tes cheveux d'ébène,
Ton pied enfantin.
Ô fille charmante!
Un roi t'aimera
Sois la fleur vivante
De mon Alhambra.
Mais quitte ce voile,
Bel astre charmant,
Fais comme l'étoile
Du bleu firmament"
"J'obéis sans peine:
Tiens, regarde-moi"
"Allah! C'est la Reine!"
S'écria le roi!
Ah!

EBOLI, THIBAULT
Ah! Ô jeunes filles, tissez des voiles! etc...

LES DAMES
O jeunes filles, tissez des voiles! etc.

Scène, Terzettino Dialogué et Romance 

(Élisabeth entre, sortant du couvent)

LES DAMES
La Reine!

EBOLI
(à part)
Une triste pensée
Tient toujours son âme oppressée.

ÉLISABETH 
(s'asseyant près de la fontaine)
Vous chantiez, libres de souci.

(à part) 

Hélas! 
Aux jours passés, j'étais joyeuse aussi!)

(Rodrigue paraît, Thibault s'avance vers lui et lui
parle bas un moment, puis il revient vers la Reine)

THIBAULT 
(présentant Rodrigue)
Le Marquis de Posa, Grand d'Espagne!

RODRIGUE 
(s'inclinant devant la Reine)
Madame,
Pour Votre Majesté, par sa mère, à Paris,
Ce pli fut en mes mains remis.

(Il donne une lettre à la Reine, puis il ajoute très
bas en glissant un billet avec la lettre) 

Lisez: au nom du salut de votre âme!

(montrant la lettre aux Dames) 

Voilà le sceau royal, la couronne et les lis!

(Élisabeth reste immobile, interdite, prête à parler.
Un regard suppliant de Rodrigue le désarme)

EBOLI 
(à Rodrigue)
Que fait-on à la cour de France,
Ce beau pays de l'élégance?

RODRIGUE 
(à Eboli)
On s'occupe fort d'un tournoi,
Où, dit-on, paraîtra le Roi.

ÉLISABETH 
(le billet à la main, à part)
Ah! Je n'ose ouvrir! Il me semble
Que je forfais à l'honneur!
Quoi! Je tremble!

EBOLI 
(à Rodrigue)
Des Françaises rien ne surpasse,
Nous dit-on, l'esprit et la grâce.

RODRIGUE 
(à Eboli)
Vous seule avez, sous d'autres cieux,
Leur charme exquis et gracieux!

EBOLI 
(à Rodrigue)
Est-il vrai, qu'aux fêtes du Louvre
Les déesses, choeur éclatant,
Semblent quitter le ciel qui s'ouvre?

ÉLISABETH
(à part)
Mais mon âme est sans tache, 
et Dieu lit dans mon coeur.

RODRIGUE 
(à Eboli)
La plus belle y manque pourtant...

EBOLI 
(à Rodrigue)
Pour le bal, on porte, je pense,
La soie et l'or de préférence...

ÉLISABETH 
(à part, lisant)
"Par le souvenir qui nous lie
Au nom de votre repos, de ma vie,
Comme à moi, fiez-vous à cet homme.
Carlos."

RODRIGUE 
(à Eboli)
Tout sied bien quand on est doté,
Princesse, de votre beauté!

ÉLISABETH 
(à Rodrigue)
Bien! Merci! 
Demandez une grâce à la Reine.

RODRIGUE
J'accepte et non pour moi!

ÉLISABETH
(à part)
Je me soutiens peine!

EBOLI 
(à Rodrigue)
Qui plus digne que vous peut voir 
ses voeux comblés par la Reine?

ÉLISABETH
(à part)
Ah! Je tremble!

EBOLI
Expliquez-vous!

ÉLISABETH
Parlez!

RODRIGUE
L'Infant Carlos, notre espérance,
Vit dans le deuil et dans les pleurs,
Et nul ne sait quelle souffrance
De son printemps flétrit les fleurs!
vous, sa mère, à ce coeur tendre
Rendez la force et le repos...
Daignez le voir, daignez l'entendre!
Sauvez l'Infant! Sauvez Carlos!

EBOLI
(à part)
Un jour, j'étais aux côtés de sa mère,
J'ai vu l'Infant sous mes regards trembler,
Pâlir!... M'aimerait-il?

ÉLISABETH
(à part)
Ô destinée amère
Le revoir... je frémis!

EBOLI
(à part)
Que n'ose-t-il parler?

RODRIGUE
Ah! L'Infant Carlos, du Roi son père,
Trouva toujours le coeur fermé:
Et cependant, qui sur la terre
Serait plus digne d'être aimé ?
Un mot d'amour à ce coeur tendre
Rendrait la force et le repos.
Daignez le voir, daignez l'entendre,
Sauvez l'Infant! Sauvez Carlos!

EBOLI
(à part)
J'ai vu l'Infant sous mon regard trembler,
Pâlir! M'aimerait-il?
Que n'ose-t-il parler?

ÉLISABETH
(à part)
Hélas! Je me soutiens à peine!
Grand Dieu! Le revoir! Je frémis!

(à Thibault) 

Va! Je suis prête à recevoir mon fils!

EBOLI
(à part)
Ah! S'il m'aimait!....
Et s'il osait m'ouvrir son coeur épris!...

(Rodrigue prend la main d'Eboli, ils s'éloignent 
en parlant bas. Les Dames de la Reine et les pages 
sortent)

Grande Scène et Duo 

(Don Carlos paraît, s'approche lentement d'Élisabeth 
et s'incline sans lever les yeux. Élisabeth, maîtrisant 
peine son émotion, ordonne à Don Carlos d'approcher. 
La comtesse d'Aremberg, restée la dernière, s'éloigne 
aussi sur un geste d'Élisabeth)

DON CARLOS
Je viens solliciter de la Reine une grâce.
Celle qui dans le coeur du Roi
Occupe la première place
Seule peut obtenir cette grâce pour moi!
L'air d'Espagne me tue... il me pèse, il m'opprime
Comme le lourd penser d'un crime.
Obtenez... il le faut, que je parte aujourd'hui
Pour la Flandre!

ÉLISABETH
Mon fils!

DON CARLOS
Pas ce nom-là!... 
Celui d'autrefois!

(Élisabeth veut s'éloigner, Don Carlos suppliant 
l'arrête) 

Hélas, je m'égare!
Pitié! Je souffre tant! Pitié! Le ciel avare
Ne m'a donné qu'un jour, et si vite il a fui!

ÉLISABETH
Prince, si le Roi veut se rendre
À ma prière... pour la Flandre
Par lui remise entre vos mains
Vous pourrez partir dès demain!

(Élisabeth fait un geste d'adieu à Don Carlos et veut
s'éloigner)

DON CARLOS
Quoi! Pas un mot, une plainte,
Une larme pour l'exilé!
Ah! Que du moins la pitié sainte
Dans votre regard m'ait parlé!
Hélas! Mon âme se déchire...
Je me sens mourir... Insensé!
J'ai supplié dans mon délire
Un marbre insensible et glacé!

ÉLISABETH
Carlos, n'accusez pas mon coeur d'indifférence.
Comprenez mieux sa fierté... son silence.
Le devoir, saint flambeau, devant mes yeux a lui,
Et je marche, guidée par lui,
Mettant au ciel mon espérance!

DON CARLOS
Ô bien perdu... Trésor sans prix!
Ma part de bonheur dans la vie!
Parlez, parlez: enivrée et ravie,
Mon âme, à votre voix, rêve du paradis!

ÉLISABETH
O Dieu clément, ce coeur sans prix,
Qu'il soit consolé, qu'il oublie!
Adieu, Carlos, dans cette vie,
Ah! vivre auprès de vous c'était le paradis!

DON CARLOS
Ô prodige! Mon coeur déchiré se console!
Ma douleur poignante s'envole!
Le ciel a pitié de mes pleurs...
À vos pieds, éperdu de tendresse, je meurs!

(Il tombe évanoui sur le gazon)

ÉLISABETH 
(se penchant sur Don Carlos)
Dieu puissant, la vie est éteinte
Dans son regard de pleurs voilé!
Rendez le calme, ô bonté sainte!
À ce noble coeur désolé!
Hélas! Sa douleur me déchire,
Entre mes bras, pâle et glacé,
D'amour, de douleur, il expire,
Celui qui fut mon fiancé!

DON CARLOS 
(dans le délire)
Par quelle douce voix, mon âme est ranimée?
Élisabeth, c'est toi, ma bien-aimée,
Assise à mes côtés, comme aux jours d'autrefois?
Ah! Le printemps vermeil a reverdi les bois!

ÉLISABETH
Ô délire! Ô terreur!
Il expire! Ô bonté sainte!

DON CARLOS
À ma tombe fermée,

(revenant lui) 

Au sommeil éternel
Pourquoi m'arracher, Dieu cruel!

ÉLISABETH
Carlos!

DON CARLOS
Que sous mes pieds se déchire la terre!
Que sur mon front éclate le tonnerre,
Je t'aime, Élisabeth! Le monde est oublié!

(Il la prend dans ses bras)

ÉLISABETH 
(se dégageant avec effroi)
Eh bien! donc, frappez votre père!
Venez, de son meurtre souillé,
Traîner à l'autel votre mère!

DON CARLOS 
(fuyant épouvanté)
Ah! Fils maudit!

ÉLISABETH
Sur nous le Seigneur a veillé!

(tombant à genoux) 

Seigneur! Seigneur!

Scène et Romance 

(Thibault, Philippe, la comtesse d'Aremberg, Rodrigue,
le choeur, les pages entrant successivement)

THIBAULT 
(sortant à la hâte du couvent)
Le Roi!

PHILIPPE 
(à Élisabeth)
Pourquoi seule, Madame?
La Reine n'a pas même auprès d'elle une femme?
Ignorez-vous la règle de ma cour?
Quelle était aujourd'hui votre dame d'atour?

(La comtesse d'Aremberg sortant de la foule, 
tremblante se présente au Roi) 

Comtesse, dès demain vous partez pour la France!

(La comtesse se retire en pleurant. Tout le monde 
regarde la Reine avec étonnement)

LE CHOEUR
Ah! Pour la Reine quelle offense!

ÉLISABETH 
(à la comtesse d'Aremberg)
Ô ma chère compagne,
Ne pleure pas, ma soeur.
On te chasse d'Espagne,
Mais non pas de mon coeur.
Près de toi mon enfance
Passa ses jours joyeux!
Tu vas revoir la France,
Ah! porte-lui mes adieux!

(donnant une bague à la comtesse) 

Reçois ce dernier gage
De toute ma faveur.
Cache bien quel outrage
Me couvre de rougeur.
Ne dis pas ma souffrance,
Les larmes de mes yeux.
Tu vas revoir la France,
Ah! porte-lui mes adieux!

LE CHOEUR, RODRIGUE
Ah! C'est son innocence
Qui brille dans ses yeux.

PHILIPPE
(à part)
Avec quelle assurance
Elle atteste les cieux!

ÉLISABETH
Tu vas revoir la France,
Porte-lui mes adieux!

(La reine se sépare en pleurant de la Comtesse, et
elle sort. Le choeur la suit)

Scène et Duo 

PHILIPPE 
(à Rodrigue qui va sortir)
Restez!

(Rodrigue s'arrête, incline un genou à terre devant le
Roi, puis s'approche de lui et se couvre sans aucune 
espèce d'embarras)

Auprès de ma personne
Pourquoi n'avoir jamais demandé d'être admis?
J'aime à récompenser ceux qui sont mes amis.
Vous avez je le sais, bien servi ma couronne.

RODRIGUE
Que pourrais-je envier de la faveur des rois,
Sire? Je vis content, protégé par nos lois.

PHILIPPE
J'aime fort la fierté... Je pardonne à l'audace...
Quelquefois... Vous avez délaissé mes drapeaux,
Et les gens comme vous, soldats de noble race,
N'ont jamais aimé le repos...

RODRIGUE
Pour mon pays d'un noble sang trempée
Mon épée à vingt fois brillé hors du fourreau.
Que l'Espagne commande et je reprends l'épée,
Mais d'autres porteront la hache du bourreau.

PHILIPPE
Marquis!

RODRIGUE
(avec véhémence)
Daignez m'écouter, Sire! puisque le hasard,
Puisque Dieu a voulu dans ce jour
Devant vous me conduire.
Les desseins de la providence
Ne m'auront pas en vain mis en votre présence,
Un jour...vous aurez su toute la vérité.

PHILIPPE
Parlez!

RODRIGUE
Roi! J'arrive de Flandre,
Ce pays jadis si beau!
Ce n'est plus qu'un désert de cendre,
Un lieu d'horreur, un tombeau!
Là, l'orphelin qui mendie
Et pleure par les chemins,
Tombe, en fuyant l'incendie
Sur des ossements humains!
Le sang rougit l'eau des fleuves,
Ils roulent, de morts chargés...
L'air est plein des cris des veuves
Sur les époux égorgés!...
Ah! La main de Dieu soit bénie,
Qui fait entendre par moi
Le glas de cette agonie
À la justice du Roi!

PHILIPPE
J'ai de ce prix sanglant payé la paix du monde;
Ma foudre a terrassé l'orgueil des novateurs
Qui vont, plongeant le peuple en des rêves menteurs...
La mort, entre mes mains, peut devenir féconde.

RODRIGUE
Non! en vain votre foudre gronde!
Quel bras a jamais arrêté
La marche de l'humanité?

PHILIPPE
Le mien!

RODRIGUE
Un souffle ardent a passé sur la terre!
Il a fait tressaillir l'Europe tout entière!
Dieu vous dicte sa volonté...
Donnez à vos enfants la Liberté!

PHILIPPE
Quel langage nouveau! Jamais, auprès du trône,
Personne n'éleva la voix si haut... personne!
Je n'avais jamais écouté cette inconnue
Ayant pour nom: la Vérité!

RODRIGUE 
(il se jette aux genoux du roi)
Sire! Sire!

PHILIPPE 
(relevant Rodrigue)
Plus un mot... 
Levez-vous! Votre tête est bien blonde,
Pour que vous invoquiez le fantôme imposteur
Devant un vieillard, roi de la moitié du monde...
Allez et gardez-vous de mon inquisiteur!

(Rodrigue s'incline et va pour sortir. Après un peu 
d'hésitation, Philippe le rappelle vivement d'un geste) 

Non, reste, enfant! J'aime ton âme fière,
La mienne à toi va s'ouvrir tout entière...
Tu m'as vu sur mon trône, et non dans ma maison!
Tout y parle de trahison.
La reine... un soupçon me torture! Mon fils...

RODRIGUE
Son âme est noble et pure!

PHILIPPE
Rien ne vaut sous le ciel le bien qu'il m'a ravi!

RODRIGUE
Qu'osez-vous dire?

PHILIPPE
Ami, sois notre juge, ton conseil sera suivi.
Sois mon guide, mon refuge...
Toi qui seul es un homme au milieu des humains
Je veux mettre mon coeur en tes loyales mains!

RODRIGUE
C'est un rêve! C'est un rêve!

PHILIPPE
Enfant! à mon coeur éperdu
Rend la paix dès longtemps bannie.
Je trouve à cette heure bénie
L'homme dès longtemps attendu!

RODRIGUE 
(à part)
Quel rayon du ciel descendu
M'ouvre ce coeur impitoyable?
Je frémis du trait redoutable
Sur Carlos déjà suspendu.

PHILIPPE 
(à Lerme)
Le marquis de Posa peut entrer désormais
Auprès de ma personne à toute heure, au palais!

RODRIGUE 
(à part)
Dieu puissant c'est un rêve!
Ah! Je frémis pour Carlos...

PHILIPPE
Ah! Je trouve à cette heure bénie... L'homme dès
longtemps attendu. Le voilà!

(Le Roi tend la main à Rodrigue, Rodrigue s'agenouille
devant le Roi, et lui baise la main)


ACTE III

Premier Tableau 

Introduction et Choeur 

(Les jardins de la Reine. Préparatifs d'une fête 
Au fond, sous une arcade d'architecture, une statue 
avec une fontaine. Nuit claire. Les dames et les 
Seigneurs passent, se rendant au ballet de la Reine)

LE CHOEUR 
(au dehors)
Que de fleurs et que d'étoiles
Dans ces jardins tout embaumés!
Que de beautés avec leurs voiles
Viennent s'offrir à nos yeux charmés!
Jusqu'au retour de l'aurore
Tout est fête en ce beau séjour.
Puisse longtemps encore
Tarder du matin le retour,
Ah! puisse longtemps encore
Tarder le retour
Du jour!
Mandolines,
Gais tambours,
Voix divines
Voix unies
Dans les airs,
Harmonies,
Doux concerts,
Voix touchante
De la nuit,
Que tout chante!
Le temps fuit.

(Élisabeth et Eboli entrent sur les dernières mesures
du choeur. Les femmes de la Reine restent l'écart)

ÉLISABETH
Viens, Eboli. La fête à peine est commencée,
Et de son bruit joyeux déjà je suis lassée...
C'était trop exiger de moi!...
Le Roi, que demain l'on couronne,
Passe la nuit aux pieds de la madone:
Je vais prier comme le Roi!

EBOLI
Toute la cour est là... l'Infant...

ÉLISABETH
Prends ma mantille,
Mon collier, mon masque noir;
En te voyant, chère fille,
C'est moi que l'on croira voir.
Va! Je me sens dans l'âme
La soif d'être avec Dieu.
La fête te réclame.
Adieu!

(Élisabeth rentre au palais. Les femmes de la Reine 
se partagent: deux d'entre elles suivent Élisabeth. 
Les autres entourent Eboli)

LE CHOEUR
Que de fleurs et que d'étoiles, etc.

EBOLI
Pour une nuit me voilà Reine,
Et dans ce jardin enchanté
Je suis maîtresse et souveraine.
Je suis comme la beauté
De la légende du voile,
Qui voit luire son côté
Le doux reflet d'une étoile!
Je vais régner jusqu'au jour!
Sous les doux voiles de l'ombre,
t Je veux enivrer d'amour
Carlos, le prince au coeur sombre!

LE CHOEUR
Mandolines, etc.

(Eboli fait un signe à un page qui passe, lui remet un
billet qu'elle a écrit à la hâte, puis elle sort, suivie
des femmes de la Reine)

Deuxieme Tableau 

Le ballet de la Reine 

La Peregrina  

(Dans une grotte féerique, toute de nacre, de coraux et 
de madrépores, des perles merveilleuses, les plus belles 
de l'Océan Indien, sont réunies et cachées à tous les 
yeux. L'une, la perle noire, se regarde nonchalamment 
dans un miroir que lu présentent les vagues; une autre, 
la perle rose, s'assoit dans ses cheveux des guirlandes 
de fleurs marines; la troisième, la perle blanche, est 
endormie dans sa conque. Tout à coup, un rayon de 
lumière éclatante, tombe du ciel dans la demeure des 
perles; et dans ce rayon descend un Génie étincelant. 
Les perles épouvantées s'enfuient dans leurs conques 
qui se referment. Les vagues veulent en vain écarter 
l'audacieux qui ose violer leur mystérieux empire. 
Elles sentent que leur pouvoir se brise devant celui 
de l'inconnu. Elles s'enfuient. Le Génie reste seul, 
désappointé dans la grotte déserte. Toutes les perles 
ont disparu .Non, la perle blanche, toujours endormie, 
est là, étendue dans sa conque. Le Génie la voit et 
l'admire, puis, attiré par sa beauté, il s'approche d'elle 
et finit par déposer un baiser sur son front. À ce baiser, 
la perle s'éveille. Elle veut La Pérégrina, la plus belle 
perle après celle de Cléopâtre et le plus beau joyau 
de la couronne d'Espagne. Hymne Espagnol sonne. La 
conque se transforme en un char splendide sur lequel 
Élisabeth apparaît. C'est la perle merveilleuse destinée 
au Roi d'Espagne, et tous s'agenouillent devant elle 
pour lui rendre hommage) 

Troisieme Tableau 

Scène, Duo et Trio 

DON CARLOS 
(lisant un billet)
"À minuit, aux jardins de la Reine,
Sous les lauriers, auprès de la fontaine..."
Il est minuit! J'entends
Le bruit clair de la source au milieu du silence.
Ivre d'amour, plein d'une joie immense,
Élisabeth! mon bien, mon bonheur... Je t'attends!

(à Eboli, qui entre, masquée, qu'il prend pour 
Élisabeth)

C'est vous! Ma bien-aimée
Qui marchez parmi ces fleurs.
C'est vous! Mon âme charmée
Voit s'envoler ses douleurs.
source ardente et sacrée
De mon bonheur le plus doux,
De ma tristesse adorée,
Mon bien, mon amour, c'est vous!

EBOLI
(à part)
Un tel amour, c'est le bien suprême!
Il est doux d'être aimée ainsi!

DON CARLOS
Oublions l'univers, la vie et le ciel même!
Qu'importe le passé? Qu'importe l'avenir? 
Je t'aime!

EBOLI 
(ôtant son masque)
Puisse l'amour à jamais nous unir!

DON CARLOS
(à part)
Dieu! Ce n'est pas la Reine!

EBOLI
Ô ciel! Quelle pensée
Vous tient pâle, immobile et la lèvre glacée?
Quel spectre se lève entre nous?
Doutez-vous de ce coeur, qui ne bat que pour vous?
Hélas! Votre jeunesse ignore
Quel piège affreux on dresse sur vos pas;
J'entends la foudre qui dévore
Sur votre front déjà gronder tout bas!

DON CARLOS
Ne croyez pas que j'ignore
Les périls semés sous mes pas.
J'entends la foudre qui dévore
Sur ma tête gronder tout bas!

EBOLI
Votre père... et Posa lui-même
Souvent tout bas de vous ont parlé!
Je puis vous sauver... je vous aime!

DON CARLOS
Rodrigue! Quel mystère ici m'est dévoilé?

EBOLI
Carlos!

DON CARLOS
Ah! Vous avez le coeur d'un ange,
Mais le mien pour jamais dort au bonheur fermé.
Nous avons fait tous deux un rêve étrange,
Par cette belle nuit, sous les bois embaumés!

EBOLI
Un rêve! Ô ciel! Ces paroles de flamme,
Vous croyez les dire à quelque autre femme?
Quel éclair! Quel secret!
Vous aimez la Reine!

DON CARLOS
Pitié!

(Rodrigue entre)

RODRIGUE
Que dit-il? Il est en délire...
Ne croyez pas cet insensé!

EBOLI
Au fond de son coeur j'ai su lire!
Et son arrêt est prononcé!

RODRIGUE
Qu'a-t-il dit?

EBOLI
Laissez-moi!

RODRIGUE
Qu'a-t-il dit? Malheureuse,
Tremble! Je suis...

EBOLI
Le favori du Roi!
Oui, je le sais, mais je suis, moi,
Une ennemie dangereuse!
Je sais votre pouvoir... Vous ignorez le mien.

RODRIGUE
Que prétendez-vous dire?

EBOLI
Rien!
Redoutez tout de ma furie!
Entre mes mains je tiens sa vie!

RODRIGUE 
(à Eboli)
Parlez et dévoilez ainsi
Ce qui vous a conduite ici!

EBOLI
Ah! La lionne au coeur est blessée!
Craignez une femme offensée!

RODRIGUE
Craignez d'armer le Dieu puissant,
Ce protecteur de l'innocent!

DON CARLOS
Qu'ai-je fait? Ô douleur amère!
J'ai flétri le nom de ma mère!
Le regard du Dieu tout-puissant
Seul reconnaîtra l'innocent!

EBOLI
Et moi qui tremblais devant elle!
Elle voulait, cette sainte nouvelle,
Des célestes vertus, conservant les dehors,
S'abreuver à pleins bords
A la coupe où l'on boit les plaisirs de la vie!
Ah! sur mon âme, elle était hardie!

RODRIGUE 
(tirant son poignard)
Malheur à toi!

DON CARLOS 
(l'arrêtant)
Rodrigue!

RODRIGUE
Le poison
N'est pas encor sorti de sa lèvre maudite!

DON CARLOS
Rodrigue, calme-toi!

EBOLI
Votre main hésite?
Que tardez-vous à frapper?... me voilà!

RODRIGUE 
(jetant son poignard)
Non! 
Un espoir me reste et Dieu me conduira!

EBOLI 
(à Don Carlos)
Malheur sur toi, fils adultère,
Mon cri vengeur va retentir...
Malheur sur toi, demain la terre
S'entrouvrira pour t'engloutir.

RODRIGUE 
(à Eboli)
Si vous parlez, qu'un Dieu sévère
Lève son bras pour vous punir!
Si vous parlez, ah! puisse la terre
S'entrouvrir pour vous engloutir!

DON CARLOS
Elle sait tout! Ô peine amère!
Douleur dont je me sens mourir!
Elle sait tout! Ah! Que la terre
S'entrouvre enfin pour m'engloutir!

(Eboli sort furieuse)

RODRIGUE
Carlos, si vous avez quelque importante lettre...
Quelques notes...des plans...il faut me les remettre!

DON CARLOS 
(hésitant)
À vous?... au favori du Roi?

RODRIGUE
Carlos, tu doutes de moi?

DON CARLOS
Non! mon appui... mon espérance!
Ce coeur qui t'a tant aimé
Ne te sera jamais fermé.
En toi j'ai toujours confiance...
Tiens... mes papiers importants, les voici!

(Carlos lui donné a lettres) 

RODRIGUE
Ô mon Carlos!
Ô mon cher prince, merci!

DON CARLOS
Ah! Je me livre toi!

(Ils se jettent dans les bras l'un de l'autre)

Quatrieme Tableau 

(Une grande place devant la cathédrale de Valladolid 
À droite, l'église laquelle conduit un grand escalier. À 
gauche, un palais. Au fond, un autre escalier descend à 
une place inférieure. Des grands édifices et des collines 
lointaines ferment l'horizon)

Grand Finale 

(La foule, que les hallebardiers ont peine à contenir, 
envahit la place. Les cloches sonnent)

LE PEUPLE
Ce jour heureux est plein d'allégresse!
Honneur au plus puissant des Rois!
Le voeu du monde lui s'adresse.
Le monde est courbé sous ses lois!
Notre amour partout l'accompagne,
Jamais amour plus mérité;
Son nom est l'orgueil de l'Espagne,
Il vivra dans l'éternité!

(Une marche funèbre retentit. Les Moines traversent la
place, conduisant les condamnés du Saint-Office)

LES MOINES
Ce jour est un jour de colère,
Un jour de deuil, un jour d'effroi.
Malheur! Malheur au téméraire
Qui du ciel a bravé la loi!
Mais le pardon suit l'anathème
Si le pécheur épouvanté
Se repent l'heure suprême
Sur le seuil de l'éternité!

(Les Moines et les condamnés descendent à la place 
inférieure où le bûcher est préparé)

LE PEUPLE
Honneur au plus puissant des Rois!
Notre amour partout l'accompagne, etc.
Honneur au Roi!

Marche 

(Le cortège sort du palais. Tous les corps de l'État, 
toute la cour, les députés de toutes les provinces de 
l'Empire, les Grands d'Espagne, Rodrigue au milieu 
d'eux; la Reine au milieu de ses femmes. Thibault, 
portant le manteau d'Élisabeth, les pages, etc. Le 
cortège se range devant les marches de l'église)

LE PEUPLE
Ce jour heureux est plein d'allégresse! etc.
Honneur au Roi!

LE COMTE DE LERME
(devant les portes de l'église, qui restent fermées)
Ouvrez-vous, portes sacrées!
Maison du Seigneur, ouvre-toi!
O voûtes vénérées,
Rendez-nous notre Roi!

LE PEUPLE
Ouvrez-vous, portes sacrées! etc.

(Les portes de l'église, en s'ouvrant, laissent voir
Philippe, couronne en tête, marchant sous un dais, au
milieu des Moines. Les seigneurs s'inclinent. Le peuple
s'agenouille)

PHILIPPE 
(sous le dais)
En plaçant sur mon front, peuple, cette couronne,
J'ai fait serment au Dieu qui me la donne
De la venger par le fer et le feu!

LE PEUPLE
Gloire à Philippe! Gloire à Dieu!

(Tout le monde s'incline en silence. Philippe descend 
les marches de l'église et prend la main d'Élisabeth 
pour continuer sa route. Les députés flamands 
apparaissent tout à coup, conduits par Don Carlos, 
et se jettent aux pieds de Philippe)

ÉLISABETH
(à part)
Ô ciel! Carlos!

RODRIGUE
(à part)
Qu'ose-t-il entreprendre?

PHILIPPE
Qui sont ces gens courbés à mes genoux?

DON CARLOS
Des députés du Brabant, de la Flandre,
Que votre fils amène devant vous!

SIX DÉPUTÉS FLAMANDS
Sire, la dernière heure
A-t-elle donc sonné pour vos sujets flamands?
Tout un peuple qui pleure
Vous adresse ses cris et ses gémissements!
Si votre âme attendrie
A puisé la clémence et la paix au saint lieu,
Sauvez notre Patrie,
Roi puissant, vous qui tenez la puissance de Dieu!

PHILIPPE
À Dieu vous êtes infidèles,
Infidèles à votre Roi.
Ces suppliants sont des rebelles.
Gardes! Eloignez-les de moi!

SIX MOINES
Les Flamands sont des infidèles,
Ils ont bravé, bravé la loi;
Ces suppliants sont des rebelles;
Que votre coeur les juge, ô Roi!

ÉLISABETH, DON CARLOS, RODRIGUE, 
THIBAULT, LE PEUPLE
Etendez sur leurs fronts votre main souveraine,
Sire, prenez pitié d'un peuple infortuné,
Qui va, sanglant, traînant sa chaîne,
Au désespoir, à la mort condamné!

PHILIPPE
À Dieu vous êtes infidèles, etc.

LES DÉPUTÉS FLAMANDS
Sire, la dernière heure etc.

(Le Roi veut passer; Don Carlos se place devant lui)

DON CARLOS
Sire, il est temps que je vive!
Je suis las de traîner une jeunesse oisive
Dans votre cour.
Si Dieu veut qu'à mon front un jour
La couronne d'or étincelle,
Préparez à l'Espagne un maître digne d'elle!
Confiez-moi le Brabant et la Flandre!

PHILIPPE
Insensé! qu'oses-tu prétendre?
Tu veux que je te donne, à toi,
Le fer qui, tôt ou tard, immolerait le Roi!

DON CARLOS
Ah! Dieu lit dans nos coeurs, 
Dieu nous a jugés, Sire!

ÉLISABETH
(à part)
Je tremble!

RODRIGUE
(à part)
Il est perdu!

DON CARLOS 
(tirant l'épée)
Par le Dieu qui m'entend,
Je serai ton sauveur, noble peuple flamand!

ÉLISABETH, THIBAULT, RODRIGUE, 
LES MOINES, LE PEUPLE
Le fer devant le Roi! L'Infant est en délire!

PHILIPPE
Gardes! Désarmez l'Infant!
Seigneurs, soutiens de mon trône,
Désarmez l'Infant!
Quoi! Personne!

DON CARLOS
J'attends celui qui l'osera,
À me venger ma main est prête!

(Les Grands d'Espagne reculent devant Don Carlos)

PHILIPPE
Désarmez l'Infant!

RODRIGUE 
(à Don Carlos)
Votre épée!

ÉLISABETH
Ô ciel!

DON CARLOS
Toi, Rodrigue!

(Don Carlos remet son épée à Rodrigue, qui s'incline
en la présentant au Roi)

LE PEUPLE
Lui! Posa!

ÉLISABETH
Lui!

PHILIPPE
Marquis, vous êtes duc!... 
Maintenant, à la fête!

(Le Roi sort donnant la main la Reine; toute la cour
le suit. Ils vont prendre place à la tribune qui leur est
réservée pour l'autodafé. On aperçoit de loin la lueur
des bûchers)

LE PEUPLE
Ce jour est un jour d'allégresse! etc.

LES MOINES
Ce jour est un jour de colère!...

UNE VOIX D'EN HAUT
Volez vers le Seigneur, volez, ô pauvres âmes!
Venez goûter la paix près du trône de Dieu!
Le pardon!

LES DÉPUTÉS FLAMANDS
Dieu souffre ces forfaits! 
Dieu n'éteint pas ces flammes!
Et l'on dresse en son nom ces bûchers tout en feu!

LES MOINES
... Un jour de deuil et d'effroi!

PHILIPPE, LES MOINES
Gloire à Dieu!

LE PEUPLE
Gloire à Dieu!

(Les flammes du bûcher s'élèvent)


ACTE IV

Premier Tableau 

(Le cabinet du Roi. Philippe, plongé dans une
méditation profonde, est appuyé sur une table couverte
de papiers, où des flambeaux achèvent de se consumer.
Le jour commence à éclairer les vitraux des fenêtres)

PHILIPPE 
(comme en un rêve)
Elle ne m'aime pas! non! 
Son coeur m'est fermé,
Elle ne m'a jamais aimé!
Je la revois encor, 
Regardant en silence
Mes cheveux blancs, 
Le jour qu'elle arriva de France.
Non, elle ne m'aime pas!
Elle ne m'aime pas!

(revenant à lui-même) 

Où suis-je? Ces flambeaux
Sont consumés... L'aurore argente ces vitraux,
Voici le jour! Hélas! Le sommeil salutaire,
Le doux sommeil a fui pour jamais ma paupière!
Je dormirai dans mon manteau royal,
Quand aura lui pour moi l'heure dernière,
Je dormirai sous les voûtes de pierre
Des caveaux de l'Escurial!
Si la Royauté nous donnait le pouvoir
De lire au fond des coeurs où Dieu seul peut tout voir!
Si le Roi dort, la trahison se trame,
On lui ravit sa couronne et sa femme!
Je dormirai dans mon manteau royal, etc.
Ah! Si la Royauté nous donnait le pouvoir
De lire au fond des coeurs!
Elle ne m'aime pas! non! son coeur m'est fermé,
Elle ne m'aime pas!

(Il retombe dans sa rêverie)

Scène 

LE COMTE DE LERME 
(entrant)
Le Grand Inquisiteur!

(Lerme sort. Le Grand Inquisiteur, aveugle, 90 ans,
entrant appuyé sur deux Dominicains)

L'INQUISITEUR
Suis-je devant le Roi?

PHILIPPE
Oui, j'ai recours à vous, mon père, éclairez-moi.
L'Infant remplit mon coeur d'une tristesse amère,
L'Infant est un rebelle armé contre son père.

L'INQUISITEUR
Qu'avez-vous décidé contre lui?

PHILIPPE
Tout... ou rien!

L'INQUISITEUR
Expliquez-vous!

PHILIPPE
Qu'il fuie... ou que le glaive...

L'INQUISITEUR
Eh bien?

PHILIPPE
Si je frappe l'Infant, ta main m'absoudrait-elle?

L'INQUISITEUR
La paix du monde vaut le sang d'un fils rebelle.

PHILIPPE
Puis-je immoler mon fils au monde, moi chrétien?

L'INQUISITEUR
Dieu, pour nous sauver tous, sacrifia le sien.

PHILIPPE
Peux-tu fonder partout une foi si sévère?

L'INQUISITEUR
Partout où le chrétien suit la foi du Calvaire.

PHILIPPE
La nature et le sang se tairont-ils en moi?

L'INQUISITEUR
Tout s'incline et se tait lorsque parle la foi!

PHILIPPE
C'est bien!

L'INQUISITEUR
Philippe deux n'a plus rien à me dire?

PHILIPPE
Non!

L'INQUISITEUR
C'est donc moi qui vous parlerai, Sire!
Dans ce beau pays, pur d'hérétique levain,
Un homme ose saper l'édifice divin.
Il est l'ami du Roi, son confident intime,
Le démon tentateur qui le pousse à l'abîme,
Les desseins criminels dont vous chargez l'Infant
Ne sont auprès des siens que les jeux d'un enfant;
Et moi, l'Inquisiteur, moi, pendant que je lève
Sur d'obscurs criminels la main qui tient le glaive,
Pour les puissants du monde abjurant mon courroux,
Je laisse vivre en paix ce grand coupable... et vous!

PHILIPPE
Pour traverser les jours d'épreuves où nous sommes,
J'ai cherché dans ma cour, ce vaste désert d'hommes,
Un homme, un ami sûr. .. Je l'ai trouvé!

L'INQUISITEUR
Pourquoi un homme? 
Et de quel droit vous nommez-vous le Roi,
Sire, si vous avez des égaux?

PHILIPPE
Tais-toi, prêtre!

L'INQUISITEUR
L'esprit des novateurs chez vous déjà pénètre!
Vous voulez secouer de votre faible main
Le saint joug étendu sur l'univers romain!
Rentrez dans le devoir! l'Église en bonne mère,
Peut encore accueillir un repentir sincère.
Livrez-nous le marquis de Posa!

PHILIPPE
Non, jamais!

L'INQUISITEUR
O Roi, si je n'étais ici, dans ce palais
Aujourd'hui: par le Dieu vivant, demain vous-même,
Vous seriez devant nous au tribunal suprême!

PHILIPPE
Prêtre! J'ai trop souffert ton orgueil criminel!

L'INQUISITEUR
Pourquoi l'évoquiez-vous, l'ombre de Samuel?
J'avais donné deux rois à ce puissant empire,
L'oeuvre de tous mes jours, vous voulez la détruire...
Que viens-je faire ici? De moi que vouliez-vous?

(Il va pour sortir)

PHILIPPE
Mon père, que la paix redescende entre nous.

L'INQUISITEUR 
(en s'éloignant toujours)
La paix?

PHILIPPE
Que le passé soit oublié!

L'INQUISITEUR 
(sur la porte en sortant)
Peut-être!

PHILIPPE
L'orgueil du Roi fléchit devant l'orgueil du prêtre!

Scène et Quatuor 

ÉLISABETH 
(entrant et se jetant aux pieds du roi)
Justice! Sire! J'ai foi
Dans la loyauté du Roi!
Je suis dans votre cour indignement traitée
Et par des ennemis inconnus insultée...
Mon coffret, il contient, Sire, tout un trésor,
Mes bijoux des objets plus précieux encor...
On l'a volé! chez moi! Justice! je réclame
De Votre Majesté!

(En voyant l'expression terrible du visage de 
Philippe, Elisabeth s'arrête, épouvantée. Le roi se 
lève lentement, prend un coffret sur la table et le 
présente à la reine)

PHILIPPE
Votre coffret, Madame,
Le voilà!

ÉLISABETH
Ciel!

PHILIPPE
Vous plaît-il de l'ouvrir?

(Elisabeth refuse du geste)

Je l'ouvrirai donc, moi!

(il brise le coffret)

ÉLISABETH
(à part)
Dieu! viens me secourir!

PHILIPPE
Un portrait de l'Infant!
Un portrait de l'Infant!
Vous gardez le silence?

ÉLISABETH
Oui!

PHILIPPE
Parmi vos bijoux?

ÉLISABETH
Oui!

PHILIPPE
Quoi! vous l'avouez devant moi?

ÉLISABETH
Devant vous!
Vous le savez! J'étais promise
À Don Carlos, à votre fils!
Je vins à vous, à Dieu soumise,
Pure comme le sont nos lys.
Vous osez, frappé de démence,
Douter d'une fille de Roi!...
Douter d'une fille de France...
Reine des Espagnes... de moi! 

PHILIPPE
Vous me parlez avec hardiesse!
Vous ne m'avez connu qu'en des jours de faiblesse;
Mais la faiblesse un jour peut devenir fureur.
Alors, malheur sur vous, sur tous!

ÉLISABETH
Quel crime ai-je commis?

PHILIPPE
Parjure!
Si l'infamie a comblé la mesure,
Si vous m'avez trahi... par le Dieu tout puissant,
Tremblez! Je verserai le sang!

ÉLISABETH
Je vous plains!

PHILIPPE
Vous! Me plaindre? Une femme adultère!

ÉLISABETH 
(s'évanouissant)
Ah!

PHILIPPE 
(ouvrant les portes)
Secourez la Reine!

(Eboli entre précipitamment, Rodrigue un peu après)

EBOLI 
(Effrayée en voyant la reine évanouie)
Ah! Qu'ai-je fait? Hélas!

RODRIGUE 
(entrant peu après, à Philippe)
Sire!... A vous obéit la moitié de la terre:
Êtes-vous donc, dans vos vastes États,
Le seul à qui vous ne commandiez pas?

PHILIPPE
(à part)
Maudit soit le soupçon infâme,
Oeuvre d'un démon odieux!
Non! La fierté de cette femme
N'est pas le crime audacieux!

EBOLI
(à part)
Ô remords! Ô amère tristesse!
J'ai trahi ma noble maîtresse:
Mon pardon viendra-t-il des cieux?

RODRIGUE
(à part)
Il faut agir et voici l'heure.
La foudre gronde au sein des cieux.
Que pour l'Espagne un homme meure
En lui léguant des jours heureux!
En lui léguant l'avenir radieux!

ÉLISABETH 
(revenant elle)
Où suis-je? Hélas! Ma pauvre mère,
Vois les pleurs qui brûlent mes yeux.
Je suis sur la terre étrangère!
Mon seul espoir est dans les cieux.

(Le Roi sort après un peu d'hésitation. Rodrigue le 
suit avec un geste résolu. Eboli reste seule auprès de 
la Reine)

Scène et Air 

EBOLI 
(se jetant aux pieds d'Élisabeth)
Pitié! Pardon pour la femme coupable!

ÉLISABETH
Relevez-vous! Quel crime?...

EBOLI
Ah! Le remords m'accable!
Mon coeur est désolé.
Ange du ciel, Reine auguste et sacrée,
Sachez à quel démon l'enfer vous a livrée!
Votre coffret... c'est moi qui l'ai volé!

ÉLISABETH
Vous!

EBOLI
Oui, par moi vous fûtes accusée!

ÉLISABETH
Par vous!

EBOLI
Oui! L'amour, la fureur, ma haine contre vous!
Tous les tourments jaloux déchaînés dans mon coeur.
J'aimais l'Infant... l'Infant m'a repoussée!

ÉLISABETH
J'ai tout compris... à mon oeil étonné
Se montre la trame effroyable...
Mais de ce coeur aussi condamné,
Je plains la douleur misérable.

EBOLI
L'affreux remords, enfer au feu vengeur
Brûle mon âme misérable,
Et rien jamais ne finira l'horreur
De cette torture effroyable.

ÉLISABETH
(à part)
Ah! Que le ciel pardonne
À ses amers regrets,
Que sa bonté lui donne
L'espérance et la paix!

EBOLI
Mon coeur brisé frissonne,
De douleur, de regrets,
Dieu jamais ne pardonne
À de pareils forfaits.

(Elle tombe à genoux)

ÉLISABETH
Vous l'aimiez? Levez-vous... j'ai déjà pardonné!

EBOLI
Point de pardon! 
Encor un aveu terrible.

ÉLISABETH
Encor?

EBOLI
Le crime irrémissible
Dont je vous accusais, je l'avais commis, moi...
Une séduction... le Roi!

ÉLISABETH
(à part)
Horreur!

EBOLI
Elle m'a condamnée!
Tout est fini, je suis du ciel abandonnée!

ÉLISABETH
Princesse, rendez-moi votre croix!

EBOLI
Se peut-il que je revoie encore ma noble souveraine?

ÉLISABETH
Vous choisirez avant l'aube
Prochaine entre un cloître et l'exil!
Vivez heureuse! 

(Elle sort) 

EBOLI
Ah! Je ne verrai plus la Reine!
Ô don fatal et détesté,
Présent du ciel en sa colère!
Ô toi qui rends la femme si fière,
Je te maudis, ô ma beauté!
Tombez, tombez, larmes amères!
Mes trahisons et mes forfaits,
Mes souillures et mes misères,
Vous ne les laverez jamais!
Je te maudis, ô ma beauté!
Adieu, Reine, victime pure
De mes déloyales et folles amours!
Dans un couvent et sous la bure,
Je m'ensevelis pour toujours!
Et Carlos?... Oui! demain, peut-être,
tombera sous le fer sacré!
Ah! Un jour me reste! Ah! Je me sens renaître!
Béni ce jour... Je le sauverai!

Deuxième Tableau 

(Prison de Don Carlos. Au fond des grilles de fer 
séparent la prison d'une cour qui la domine, et dans 
laquelle les gardes vont et viennent. Un escalier de 
pierre descend dans cette cour des étages supérieurs 
du palais)

Mort de Rodrigue 

(Don Carlos est assis, la tête dans ses mains, perdu 
dans ses pensées. Rodrigue entre et parle bas à 
quelques officiers. Il fait un mouvement qui tire 
Don Carlos de sa rêverie)

RODRIGUE
C'est moi, Carlos!

DON CARLOS 
(lui donnant la main)
Mon Rodrigue! Il est beau
À toi de me venir trouver dans ce tombeau!

RODRIGUE
Carlos!

DON CARLOS
Tu l'as compris, ma force est abattue!
L'amour d'Élisabeth me torture et me tue...
Non! Je ne puis plus rien pour les hommes! Mais toi,
Donne-leur les jours d'or qu'ils attendaient de moi!

RODRIGUE
Ah! Connais mieux mon âme et ma tendresse;
Tu vas sortir de ce funèbre lieu.
Avec quel doux orgueil sur mon coeur je te presse!
Je t'ai sauvé!

DON CARLOS
Comment?

RODRIGUE
Il faut nous dire adieu!

(Don Carlos reste immobile, regardant Rodrigue avec
stupeur)

Oui, Carlos! C'est mon jour suprême,
Échangeons l'adieu solennel.
Dieu permet encore qu'on s'aime
Près de lui, quand on est au ciel.
Dans tes yeux tout baignés de larmes,
Pourquoi donc ce muet effroi?
Qui plains-tu? La mort a des charmes,
Ô mon Carlos, à qui meurt pour toi!

DON CARLOS 
(en tremblant)
Que parles-tu de mort?

RODRIGUE
Écoute! Le temps presse...
J'ai détourné de toi la foudre vengeresse!
Aujourd'hui... le rival du Roi,
Le traître agitateur de la Flandre... c'est moi!

DON CARLOS
Malheureux! Qui croira?

RODRIGUE
Vingt preuves amassées!
Tes papiers chez moi surpris,
Preuves de trahison qu'à dessein j'ai laissées...
Ma tête en ce moment sans doute est mise à prix!

(Deux hommes descendent l'escalier de pierre de la 
prison; l'un d'eux vêtu de l'habit du Saint-Office, l'autre
armé d'une arquebuse. Ils s'arrêtent et se montrent Don
Carlos et Rodrigue qui ne les voient pas)

DON CARLOS
J'irai devant le Roi...

RODRIGUE
Garde-toi pour la Flandre!
Garde-toi pour notre oeuvre, il la faudra défendre...
Un nouvel âge d'or renaîtra sous ta loi,
Oui, tu devais régner, et moi mourir pour toi!

(un coup de fusil)

DON CARLOS
Ciel! La mort! Pour qui donc?

RODRIGUE 
(blessé mortellement)
Pour moi!...
La vengeance du Roi ne se fait pas attendre!

(Il tombe dans les bras de Don Carlos éperdu)

DON CARLOS
Grand Dieu!

RODRIGUE
Carlos, écoute... Ta mère
T'attend à Saint-Just demain;
Elle sait tout!... Ah! La terre
Me manque... Ô Carlos! ta main...
Ah! Je meurs l'âme joyeuse,
Car tu vis sauvé par moi...
Ah! Je vois l'Espagne heureuse!
Adieu! Carlos, ah! souviens-toi!
Carlos, souviens-toi!...
Oui, tu devais régner,
Et moi mourir pour toi!
Ah! Je meurs l'âme joyeuse,
Car tu vis sauvé par moi...
Ah! Je vois l'Espagne heureuse!
Adieu! Carlos, ah! souviens-toi!
Ah! La terre
Me manque... Carlos, ta main...
Carlos! Ah! Sauve la Flandre!
Adieu! Carlos, ah! Adieu!

(il meurt. Don Carlos tombe désespéré sur son corps)

L'émeute 

(Entrent Philippe, sa suite, Grands d'Espagne et le
comte de Lerme. Don Carlos s'agenouille près du 
cadavre de Rodrigue)

PHILIPPE 
(à Don Carlos, après un silence)
Mon fils, reprenez votre épée.
Ma confiance fut trompée,
Mais le traître a subi son sort!

(Il tend les bras à Don Carlos)

Venez!

DON CARLOS 
(au désespoir sur le cadavre de Rodrigue)
Arrière! De ce mort
Le sang a rejailli jusqu'à votre visage!
Dieu marque votre front du sceau de son courroux!

PHILIPPE
Mon fils!

DON CARLOS
Vous n'avez plus de fils! Choisissez-vous
Parmi ceux des bourreaux un fils à votre image!

PHILIPPE 
(à sa suite, voulant sortir)
Suivez-moi!

DON CARLOS 
(l'arrêtant avec violence)
Connaisseur profond du coeur humain,
Vous saurez quel sang pur a versé votre main!
Il m'aimait et nous étions frères...
Nos coeurs étaient liés par d'éternels serments ;
Méprisant vos bienfaits, méprisant vos colères,
C'est pour moi qu'il est mort!

PHILIPPE
Dieu! Mes pressentiments!

DON CARLOS
O Roi de meurtre et d'épouvante!
Cherche qui portera ta couronne sanglante
Quand ta dernière heure aura lui!

(montrant le cadavre de Rodrigue)

Mes royaumes sont près de lui!

(Il se jette sur le corps de Rodrigue)

PHILIPPE
Qui me rendra ce mort? Ô funèbres abîmes!
Celui-là seul... parmi tant de victimes!
Un homme, un seul, un héros était né,
J'ai brisé cet appui que Dieu m'avait donné!
Oui, je l'aimais, .. Sa noble parole
A l'âme révélait un monde nouveau!
Cet homme fier... ce coeur de flamme,
C'est moi qui l'ai jeté dans l'horreur du tombeau!
Qui me rendra ce mort?

LES COURTISANS
Ah! C'est en vain que nous vivons encore.
Il nous ravit le coeur du Roi que le regret dévore!
Espagnols! descendons dans la nuit du tombeau!

DON CARLOS
Ô mon ami, donne-moi ta grande âme,
Fais de moi le héros de ton monde nouveau!
Remplis mon coeur de la divine flamme,
Ou fais moi près de toi place dans le tombeau. 

(Les mêmes, Comte de Lerme, Elisabeth, choeur du
peuple, puis Éboli et le grand Inquisiteur. Le tocsin 
sonne)

CHOEUR DES COURTISANS
Ciel! le tocsin.

LE COMTE DE LERME 
(entrant, l'épée à la main)
Rébellion O Sire, sauvez vos jours...
Le peuple est en délire...
Il a forcé le palais...triomphant!
Il vient pour délivrer l'infant.

(On emporte le cadavre de Rodrigue. Carlos le suit
désespéré)

ELISABETH 
(entrant, très agitée)
Sauvez le roi!
Sire! je tremble pour Votre Majesté!
Fuyons ensemble!

PHILIPPE 
(avec autorité, désignant les portes du fond derrière 
lesquelles la foule menaçante est déjà parvenue)
Ouvrez ces portes! je le veux!

ELISABETH
Ciel!

LE COMTE DE LERME
Le peuple est furieux

CHOEUR DU PEUPLE 
(dans les coulisses, derrière les portes du fond)
La mort à qui nous arrête!
Frappons sans pitié et sans peur!
Tremblez devant le peuple vengeur!
Frappons, frappons, frappons!

LE COMTE DE LERME
Grands d'Espagne, sauvez le roi!

LES GRANDS D'ESPAGNE 
(l'épée à la main)
Morts aux rebelles! Vive le roi!

(Le peuple entre en scène violemment)

CHOEUR DU PEUPLE
La mort, la mort à qui nous arrête!
Frappons!

PHILIPPE 
(au peuple)
Frappez! Qui vous arrête?

LES COURTISANS, LE COMTE DE LERME
Vive le roi!

PHILIPPE
Me voilà! Du courage!

CHOEUR DU PEUPLE
Frappons!

LES COURTISANS, LE COMTE DE LERME
Vive le roi!

PHILIPPE
Egorgez, égorgez un vieillard,
Hommes au coeur loyal!
Et sur mon corps sanglant
Marchez pour rendre hommage
A mon fils vêtu de mon manteau royal.

CHOEUR DU PEUPLE
Ah! cette voix!...

PHILIPPE
Frappez!
Me voilà! Du courage!

CHOEUR DU PEUPLE
Ces regards!...

(Pendant cette scène, un page est entré, se glissant
parmi la foule il s'approche de Carlos et lui jette un
manteau sur les épaules. Ce page est Eboli, qui avant 
de sortir, s'approche de la Reine)

LE PEUPLE
Dieu lui-même a parlé.
Sur nos fronts va tomber l'anathème.

EBOLI 
(à la reine, à part)
Voyez su je l'aimais!
Courant les carrefours, J'ai soulevé le peuple
Et j'ai sauvé ses jours!
Le cloître m'attend! Adieu...reine!

ELISABETH
Grands Dieux! Ah! je me soutiens à peine!

(Le Grand Inquisiteur paraît au fond)

L'INQUISITEUR
Peuple sacrilège!

LE PEUPLE, LES COURTISANS, DE LERME 
(reculant)
Le Grand Inquisiteur!...

L'INQUISITEUR
O peuple sacrilège
Prosterne-toi devant celui que Dieu protège!

(avec autorité)

À genoux! À genoux!

PHILIPPE, L'INQUISITEUR
À genoux!

LE PEUPLE 
(se prosternant)
Seigneur! Pardonnez-nous!

PHILIPPE, L'INQUISITEUR
Grand Dieu, gloire à Toi!

LERME, LES GRANDS D'ESPAGNE 
(l'épée à la main)
Vive le Roi!

(Le Grand Inquisiteur descend vers Philippe, qui va à 
sa rencontre au milieu du peuple agenouillé. Eboli se 
jette aux pieds de la reine, qui lui tend la main en signe 
de pardon)


ACTE V

(Le cloître de Saint-Just. La nuit. Effet de Lune)

Scène et Air 

(Élisabeth entre lentement, perdue dans ses 
pensées. Elle s'approche du tombeau de Charles V 
et s'agenouille)

ÉLISABETH
Toi qui sus le néant des grandeurs de ce monde,
Toi qui goûtes enfin la paix douce et profonde,
Si l'on répand encore des larmes dans le ciel,
Porte en pleurant mes pleurs aux pieds de l'Éternel!
Carlos va venir!....Oui! Qu'il parte, qu'il oublie...
J'ai promis à Posa de veiller sur sa vie,
Qu'il suive son chemin glorieux et béni!
Pour moi, ma tâche est faite, et mon jour est fini!
France, noble pays, si cher à mon jeune âge!
Fontainebleau! Mon coeur est plein de votre image...
C'est là que Dieu reçut notre éternel serment;
Et son éternité n'a duré qu'un moment...
Beaux jardins espagnols, à l'heure pâle et sombre,
Si Carlos doit encor s'arrêter sous votre ombre,
Que vos fleurs, vos gazons, vos fontaines, vos bois,
Chantent mon souvenir avec toutes leurs voix!
Adieu, rêve doré... illusion!... chimère!...
Tout lien est brisé qui m'attache à la terre!
Adieu, jeunesse, amour!... Succombant sous l'effort,
Mon coeur n'a qu'un seul voeu, 
c'est la paix dans la mort
Toi qui sus le néant des grandeurs de ce monde,
Toi qui goûtes enfin la paix douce et profonde,
Si l'on répand encore des larmes dans le ciel,
Porte en pleurant mes pleurs aux pieds de l'Éternel!
Âme glorieuse envolée au ciel,
Ah, porte en pleurant mes pleurs aux pieds de l'Éternel!

Scène et Duo D'adieu 

DON CARLOS 
(paraît)
C'est elle!

ÉLISABETH
Un mot... un seul, le mot qui recommande
À Dieu celui qui part; après je vous demande
D'oublier et de vivre!

DON CARLOS
Oui, je veux être fort;
Mais quand l'amour se brise, il tue avant la mort.

ÉLISABETH
Non! Songez à Rodrigue. Est-ce pour des chimères
Qu'il s'est sacrifié?

DON CARLOS
Dans ses Flandres si chères,
D'abord je veux lui faire élever un tombeau,
Comme jamais un roi n'en obtint de plus beau.

ÉLISABETH
Les fleurs du Paradis réjouiront son ombre!

DON CARLOS
J'avais fait un beau rêve!...il fuit!...et le jour sombre
Me montre un incendie illuminant les airs.
Un fleuve teint de sang, des villages déserts,
Un peuple agonisante qui vers moi s'adresse
Comme à son Dieu sauveur, au jour de détresse
A lui j'accours; heureux si, quel que soit mon sort,
Vous chantez mon triomphe ou pleurez sur ma mort!

ÉLISABETH
Oui, voilà l'héroïsme avec ses nobles flammes
L'amour digne de nous, l'amour des grandes âmes.
Il fait de l'homme un dieu! Va, sans perdre un instant,
Va, monte au Calvaire, et sauve un peuple qui t'attend!

DON CARLOS
Oui, c'est par votre voix que le peuple m'appelle,
Et si je meurs pour lui, que ma mort sera belle!

ELISABETH
Va, va, sans perdre un instant...

DON CARLOS
Hier encore, aucun pouvoir humain
N'aurait pu séparer ma main de cette main,
Mais aujourd'hui l'honneur sur mon amour l'emporte;
Ma noble mission m'a fait une âme forte.

(à demi-voix, très agité)

Voyez, Élisabeth! Je vous tiens dans mes bras,
Et ma vertu me reste et je ne fléchis pas!

(parlé) 

Lorsque tout est fini, quand ma main se retire
De vos mains... vous pleurez?

ÉLISABETH
Oui, mais je vous admire,
Ce sont les pleurs de l'âme, et de nobles sanglots,
Que les femmes toujours accordent aux héros!
Au revoir dans un monde où la vie est meilleure,
Où l'avenir sans fin sonne la première heure;
Et là, nous trouverons dans la paix du Seigneur,
Cet éternel absent qu'on nomme le bonheur!

DON CARLOS
Au revoir dans un monde où la vie est meilleure,
Où l'avenir sans fin sonne la première heure,
Et là nous trouverons

ELISABETH
Au moment solennel point d'indigne faiblesse,
Oublions tous les noms de profane tendresse,
Donnons-nous ces noms chers aux plus chastes amants

DON CARLOS
Adieu, ma mère!

ELISABETH
Adieu mon fils!

DON CARLOS
Et pour toujours!

ELISABETH, DON CARLOS
Adieu, mon fils, adieu est pour toujours. 

(Entrent Philippe, le grand Inquisiteur et familiers
du Saint Office)

PHILIPPE 
(prenant le bras de la Reine)
Oui, pour toujours! 
Il faut un double sacrifice!
Je ferai mon devoir.

(à l'Inquisiteur) 

Et vous?

L'INQUISITEUR
Le Saint-Office
Fera le sien!

(L'Inquisiteur aux familiers du Saint-Office, désignant
Don Carlos)

Gardes!

PHILIPPE
Mon fils n'est plus!

DON CARLOS 
(au désespoir)
Ah! Dieu me vengera,
Ce tribunal de sang, sa main le brisera!...

(Don Carlos, en se défendant, recule vers le tombeau
de Charles V. La grille s'ouvre, le moine paraît, attire
Don Carlos dans ses bras et le couvre de son manteau)

LE MOINE
Mon fils, les douleurs de la terre
Nous suivent encor dans ce lieu,
La paix que votre coeur espère
Ne se trouve qu'auprès de Dieu!

L'INQUISITEUR
La voix de l'Empereur!

LE CHOEUR
C'est Charles V!

PHILIPPE 
(épouvanté)
Mon père!

ÉLISABETH
Grand Dieu!

(Le moine entraîne dans le cloître Don Carlos éperdu)

UN CHOEUR DE MOINES 
(dans la chapelle)
Charles V, l'auguste Empereur,
N'est plus que cendre et que poussière.


ACTO I

 
(Bosque de Fontainebleau en invierno. A lo lejos 
se ve el palacio. A la derecha, una gran roca 
forma una especie de abrigo)

Preludio e Introducción 

(Un grupo de leñadores con sus mujeres e 
hijos. Unos se ocupan de arrastrar los árboles 
abatidos, mientras otros atraviesan la escena 
llevando sus herramientas de trabajo. Las 
mujeres y sus hijos se calientan alrededor de 
una gran hoguera al abrigo de la roca) 

CORO
¡El invierno es largo y la vida dura!
¡El pan está caro!
¿Cuándo acabará el frío terrible
del este sombrío invierno?
¡Ay! ¿Y cuándo acabará la guerra?
¿Podremos pronto regresar
al calor de nuestras moradas,
y que nuestros hijos conozcan la paz?
¡El invierno es largo! Etc.
Todo permanece aletargado en invierno.
Y hasta el agua de nuestras fuentes,
de nuestras bellas fuentes,
¡está helada!

UN LEÑADOR
¡Amigos, reanudemos el trabajo!
¡Que nuestras familias nos insuflen valor!
Si la paz llegara ¡oh, amigos!
volverían los días de abundancia.

CORO
¡Días de abundancia!

TODOS
¿Oís?... ¡Se oyen trompetas!
¡Oís!... ¡Los cornos resuenan!
La Corte ha salido de Palacio.
¡El Rey está cazando en este bosque!

CAZADORES
(a lo lejos)
¡Los ciervos huyen entre el follaje!...
¡Por San Huberto!
Sigámoslos, mientras dure el día,
a través del bosque...

LEÑADORES
¡El sonido de los cuernos se aproxima!
El eco lo propaga de roca en roca..
¡El aire está lleno de gritos alegres!
¡Larga vida al Rey!

(Isabel de Valois entra a caballo seguida por 
Tebaldo, su paje, mozos y soldados) 

LEÑADORES
¡Es la hija del Rey!... ¡Acerquémonos a ella!
Dicen que la noble Isabel...
¡es aún más amable que bella!

ISABEL
(Descabalgando en medio de los leñadores)
Amigos... ¿qué deseáis?

MUJERES
(Señalando a una de ellas)
No queremos nada para nosotras,
pero socorred a esta desgraciada,
a esta pobre viuda cuyos dos hijos
sirven bajo los estandartes del Rey.
¡No tiene a nadie que la sustente!

ISABEL
(a la viuda)
Querida,
te daré mi cadena de oro...

(A los leñadores) 

¡Y vosotros, tened confianza!
Quizá muy pronto la guerra acabará,
y volverán los días felices.
Un embajador español se ha presentado 
ante el rey Enrique, mi padre...

CORO
Alteza, nuestros corazones piden a Dios 
que os otorgue el amor de un joven esposo,
que os proporcione una corona 
y el cariño de unos súbditos felices.
Con la paz ¡oh, amigos!
volverán los días felices.

(Isabel sonríe y saluda a los leñadores y sus 
familias, reemprendiendo la marcha al sonido de 
las fanfarrias, seguida de sus acompañantes. Don 
Carlos aparece y se esconde entre los árboles) 

CAZADORES
(Alejándose)
¡Los ciervos huyen entre el follaje!...
¡Por San Huberto!
Sigámoslos, mientras dure el día,
a través del bosque...

LEÑADORE
Con la paz ¡oh, amigos!
volverán los días felices.

(Al desaparecer la Princesa, los leñadores 
recogen sus herramientas y se marchan por 
el fondo) 

Recitativo Y Romanza 

DON CARLOS
(solo)
¡Fontainebleau! ¡Bosque inmenso y solitario!
Tus jardines, bajo este cielo invernal,
se han iluminado para el feliz Don Carlos,
al paso de la bella Isabel.
Dejando España y la corte de ni padre,
de Felipe desafiando la terrible cólera,
oculto entre el séquito de su embajador,
he podio al fin verla... ¡A mi bella prometida!
Hace tiempo que ella habita en mi pensamiento,
y en adelante, ¡reinará en mi corazón!
He visto su sonrisa 
y sus ojos llenos de un fuego encantador.
Emocionado, mi corazón ha podido vislumbrar 
la felicidad de vivir amándola.
¡Futuro repleto de ternura!
¡Cielo iluminando todos los días!
¡Dios sonríe nuestra juventud!
¡Dios bendice nuestro casto amor!

Escena y Dúo 

(Se dirige tras los pasos de Isabel pero, después, 
inseguro, se detiene y escucha. Se oye un toque 
de cuerno)

DON CARLOS
El sonido del cuerno se expande sobre la fronda...
El murmullo de los cazadores se extingue...

( escucha) 

¡Todo calla! La noche llega y la primera estrella 
ya brilla en el horizonte lejano.
¿Cómo encontrar el camino del Palacio
en ese bosque tenebroso?

TEBALDO 
(fuera de escena)
¡Atención! ¡Ojeadores!... ¡Pajes del Rey!

DON CARLOS
¿Qué voz se escucha entre la inmensa foresta?

TEBALDO
¡Leñadores!... ¡A mí!

(Entra Isabel apoyándose en su paje) 

DON CARLOS 
(retirándose hacia la roca)
¡Ah! ¿Qué encantadora sombra hacia mí avanza?

TEBALDO 
(con espanto)
¡Ah! He perdido el sendero al obscurecer...
¡Apoyaos en mí, por favor!
La noche llega y el aire es helado...
Continuemos andando...

ISABEL
¡Dios, qué cansada estoy!

(Don Carlos aparece y se inclina ante Isabel) 

TEBALDO
(asustado, a Don Carlos)
¡Ah!... ¿Quién sois?

DON CARLOS
(a Isabel)
Soy un extranjero... 
Un español...

ISABEL
¿Formáis parte de la escolta que acompaña 
al viejo Conde de Lerma, embajador de España?

DON CARLOS
¡Sí, noble dama!... Y si algún peligro...

TEBALDO 
(desde el fondo)
¡Oh, qué alegría! 
¡Un rayo de luna ha iluminado 
el palacio de Fontainebleau!
¿Deseáis que vaya en busca de vuestra litera?

ISABEL
(con autoridad)
¡Vete, no temas por mí! 
Soy la prometida del Infante Don Carlos... 
Confío en el honor español...
¡Paje, haz como decías!

(señalando a Don Carlos) 

Este caballero sabrá guardar a la hija de tu Rey...

(Tebaldo se inclina y sale. Don Carlos, la mano 
sobre la espada, se coloca a la derecha de Isabel. 
Ella mira a Don Carlos y sus miradas se cruzan.
Don Carlos, como impelido por un movimiento 
involuntario, se agacha y comienza a amontonar 
ramas secas) 

ISABEL 
(asombrada)
¿Qué es lo que hacéis?

DON CARLOS
En la guerra,
teniendo por techo el cielo,
es necesario aprender 
a preparar una hoguera.
¡Mirad! Ya sobre estas piedras 
el alegre centelleo de la llama brilla.
Dicen que cuando una llama brilla así de bella,
anuncia la victoria en las armas... o en el amor.

ISABEL
¿Y vos venís de Madrid?

DON CARLOS
Sí.

ISABEL
Esta tarde, quizás, 
quede firmada la paz...

DON CARLOS
¡Sí, sin duda, hoy mismo!
Vos seréis prometida al hijo del Rey, mi señor,
el Infante Don Carlos.

ISABEL
¡Ah!... ¡Habladme de él!
Temo a lo desconocido... a vivir en el exilio.
¿El Infante me amará?
¿Consentirá su corazón que yo le ame?

DON CARLOS
Carlos querrá serviros de rodillas;
su corazón es puro y digno de vos.

ISABEL
Yo dejaré a mi padre en Francia.
Dios así lo quiere, y yo obedezco.
¡A mi nuevo país iré 
alegre y llena de esperanza!

DON CARLOS
El dichoso Don Carlos querrá vivir amándoros.
¡A vuestros pies, yo os lo juro!

ISABEL
Todo mi ser tiembla...
¡Cielos!... ¿Quién sois?

DON CARLOS
El enviado de aquél que será vuestro esposo.

(Le entrega un estuche) 

ISABEL
Este estuche...

DON CARLOS
Contiene, señora, 
el retrato de vuestro prometido.

ISABEL
¡El Infante!... ¡Será posible!
¡No me atrevo a abrirlo!... Tengo miedo...

(Mira el retrato y reconoce en él Don Carlos) 

¡Oh, Dios todopoderoso!

DON CARLOS
(cayendo a sus pies)
¡Yo soy Carlos!... ¡Y te amo!

ISABEL
(a parte)
¡De arrebatos punzantes y dulces
mi alma está plena!
¡Ah, Carlos, ante mí arrodillado!
¡Un dios lo ha conducido hasta aquí!
¡Ah, me he estremezco de felicidad!
¡Sí, es Carlos! 
¡Ante su voz,
parece que mi corazón
se extasiara!

DON CARLOS
¡Ah, os amo! 
¡El mismo Dios, me ha conducido hasta vos!

ISABEL
Si su mano os guía en esta extraña noche,
¡ah! eso es que Él quiere que yo os ame.

(Dispara un cañón) 

¡Escuchad!

DON CARLOS
El cañón resuena.

ISABEL
¡Día feliz!
¡Es señal de fiesta!

(Las terrazas iluminadas de Fontainebleau 
brillan en la lejanía) 

DON CARLOS, ISABEL
¡Dios sea loado! ¡Se ha firmado la paz!

ISABEL
¡Mirad! ¡El palacio resplandece de fuegos!

DON CARLOS
Bosques despoblados, barrancos, malezas,
ante mis ojos encantados, ¡os cubrís de flores!

ISABEL
¡Ah!

DON CARLOS, ISABEL
Bajo la mirada de Dios, 
unamos nuestros corazones con el beso de esponsales.

DON CARLOS
No tiembles ¡ah! 
no tiembles más, 
vuelve en ti, mi bella prometida.
No tiembles, 
eleva hacia mí tus párpados caídos.
Para siempre unidos por el juramento
que desde hace mucho nos une,
¡marchemos juntos 
por la senda del amor!

ISABEL
¡Ah! Tiemblo aún, pero no de espanto.
Leed en mi pensamiento
esta felicidad nueva para mí
que tiene a mi alma extasiada.
Para siempre unidos por el juramento
que desde hace mucho nos une,
¡marchemos juntos 
por la senda del amor!

Escena y Final 

(Tebaldo entra con los pajes, llevando antorchas. 
Los pajes se detienen al fondo y Tebaldo avanza 
hacia Isabel) 

TEBALDO
(se arrodilla y besa la capa de Isabel)
Al que ante vos viene, señora,
para traeros un mensaje alegre,
concededle el favor que os solicita:
¡el de no abandonaros jamás!

ISABEL
(alzándolo)
¡Así lo quiero!

TEBALDO
¡Salve, oh Reina, esposa de Felipe Segundo!

ISABEL
(temblorosa)
¡No! ¡Es al Infante a quien estoy destinada!

TEBALDO
¡Enrique os ha destinado al rey Felipe!
¡Sois reina!

ISABEL
¡Oh, cielos!

DON CARLOS
Mudo y helado de horror, 
ante el abismo abierto me estremezco de terror.

ISABEL
¡La hora fatal ha sonado!
¡No! Combatir contra el destino
es valeroso y hermoso.
Antes que ser reina
y soportar esa cadena,
¡quiero descender a la tumba!

DON CARLOS
¡La hora fatal ha sonado!
El cruel destino rompe 
mi hermoso sueño.
De pesar mi alma está plena.
Arrastraré mi cadena
hasta la paz de la tumba.

(Llegan el Conde de Lerma, embajador de 
España, la condesa de Aremberg, damas de 
Isabel, pajes y criados con antorchas y una litera.
Los acompañan la gente del pueblo) 

CORO
¡Oh, cantos alegres
sonad sin cesar
en los aires festivos!
¡Himeneo, ha derramado 
desde los cielos 
esta dichosa paz!
¡Salud y alegría a la más bella!
¡Honor a la que mañana,
bendecida por Dios,
dará su mano 
sobre el trono
al Rey de España!

ISABEL
¡Todo está decidido!

DON CARLOS
¡Fatal destino!...

ISABEL
Nuestras almas condenadas...

DON CARLOS, ISABEL
¡No conocerán jamás
la felicidad ni la paz!!

ISABEL
¡Ah!

CORO
¡Oh, cantos de fiesta y alegría, etc.

DON CARLOS, ISABEL
La hora fatal ha sonado.
¡El cruel destino
rompe nuestro hermoso sueño!
De pesar nuestras almas están plenas.
Arrastraremos nuestra cadena
hasta la paz de la tumba.

DON CARLOS
¡Todo está decidido!
Nuestras almas sufrirán eternamente...

ISABEL
¡Ay de mí! 
¡Nuestras almas no conocerán jamás
la felicidad y la paz!

CONDE DE LERMA
(a Isabel)
El glorioso Rey de Francia, vuestro padre,
al poderoso Rey de España y de las Indias,
ha prometido la mano de su hija más querida.
Una cruel guerra finalizará a este precio.
Pero Felipe, desea que decidáis vos misma...
¿Aceptáis la mano del Rey que os ama?

MUJERES
¡Oh, Princesa, aceptad a Felipe por esposo!
¡La paz!... ¡Tened piedad de nosotros!

CONDE DE LERMA
¿Vuestra respuesta?

ISABEL
(con voz lánguida)
¡Sí!

CORO
¡Dios nos escucha,
oh, corazón valeroso!
¡Que él sea garante
de nuestra felicidad!

DON CARLOS, ISABEL
(Para sí)
¡Angustia suprema!
¡Me siento morir!

CORO
¡Oh, cantos de fiesta y alegría, etc.

DON CARLOS, ISABEL
¡Todo está decidido! ¡Oh, dolor!
El fatal destino 
a eternos pesares nos ha condenado.
¡No conoceremos jamás
la felicidad ni la paz!

CORO
¡Gloria a la Reina de España!

(Isabel, conducida por el Conde de Lerma, sube 
a su litera. Don Carlos queda desesperado, la 
cabeza entre sus manos. El cortejo se pone en 
marcha) 

DON CARLOS
¡Ay de mí! ¡Ay de mí!

CORO
¡Gloria a la Reina!

(se van alejando) 

¡Oh, cantos de fiesta y alegría, etc.

DON CARLOS
(desesperado)
¡La hora fatal ha sonado!
El cruel destino
rompe mi hermoso sueño.
¡Oh, destino fatal! ¡Oh, destino fatal!


ACTO II 

Primera Escena 

(Claustro del monasterio de Yuste. A la derecha, 
capilla con la tumba de Carlos V, que se 
distingue a través de la reja dorada. A izquierda, 
una puerta que conduce al exterior. Al fondo, 
un jardín con grandes cipreses. Amanece) 

Escena y plegaria 

(Se oye el cántico de los frailes. Un monje 
arrodillado reza ante la tumba) 

MONJES
¡Oh, Carlos V, el augusto Emperador!
Ya no es más que cenizas y polvo.
¡Ahora, su alma altiva está temblorosa 
a los pies del Señor!

UN MONJE
Quiso reinar sobre el mundo
olvidando a Aquél que con su mano
a los astros muestra su camino.
¡Su orgullo fue profundo, su demencia profunda!

CORO
Carlos V, el augusto Emperador,
ya no es más que cenizas y polvo.
¡Que los dardos de tu cólera
se aparten de él, Señor!

UN MONJE
¡Sólo Dios es grande!
¡Sus dardos de fuego
hacen temblar 
la tierra y los cielos!
¡Ah! Maestro misericordioso,
condescendiente con el pecador,
otorga a su alma la paz y el perdón.

MONJES
Carlos V, el augusto Emperador,
ya no es más que cenizas y polvo.
Señor, que tu cólera
se aparte de él.
¡Sólo Dios es grande!

(Una campana suena. Los monjes salen de la 
capilla, atraviesan el claustro y desaparecen. 
Don Carlos sale bajo las bóvedas del claustro) 

DON CARLOS
En el monasterio de Yuste, 
donde terminó su vida mi abuelo Carlos V, 
busco en vano la paz y el olvido del pasado.
¡La imagen de aquella que me fue robada
siempre me acompaña en este gélido claustro!

UN MONJE
(que se ha alzado y se acerca a Don Carlos)
Hijo mío, los dolores de la tierra
nos siguen incluso a este lugar.
La paz que vuestro corazón espera,
¡sólo se encuentra cerca de Dios!

(El Monje hace ademán de marcharse) 

DON CARLOS
¡Ante esta voz me estremezco!
He creído ver... ¡Oh, terror!... 
¡La sombra del Emperador!
Bajo la cogulla, 
oculta la corona y su coraza dorada.
¡Aquí, dijeron, que aparecería!

UN MONJE
(continúa alejándose)
La paz sólo se encuentra cerca de Dios...

DON CARLOS
¡Esa voz! Me estremezco...
¡Oh, terror! ¡Oh, terror!

Escena y Dúo 

RODRIGO
(introducido por un fraile lego)
¡Ahí está!... ¡Aquel es el Infante!

DON CARLOS
(con la intención de abrazarlo)
¡Oh, mi buen Rodrigo!

RODRIGO
(deteniéndolo con un gesto)
¡Pido audiencia al noble hijo del Rey!

DON CARLOS
(con frialdad)
¡Sed bienvenido, marqués de Posa!

(Tras un gesto de Carlos, el fraile se aleja) 

DON CARLOS
(se lanza a los brazos de Rodrigo)
¡Tú! ¡Mi Rodrigo!
¡Eres tú a quien abrazo!
Hasta mí, en mi dolor, Dios te ha conducido.
¡Ángel consolador!

RODRIGO
¡Ah! ¡Querido Príncipe!
¡Carlos, ah, mi querido príncipe!
¡Vengo de Flandes, donde acompañé al ejército!
Deseo interceder ante el Infante Carlos,
por ese país, ¡donde corre la sangre a raudales!
¡Socorred a Flandes oprimida!
Desde el luto y el terror un pueblo arrodillado,
un pueblo de mártires, eleva sus brazos.
¡Ese pueblo eleva los brazos hacia vos!

(hablado) 

Pero ¿qué veo? ¿Qué palidez mortal?
Un resplandor dolorosos en vuestros ojos brilla,
vos... ¡calláis!... ¡Suspiráis! ¡Lloráis!
¡Carlos, reveladme vuestro dolor!

DON CARLOS
Compañero, amigo y hermano,
¡déjame llorar en tus brazos!
En todo el imperio, sólo tengo tu corazón, 
¡no me abandones!

RODRIGO
En nombre de una fraternal amistad,
de los días pasados, de los días alegres,
¡ábreme tu corazón, oh, Carlos!

DON CARLOS
¿Eso quieres? Pues bien, conoce mi miseria.
¡Sangrando por un dardo fatal
mi corazón está herido! 
Amo con un amor insensato a Isabel...

RODRIGO
¡Tu madre!... ¡Dios todopoderoso!

DON CARLOS
¡Empalideces!
Tu mirada, a pesar de todo, ¡huye de la mía!
¡Rodrigo, con horror, se aparta de mi!

RODRIGO
No Carlos, Rodrigo te ama.
Por mi fe de cristiano, ¡tú sufres!
¡Para mí, el universo ya no vale nada!
¡Oh, Carlos, mi amigo, mi hermano!
Te abro mi corazón y mi s brazos.
A pesar de la dorada corona de tu padre,
mi corazón ¡oh, Carlos! no te abandonará.

DON CARLOS
Compañero, amigo y hermano,
¡déjame llorar en tus brazos!
En todo el imperio, sólo tengo tu corazón, 
¡no me abandones!

RODRIGO
¿Conoce el Rey tu secreto?

DON CARLOS
No.

RODRIGO
¡Pídele permiso para ir a Flandes!
¡La lejanía acallará tu corazón!
Ve, y aprende entre esos desgraciados,
¡el duro oficio de Rey!

DON CARLOS
¡Te seguiré, hermano!

(Se oye una campana) 

RODRIGO
¡Escucha!

(Algunos frailes atraviesan la escena) 

¡Las puertas del convento se van a abrir!
Sin duda llega Felipe con la Reina.

DON CARLOS
(temblando)
¡Isabel!

RODRIGO
Carlos, manténte junto a mí 
y tu alma no vacilará.
Tu destino será útil y hermoso...
¡Pide a Dios que te otorgue la fuerza de un héroe!

DON CARLOS, RODRIGO
Dios, Tú sembraste en nuestras almas
un rayo semejante a las llamas,
una pasión exaltada,
¡el amor a la libertad!
Dios, que de nuestros corazones sinceros,
has hecho el corazón de dos hermanos,
¡acepta nuestro juramento!
¡Moriremos amándonos!
¡Ah! Dios, Tú sembraste en nuestras almas, etc.

(Felipe, conduciendo a Isabel, aparece precedido
por los frailes) 

RODRIGO
¡Ahí están!

DON CARLOS
¡Me estremezco!... ¡Muero al verla!

RODRIGO
¡Coraje!

(Rodrigo se aparta de Don Carlos, quien se 
inclina respetuoso ante Felipe y busca dominar 
su emoción. Isabel se estremece al ver a Don 
Carlos. El Rey y la Reina se dirige a la capilla) 

MONJES
Carlos V, el augusto Emperador, etc.

DON CARLOS
¡Está con él!... ¡Gran Dios, la he perdido!

UN MONJE
¡Ah! La paz y el perdón descienden de los cielos.
¡Sólo Dios es grande!

RODRIGO
¡Ven, junto a mí, tu corazón será más fuerte!

DON CARLOS, RODRIGO
¡Estamos unidos en la vida y en la muerte!
¡Dios acepta nuestro juramento
de morir amándonos!
¡Estamos unidos en la vida y en la muerte!

Segunda Escena 

(Lugar alegre a las puertas del monasterio de 
Yuste. Una fuente, verde pradera, naranjos, pinos 
y lentiscos. En el horizonte, las montañas azules 
de Extremadura. Al fondo, la puerta del convento 
con una escalinata de peldaños) 

Coro y Escena 

(Las Damas están sentadas en la pradera, 
alrededor de la fuente. Un paje afina su guitarra) 

DAMAS
Bajo este bosque de follaje denso,
una muralla de sombra y silencio
envuelve a la casa de Dios.
Bajo los pinos, cuyas ramas nos cobijan,
se puede huir del intenso calor y del brillo 
del disco de fuego.

TEBALDO
(entrando con Éboli)
Las flores cubren la tierra y los pinos abren sus parasoles.
Bajo estas sombras, para complaceros,
despiertan los ruiseñores.

TEBALDO, DAMAS
(bajo los árboles, cerca de la fuente)
¡Qué placer sentarse bajo los árboles,
y escuchar el susurro sobre el mármol
de la canción que entona la fuente!
¡Qué placer ver pasar, en la canícula,
las lentas horas del día,
entre sombras y flores!

ÉBOLI
Puesto que en este monasterio sólo le está 
permitido entrar a la Reina de las Españas,
¿queréis, compañeras, mientras esperamos,
buscar algún juego que nos entretenga?

TEBALDO, DAMAS
Aceptaremos cualquier sugerencia vuestra, 
encantadora Princesa de Éboli.

ÉBOLI
(a Tebaldo)
Trae una mandolina.
Cantaremos a dúo
la canción sarracena...
¡La del velo indulgente con el amor!
¡Cantemos!

TEBALDO, DAMAS
¡Cantemos!

Canción del Velo 

ÉBOLI
En el palacio de las hadas
de los reyes granadinos,
delante de las ninfas
y de sus bellos jardines,
cubierta con un velo,
una mujer, en un atardecer,
bajo las bellas estrellas,
solitaria vino a sentarse.
Ajmet, el rey moro,
al pasar la vio,
y a pesar del velo
de ella se enamoró. 
¡Ven, soberana,
reinarás en mi corte! él dijo. 
Pues la Reina
ya no tiene mi amor.
¡Ah!

ÉBOLI, TEBALDO
¡Oh, jovencitas, tejed los velos! 
Cuando en el cielo brillan los fuegos del día
y cuando lucen las estrellas,
los velos 
son requeridos por el amor.

DAMAS
¡Oh, jovencitas, tejed los velos! 
Cuando en el cielo brillan los fuegos del día
y cuando lucen las estrellas,
los velos 
son requeridos por el amor.

ÉBOLI, TEBALDO
¡Ah, los velos
son requeridos por el amor!

ÉBOLI
Yo entreví apenas,
en el oscuro jardín,
tus cabellos de ébano
y tu pie infantil.
¡Niña encantadora,
un rey te amará!
¡Sé la flor viva
de mi Alhambra!
Mas quítate ese velo,
bello astro encantador,
haz como las estrellas
del azul firmamento.
Obedezco sin dudar,
aquí estoy, mírame.
¡Por Alá!... ¡Es la Reina!
el rey exclamó.
Ah!

ÉBOLI, TEBALDO
¡Oh, jovencitas, tejed los velos! etc.

DAMAS
¡Oh, jovencitas, tejed los velos! etc.

Escena, Trío y Romanza 

(Isabel entra, saliendo del convento) 

DAMAS
¡La Reina!

ÉBOLI
(Para sí)
Un triste pensamiento 
ensombrece su alma.

ISABEL
(sentándose cerca de la fuente)
Cantáis libres y despreocupadas...

(Para sí) 

¡Ay de mi!
¡En el pasado yo también estaba así de alegre!

(Rodrigo aparece. Tebaldo le habla en voz baja 
y después regresa junto a la Reina) 

TEBALDO
(anunciando a Rodrigo)
¡El marqués de Posa, Grande de España!

RODRIGO
(inclinándose ante la Reina)
Señora,
en París, vuestra madre me dio esta carta
para que se la entregara a Vuestra Majestad.

(Le entrega la carta a la Reina adjuntando 
disimuladamente una nota junto a ella) 

¡Leedla por la salud de vuestra alma!

(mostrando la carta a las damas) 

¡Mirad el sello real, la corona y el lys!

(Isabel, sorprendida, se dispone a hablar. 
La mirada suplicante de Rodrigo la detiene) 

ÉBOLI
(a Rodrigo)
¿Qué nuevas hay en la corte francesa,
el bello país de la elegancia?

RODRIGO
(a Éboli)
Se ocupan con interés de un torneo,
donde, dicen, participará el Rey.

ISABEL
(con la nota en la mano)
¡Ah! ¡No me atrevo a abrirla! 
¡Faltaría al honor!
¡Estoy temblando!...

ÉBOLI
(a Rodrigo)
A los franceses nadie supera,
según dicen, en ingenio y gracia.

RODRIGO
(a Éboli)
Vos tenéis, bajo otros cielos,
todo su encanto y exquisito gusto.

ÉBOLI
(a Rodrigo)
¿Y es cierto que en las fiestas del Louvre,
las diosas, como un coro resplandeciente,
parecen bajar desde el mismo cielo?

ISABEL
(Para sí)
Pero mi alma permanece inmaculada
y Dios lo lee en mi corazón.

RODRIGO
(a Éboli)
Pero les falta, de todas formas, la más bella...

ÉBOLI
(a Rodrigo)
Para el baile visten, según creo,
seda y oro preferentemente...

ISABEL
(para sí, leyendo)
"Por el recuerdo que nos une,
en nombre de vuestro sosiego,
de mi vida, como en mí,
confiad en este hombre - Carlos"

RODRIGO
(a Éboli)
Todo sienta bien cuando se es, Princesa, 
¡tan bella como vos!

ISABEL
(a Rodrigo)
Está bien... ¡Gracias!
Pedid una gracia a la Reina.

RODRIGO
Acepto, ¡pero no la pido para mí!

ISABEL
(Para sí)
¡Apenas me sostengo!

ÉBOLI
(a Rodrigo)
¿Quién más digno que vos puede ver 
sus deseos satisfechos por la Reina?

ISABEL
(Para sí)
¡Ah! ¡Tiemblo!

ÉBOLI
¡Explicaos!

ISABEL
¡Hablad!

RODRIGO
El Infante Don Carlos, nuestra esperanza,
vive en permanente duelo y pesar.
¡Ese sufrimiento está agostando 
la flor de su juventud!
¡Oh vos, que sois su madre, 
con corazón tierno dadle la paz y el reposo!...
¡Dignaos verlo, dignaos escucharlo!
¡Salvad al Infante! ¡Salvad a Carlos!

ÉBOLI
(Para sí)
Un día, estando yo junto a su madre,
vi que a mis miradas el Infante palidecía... 
¿Será que me ama?

ISABEL
(Para sí)
¡Oh, destino amargo! 
¡Volverlo a ver... me estremezco!

ÉBOLI
(Para sí)
¿Por qué no se atreve a decírmelo?

RODRIGO
¡Ah! El Infante Carlos encuentra siempre 
el corazón del Rey, su padre, cerrado.
¿Quién sobre la tierra 
es más digno de ser amado?
Una palabra de amor a su tierno ese corazón
le devolvería la fuerza y el reposo.
Dignaos verlo, dignaos escucharlo...
¡Salvad al Infante! ¡Salvad a Carlos!

ÉBOLI
(Para sí)
Vi como, a mi mirada, el Infante palidecía.
¿Me amará? 
¿Por qué no se atreve a decírmelo?

ISABEL
(Para sí)
¡Ay de mí! ¡A penas me sostengo!
¡Gran Dios! ¡Volverlo a ver! ¡Me estremezco!

(a Tebaldo) 

¡Estoy dispuesta para recibir a mi hijo!

ÉBOLI
(Para sí)
¡Ah, si él me amara!...
¡Si osara abrirme su corazón!

(Rodrigo toma la mano de la Princesa de Éboli 
y ambos se alejan. Las damas de la Reina y los 
pajes salen) 

Gran Escena y Dúo 

(Don Carlos se aproxima lentamente a Isabel y 
se inclina sin alzar los ojos. Isabel, dominando 
a penas su emoción, ordena a Don Carlos que se 
aproxime. La condesa de Aremberg, rezagada, se 
aleja a un gesto de Isabel) 

DON CARLOS
Vengo a solicitar de la Reina una gracia,
Sólo aquella que ocupa el primer puesto 
en el corazón del Rey 
puede obtener para mí tal gracia.
El aire de España me mata, me pesa, me oprime...
como el pesado recuerdo de un crimen.
Obtened, os lo ruego, que pueda partir hoy mismo 
para Flandes.

ISABEL
¡Hijo mío!

DON CARLOS
¡No me llaméis así!... 
¡Hacedlo como en otros tiempos!

(Isabel quiere alejarse, Don Carlos suplicante 
la detiene) 

¡Ay de mí, me pierdo! ¡Piedad! ¡Sufro tanto!
El cielo avaro sólo me concedió un día, 
¡y muy rápido escapó!

ISABEL
Príncipe, si el Rey quiere 
acceder a mi ruego...
Mañana mismo partiréis 
hacia Flandes.

(Isabel hace un gesto de adiós a Don Carlos 
y quiere alejarse) 

DON CARLOS
¡Cómo! ¡Ni una palabra, ni un lamento,
ni una lágrima para el exiliado!
¡Ah, que al menos la piedad 
de vuestra santa mirada me hable!
¡Ay de mí! Mi alma se desgarra...
Me siento morir... ¡Insensato!
He suplicado en mi delirio,
a un mármol insensible y gélido.

ISABEL
Carlos, no acuséis a mi corazón de indiferencia.
Comprended mejor su valor... su silencio.
El deber, como santa antorcha, ante mis ojos luce.
¡Yo camino guiada por él!
¡Pongo en el cielo todas mis esperanzas!

DON CARLOS
¡Oh, bien perdido!... ¡Tesoro sin precio!
¡Mi única felicidad en la vida!
Mi alma, embriagada ante vuestras palabras,
¡sueña con el Paraíso!

ISABEL
¡Oh, Dios clemente, que este corazón fiel,
sea consolado y me olvide!
¡Adiós, Carlos, al menos en esta vida!
¡Ah, vivir cerca de vos ha sido un paraíso!

DON CARLOS
¡Oh, prodigio! ¡Mi dolor punzante desaparece!
¡Mi corazón desgarrado se consuela!
El cielo ha tenido piedad de mis llantos...
A vuestros pies, colmado de ternura... ¡muero!

(cae desvanecido) 

ISABEL
(se inclina sobre Don Carlos)
¡Dios todopoderoso, parece que 
la vida se le escapa entre lágrimas!
¡Devolved la calma, oh bondad santa,
a este noble corazón desolado!
¡Ay de mí! Su dolor me desgarra...
Entre mis brazos, pálido y frío,
de amor y de dolor muere 
quien fue mi prometido.

DON CARLOS
(delirando)
¿Qué dulce voz reanima mi alma?
Isabel, ¿eres tú, mi bien amada?
¿Estás junto a mí, como en otro tiempo?
¡Ah, la primavera reverdece los bosques!

ISABEL
¡Oh, delirio! ¡Oh, terror!
¡Él expira! ¡Oh, bondad santa!

DON CARLOS
En mi tumba sepultado...

(Volviendo en sí) 

Del sueño eterno
¿por qué me arrancas, Dios cruel?

ISABEL
¡Carlos!

DON CARLOS
¡Que bajo mis pies se desgarre la tierra!
¡Que sobre mi frente estalle la tormenta!
¡Te amo, Isabel! ¡Me olvido del mundo!

(Él la toma en sus brazos) 

ISABEL
(se libera con espanto)
Entonces, si es así... ¡Matad a vuestro padre!
¡Arrastrad hasta el altar a vuestra madre
manchado con la sangre del homicidio!

DON CARLOS
(Huyendo espantado)
¡Ah! ¡Hijo maldito!

ISABEL
¡Sobre nosotros el Señor ha velado!

(Cayendo de rodillas) 

¡Señor! ¡Señor!

Escena y Romanza 

(Tebaldo, Felipe, la condesa de Aremberg, 
Rodrigo, coro y pajes, entran sucesivamente) 

TEBALDO
(saliendo deprisa del convento)
¡El Rey!

FELIPE
(a Isabel)
¿Por qué sola, señora?
¿La Reina no tiene junto a ella a una dama?
¿Ignoráis la regla de la Corte?
¿Quién era hoy vuestra dama de compañía?

(La condesa de Aremberg, saliendo temblorosa 
de entre el séquito, se presenta al Rey) 

Condesa, ¡mañana mismo partiréis hacia Francia! 

(La condesa se retira llorando. Todo el mundo 
mira a la Reina con estupor) 

CORO
¡Ah, qué pesar para la Reina!

ISABEL
(a la condesa de Aremberg)
¡Oh, mi querida compañera,
no llores, hermana mía!
Te alejan de España
pero no de mi corazón.
¡Junto a ti mi infancia
pasó sus días más alegres!
Volverás a ver Francia,
¡ah, llévale mis saludos!

(entrega una sortija a la Condesa) 

Recibe esta última prenda,
esta prenda de mi favor.
Oculta este ultraje
que me cubre de sonrojo.
Ni digas nada de mis sufrimientos,
ni de las lágrimas de mis ojos.
Volverás a ver Francia,
¡ah, llévale mis saludos!

CORO, RODRIGO
¡Ah! Es inocencia
lo que brilla en sus ojos.

FELIPE
(Para sí)
¡Con esa seguridad
por ella atestiguan los cielos!

ISABEL
¡Volverás a ver Francia,
llévale mis saludos!

(La Reina se separa llorando de la condesa y 
sale. El coro le sigue) 

Escena y Dúo 

FELIPE
(a Rodrigo que va a salir)
¡Esperad!

(Rodrigo se detiene, inclina una rodilla en tierra 
ante el Rey, después se aproxima a él y se cubre 
sin ningún tipo de embarazo) 

Junto a mi persona,
¿por qué no habéis solicitado nunca audiencia?
Gusto recompensar a quienes son mis amigos, 
y vos, bien lo sé, habéis servido bien a la corona...

RODRIGO
¿Qué podría desear del favor de los reyes, Sire?
Vivo satisfecho y protegido por nuestras leyes.

FELIPE
Me gusta el valor... Perdono la audacia...
Alguna vez... vos habéis dejado mis banderas,
y las gentes como vos, soldados de noble raza,
no han amado jamás el reposo...

RODRIGO
Por mi país, con noble gallardía, mi espada 
ha brillado fuera de su vaina más de veinte veces.
Que España lo demande y yo retomaré la espada,
¡pero que otros lleven el hacha del verdugo!

FELIPE
¡Marqués!

RODRIGO
(con vehemencia)
¡Dignaos escucharme, Sire! 
Puesto que el azar... Puesto que Dios 
ha querido en este día conducirme ante vos, 
los deseos de la Providencia no me habrán puesto 
en vano en presencia vuestra.
Algún día... ¡conoceréis la verdad!

FELIPE
¡Hablad!

RODRIGO
¡Rey! Acabo de regresar de Flandes,
aquel país otrora tan bello.
Hoy, sólo es un desierto de cenizas,
un lugar de horror... ¡una tumba!
Allí, el huérfano que mendiga
y llora por los caminos,
tropieza, huyendo de los incendios,
sobre las osamentas humanas.
La sangre enrojece el agua de los ríos
que corren cargados de muertos...
El aire está lleno de gritos de viudas
que lloran a sus esposos degollados.
¡Ah, la mano de Dios sea bendita,
pues hace escuchar por mi boca
la noticia de toda esa agonía
a la justicia del Rey!

FELIPE
Esa sangre es el precio de la paz del mundo.
Mi rayo ha fulminado a los renovadores 
que querían descarriar al pueblo sencillo...
La muerte, en mis manos, puede resultar fecunda.

RODRIGO
¡No! ¡En vano vuestro rayo ruge!
¿Qué brazo pudo nunca parar
la marcha de la humanidad?

FELIPE
¡El mío!

RODRIGO
¡Un aliento ardiente ha pasado por la tierra
estremeciendo a toda Europa! 
Dios os dicta su voluntad...
¡Dad a vuestros hijos la libertad!

FELIPE
¡Qué lenguaje tan nuevo!
Jamás, junto al trono, nadie elevó la voz tan alto...
Nunca nadie me había hablado 
de una manera tan descarnada.

RODRIGO
(Cayendo de rodillas)
¡Señor, señor!

FELIPE
(Alzándolo)
Ni una palabra más... ¡Alzaos!
Vuestra cabeza es demasiado inexperta
para que invoquéis una utopía engañosa 
ante un anciano, rey de la mitad del mundo...
¡Partid y guardaos del Gran Inquisidor!

(Rodrigo se dispone a marchar, cuando Felipe
le hace un gesto para que se quede) 

¡No!... ¡Esperad, muchacho!
Me gusta vuestra alma valerosa,
a la que la mía se va sincerar...
Todo me habla de traición...
La Reina... ¡una sospecha me tortura!... Mi hijo.

RODRIGO
¡Posee un alma limpia y noble!

FELIPE
Nada vale tanto como el bien que desea quitarme.

RODRIGO
Sire, ¿qué decís?

FELIPE
Amigo, confío en vos,
sed mi guía y mi confidente...
¡Sois uno más entre ellos!
¡Deseo poner mi corazón en vuestras manos!

RODRIGO
¡Ah! ¿Estoy soñando?

FELIPE
¡Muchacho, otorga la calma
a mi torturado corazón!
¡Bendita sea la hora en la que encontré 
un corazón leal!

RODRIGO
(Para sí)
¿Qué rayo prodigiosos ha hecho 
que me abra su corazón?
¡Temo que una mortal e irremediable sospecha
haya caído sobre Carlos!

FELIPE
(Llamando a Lerma)
¡El Marqués de Posa puede entrar a Palacio 
sin autorización previa, a cualquier hora!

RODRIGO
(Para sí)
¡Dios santo! ¿Estoy soñando?
¡Ah, temo por Carlos!...

FELIPE
¡Bendita sea la hora en la que encontré 
un corazón leal!

(Felipe extiende su mano, Rodrigo se arrodilla 
y se la besa) 


ACTO III 

Primer Cuadro 

Introducción y Coro 

(Los jardines de la Reina. Preparativos de una 
fiesta. Al fondo, bajo un seto en forma de arcada, 
una estatua con fuente. Noche clara. La Corte se 
dirige hacia el Ballet de la Reina) 

CORO
(Fuera de escena)
¡Cuántas flores y estrellas
en estos jardines perfumados!
¡Cuántas bellezas 
engalanadas de velos
vienen a ofrecernos 
sus encantos!
¡Qué largo es aún
el camino que debe
recorrer la aurora!
¡Todo es alegría en esta noche!
¡Qué lejos queda aún la aurora!
Mandolinas,
alegres tambores,
voces divinas
de los galantes.
Y en el aire,
armonías
y dulces notas.
En esta noche
todo es dulce canto 
y voces seductoras.
¡El tiempo se escapa!

(Isabel y Éboli entran con las últimas frases del 
coro. Las damas se quedan a distancia) 

ISABEL
¡Ven, Éboli! La fiesta a penas ha comenzado 
y ya, de su alegre alboroto, estoy cansada...
¡Cuántas cosas se han apagado en mí!
El Rey, que mañana celebra su aniversario,
pasa la noche a los pies de la virgen.
¡Yo también rezaré como él!

ÉBOLI
Toda la corte est aquí... el Infante...

ISABEL
Toma mi echarpe,
mi collar y mi máscara.
Quien te vea, 
pensará que soy yo.
¡Y ahora vete! Siento en mi alma
la necesidad de estar con Dios.
La fiesta te reclama.
¡Adiós!

(Isabel regresa a Palacio. Dos damas siguen a 
Isabel. Las otras rodean a Éboli, enmascarada 
bajo el velo de la Reina) 

CORO
¡Cuántas flores y estrellas... etc.

ÉBOLI
¡Por una noche seré Reina!
En este jardín encantador
seré señora y soberana.
Soy como la belleza
de la leyenda del velo,
que quiere lucir a su lado
el dulce reflejo de una estrella.
¡Reina por una noche!
Bajo el dulce velo de la obscuridad,
embriagaré a Carlos de amor.
¡Ah, Carlos, el príncipe del corazón sombrío!

CORO
Mandolinas... Etc.

(Éboli hace un gesto a un paje que pasa y le 
entrega una nota, después sale seguida por 
las damas) 

Segundo Cuadro 

El Ballet de la Reina 

La Peregrina 

(Gruta mágica de nácar y coral. Las Perlas 
están ocultas bajo la vigilancia de las olas. Un 
pescador desciende hasta esta morada prohibida 
a los mortales. Deslumbrado por tantas 
maravillas, él cree soñar, y las Perlas, coquetas, 
se complacen en desplegar ante él todas las 
seducciones de su belleza. Sin embargo, la 
Reina de las Aguas está enojada. Para castigar 
al audaz quiere arrojarlo a los abismos. 
Entonces, aparece un paje con las armas y 
los colores de Felipe. Es para el Rey de España 
que el pescador busca en el fondo de los mares 
la más bella de las Perlas. Ante el temido nombre 
de Felipe, la Reina de las Aguas se inclina con 
respeto y ofrece al pescador todas las riquezas 
de su imperio, pero ninguna perla es digna de 
Felipe. Es necesario fundir en una sola la belleza 
de todas. Para formar esta maravilla, las dóciles 
Perlas se despojan de sus adornos y se reúnen 
dentro de una concha de oro de donde sale luego 
resplandeciente La Peregrina, la más hermosa 
joya de la corona de España. Esta Perla, que 
sólo tiene parangón en aquella de Cleopatra, es 
personificada por la Reina (Éboli) que aparece 
en sobre un carro reluciente; el himno español 
suena, las Perlas se arrodillan, toda la Corte se 
inclina para rendir homenaje a su soberana) 

Tercer Cuadro 

Escena, Dúo y Trío 

DON CARLOS
(leyendo una nota)
"A medianoche, en los jardines de la Reina,
bajo los laureles, cerca de la fuente..."
¡Ya es medianoche! 
Se oye el claro sonido de la fuente...
Ebrio de amor, pleno de una alegría inmensa, 
¡Isabel, mi bien, mi felicidad!... ¡Te espero!

(A Éboli, que entra enmascarada y que él cree 
Isabel) 

¡Sois vos! Mi bien amada,
la que andáis entre esas flores.
¡Sois vos! Mi alma encantada
ve cómo se esfuman sus dolores.
¡Oh, fuente ardiente y sagrada
de mi felicidad 
más dulce y adorada!
¡Mi bien, mi amor!... ¡Sois vos!

ÉBOLI
(Para sí)
¡Semejante amor, es el bien supremo! 
¡Qué dulce... ser amada así!

DON CARLOS
¡Olvidemos el universo, la vida y el mismo cielo!
¿Qué importa el pasado? ¿Qué importa el futuro?
¡Te amo!

ÉBOLI
(quitándose la mascara)
¡Pueda el amor unirnos para siempre!

DON CARLOS
(Para sí)
¡Dios!... ¡No es la Reina!

ÉBOLI
¡Oh, cielos! ¿Qué pensamiento os pone pálido, 
inmóvil y os hiela los labios?
¿Qué espectro se interpone entre nosotros?
¿Dudáis acaso de este corazón
que sólo late por vos?
¡Ay de mí! Vuestra juventud ignora
la trampa horrenda os sigue vuestros pasos.
¡Ya el rayo se cierne sobre vuestra frente!

DON CARLOS
No creáis que ignoro
los peligros sembrados bajo mis pasos.
¡Ya escucho al rayo 
que amenazador se cierne sobre mi frente!

ÉBOLI
Vuestro padre... y el mismo Posa,
de vos me han hablado...
Yo os puedo salvar... ¡Os amo!

DON CARLOS
¡Rodrigo!... ¿Qué misterio aquí se me desvela?

ÉBOLI
¡Carlos!

DON CARLOS
¡Ah, vos tenéis el corazón de un ángel, 
pero el mío está cerrado a la felicidad!
Nosotros dos hemos tenido un sueño extraño,
en esta bella noche, bajo los árboles perfumados.

ÉBOLI
¿Un sueño? ¡Oh, cielos! 
Esas palabras... ¿iban dirigidas a otra mujer?
¡Qué relámpago! ¡Qué secreto!... Entonces...
¡Vos amáis a la Reina!

DON CARLOS
¡Piedad!

(Rodrigo entra) 

RODRIGO
¿Qué está diciendo?... ¡Delira!
¡No creáis a este insensato!

ÉBOLI
He leído en el fondo de su corazón,
¡la sentencia está pronunciada!

RODRIGO
¿Qué os ha dicho?

ÉBOLI
¡Dejadme!

RODRIGO
¿Qué os ha dicho?... ¡Miserable, tiembla! 
Yo soy...

ÉBOLI
¡El favorito del Rey!
Sí, ya lo sabía, y yo soy...
¡una peligrosa enemiga!
Conozco vuestro poder... vos ignoréis el mío.

RODRIGO
¿Qué pretendéis decir?

ÉBOLI
¡Nada!
¡Temed mi furia!
¡En mis manos tengo su vida!

RODRIGO
(a Éboli)
¡Hablad claro!
¿Qué os condujo hasta aquí?

ÉBOLI
¡Ah, la leona tiene el corazón herido!
¡Temed a una mujer despechada!

RODRIGO
¡No ofendáis al Todopoderoso,
protector de los inocentes!

DON CARLOS
Pero ¿qué he hecho? ¡Ay, dolor amargo!
¡He deshonrado el nombre de mi madre!
¡La mirada del Todopoderoso
sólo reconocerá al inocente!

ÉBOLI
¡Y yo, que temblé ante ella!
¡Ella, esa nueva santa de celestiales virtudes, 
que conservando las apariencias,
quería apurar hasta el fondo la copa 
de los placeres de la vida! ¡Ah!
¡Ella ha pisoteado mi alma!... ¡Orgullosa!

RODRIGO
(sacando su puñal)
¡Desgraciada!

DON CARLOS
(deteniéndolo)
¡Rodrigo!

RODRIGO
¡El veneno apenas acaba de salir 
de sus malditos labios!

DON CARLOS
¡Rodrigo, cálmate!

ÉBOLI
¿Vuestra mano vacila?
¿A qué esperáis para herir?... ¡Aquí me tenéis!

RODRIGO
(arrojando su puñal)
¡No! ¡Aún me queda una esperanza!... 
¡Dios me guiará!

ÉBOLI
(a Don Carlos)
¡Maldito seas, hijo adúltero!
Mi grito vengador resonará...
¡Maldito seas!
Mañana la tierra se abrirá para tragarte.

RODRIGO
(a Éboli)
¡Si seguís injuriando, que el Dios severo
eleve su brazo para castigaros!
¡Si seguís injuriando, ah, 
que la tierra se abra para tragaros!

DON CARLOS
¡Ella lo sabe todo! ¡Oh, pena amarga!
¡Dolor en el que me siento morir!
¡Ella lo sabe todo! 
¡Ah, que la tierra se abra y me trague!

(Éboli se marcha furiosa) 

RODRIGO
¡Carlos, si tenéis alguna carta importante...
notas... planes... es necesario que me los deis!

DON CARLOS
(titubeante)
¿A vos?... ¿Al favorito del Rey?

RODRIGO
Carlos, ¿acaso dudas de mí?

DON CARLOS
¡No! ¡Mi apoyo... mi esperanza!
Este corazón que tanto te ha amado
no te estará nunca cerrado.
En ti yo siempre he confiado...
¡Toma!... Estos son mis proyectos.

(Carlos le entrega unas cartas) 

RODRIGO
¡Oh, Carlos!
¡Oh, mi querido Príncipe, gracias!

DON CARLOS
¡Ah!... ¡A ti me confío!

(Se abrazan) 

Cuarto Cuadro 

(Plaza de la catedral de Valladolid. A la derecha, 
una gran escalinata; a izquierda, un palacio. Al 
fondo, otra escalinata desciende hacia una plaza 
inferior. Grandes edificios y lejanas colinas 
cierran el horizonte) 

Gran final 

(Los alabarderos intentan contener a la multitud 
que invade la plaza. Las campanas suenan) 

PUEBLO
¡Este feliz día está lleno de alegría!
¡Honor al más poderoso de los reyes!
Las ofrendas del mundo a él se dirigen.
¡El mundo está sometido bajo su ley!
Nuestro amor siempre le acompaña.
Jamás fue un amor tan merecido:
Su nombre es el orgullo de España.
¡Que viva por toda la eternidad!

(Marcha fúnebre. Los monjes atraviesan la plaza, 
conduciendo a los condenados del Santo Oficio) 

MONJES
Hoy es un día de cólera,
un día de duelo y espanto.
¡Maldición! ¡Maldición al temerario
que desafía la ley del cielo!
Pero el perdón será el anatema
si el pecador atemorizado,
se arrepiente en la hora suprema
¡ante el umbral de la eternidad!

(Los monjes y los condenados descienden a la 
plaza inferior donde la hoguera está preparada) 

PUEBLO
¡Honor al más poderoso de los Reyes!
Nuestro amor siempre le acompaña, etc.
¡Honor al rey!

Marcha 

(El cortejo sale del palacio. Toda la corte, 
diputados de todas las provincias del Imperio, 
los Grandes de España y Rodrigo en medio de 
ellos. La Reina con sus damas; Tebaldo, llevando 
el manto de Isabel, los pajes, etc. El cortejo se 
coloca ante la escalinata) 

PUEBLO
¡Este feliz día está lleno de alegría! Etc.
¡Honor al Rey!

CONDE DE LERMA
(Ante las puertas cerradas de la iglesia)
¡Abríos, oh puertas sagradas!
¡Mansión del Señor, ábrete!
¡Oh, bóvedas veneradas,
entregadnos a nuestro rey!

PUEBLO
¡Abríos, oh puertas sagradas! etc.

(Las puertas de la iglesia, al abrirse, dejan ver a 
Felipe, la corona en la cabeza, andando bajo 
palio, en medio de unos monjes. Los señores 
se inclinan. El pueblo se arrodilla) 

FELIPE
(bajo palio)
¡Pueblo, cuando me puse sobre la frente 
esta corona, juré a Dios, quien me la entregó,
defenderlo a hierro y fuego!

PUEBLO
¡Gloria a Felipe! ¡Gloria a Dios!

(Todos se inclinan en silencio. Felipe desciende 
los escalones y toma la mano de Isabel para 
continuar su camino. Los diputados flamencos 
aparecen de pronto, conducidos por Don Carlos, 
y se arrojan a los pies de Felipe) 

ISABEL
(Para sí)
¡Oh, Cielos! ¡Carlos!

RODRIGO
(Para sí)
¿Qué se propone?

FELIPE
¿Quiénes son estos que se postran ante mí?

DON CARLOS
¡Los diputados de Brabante y Flandes,
que vuestro hijo conduce ante vos!

DIPUTADOS FLAMENCOS
Sire, ¿ha sonado la última hora 
para vuestros súbditos flamencos?
¡Un pueblo que llora,
os dirige sus gritos y gemidos!
Si vuestra alma ha obtenido 
la clemencia y sosiego de este santo lugar,
¡salvad nuestra patria, oh rey poderoso,
vos que tenéis el poder de Dios!

FELIPE
Vosotros habéis sido infieles 
a Dios y a vuestro Rey.
Estos suplicantes son unos rebeldes.
¡Guardias!... ¡Alejadlos de mí!

MONJES
Todos los flamencos son unos infieles
que desafían la ley.
Estos suplicantes son unos rebeldes.
¡Que vuestro corazón los juzgue, oh Rey!

ISABEL, DON CARLOS, RODRIGO, 
TEBALDO, PUEBLO
¡Bendecid con vuestra mano sus frentes!
¡Sire, tened piedad de un pueblo desafortunado,
que camina sangrando y arrastrando sus cadenas!
¡Un pueblo abocado a la desesperación y muerte!

FELIPE
Habéis sido infieles a Dios, etc.

DIPUTADOS FLAMENCOS
Sire, ¿ha sonado la última hora, etc.

(El Rey va a pasar pero Don Carlos se interpone) 

DON CARLOS
¡Sire, es hora de que yo viva!
Estoy cansado de llevar una juventud ociosa
siempre al amparo de vuestra sombra.
Si Dios quiere que un día 
sobre mi frente brille la dorada corona,
¡preparad para España un señor digno de ella!
¡Confiadme Brabante y Flandes!

FELIPE
¡Insensato! ¿Pero, qué pretendes?
¿Quieres que entregue el acero que, 
tarde o temprano, inmolará al Rey?

DON CARLOS
¡Ah, Dios lee en nuestros corazones!
¡Dios nos ha juzgado, Sire!

ISABEL
(Para sí)
¡Tiemblo!

RODRIGO
(Para sí)
¡Está perdido!

DON CARLOS
(sacando la espada)
Por Dios que sí me escucha,
¡yo seré tu salvador, noble pueblo flamenco!

ISABEL, TEBALDO, RODRIGO
MONJES, PUEBLO
¡La espada ante el Rey! ¡El Infante delira!

FELIPE
¡Guardias! ¡Desarmad al Infante!
Señores, que sois el sostén de mi trono,
¡desarmad al Infante!
¡Cómo!... ¿Nadie obedece?

DON CARLOS
¡Aquí espero al que se atreva!
¡Mi mano está preparada!

(Los Grandes retroceden ante Don Carlos) 

FELIPE
¡Desarmad al Infante!

RODRIGO
(a Don Carlos)
¡Vuestra espada!

ISABEL
¡Oh, Cielos!

DON CARLOS
¿Tú, Rodrigo?

(Don Carlos entrega su espada a Rodrigo, quien 
se inclina ante el Rey) 

PUEBLO
¡Él!... ¡Posa!

ISABEL
¡Él!

FELIPE
Marqués, sois duque... 
Y ahora, ¡a la fiesta!

(El Rey sale dando la mano a la Reina; toda la 
Corte los sigue. Se dirigen a su lugar en la 
tribuna que tienen reservado para el Auto de Fe. 
Se aprecian de lejos las luces de las hogueras)

PUEBLO
¡Hoy es un día de alegría! etc.

MONJES
¡Hoy es un día de cólera!...

VOZ CELESTIAL
¡Volad hacia el Señor, volad, oh, pobres almas!
¡Venid a degustar la paz junto al trono de Dios!
¡Perdón!

DIPUTADOS FLAMENCOS
¡Dios sufre estos crímenes!
¡Dios no quiere estas llamas!
¡Están encendiendo en su nombre las hogueras!

MONJES
¡Día de duelo y terror!

FELIPE, MONJES
¡Gloria a Dios!

PUEBLO
¡Gloria a Dios!

(Las llamas de las hogueras se elevan) 


ACTO IV 

Primer Cuadro 

(Gabinete del Rey. Felipe sumido en una 
profunda meditación, se apoya sobre una mesa 
cubierta de papeles, en la que las velas acaban 
de consumirse. El día comienza a aclarar) 

FELIPE
(como en un sueño)
¡Ella no me ama! ¡No!
Su corazón me está cerrado.
¡Ella nunca me ha amado!
Aún la recuerdo
mirando en silencio
mi blancos cabellos,
el día en que llegó de Francia.
¡No, ella no me ama!
¡Ella no me ama!

(Volviendo en sí) 

¿Dónde estoy? Estas velas están consumidas...
la aurora platea los vidrios, ¡ya esta aquí el día! 
¡Ay! El sueño reparador, el dulce sueño 
ha escapado para siempre de mis párpados.
Dormiré en mi manto real,
cuando me llegue la última hora.
¡Dormiré bajo las bóvedas de piedra
de la cripta del Escorial!
Ojalá la realeza diera el poder de leer en el fondo 
del corazón, ¡donde sólo Dios puede verlo todo!
Si el Rey duerme, la traición se trama,
¡quieren robarle corona y esposa!
Dormiré en mi manto real, etc. ¡Ah!
Ojalá la realeza diera el poder de leer 
en el fondo del corazón.
¡Ella no me ama! ¡No! 
Su corazón me está cerrado, ¡ella no me ama!

(Vuelve a caer en su ensoñación) 

Escena 

CONDE DE LERMA
(entrando)
¡El Gran Inquisidor!

(Lerma sale. El Gran Inquisidor, ciego y de 
noventa años, entra apoyado en dos dominicos) 

GRAN INQUISIDOR
¿Estoy ante el Rey?

FELIPE
Sí, necesito de vos, padre, consejo.
Carlos ha pisoteado mi corazón,
el Infante es un rebelde armado contra su padre.

GRAN INQUISIDOR
¿Qué habéis decidido hacer con él?

FELIPE
Todo... ¡o nada!

GRAN INQUISIDOR
¡Explicaos!

FELIPE
Que él escape... o que la espada...

GRAN INQUISIDOR
¿Y bien?

FELIPE
Si lo condeno a muerte, ¿tu mano me absolverá?

GRAN INQUISIDOR
La paz del mundo bien vale la sangre de un hijo.

FELIPE
¿Un cristiano puede inmolar a su propio hijo?

GRAN INQUISIDOR
Dios, para salvarnos a todos, sacrificó al suyo.

FELIPE
¿Siempre sois tan inflexible y severo?

GRAN INQUISIDOR
El cristiano debe seguir la fe del Calvario.

FELIPE
Los remordimientos... ¿me atormentarán?

GRAN INQUISIDOR
¡Todo calla cuando habla la fe!

FELIPE
¡Está bien!

GRAN INQUISIDOR
¿Felipe no desea decirme nada más?

FELIPE
No.

GRAN INQUISIDOR
¡Seré entonces yo quien os hable, Sire!
En este bello país, cerrado para los heréticos,
un hombre osa minar el edificio divino.
Es el amigo del Rey, su íntimo confidente.
El demonio tentador le empuja al abismo.
Los actos criminales de que acusáis al Infante,
son un juego de niños al lado de los suyos.
Y yo, el Gran Inquisidor, mientras blando 
la espada sobre los obscuros criminales,
el poder mundano se burla de mi celo
dejando vivir al culpable... 

FELIPE
En estos tiempos de traición y recelo,
mi corazón ha buscado ansioso entre los hombres
un alma leal y sincera... ¡y la ha encontrado!

GRAN INQUISIDOR
¿Y por qué buscar un hombre?
¿Con qué derecho os hacéis llamar Rey,
Sire, si necesitáis de los hombres?

FELIPE
¡Callaos, padre!

GRAN INQUISIDOR
¡Ya penetra en vos el espíritu innovador!
¡Vos queréis emular con vuestra débil mano,
el santo yugo extendido por el universo romano!
¡Regresad al deber! 
La Iglesia, como buena madre, puede aún acoger 
a un arrepentido sincero... ¡Entregadme a Posa!

FELIPE
¡No, jamás!

GRAN INQUISIDOR
¡Oh Rey, si no fuerais quien sois,
por el Dios vivo que mañana estaríais 
ante nuestro supremo tribunal!

FELIPE
¡Padre, ya he soportado bastante vuestro orgullo!

GRAN INQUISIDOR
¿Por qué evocáis la sombra de Samuel?
He ungido a dos reyes de este poderoso imperio,
¡la obra de mi vida vos queréis destruirla!...
¿Qué hago aquí? ¿Qué queréis de mí?

(se dispone a salir) 

FELIPE
Padre, que la paz regrese entre nosotros.

GRAN INQUISIDOR
(alejándose)
¿La paz?

FELIPE
¡Olvidemos el pasado!

GRAN INQUISIDOR
(desde la puerta, saliendo)
¡Puede ser!

FELIPE
¡El orgullo real humillado por el de un fraile!

Escena y Cuarteto 

ISABEL
(entrando y arrojándose a los pies del Rey)
¡Justicia, Sire! 
¡Confío en la justicia del real!
He sido, por enemigos desconocidos,
insultada y traicionada, en la propia Corte...
Mi cofrecillo, que contiene, Sire, todo un tesoro,
mi joyas... y objetos aún más valiosos...
¡Lo han robado! ¡En mi casa! 
¡Justicia reclamo de vuestra Majestad!

(Al ver la terrible expresión del rostro de Felipe, 
Isabel se detiene espantada. El Rey se alza 
lentamente, toma un cofrecillo de una mesa y lo 
presenta a la Reina) 

FELIPE
Vuestro cofrecillo, Señora...
Aquí está.

ISABEL
¡Cielos!

FELIPE
¿Querríais abrirlo?

(Isabel rechaza con un gesto) 

Entonces, lo abriré yo...

(Rompe la cerradura) 

ISABEL
(Para sí)
¡Dios, ven a socorrerme!

FELIPE
Un retrato del Infante...
¡Un retrato del Infante!
¿Calláis?...

ISABEL
¡Sí!

FELIPE
¿Entre vuestras joyas?

ISABEL
¡Sí!

FELIPE
¡Cómo!... ¿Y vos lo confesáis ante mí?

ISABEL
¡Ante vos!... 
¡Bien sabéis que estuve 
prometida a Don Carlos, vuestro hijo!
Yo llegué hasta vos, cumpliendo con mi deber,
¡tan pura como nuestras flores de lis!
¿Vos osáis, enfermo de locura,
dudar de una hija real?
¡Dudar de una hija de Francia!...
¡De la Reina de España!... ¡De mí!

FELIPE
¡Vos me habláis con odio!
¡Sólo me habéis conocido en días de debilidad!
¡Pero la debilidad puede trocarse en furor!
¡Maldita, maldita seáis!... ¡Ah!

ISABEL
¿Qué crimen he cometido?

FELIPE
¡Perjurio! Si la infamia 
ha colmado la medida, si me habéis traicionado... 
¡Por Dios todopoderoso, temblad! 
¡Temblad! ¡Derramaré sangre!

ISABEL
¡Conteneos!

FELIPE
¿Pedís clemencia?... ¡Vos, una mujer adúltera!

ISABEL
(cayendo desvanecida)
¡Ah!

FELIPE
(abriendo las puertas)
¡Socorred a la Reina!

(Éboli entra precipitadamente) 

ÉBOLI
(Asombrada al ver a la Reina desvanecida)
¡Oh!... ¡Cielos!... ¿Qué veo?... ¡Ay de mí!

RODRIGO
(entrando un poco después; a Felipe)
¡Sire!... Os obedece media tierra,
¿seréis vos acaso, en todos vuestros estados,
el único a quien no condenáis?

FELIPE
(Para sí)
¡Maldita sea la sospecha infame,
obra de un odioso demonio! ¡No! 
¡El honor de esta mujer
es garantía de su inocencia!

ÉBOLI
(Para sí)
¡Oh, remordimientos! ¡Oh, amarga tristeza!
¡He traicionado a mi noble señora!
¡Podrá perdonarme el Cielo?

RODRIGO
(Para sí)
¡Ha llegado la hora!
¡Es necesario actuar como un rayo!
¡Que un hombre muera
para que España conozca días felices!
¡Por un futuro radiante!

ISABEL
(volviendo en sí)
¿Dónde estoy? ¡Ay de mí!
Mi pobre madre ve las lágrimas de mis ojos,
¡y estoy en tierra extranjera!
Mi única esperanza está en el Cielo.

(El Rey sale vacilante. Posa le sigue con 
gesto resoluto. Éboli queda sola junto a 
la Reina) 

Escena y Aria

ÉBOLI
(arrojándose a los pies de Isabel)
¡Piedad! ¡Perdón para una mujer culpable!

ISABEL
¡Alzaos! ¿Cuál es el crimen?...

ÉBOLI
¡Ah! ¡Los remordimientos me agobian!
Mi corazón está desolado.
¡Ángel del cielo, reina augusta y sagrada,
debéis saber junto a qué demonio estáis!
El cofrecillo... ¡fui yo quien lo robó!

ISABEL
¡Vos!

ÉBOLI
¡Sí, por mi culpa vos fuisteis acusada!

ISABEL
¡Por vos!

ÉBOLI
¡Sí! ¡Un amor insano, me hizo odiaros!
Los celos devoran mi corazón atormentado.
Yo amo al Infante... ¡y él me ha rechazado!

ISABEL
Comprendo... Ahora veo claro cuán terrible 
ha sido la trama que se ha urdido contra mí.
Pero de vuestro corazón atormentado,
siento verdadera compasión.

ÉBOLI
Mis remordimientos sólo tendrán fin 
cuando sean devorados por el fuego eterno.
Nada ni nadie podrá perdonar
mi tremenda traición.

ISABEL
(para sí)
¡Ah! Que el Cielo perdone 
su tremendo pecado.
Que la misericordia le conceda
la esperanza y la paz.

ÉBOLI
Mi corazón, 
traspasado de dolor,
no podrá ser perdonado jamás
por la misericordia divina.

(cae de rodillas) 

ISABEL
¿Le amáis? Alzaos... ¡estáis perdonada!

ÉBOLI
¡Nada de perdón! 
¡Aún queda otro secreto terrible!

ISABEL
¿Otro?

ÉBOLI
El crimen irremisible del que yo os acusé, 
yo lo cometí... ¡yo!
¡Una sedición!... ¡El Rey!

ISABEL
(Para sí)
¡Horror!

ÉBOLI
¡Ella me ha condenado!
¡Todo ha terminado, el cielo me abandona!

ISABEL
¡Princesa, entregadme vuestra cruz!

ÉBOLI
¿Podré vivir cerca de mi soberana?

ISABEL
Antes del alba, deberéis escoger 
entre un claustro o el exilio.
¡Vivid feliz!

(La Reina se cubre con un velo y sale en silencio) 

ÉBOLI
¡Ah! ¡No veré más a la Reina!
¡Oh, don fatal y detestado,
regalo envenenado del Cielo!
¡Oh tú, que has perdido a una noble mujer,
yo te maldigo, belleza!
¡Caed, caed, amargas lágrimas!
¡Mis traiciones y crímenes,
mis sobresaltos y miserias,
no los podréis lavar jamás!
¡Yo te maldigo, belleza!
¡Adiós, Reina, víctima pura
de mis desleales y locos amores!
¡En un convento y bajo el hábito
quedaré sepultada para siempre!
¿Y Carlos?... ¡Sí! 
¡Mañana, quizá, caerá bajo el acero sagrado!
¡Ah! ¡Un día me queda!... ¡Me siento renacer!
¡Bendito ese día!... ¡Yo lo salvaré!

Segundo Cuadro 

(Prisión de Don Carlos. Al fondo, rejas de hierro 
separan la prisión de una cámara que la domina, 
y en la cual los guardias van y vienen. Una 
escalera de piedra desciende hasta la cámara 
desde estancias superiores del palacio) 

Muerte de Rodrigo 

(Don Carlos está sentado, perdido en sus 
pensamientos. Rodrigo entra y habla bajo 
a algunos oficiales. Hace un movimiento 
que saca a Don Carlos de su ensoñación) 

RODRIGO
¡Soy yo, Carlos!

DON CARLOS
(dándole la mano)
¡Rodrigo! 
¡Es digno de ti venir a verme a esta tumba!

RODRIGO
¡Carlos!

DON CARLOS
¡Bien sabes que estoy acabado!
El amor de Isabel me tortura y me mata...
¡No! ¡Ya o quiero seguir viviendo! Pero... 
¡Tú debes realizar lo que se esperaba de mí!

RODRIGO
¡Ah, vas a saber cuanto amor hay en mi alma!
¡Saldrás de este tétrico lugar!
Mi corazón está henchido de orgullo pues...
¡Yo te salvaré!

DON CARLOS
¡Cómo!

RODRIGO
¡Es necesario que nos despidamos para siempre!

(Don Carlos permanece inmóvil, mirando 
a Rodrigo con estupor) 

¡Oh, Carlos! 
¡Hoy es un día feliz, digámonos adiós!
Dios nos bendecirá 
cuando estemos junto a Él
En tus ojos bañados de lágrimas,
¿por qué veo ese mudo estremecimiento?
¿Por qué lloras? ¡La muerte es agradable,
oh Carlos, para quien muere por ti!

DON CARLOS
(temblando)
¿Qué hablas de morir?

RODRIGO
¡Escucha! El tiempo corre...
¡He apartado de ti la furia vengativa!
Hoy... el rival del Rey,
el traidor agitador de Flandes... ¡soy yo!

DON CARLOS
¡Desgraciado!... ¿Y quién lo creerá?

RODRIGO
¡Veinte pruebas juntas!
Tus papeles, encontrados en mi casa,
son pruebas de traición que adrede yo allí dejé...
¡Mi cabeza, sin duda, está puesta a precio!

(Dos hombres descienden la escalera de piedra
de la prisión; uno vestido con el hábito del Santo 
Oficio, el otro armado con un arcabuz. Señalan a 
los dos amigos, que no los ven) 

DON CARLOS
¡Acudiré ante el Rey!...

RODRIGO
¡Guárdate para Flandes!
¡Vive para defender nuestra obra!
Una edad de oro renacerá bajo tu ley.
Sí, tú debes reinar, y yo... ¡morir por ti!

(Un disparo de arcabuz) 

DON CARLOS
¡Cielos! ¡La muerte!... ¿Para quién?

RODRIGO
(mortalmente herido)
¡Para mí!...
¡La venganza del Rey no se ha hecho esperar!

(Cae en los brazos de Don Carlos) 

DON CARLOS
¡Gran Dios!

RODRIGO
Carlos, escucha... 
Tu madre te espera en Yuste mañana.
¡Ella lo sabe todo! 
¡Ah, la tumba me espera!...
¡Oh, Carlos, dame tu mano!...
¡Ah! Muero con el alma alegre,
pues tú vives salvado por mí...
¡Ah! ¡Veo a España feliz!
¡Adiós! ¡Carlos, ah, sálvate!
¡Carlos, sálvate!
¡Sí, tú debes reinar, y yo por ti morir!
¡Ah! Muero con el alma alegre,
pues tú vives salvado por mí...
¡Ah! ¡Veo a España feliz!
¡Adiós! ¡Carlos, ah! ¡Sálvate!
¡Ah! La tumba me espera...
Carlos, tu mano...
¡Carlos! ¡Ah, salva Flandes!
¡Adiós! ¡Carlos, ah! ¡Adiós!

(Muere, Don Carlos lo abraza desesperado) 

La Revuelta 

(Entra Felipe, seguido de Lerma y los Grandes de 
España. Don Carlos permanece junto al cadáver 
de Rodrigo) 

FELIPE
(a Don Carlos, tras un corto silencio)
¡Hijo mío, os devuelvo vuestra espada!
¡Fui engañado, pero el traidor 
ha pagado su castigo!

(Tiende los brazos hacia Carlos) 

¡Venid!

DON CARLOS
(con desesperación sobre el cadáver de Rodrigo)
¡Atrás! ¡La sangre de esta muerte
os ha salpicado vuestro rostro!
¡Dios os marca la frente con el sello de su enojo!

FELIPE
¡Hijo mío!

DON CARLOS
¡Ya no tenéis hijo! ¡Escoged vos,
entre esos verdugos, un hijo a vuestra imagen!

FELIPE
(a su séquito, queriendo salir)
¡Seguidme!

DON CARLOS
(deteniéndolo con violencia)
Conocedor profundo del corazón humano,
¡vos sabréis qué sangre ha vertido vuestra mano!
Él me amaba y éramos como hermanos...
Nuestros corazones estaban unidos...
¡Despreciando vuestros halagos y amenazas,
él murió por mí!

FELIPE
¡Dios! Mis presentimientos...

DON CARLOS
¡Oh, rey de muerte y terror!
¡Será otro quien lleve la sangrienta corona, 
cuando te llegue la última hora!

(señalando el cadáver de Rodrigo)  

¡Mi reino está junto a él!

(Se arroja sobre el cuerpo de Rodrigo) 

FELIPE
¿Quién me devolverá esta muerte? 
¡Oh, fúnebres abismos!
¡Él... otra víctima más!
¡Un hombre... un héroe ha nacido!
¡He destrozado el apoyo que Dios me dio!
Sí, yo lo amaba... ¡Su noble palabra
abrió mi alma a un mundo nuevo!
A este hombre valeroso... a este gran corazón,
¡he sido yo quien lo ha arrojado a la tumba!

CORTESANOS
¡Ah, quisiera morir!
¡Los remordimientos devoran el corazón del Rey!
¡Españoles, descendamos a la noche de la tumba!

DON CARLOS
¡Oh, amigo mío, sí, que tu espíritu me dé fuerza!
¡Haz de mí el héroe de tu mundo nuevo!
Llena mi corazón con la divina llama,
o hazme sitio junto a ti en la tumba.

(Entra en Lerma, Isabel, pueblo y un poco 
más tarde lo hacen Éboli y el Gran Inquisidor. 
Se oyen voces de alarma)

CORTESANOS
¡Cielos!... ¡La alarma!

CONDE DE LERMA
(Entrando espada en mano)
¡Ha estallado una revuelta!... ¡Sire, salvaros!
¡El populacho desbocado,
ha saqueado Palacio!
¡Vienen, para liberar al Infante!

(Se llevan el cadáver de Rodrigo, Carlos lo sigue 
desesperado) 

ISABEL
(Entrando muy agitada)
¡Salvaros!
¡Sire, temo por vuestra majestad!
¡Huyamos juntos!

FELIPE
(Con autoridad, señalando las puertas del fondo 
donde comienza a llegar la multitud)
¡Abrid la puertas!... 

ISABEL
¡Cielos!

CONDE DE LERMA
¡El pueblo está furioso!

PUEBLO
(Fuera de escena, tras las puertas del fondo)
¡Muerte, muerte a quien nos impida el paso!
¡Matemos, matemos sin piedad, sin miedo!
¡Temblad ante el pueblo vengador!
¡Matemos, matemos, matemos!

CONDE DE LERMA
¡El pueblo está furioso! ¡Reclaman al Infante!

CORTESANOS
(Espada en mano)
¡Mueran los rebeldes!... ¡Viva el Rey!

(La muchedumbre irrumpe en escena) 

PUEBLO
¡Muerte, muerte a quien nos impida el paso!
¡Matemos!

FELIPE
(al pueblo)
¡Matad!... ¿A qué esperáis?

CONDE DE LERMA, CORTESANOS
¡Viva el Rey!

FELIPE
¡Aquí estoy!... ¡Adelante, coraje!

PUEBLO
¡Matemos!

CONDE DE LERMA, CORTESANOS
¡Viva el Rey!

FELIPE
¡Degollad, degollad a un anciano,
hombres de corazón valiente!
Y sobre mi cuerpo ensangrentado,
marchad para rendir homenaje a mi hijo,
revestido con mi manto real.

PUEBLO
¡Ah, su voz!...

FELIPE
¡Matad!
¡Adelante!... ¡Valor!

PUEBLO
¡Su mirada!...

(Un paje se escabulle entre la multitud y se 
acerca a Carlos poniéndole una capa sobre los 
hombros. El paje no es otro que la Princesa de 
Éboli, que antes de salir se acerca a la Reina) 

PUEBLO
¡Dios habla por su boca!
¡Sobre nuestra frente caerá el anatema!

ÉBOLI
(a la Reina, a parte)
¡Tanto le amo que corriendo por las encrucijadas
he sublevado al pueblo y así he salvado sus días!
El claustro me espera!
¡Adiós, Reina!

ISABEL
¡Gran Dios! ¡Ah!... ¡A penas me sostengo!

(El Gran Inquisidor entra por el fondo) 

GRAN INQUISIDOR
¡Sacrílegos!

PUEBLO, CORTESANOS, LERMA
(Retrocediendo)
¡El Gran Inquisidor!...

GRAN INQUISIDOR
¡Oh, pueblo sacrílego!
¡Prostérnate ante aquél a quien Dios protege!

(Con autoridad) 

¡De rodillas! ¡De rodillas!

FELIPE
¡De rodillas!

PUEBLO
(cayendo de hinojos)
¡Señor, perdónanos, perdónanos!

FELIPE
¡Gran Dios, gloria a Ti!

CONDE DE LERMA, CORTESANOS
(Con las espadas en la mano)
¡Viva el Rey!

(El Gran Inquisidor llega hasta Felipe, que acude 
a su encuentro entre la gente arrodillada. Éboli 
se lanza a los pies de la Reina quien le tiende la 
mano en señal de perdón) 


ACTO V 

(Claustro de Yuste. Noche de luna) 

Escena y Aria 

(Isabel entra lentamente perdida en sus 
pensamientos. Se aproxima a la sepultura 
de Carlos Quinto y se arrodilla) 

ISABEL
Tú que conoces la futilidad del mundo,
tú que al fin gozas de la paz dulce y profunda;
si se pueden derramar lágrimas en el cielo,
¡presenta las mías a los pies del Eterno!
¡Carlos vendrá!... ¡Sí, que se vaya y me olvide!...
Prometí a Posa velar por su vida.
¡Que siga su camino glorioso y bendito!
¡He cumplido mi tarea y mis días han terminado!
¡Francia, noble país, tan querido en mi juventud!
¡Fontainebleau, mi corazón sueña con tu imagen!
Allí, Dios recibió nuestro juramento eterno,
¡y su eternidad sólo duró un momento!...
Bellos jardines españoles, Si en la hora obscura,
Carlos debe aún detenerse bajo vuestra sombra,
¡que vuestras flores, fuentes y bosques,
le canten mi recuerdo con todas sus voces!
Adiós, sueño dorado... ¡Ilusión! ¡Quimera!...
¡Tu nudo rompió quien me ató a la tierra!
¡Adiós, juventud y amor!...
Sucumbiendo ante la tragedia, mi corazón 
sólo tiene un deseo: ¡la paz de la muerte!
Tú que conoces la futilidad del mundo,
tú que al fin gozas de la paz dulce y profunda;
si se pueden derramar lágrimas en el cielo,
¡presenta las mías a los pies del Eterno!
¡Alma gloriosa elevada al cielo, ah,
presenta mis llantos a los pies del Eterno!

Escena y Dúo del Adiós 

DON CARLOS
(apareciendo)
¡Es ella!

ISABEL
Una palabra... una sola, la palabra de quien 
se encomienda a Dios al partir.
Después... ¡os pido que me olvidéis y viváis!

DON CARLOS
¡Sí, quiero permanecer fuerte!
Pero cuando el amor se rompe, muere...

ISABEL
¡Sed fuerte, pensad en Rodrigo!
¿Se sacrificó por una mera ilusión?

DON CARLOS
En su Flandes querida,
le construiré un bello sepulcro
como jamás tuvo rey alguno.

ISABEL
¡Las flores del Paraíso le darán sombra!

DON CARLOS
¡He tenido un bello sueño!
En un día sombrío, con el cielo iluminado 
por las llamas de los incendios, 
junto a un río tinto de sangre, 
vi un pueblo agonizante que hacia mí se dirigía
como a su Dios salvador. ¡Junto a él acudiré!
¡Y vos cantaréis el triunfo, o lloraréis por mí!

ISABEL
Sí, veo allí el heroísmo con sus nobles llamas,
veo un amor sólo reservado a las almas puras.
¡Dios lo quiere, ve allí sin demora, sube 
al Calvario, y salva a un pueblo que te espera!

DON CARLOS
¡Sí, por vuestra boca un pueblo me habla!
¡Si muero por él, mi muerte será la más bella!

ISABEL
¡Ve, no pierdas ni un instante!...

DON CARLOS
Ayer tan sólo, ningún poder humano 
hubiera podido separar mi mano de la vuestra;
pero hoy, mi noble misión hace que mi alma
se sienta fuerte y dispuesta al sacrificio.

(En voz baja, muy nervioso) 

¿Veis, Isabel? A pesar de estar tan próximo a vos,
mi virtud no desfallece.

(Hablado) 

Cuando mi mano se retire de la vuestra...
¿Lloraréis?

ISABEL
¡Sí, sois admirable!
¡Los nobles sollozos que nacen del alma de 
las mujeres, siempre templaron a los héroes!
Nos veremos en un mundo mejor,
donde nos espera un futuro luminoso.
Y allí, en presencia del Señor, encontraremos
ese eterno ausente al que llaman... ¡felicidad!

DON CARLOS
Nos veremos en un mundo mejor,
donde nos espera un futuro luminoso.
¡Allí nos encontraremos!

ISABEL
En este solemne momento, sin titubear,
olvidemos las palabras de profana ternura
y despidámonos con el más casto amor.

DON CARLOS
¡Adiós, madre mía!

ISABEL
¡Adiós, hijo mío!

DON CARLOS
¡Y para siempre!

ISABEL, DON CARLOS
¡Adiós, adiós para siempre!

(Aparece Felipe acompañado por el Gran 
Inquisidor y los funcionarios del Santo Oficio) 

FELIPE
(Aprehendiendo a la Reina)
¡Sí, para siempre!
¡Se hará un doble sacrificio!
Cumpliré con mi deber. 

(Al Gran Inquisidor) 

¿Y vos?

GRAN INQUISIDOR
¡El Santo Oficio
hará el suyo!

(A los hermanos del Santo Oficio, señalando 
a Don Carlos) 

¡Guardias!

FELIPE
¡Ya no eres mi hijo!

DON CARLOS
(desesperado)
¡Ah, Dios me vengará!
¡Este tribunal de sangre, su mano destrozará!...

(Don Carlos retrocede hasta la tumba de Carlos 
Quinto. La reja se abre, el monje aparece y cubre 
a Don Carlos con su capa) 

EL MONJE
Hijo mío, los dolores de la tierra
se viene a expirar a este sitio.
¡La paz que vuestro corazón espera
sólo se encuentra al lado de Dios!

GRAN INQUISIDOR
¡Es la voz del Emperador!

CORO
¡Es Carlos Quinto!

FELIPE
(aterrorizado)
¡Mi padre!

ISABEL
¡Oh, cielos!

(Carlos V introduce en el claustro a Don Carlos) 

MONJES
(Dentro del claustro)
Carlos Quinto, el augusto emperador,
ya no es más que cenizas y polvo.



Traducido y Escaneado por:
Josep-Francesc Pertusa 2010