ACTE II


Premier Tableau

(La boutique de Ragueneau, rôtissier-pâtissier) 

LES PÂTISSIERS
Fruits et nougat!... Flans!... Paon! 
Rissoles!... Boeuf en daube!... 

RAGUENEAU
Sur les cuivres 
déjà glisse l'argent de l'aube...
Etouffe en toi le Dieu qui chante... Ragueneau!... 

(à un cuisinier) 

Vous veuillez m'allonger cette sauce, elle est courte! 

LE CUISINIER
De combien?... 

RAGUENEAU
De trois pieds... 

LE CUISINIER
Hein?... 

LES PÂTISSIERS
La tarte!... La tourte!... 

RAGUENEAU
Ma muse, éloigne-toi 
pour que tes yeux charmants n'aillent pas 
se rougir aux feux de ces sarments!

(à un marmiton) 

Une lyre!... En pâte de brioche!... 
Avec des fruits candis!... Va boire à ma santé!... 
Chut! Ma femme... 

(Lise entre.) 

RAGUENEAU
(à Lise)
C'est beau... 

LISE
C'est ridicule!... 

CYRANO
(en entrant)
Quelle heure est-il? 

RAGUENEAU
Six heures... 

CYRANO
Encore une heure...

(Il va et vient de la boutique.) 

J'attends ici quelqu'un; tu nous laisseras seuls...

RAGUENEAU
C'est que je ne peux pas, mes rimeurs vont venir. 

LISE
(ironique)
Pour leur premier repas... 

CYRANO
Tu les éloigneras, quand je te ferai signe...
L'heure?... 

RAGUENEAU
Six heures cinq... 

CYRANO
(s'asseyant à la table de Ragueneau)
Une plume... 

(Une mousquetaire entre.) 

LE MOUSQUETAIRE
Salut!... 

CYRANO
Qu'est-ce? 

RAGUENEAU
Un ami de ma femme... 
un guerrier terrible, à ce qu'il dit!... 

CYRANO
(à soi même)
Ecrire... plier... lui donner... me sauver.
Lâche...
Mais, que je meure, si j'ose lui parler...
lui dire un seul mot...

(à Ragueneau) 

L'heure?... 

RAGUENEAU
Six heures dix... 

CYRANO
(pour lui même)
... un seul mot de tous ceux que j'ai là...
tandis qu'en écrivant... Eh bien, écrivons... la...
cette lettre d'amour qu'en moi-même j'ai faite cent fois
de sorte qu'elle est prête et qu'en mettant
mon coeur... à côté du papier... je n'ai
tout simplement qu'à la recopier! 

(Les poètes entrent.) 

LISE
(à Ragueneau)
Les voilà vos crottés! 

LES POÈTES
Confrère! 
Cher confrère!... 
Aigle des pâtissiers!
Phoebus Rôtisseur! 
Apollon Maître queux! 

RAGUENEAU
Comme on est tout de suite à son aise avec eux! 

LE POÈTES
Nous fûmes retardés par la foule attroupée à
la porte de Nesle; 
ouverts à coups d'épée, huit malandrins 
sanglants illustraient le pavé!... 

CYRANO
(levant la tête)
Huit?...
Tiens, je croyais sept... 

RAGUENEAU
(à Cyrano)
Est-ce que vous savez le héros du combat?... 

CYRANO
Moi?... Non!... 

LISE
(au mousquetaire)
Et vous?... 

LE MOUSQUETAIRE
(se frisant la moustache)
Peut être... 

CYRANO
(écrivant)
Je vous aime... 

LES POÈTES
Un seul homme sut mettre toute une bande en fuite... 

CYRANO
Vos yeux... 

LES POÈTES
Ce dut être un féroce...
Un géant! 

CYRANO
... et je m'évanouis de peur en vous voyant... 

LES POÈTES
Qu'as-tu rimé de neuf, Ragueneau? 

RAGUENEAU
Une recette en vers... 

CYRANO
(fait signe à Ragueneau de l'esquiver)
Psst!... Psst!... 

RAGUENEAU
(aux poètes)
Nous serons mieux par là... pour lire... 

LES POÈTES
Emportons les gâteaux. 

(Ils sortent. Roxane paraît.) 

CYRANO
Que l'instant soit béni où cessant 
d'oublier qu'humblement je respire, 
vous venez jusqu'ici pour me dire...
me dire... 

ROXANE
Mais tout d'abord merci, car ce drôle, 
ce fat qu'au noble jeu d'épée hier 
vous avez fait mat, 
c'est lui qu'un grand seigneur épris de moi... 

CYRANO
De Guiche... 

ROXANE
... cherchait à m'imposer... comme mari... postiche... 

CYRANO
Je me suis donc battu, Madame, 
et c'est tant mieux, non pour mon vilain nez, 
mais bien pour vos beaux yeux! 

ROXANE
Puis... je voulais...
Mais pour l'aveu que je viens faire, 
il faut que je retrouve en vous 
le presque frère…avec qui je jouais près du lac 
quand je venais à Bergerac. 

CYRANO
(rêveur)
... à Bergerac... 

ROXANE
Les roseaux fournissaient 
le bois pour vos épées... 

CYRANO
Et le maïs les cheveux blonds 
pour vos poupées... 

ROXANE
C'était le temps des jeux, des murons aigrelets, 
le temps où vous faisiez 
tout ce que je voulais. 

CYRANO
Roxane! 

ROXANE
(lui prend la main blessée)
Oh! Où vous êtes vous fait cela? 

CYRANO
En jouant du côté de la porte de Nesle. 

ROXANE
Ils étaient contre vous? 

CYRANO
Oh! Pas tout à fait cent... 

ROXANE
Racontez... 

CYRANO
Non! Maintenant confiez-moi 
la chose que vous n'osiez. 

ROXANE
À présent, j'ose. Je dois vous avouer, cousin...
J'aime quelqu'un... 

CYRANO
Ah! 

ROXANE
... qui ne sait rien encore, 
mais qui va d'ici peu l'apprendre s'il ignore... 

CYRANO
Ah! 

ROXANE
... un pauvre garçon qui jusqu'ici m'aima,
timidement, sans oser me la dire... 

CYRANO
Ah! 

ROXANE
... mais j'ai vu dans ses yeux 
de longs regards de fièvre, 
comme j'ai déjà lu des aveux sur sa lèvre... 

CYRANO
Ah! 

ROXANE
... et figurez-vous, tenez, que justement, oui,
mon cousin, il sert dans votre régiment... 

CYRANO
Ah! 

ROXANE
... puisqu'il est cadet dans votre compagnie... 

CYRANO
Ah! 

ROXANE
Sur son front rayonne le génie...
Il est fier, noble, intrépide... beau! 

CYRANO
Beau!... 

ROXANE
Quoi?... Qu'avez-vous?... 

CYRANO
Rien! Rien! C'est ce bobo... 

ROXANE
Enfin, je l'aime! Il faut d'ailleurs que je vous
dise que je ne l'ai jamais qu'à la Comédie... 

CYRANO
Vous ne vous êtes donc pas parlé? 

ROXANE
Non! 

CYRANO
Mais du moins savez-vous son nom? 

ROXANE
Baron de Neuvillette. 

CYRANO
Il n'est pas aux cadets... 

ROXANE
(en montrant un billet)
Si! Depuis ce matin: capitaine 
Carbon de Castel-Jaloux... 

CYRANO
(douloureusement)
Vite... Vite... on lance son coeur. 
Mais, ma pauvre enfant, 
vous qui n'aimez que beau langage, 
bel esprit, 
si c'était un sauvage, un sot? 

ROXANE
Eh bien, j'en mourrais, là... 

CYRANO
Vous m'avez fait venir pour me dire... cela? 

ROXANE
Ah! C'est que quelqu'un m'a mis la mort
dans l'âme en me disant que tous vous êtes
tous gascons, et que vous provoquez tous
ceux qui par faveur se font admettre parmi
les purs gascons que vous êtes. 

CYRANO
(pour lui même)
Sans l'être!... 

ROXANE
Mais, j'ai songé... 

CYRANO
Quoi? 

ROXANE
... si mon cousin voulait : lui que tous il craindront...
Je toujours eu pour vous une amitié si tendre...

CYRANO
C'est bien, je défendrai votre petit baron! 

ROXANE
Vous serez son ami? 

CYRANO
Je le serai... 

ROXANE
Et jamais il n'aura de duel?... 

CYRANO
C'est juré! 

ROXANE
Oh! Je vous aime bien! Il faut que je m'en aille. 
Qu'il m'écrive!... Vous me raconterez 
plus tard votre bataille de cette nuit. 
Ce dut être inouï! 
Cent hommes! Quel courage! 

(Elle sort.) 

CYRANO
Oh! J'ai fait mieux, depuis. 

(Cyrano reste immobile, les yeux à terre.) 

RAGUENEAU
(réparait avec les poètes)
Peut-on entrer? 

CYRANO
(sans bouger)
Oui!... 

CARBON
(paraît)
Le voilà! 

CYRANO
(à Carbon)
Mon capitaine... 

CARBON
Notre héros... Nous savons tout...
Une trentaine de mes cadets sont là... 

LES CADETS
(entrant)
Milledious! Capdedious! Mordious!
Sandious! Pocapdedious! Bravo! Vivat! 

CYRANO
Barons!... 

RAGUENEAU
Vous êtes tous barons, Messieurs? 

LES CADETS
Tous! 

(Une cohue se précipite dans la pâtisserie.) 

LE BOURGEOIS
Monsieur, tout le Marais se fait porter ici! 

LE BRET
(à Cyrano)
Roxane? 

CYRANO
Tais-toi! 

RAGUENEAU
Monsieur de Guiche! 

LE BRET
Crâne, devant ce monde...
Ton honneur est en jeu... 

RAGUENEAU
Vient de la part du Maréchal de Gassion... 

(De Guiche paraît escorté d'officiers.) 

DE GUICHE
(à Cyrano)
... qui tient à vous mander son admiration
pour le nouvel exploit dont le bruit 
vient de courre... 

LES CADETS, LES BOURGEOIS
Bravo!... 

DE GUICHE
Votre carrière abonde en beaux exploits déjà.
Vous servez chez ces fous de gascons,
n'est-ce pas?... 

LES CADETS
Chez nous! 

DE GUICHE
Ah! Ah!... Tous ces messieurs à la mine hautaine. 
Ce sont?

Ballade

CYRANO
Ce sont les cadets de Gascogne...
De Carbon de Castel-Jaloux...
Bretteurs et menteurs sans vergogne.
Ce sont les cadets de Gascogne!
Parlant blason, lambel, bastogne,
Tous plus nobles que des filous.
Ce sont les cadets de Gascogne...
De Carbon de Castel-Jaloux! 

CARBON
Oeil d'aigle, jambe de cigogne,
Moustache de chat, dents de loup,
Fendant la canaille qui grogne!
Oeil d'aigle, jambe de cigogne!
Ils vont coiffés d'un vieux vigogne
Dont la plume cache les trous.
Oeil d'aigle, jambe de cigogne,
Moustache de chat, dents de loup! 

LES CADETS
Perce-Bedaine et Casse-Trogne
Sont leurs sobriquets... les plus doux!
De gloire leur âme est ivrogne...
Perce-Bedaine et Casse-Trogne...
Dans tous les endroits où l'on cogne,
Ils se donnent des rendez-vous.
Perce-Bedaine et Casse-Trogne
Sont leurs sobriquets, les plus doux! 

CARBON
Voici les cadets de Gascogne
Qui font cocus tous les jaloux. 

CYRANO
Ô femme, adorable carogne,
Voici les cadets de Gascogne! 

CARBON
Que le vieil époux se renfrogne! 

CYRANO
Sonnez, clairons! 
Chantez, coucous! 

LES CADETS
Voici les cadets de Gascogne,
Qui font cocus tous les jaloux! 

DE GUICHE
(a Cyrano)
Un poète est un luxe aujourd'hui qu'on se donne...
Voulez-vous être à moi? 

CYRANO
Non, Monsieur, à personne...
Je préfère chanter, rêver, rire, être libre, 
avoir l'oeil qui regarde franc... la voix qui vibre...
mettre quand il me plaît, 
mon feutre de travers, 
pour un oui, pour un non, me battre, 
ou faire un vers! 

LES CADETS
Vive Cyrano!... 

DE GUICHE
(se levant)
Ma chaise et mes porteurs, vite!... 

(Il sort.) 

RAGUENEAU, CADETS
(saluant)
Messieurs! Messieurs! Messieurs!... 

(La foule sort. Les cadets restent. Cyrano et 
Le Bret parlent à part.) 

CARBON
Allons... Cyrano... ton récit... 

CYRANO
Tout à l'heure... 

CARBON
Narre-nous ton combat; ce sera la meilleure
leçon pour ce timide apprentif... 

CHRISTIAN
Apprentif?... 

CARBON
(à Christian)
Septentrional maladif 
et nommé par faveur...
Apprenez une chose... c'est qu'il est
un objet chez nous dont on ne cause pas plus
que de cordon dans l'hôtel d'un pendu! 

CHRISTIAN
Qu'est-ce?... 

CARBON
Regardez-moi...

(Il touche son nez et montre Cyrano.) 

Vous m'avez entendu? 

CHRISTIAN
Ah!... C'est le... 

CARBON, CADETS
Chut! 

CARBON
Jamais ce mot ne se profère. 

CHRISTIAN
Capitaine... 

CARBON
Monsieur... 

CHRISTIAN
Que fait-on quand on trouve 
des méridionaux trop vantards?... 

CARBON
On leur prouve qu'on peut être du Nord 
et courageux. 

CHRISTIAN
Merci!... 

CARBON
(à Cyrano)
Maintenant ton récit! 

CYRANO
Donc cherchant la rencontre 
et les quais n'étant pas illuminés, 
mordious, on n'y voyait pas plus loin... 

CHRISTIAN
... que le nez! 

CYRANO
Quel est ce freluquet? 

CARBON
Un homme arrivé ce matin... 

CYRANO
Cet insolent se nomme? 

CARBON
Baron de Neuvillette... 

CYRANO
Ah... C'est lui!... Pécaïre! 
Mille Dious... Insouciant je me hasarde, 
quand dans l'ombre, quelqu'un me porte... 

CHRISTIAN
... une nasarde 

CYRANO
Je la pare... et soudain me trouve... 

CHRISTIAN
... nez à nez... 

CYRANO
Ventre-saint-gris!... devant cent braillards avi... 

CHRISTIAN
... nés...

CYRANO
(Pour lui même)
Du calme, Cyrano!

(furieux) 

J'en empale un tout vif... quelqu'un m'ajuste... 
Paf... et je riposte... Tonnerre!... 
Sortez tous et laissez moi seul avec cet homme!... 

CARBON
C'est le réveil du tigre... 

LES CADETS
Bigre!... 

(Les cadets sortent.) 

CYRANO
(à Christian)
Allons... Embrasse-moi...

CHRISTIAN
Ah! Ça... mais... 

CYRANO
Je suis son frère, 
ou tout comme...
son cousin fraternel. 

CHRISTIAN
De qui? 

CYRANO
Mais d'elle!... 

CHRISTIAN
Hein? 

CYRANO
De Roxane!... 

CHRISTIAN
Ciel! Elle vous a... 

CYRANO
... tout dit... 

CHRISTIAN
M'aime-t-elle?... 

CYRANO
Peut-être...

CHRISTIAN
Comme je suis heureux, Monsieur, 
de vous connaître! 

CYRANO
Voilà ce qui s'appelle un sentiment soudain. 

CHRISTIAN
Pardonnez-moi! 

CYRANO
(pour lui même)
C'est vrai qu'il est beau, le gredin!... 

CHRISTIAN
Si vous saviez, Monsieur, 
comme je vous admire!... 

CYRANO
Mais tous ce "nez" dont vous m'avez... 

CHRISTIAN
Je les retire! 

CYRANO
Roxane attend de toi une lettre... 

CHRISTIAN
Hélas! 

CYRANO
Quoi? 

CHRISTIAN
C'est me perdre que de cesser de rester coi. 

CYRANO
Comment? 

CHRISTIAN
Las! Je suis sot à m'en tuer de honte! 

CYRANO
Mais non, tu ne l'est puisque tu t'en rends compte! 
D'ailleurs tu ne m'as pas attaqué comme un sot!... 

CHRISTIAN
Bah!... l'on trouve des mots quand on monte à l'assaut! 
Car je suis de ceux-là qui ne savent parler d'amour. 

CYRANO
Tiens, il me semble...
que si l'on eût pris soin 
de me mieux modeler, 
j'aurais été de ceux qui savent en parler! 

CHRISTIAN
Oh! Pouvoir exprimer les choses avec grâce! 

CYRANO
Être un joli mousquetaire qui passe!... 

CHRISTIAN
Il me faudrait de l'éloquence! 

CYRANO
(brusquement)
Je t'en prête. Toi, du charme physique 
et vainqueur prête m'en... et faisons 
à tous deux un héros de roman. Veux-tu? 

CHRISTIAN
Tu me fais peur. 

CYRANO
Puisque tu crains tout seul de refroidir son
coeur, veux-tu que nous fassions, 
et bientôt tu l'embrases, 
collaborer un peu tes lèvres et mes phrases? 

CHRISTIAN
Tes yeux brillent! 

CYRANO
Veux-tu? 

CHRISTIAN
Quoi? Cela te ferait tant de plaisir?... 

CYRANO
Cela, cela m'amuserait! 
C'est une expérience à tenter un poète. 
Veux-tu me compléter, et que je te complète? 
Tu marcheras, j'irai dans l'ombre à ton côté; 
je serai ton esprit, tu seras ma beauté! 

CHRISTIAN
Ah! Mon ami!

(Il se jette dans les bras de Cyrano. Les cadets passent 
timidement leurs têtes, croyant trouver Christian tué. 
En voyant les deux hommes s'embrasser, ils sont 
stupéfaits. Alors le mousquetaire s'enhardit, et, pour 
faire le malin, il arrive devant Cyrano qu'il toise en se 
couchant le nez. Mais Cyrano souffette éperdument le 
mousquetaire qui reste coi. Les cadets fous de joie 
sautent, dansent et rient de toutes leurs forces.) 

Deuxième Tableau

Le baiser de Roxane 

(Une petite place dans l'ancien Marais, sous le balcon 
de Roxane) 

RAGUENEAU
Et puis elle est partie avec un mousquetaire.
Seul, ruiné, je me pends! 
J'avais quitté la terre...
Monsieur de Bergerac entre et, 
me dépendant, 
me vient à sa cousine offrir comme intendant! 

LA DUÈGNE
Mais comment expliquer cette ruine où vous êtes? 

RAGUENEAU
Lise aimait les guerriers, 
moi j'amais les poètes; 
Mars mangeait les gâteaux que laissait
Apollon. Alors, vous comprenez, 
cela ne fut pas long! 

LA DUÈGNE
(se levant et appelant)
Roxane, êtes-vous prête? On nous attend. 

VOIX DE ROXANE
Je passe une mante. 

LA DUÈGNE
(lui montrant la porte en face)
C'est là qu'on nous attend, en face;
on y lit un discours sur le "tendre". 

RAGUENEAU
Sur le "tendre"? 

LA DUÈGNE
Mai oui!...

(criant vers la fenêtre) 

Roxane! Il faut descendre! 

ROXANE
(paraissant)
Je viens! Monsieur de Guiche... 

DE GUICHE
(paraît)
Je viens prendre congé. 

ROXANE
Vous partez? 

DE GUICHE
Pour la guerre. 

ROXANE
Ah! 

DE GUICHE
Ce soir même. J'ai des ordres...
On assiège Arras! 

ROXANE
Ah! On assiège!... 

DE GUICHE
Oui! Mon départ a l'air de vous laisser de neige. 

ROXANE
Oh! 

DE GUICHE
Moi je suis navré! Vous reverrai-je?... Quand? 
Vous savez que je suis nommé Mastre de camp?... 

ROXANE
Bravo! 

DE GUICHE
... de régiment des gardes ... 

ROXANE
Des gardes? 

DE GUICHE
... où sert votre cousin, 
l'homme aux phrases vantardes. 
Je saurai me venger de lui là-bas! 

ROXANE
Comment? Les gardes vont partir? 

DE GUICHE
Tiens! C'est mon régiment! 

ROXANE
(tombant assise sur le banc; à part)
Christian! 

DE GUICHE
Qu'avez-vous? 

ROXANE
Ce... départ... me... désespère...
quand on tient à quelqu'un, le savoir à la guerre... 

DE GUICHE
Pour la première fois me dire un mot si doux... 
le jour de mon départ... 

ROXANE
Alors...

(se relevant) 

vous allez vous venger de mon cousin? 

DE GUICHE
On est pour lui? 

ROXANE
Non. Contre! 

DE GUICHE
Vous le voyez? 

ROXANE
Très peu! 

DE GUICHE
Partout on le rencontre avec un des cadets,
ce Neuvillen... Viller... 

ROXANE
Un grand... 

DE GUICHE
Blond... 

ROXANE
Roux... 

DE GUICHE
Beau... 

ROXANE
Peuh... 

DE GUICHE
Mais bête... 

ROXANE
Il en a l'air...

(Elle rit) 

Votre vengeance envers Cyrano 
c'est peut-être de l'exposer au feu qu'il adore? 
Elle est piètre. 
Je sais bien, moi, ce qui lui serait sanglant... 

DE GUICHE
C'est? 

ROXANE
Mais si le régiment en partant le laissait à Paris, 
bras croisés, avec ses chers cadets...
c'est la seule manière de le faire enrager! 
Il se rongera l'âme de n'être pas au feu. 
Et vous serez vengé! 

DE GUICHE
Une femme... 
Il n'y a qu'une femme pour invente ce tour! 
Vous m'aimez donc un peu?
Je veux voir dans ce fait d'épouser 
ma rancune une preuve d'amour? 

ROXANE
Ç'en est une! 

DE GUICHE
J'ai des ordres sur moi qui vont être transmis 
à chaque compagnie à l'instant même... hormis celui-ci, 
c'est celui des cadets. Je le garde!
Ah! Ah! Cyrano... son humeur bataillarde...
Ah! Ah! Ah! Ah! 
Vous jouez donc des tours aux gens, vous? 

ROXANE
Quelque fois... 

DE GUICHE
Vous m'affolez! 
Ce soir, écoutez;oui, je dois être parti...
Mais fuir quand je vous sens émue! 
Écoutez... Il y a près d'ici un couvent de Capucins. 
Un laïc n'y peut entrer. 
Mais les bons Pères, je m'en charge, 
ils peuvent me cacher... on me croira parti...
Je viendrai sous le masque. 
Laisse-moi retarder d'un jour, chère fantasque... 

ROXANE
Mais si cela s'apprend... votre gloire? 

DE GUICHE
Bah! 

ROXANE
Mais le siège... Arras... 

DE GUICHE
Tant pis! 
Permettez... 

ROXANE
Non... 

DE GUICHE
Permets...

ROXANE
(tendrement)
Je dois vous le défendre... 

DE GUICHE
Ah! 

ROXANE
Partez!

(à part) 

Christian reste.

(à De guiche)

Je vous veux héroïque! Antoine! 

DE GUICHE
Mot céleste! Vous aimez donc celui... 

ROXANE
... pour lequel j'ai frémi. 

DE GUICHE
Je pars! 

(Il sort.) 

ROXANE
Entrons. 

CYRANO
(paraissant)
Là, là! 

ROXANE
C'est vous? 

CYRANO
Ne manquez pas ces singes... 

LA DUÈGNE
On va les manquer... 

ROXANE
Si Christian vient, qu'il m'attende... 

CYRANO
Sur quoi comptez-vous l'interroger aujourd'hui? 

ROXANE
Sur... 

CYRANO
Sur? 

ROXANE
Mais vous serez muet, là-dessus? 

CYRANO
Comme un mur! 

ROXANE
Sur rien! Je vais lui dire: allez, improvisez, 
parlez d'amour! Soyez splendide! 

CYRANO
Bah! 

ROXANE
Chut! 

CYRANO
Chut! 

ROXANE
Pas un mot... 
Il se préparait... 

CYRANO
Diable, non! 

(Roxane et la duègne rentrent et referment la porte) 

CYRANO
(appelant)
Christian! 
Je sais tout ce qu'il faut. Prépare ta mémoire... 
Voici l'occasion de te couvrir de gloire...
Ne prends pas l'air grognon... 
Vite, rentrons chez toi! Je vais t'apprendre... 
Ne perdons pas de temps... Vite!... Vite!...  

CHRISTIAN
Non!... 

CYRANO
Hein? 

CHRISTIAN
J'attends Roxane ici! 

CYRANO
De quel vertige es-tu frappé? 

CHRISTIAN
Non... te dis-je... Je suis las d'emprunter 
mes lettres... mes discours, 
et de jouer ce rôle... et de trembler toujours! 
C'était bon au début.
Mais je sens qu'elle m'aime... Merci! 
Je n'ai plus peur. 
Je vais parler moi-même!... 

CYRANO
Ouais!... 

CHRISTIAN
Et qui te dit que je ne saurai pas? 
Tes leçons m'ont été profitables...
Je saurai toujours la prendre dans mes bras!
C'est elle... Non! 
Cyrano... Ne me quitte pas! 

CYRANO
Parlez tout seul, Monsieur... 

(Il disparaît. Roxane et la duègne sortent 
avec une compagnie qu'elles quittent.) 

ROXANE
Barthénoïde... Alcandre... Grémione... 

LA DUÈGNE
(désolée)
On a manqué le discours sur le "tendre"! 

(Elle rentre.) 

ROXANE
Urimédonte! Adieu!

(à Christian) 

C'est vous?

(très doux) 

Le soir descend... Attendez... ils sont loin...
l'air est doux... Nul passant...
Asseyons - nous... parlez... J'écoute. 

CHRISTIAN
Je vous aime... 

ROXANE
Oui... oui... parlez-moi d'amour. 

CHRISTIAN
Je t'aime... 

ROXANE
C'est le thème... Brodez! Brodez! 

CHRISTIAN
Je vous... 

ROXANE
Brodez! 

CHRISTIAN
Je t'aime tant... 

ROXANE
Sans doute. Et puis? 

CHRISTIAN
Et puis...
je serais si content si vous m'aimiez...
Dis - moi, Roxane, que tu m'aimes... 

ROXANE
Vous m'offrez du brouet quand j'espérais des crèmes... 
Dites un peu: comment vous m'aimez? 

CHRISTIAN
Mais... beaucoup... 

ROXANE
Oh! Délabyrinthez vos sentiments... 

CHRISTIAN
Je vous... 

ROXANE
Encore? 

CHRISTIAN
Oui... Je deviens sot... 

ROXANE
Et cela me déplaît comme il me déplairait
que vous devinssiez laid... 

CHRISTIAN
Mais... 

ROXANE
Allez rassembler... votre éloquence en fuite...
Adieu!... 

(Elle va vers la maison.) 

CHRISTIAN
Pas tout de suite... Je vous dirai... 

ROXANE
Que vous m'adorez...
Oui... Je sais... Non!...
Non! Allez-vous-en... 

CHRISTIAN
Mais je... 

(Roxane lui ferme la porte au nez.) 

CYRANO
(qui depuis un moment est rentré sans être vu)
C'est un succès! 

CHRISTIAN
Au secours! 

CYRANO
Non! 

CHRISTIAN
Je meurs si je ne rentre en grâce, à l'instant!... 

CYRANO
Mais comment puis-je... vous faire apprendre? 

(La fenêtre du balcon s'est éclairée.) 

CHRISTIAN
Oh! Là... Tiens! Vois! 

CYRANO
Sa fenêtre... 

CHRISTIAN
Je vais mourir... 

CYRANO
Baissez la voix...

CHRISTIAN
Mourir... 

CYRANO
La nuit est noire... 

CHRISTIAN
Eh bien? 

CYRANO
C'est réparable... Mets-toi là, misérable...
devant le balcon... Je me mettrai dessous...
et je te soufflerai les mots... 

CHRISTIAN
Mais... 

CYRANO
Taisez-vous!... Appelle-la! 

CHRISTIAN
Roxane! 

CYRANO
Attends; quelques cailloux... 

(Lance une des pierres contre la fenêtre) 

ROXANE
Qui donc m'appelle? 

CYRANO
Moi... 

ROXANE
Qui, moi? 

CHRISTIAN
Christian. 

ROXANE
C'est vous? 

CHRISTIAN
Je voudrais vous parler. 

CYRANO
Bien! Bien! Presque à voix basse. 

ROXANE
Non! Vous parlez trop mal... allez-vous-en... 

CHRISTIAN
De grâce!
 
ROXANE
Non! Vous ne m'aimez plus! 

CHRISTIAN
M'accuser, justes Dieux, 
de n'aimer plus,
quand j'aime plus. 

ROXANE
Tiens! Mais c'est mieux!

CHRISTIAN
L'amour grandit bercé... dans mon âme inquiète 
que ce cruel marmot prit pour barcelonnette. 

ROXANE
C'est bien mieux. 
Mais pourquoi parlez-vous de façon peu hâtive? 

CYRANO
Chut! Cela devient trop difficile. 

ROXANE
Aujourd'hui vos mots sont hésitants. Pourquoi? 

CYRANO
(tirant Christian sous le balcon et se glissant 
à sa place)
C'est qu'il fait nuit. Dans cette ombre 
à tâtons ils cherchent votre oreille... 

ROXANE
Les miens n'éprouvent pas difficulté pareille! 

CYRANO
Ils trouvent tout de suite? 
Oh! Cela va de soi, puisque c'est dans mon coeur, 
eux, que je les reçois. 
Or, moi j'ai le coeur grand. 
Vous l'oreille petite. 
D'ailleurs vos mots à vous descendent, 
ils vont vite; les miens montent, 
il leur faut plus de temps. 

ROXANE
Mais ils montent bien mieux depuis quelques instants! 

CYRANO
Oh! Instants adorables! 
On se devine à peine:
vous voyez la noirceur d'un long manteau qui traîne. 
J'aperçois la blancheur d'une robe d'été. 
Moi je ne suis qu'une ombre et vous qu'une clarté! 
Ah! Vous ignorez pour moi ce que sont ces minutes. 
Si quelque fois je fus éloquent... 

ROXANE
Vous le fûtes. 

CYRANO
... mon langage jamais jusqu'ici n'est sorti 
de mon vrai coeur. 

ROXANE
Pourquoi? 

CYRANO
Parce que jusqu'ici je parlais à travers... 

ROXANE
Quoi? Quoi?

CYRANO
... le vertige où tremble quiconque est sous vos yeux. 
Mais ce soir il me semble 
que je vais vous parler pour la première fois. 

ROXANE
C'est vrai que vous avez une tout autre voix. 

CYRANO
Oui, tout autre. Car dans la nuit qui me protège
j'ose enfin être moi-même et j'ose... où en étais-je? 
Tout ceci... Pardonnez mon émoi.
C'est si délicieux: c'est si nouveau pour moi! 

ROXANE
Si nouveau? 

CYRANO
Si nouveau. Mais oui... d'être sincère. 
La peur d'être raillé... 

ROXANE
Raillé, de quoi? 

CYRANO
Mais... de... d'un élan! 

ROXANE
Eh bien? 

CYRANO
Tous mes appels d'amour je vous les jette en touffe: 
je vous aime... j'étouffe... et t'aime...
je suis fou... je n'en peux plus. 
Ton nom est dans mon coeur 
comme dans un grelot...
Et comme, tout le temps, Roxane, je frissonne. 

ROXANE
Le grelot s'agite... et mon nom sonne! 
Oui! C'est bien de l'amour... 

CYRANO
L'amour terrible et jaloux... 

ROXANE
C'est vraiment de l'amour. 
Combien subtil et doux! 

CYRANO
Commences-tu à comprendre? 
Voyons, te rends-tu compte? 
Sens-tu mon âme un peu
dans cette ombre qui monte? 
Oh! Non, vraiment ce soir 
c'est trop beau, c'est trop doux! 
Moi? Vous? C'est trop! 
Je n'ai jamais espéré tant! 
Il ne me reste qu'à mourir maintenant! 
Car j'ai senti, que tu le veuilles ou non, 
le tremblement adoré de ta main descendre 
tout le long des branches du jasmin, 
car vous tremblez comme une feuille entre les feuilles. 
Car tu trembles, tu trembles!

ROXANE
Oui, je tremble, et je pleure, et je t'aime, 
et suis tienne, tienne, et tu m'as, tu m'as enivrée!
Alors que la mort vienne! 
Cette ivresse c'est moi qui l'ai su causer!... 

CYRANO
Je ne demande plus qu'une chose... 

CHRISTIAN
Un baiser! 

ROXANE
Hein? Vous demandez? 

CHRISTIAN
(à Cyrano)
Obtiens-moi ce baiser... 

CYRANO
(avec chaleur)
Un baiser, mais à tout prendre... qu'est ce?
Un serment fait d'un peu plus près...  

ROXANE
... une promesse, 
un aveu qui vent se confier... 

CYRANO
... un point rose qu'on met sur l'"i"du verbe aimer... 

ROXANE
... un secret qui prend la bouche pour l'oreille... 

CYRANO
... un instant d'infini 
qui fait un bruit d'abeille... 

ROXANE
... une communion ayant un goût de fleur... 

CYRANO
... une façon d'un peu se respirer le coeur 
et d'un peu se goûter, 
au bord des lèvres, l'âme... 

ROXANE
En bien, montez cueillir... cette fleur... sans pareille... 

CYRANO
(à Christian)
Monte... 

ROXANE
Ce goût de fleur... 

CYRANO
Monte...

ROXANE
Ce bruit d'abeille... 

CYRANO
Monte... 

CHRISTIAN
Mais il me semble à présent que c'est mal… 

ROXANE
Cet instant d'infini! 

CYRANO
(le poussant)
Monte donc, animal! 

(Christian s'élance et atteint les balustres qu'il 
enjambe. Il enlace Roxane et se penche sur ses 
lèvres.) 

ROXANE, CHRISTIAN
Oh! Mon Christian ! Ma Roxane!
Oh! Mon coeur ! Baiser, festin d'amour!... 
Oui! Je sens mon âme qui te reçoit! 
Ah! Baiser, festin d'amour!...
ACTO II


Primer Cuadro

(La pastelería de Ragueneau) 

LOS CONFITEROS
¡Frutas y turrón!... ¡Flanes!... ¡Pavo! 
¡Empanadas!... ¡Guiso de buey!...

RAGUENEAU
En las cacerolas ya se despereza 
el alba plateada...
Y hasta el mismo Dios canta… ¡Ragueneau!

(a un cocinero) 

¡Diluye esa salsa, está muy espesa!

EL COCINERO
¿Cuánto?...

RAGUENEAU
Al triple...

EL COCINERO
¿Eh?...

LOS CONFITEROS
¡La Tarta!... ¡El pastel!...

RAGUENEAU
¡Musa, aléjate 
para que tus lindos ojos 
no se quemen en este fuego!

(a un ayudante) 

¡Una lira!... ¡Hecha con masa!... 
¡Con frutas confitadas¡... ¡Bebed a mi salud!... 
¡Silencio! Mi esposa...

(entra Lise.) 

RAGUENEAU
(a Lise)
¡Qué hermosa!...

LISE
¡Eres ridículo!...

CYRANO
(entrando)
¿Qué hora es?

RAGUENEAU
Las seis...

CYRANO
Falta una hora...

(va y viene de un lado a otro) 

Espero una visita... necesito estar solo.

RAGUENEAU
No es posible, vendrán mis amigos, los poetas.

LISE
(irónicamente)
Para hartarse de comer...

CYRANO
Los harás salir cuando te haga una seña...
¿Qué hora es?...

RAGUENEAU
Seis y cinco...

CYRANO
(se sienta en una mesa, a Ragueneau)
Una pluma...

(entra un mosquetero) 

EL MOSQUETERO
¡Salud!...

CYRANO
¿Quién es ése?

RAGUENEAU
Un amigo de mi mujer...
¡un guerrero terrible, según se dice de él!...

CYRANO
(para sí)
Escribir... doblar... enviar... me salvo. 
¡Cobarde!...
Si me atreviera a hablarle... 
¡Morir antes de decirle una sola palabra!...

(a Ragueneau) 

¿Qué hora es?...

RAGUENEAU
Las seis y diez...

CYRANO
(para sí)
Una sola palabra de todas las que tengo aquí...
Tal vez si le escribo... 
Sí, le escribiré... esta carta de amor 
¡que ya escribí cientos de veces!...
La tengo tan grabada, que si pongo mi corazón 
al lado del papel... ¡mi mano se deslizará sola!

(Entran los poetas.) 

LISE
(a Ragueneau)
¡Aquí están tus amigotes!

LOS POETAS
¡Colega! 
¡Estimado colega!... 
¡El águila de los confiteros!
¡El Febo de los asadores! 
¡El Apolo de los maestros cocineros!

RAGUENEAU
¡Que a gusto se está entre ellos!

LOS POETAS
Nos demoramos porque una multitud 
se aglomeraba en la puerta de Nesle.
¡Traspasados por el acero, ocho malandrines 
ensangrentados adornaban el pavimento!...

CYRANO
(levantando la cabeza)
¿Ocho?...
Vaya, creí que eran siete...

RAGUENEAU
(a Cyrano)
¿Conoces al héroe de ese combate?...

CYRANO
¿Yo?... ¡No!...

LISE
(al mosquetero)
¿Y tú?...

EL MOSQUETERO
(retorciéndose el bigote)
Tal vez...

CYRANO
(mientras vuelve a escribir)
Te amo...

LOS POETAS
Un sólo hombre puso en fuga a toda la banda...

CYRANO
Tus ojos...

LOS POETAS
¡Debe ser un hombre feroz!...
¡Un gigante!

CYRANO
... y me desmayo de temor sólo al verte...

LOS POETAS
¿Qué nuevos versos has escrito, Ragueneau?

RAGUENEAU
Una receta en verso...

CYRANO
(hace una señal a Ragueneau para que salgan)
Psst!... Psst!...

RAGUENEAU
(a los poetas)
Allí estaremos mejor... para leer...

LOS POETAS
Llevemos los pasteles.

(Salen. Roxana entra.) 

CYRANO
Bendito sea el instante en que recordaste
que este humilde servidor existe. 
Vienes hasta aquí... para decirme...
para decirme...

ROXANA
En primer lugar para agradecerte que ayer,
batiéndote limpiamente,
derrotaras a ese gran petimetre
que suspiraba por mí...

CYRANO
De Guiche...

ROXANA
Desea a toda costa ser mi esposo... lo aborrezco.

CYRANO
Si me batí, señora mía, 
no fue por mi fea nariz, 
¡sino por tus bellos ojos!

ROXANA
Entonces... quisiera...
Pero si he de sincerarme contigo, 
es necesario que encuentre en ti 
al casi hermano con quien jugaba en el lago 
cuando vine a Bergerac.

CYRANO
(como en un ensueño)
A Bergerac...

ROXANA
Las cañas proporcionaban
la madera para tus espadas...

CYRANO
Y el maíz, el cabello rubio
para tus muñecas...

ROXANA
Era el tiempo de los juegos
y de las frambuesas silvestres, 
el tiempo donde tú hacías cuanto yo quería.

CYRANO
¡Roxana!

ROXANA
(descubre la mano herida de Cyrano)
¡Oh! ¿Dónde te has hecho esto?

CYRANO
Jugando junto a la puerta de Nesle.

ROXANA
¿Todos ellos contra ti?

CYRANO
¡Oh, ni siquiera eran cien!...

ROXANA
Cuéntame...

CYRANO
¡No! Ahora confíame 
lo que no te atrevías a decir.

ROXANA
Sí escucha....
Debo confesarte, primo... que estoy enamorada.

CYRANO
¡Ah!

ROXANA
Él, todavía no sabe nada, 
pero dentro de poco lo sabrá...

CYRANO
¡Ah!

ROXANA
Un pobre muchacho que hasta ahora me amó,
tímidamente, sin atreverse a decírmelo...

CYRANO
¡Ah!

ROXANA
Pero en sus ojos yo vi el anhelo,
y en sus ardientes miradas 
leí la confesión de sus labios...

CYRANO
¡Ah!

ROXANA
Figúrate primo, que casualidad, 
él está en tu regimiento...

CYRANO
¡Ah!

ROXANA
Es un cadete de tu compañía...

CYRANO
¡Ah!

ROXANA
En su faz brilla el ingenio...
¡Es valiente, noble, audaz... hermoso!

CYRANO
¡Hermoso!...

ROXANA
¿Qué?... ¿Qué te sucede?...

CYRANO
¡Nada! ¡Nada! Es este rasguño...

ROXANA
¡Lo amo!... Pero quiero que sepas 
que sólo lo he visto en el teatro...

CYRANO
Entonces ¿no has hablado nunca con él?

ROXANA
¡No!

CYRANO
¡Pero por lo menos sabrás su nombre!

ROXANA
Barón de Neuvillette.

CYRANO
No está entre los cadetes...

ROXANA
(mostrando una esquela)
¡Sí! Desde esta mañana: 
Capitán Carbon de Castel Jaloux...

CYRANO
(dolorosamente)
¡Qué rápido!... 
¡Qué velozmente entregas tu corazón!
Pero mi pobre niña, tú que amas 
el lenguaje culto de las personas instruidas 
¿qué sucedería si él, es un salvaje, un bruto? 

ROXANA
Pues, me moriría...

CYRANO
¿Me has hecho venir para decirme esto?

ROXANA
¡Sí! Pues me han dicho que vosotros, 
los gascones, provocáis a todos 
los que son admitidos por recomendación 
y que no son gascones puros 
como el resto. 

CYRANO
(para sí)
¡Puros!...

ROXANA
Pero, yo me pregunté...

CYRANO
¿Qué?

ROXANA
Si mi primo quisiera, él al que todos temen...
Siempre sentí por ti una tierna amistad...

CYRANO
¡Está bien, defenderé a tu pequeño barón!

ROXANA
¿Serás su amigo?

CYRANO
Lo seré...

ROXANA
¿Y jamás le permitirás que se bata a duelo?...

CYRANO
¡Lo juro!

ROXANA
¡Oh! ¡Cuánto te aprecio!... Pero debo irme. 
¡Dile que me escriba!...
Ya me contarás la batalla de anoche. 
Debe haber sido extraordinaria! 
¡Cien hombres! ¡Qué valor!

(sale.) 

CYRANO
Sí, y luego hice lo mejor...

(Cyrano permanece inmóvil, mirando el suelo.) 

RAGUENEAU
(regresa con los poetas)
¿Se puede entrar?

CYRANO
(sin moverse)
¡Sí!...

CARBON
(entrando)
¡Allí está!

CYRANO
(a Carbon)
Mi capitán...

CARBON
Nuestro héroe... Lo sabemos todo...
Una treintena de mis cadetes está aquí...

LOS CADETES
(entrando)
¡Milledious! ¡Capdedious! ¡Mordious!...
¡Sandious! ¡Pocapdedious! ¡Bravo! ¡Viva!

CYRANO
¡Barones!...

RAGUENEAU
¿Todos ustedes son barones, señores?

LOS CADETES
¡Todos!

(Los cadetes entran en tropel) 

UN BURGUÉS
¡Señor, todo el barrio de Marais se reúne aquí!

LE BRET
(a Cyrano)
¿Y Roxana?

CYRANO
¡Cállate!

RAGUENEAU
¡El Señor de Guiche!

LE BRET
Presume ante todo el mundo...
Tu honor está en el juego...

RAGUENEAU
Viene en nombre del Mariscal de Gassion...

(De Guiche entra escoltado por oficiales.) 

DE GUICHE
(a Cyrano)
... quien le hace llegar su admiración 
por la nueva hazaña
que está en boca e todos.

CADETES, BURGUESES
¡Bravo!...

DE GUICHE
Su carrera está repleta de valerosas hazañas. 
Usted sirve entre esos locos gascones, 
¿no es así?...

LOS CADETES
¡Es de los nuestros!

DE GUICHE
¡Ah! ¡Ah! ...Todos estos señores 
de aspecto arrogante... ¿Son ellos?

Balada 

CYRANO
Estos son los cadetes de Gascuña...
De Carbon de Castel Jaloux...
Pendencieros, mentirosos y descarados. 
¡Estos son los cadetes de Gascuña! 
Sus blasones son la codicia y la vanidad. 
Todos más nobles que los ladrones. 
Estos son los cadetes de Gascuña...
¡De Carbon de Castel Jaloux!

CARBON
¡Ojo de águila, patas de cigüeña, 
bigotes de gato, dientes de lobo, 
para burlarse de los canallas que gruñen!
¡Ojo de águila, patas de cigüeña! 
Llevan en su cabeza el viejo sombrero de vicuña
en el que las plumas tapan los agujeros. 
¡Ojo de águila, pata de cigüeña, 
bigote de gato, dientes de lobo!

LOS CADETES
¡Barril sin fondo y caradura, 
son sus apodos mas benignos! 
Su alma está embriagada de gloria...
¡Barril sin fondo y caraduras!
Donde haya batalla
se los puede encontrar.
¡Barril sin fondo y caraduras, 
son sus apodos mas benignos! 

CARBON
Aquí están los cadetes de Gascuña 
que hacen cornudos a todos los celosos.

CYRANO
¡Oh, mujeres, adorables amantes!
¡Aquí están los cadetes de Gascuña!

CARBON
¡Que los esposos viejos se enojen!

CYRANO
¡Suenen clarines! 
¡Canten, cuclillos!

LOS CADETES
¡Aquí están los cadetes de Gascuña, 
que hacen cornudos a todo los celosos!

DE GUICHE
(a Cyrano)
Un poeta es hoy un lujo que está de moda 
¿Quiere ser de los nuestros?

CYRANO
No, señor, de nadie...
Prefiero cantar, soñar, reírme, ser libre, 
tener la mirada franca... la voz vibrante... 
ponerme el sombrero atravesado 
cuando me dé la gana, 
por un sí o por un no batirme, 
¡o componer un verso!

LOS CADETES
¡Viva Cyrano!...

DE GUICHE
(se levanta)
¡Mi silla de manos y mis portadores, rápido!...

(sale.) 

RAGUENEAU, CADETES
(saludando burlonamente)
¡Señores! ¡Señores! ¡Señores!...

(Todos salen menos los cadetes. Cyrano y 
Le Bret hablan entre sí.) 

CARBON
Vamos... Cyrano... tu relato...

CYRANO
Dentro de un rato...

CARBON
Nárranos tu combate; será la mejor
la lección para este tímido novato...

CHRISTIAN
¿Novato?...

CARBON
(a Christian)
Norteño, enfermizo,
y nombrado por recomendación...
Aprende esto que te digo... 
Hay una cosa de la que no se puede hablar.
¡Ni siquiera nombrarla!

CHRISTIAN
¿Qué es?...

CARBON
Mírame...

(toca su nariz y señala a Cyrano.) 

¿Me entendiste?

CHRISTIAN
¡Ah!... es la...

CARBON, CADETS
¡Cállate!

CARBON
Esa palabra nunca se pronuncia.

CHRISTIAN
Capitán...

CARBON
Señor...

CHRISTIAN
¿Qué debemos hacer, cuando nos encontramos 
con los jactanciosos sureños?... 

CARBON
Le demostramos que en el norte 
también somos valientes.

CHRISTIAN
¡Gracias!...

CARBON
(a Cyrano)
¡Ahora tu narración!

CYRANO
Me dirigía hacia el lugar del encuentro 
y las calles estaban totalmente oscuras.
¡Dios, que no se veía más allá de...

CHRISTIAN
¡La nariz!

CYRANO
¿Quién es ese mequetrefe?

CARBON
Uno que llegó esta mañana...

CYRANO
¿Qué nombre tiene ese insolente?

CARBON
El barón de Neuvillette...

CYRANO
¡Ah!... ¡Es él!... ¡Por Dios! 
¡Por mil demonios! Me arriesgué 
cuando en la sombra alguien me gritó...

CHRISTIAN
¡Narigón!

CYRANO
Lo atrapé, y de repente nos encontramos...

CHRISTIAN
¡Nariz a nariz!

CYRANO
¡Diablos!... Ante cien bandidos con grandes...

CHRISTIAN
¡Narices!

CYRANO
(para sí)
¡Calma, Cyrano!

(en voz alta, cada vez más enojado) 

Embestí con vehemencia... me respondieron... 
¡Paf!...Contraataqué... ¡Rayos!... 
¡Salid todos y dejadme a solas con este hombre!...

CARBON
Es el despertar del tigre...

LOS CADETES
¡Caramba!...

(Los cadetes salen.) 

CYRANO
(a Christian)
Ahora... Abrázame...

CHRISTIAN
¡Ah! Pero...

CYRANO
Soy su hermano, 
o para ser más exacto...
su primo hermano.

CHRISTIAN
¿De quién?

CYRANO
¡De ella!...

CHRISTIAN
¿Eh?

CYRANO
¡De Roxana!...

CHRISTIAN
¡Cielos! Ella le ha...

CYRANO
Sí, me lo ha dicho todo...

CHRISTIAN
Entonces ¿ella me ama?...

CYRANO
Puede ser...

CHRISTIAN
¡Qué feliz estoy, señor, 
de haberlo conocido!

CYRANO
Eso es lo que se llama un sentimiento repentino.

CHRISTIAN
¡Perdóneme!

CYRANO
(para sí)
¡Es verdad que es hermoso, el bribón!...

CHRISTIAN
¡Si usted supiera, señor, 
cuánto lo admiro!...

CYRANO
Pero ¿y todas las narices que has dicho?...

CHRISTIAN
¡Las retiro!

CYRANO
Roxana espera que le escribas una carta...

CHRISTIAN
¡Ay!

CYRANO
¿Qué?

CHRISTIAN
Si le escribo o le hablo la perderé...

CYRANO
¿Cómo?

CHRISTIAN
¡Sí! ¡Soy tan tonto que me muero de vergüenza!

CYRANO
Si lo reconoces, es que no lo eres.
Además no me atacaste como un tonto...

CHRISTIAN
¡Es fácil encontrar las palabras cuando se ataca! 
¡Yo no sé hablar de amor!

CYRANO
En cambio yo creo 
que si la naturaleza 
me hubiera modelado mejor...
sería de aquellos que saben hablar.

CHRISTIAN
¡Ah! ¡Si pudiera expresarme con elegancia!

CYRANO
¡Si yo fuera un hermoso mosquetero!...

CHRISTIAN
¡Necesitaría elocuencia!

CYRANO
(repentinamente)
Te presto la mía...
y a cambio tú me prestarás tu encanto.
Ente lo dos, ¡haremos un sólo héroe de novela!

CHRISTIAN
Me asustas.

CYRANO
Puesto que temes enfrentarte solo a su corazón, 
¿quieres que lo hagamos juntos?
Así pronto podrás abrazarla, 
al juntar tus labios a mis palabras.

CHRISTIAN
¡Tus ojos brillan!

CYRANO
¿Aceptas?

CHRISTIAN
¿Todo esto te da tanto placer?...

CYRANO
¡Pues sí, me divertiría! 
Es una experiencia tentadora para un poeta. 
¿Quieres completarme, y que yo te complete? 
Tú caminarás, y yo iré una sombra a tu lado.
¡Yo seré tu espíritu, tú serás mi belleza!

CHRISTIAN
¡Ah! ¡Amigo mío! 

(Christian se arroja en brazos de Cyrano. Los 
cadetes asoman tímidamente creyendo encontrar 
a Christian muerto pero viendo a ambos hombres 
abrazados, quedan perplejos. Luego, el mosquetero 
haciendo acopio de valor, se pone ante Cyrano y 
le mide la nariz. Cyrano sopla al mosquetero que 
queda paralizado de temor. Los cadetes saltan, 
bailan y ríen) 

Segundo Cuadro

El beso de Roxana 

(Un pequeño rincón en el viejo barrio de Marais, 
bajo el balcón de Roxana) 

RAGUENEAU
Y entonces se fue con un mosquetero. 
¡Solo y arruinado, intenté ahorcarme! 
Y habría abandonado este mundo
si el señor de Bergerac no llega a tiempo y,
descolgándome, me ofrece el puesto 
de administrador de su prima.

LA DUEÑA DE ROXANA
Pero entonces ¿cómo os encontráis así?

RAGUENEAU
Lisa amaba a los guerreros, 
y a mí me gustaban los poetas.
Marte comía los pasteles que Apolo desechaba.
¡Ahora entenderán por qué 
lo nuestro no podía durar mucho tiempo!

LA DUEÑA
(se levanta y llama)
¿Roxana, estás lista? Nos esperan.

VOZ DE ROXANA
Me pongo un abrigo.

LA DUEÑA
(señalando la puerta de enfrente)
Allí nos esperan,
leerán un discurso sobre la ternura.

RAGUENEAU
¿Sobre la ternura?

LA DUEÑA
¡Sí!...

(gritando hacia la ventana) 

¡Roxana! ¡Baja ya!

ROXANA
(apareciendo)
¡Ya voy! Señor de Guiche...

DE GUICHE
(entrando)
Vengo para despedirme.

ROXANA
¿Os marcháis?

DE GUICHE
A la guerra.

ROXANA
¡Ah!

DE GUICHE
Esta misma noche. Tengo órdenes...
¡Arrás está sitiada!

ROXANA
¡Ah! ¡Un sitio!...

DE GUICHE
¡Sí! Parece que mi partida os es indiferente.

ROXANA
¡Oh!

DE GUICHE
¡Eso me apena! ¿Volveré a veros?... ¿Cuándo?
Me han nombrado Maestre de Campo.

ROXANA
¡Enhorabuena!

DE GUICHE
¡Me han confiado el Regimiento de la Guardia!...

ROXANA
¿El de la Guardia?

DE GUICHE
En él presta servicios vuestro primo, 
ese hombre altivo y arrogante. 
¡Allí sabré vengarme de él!

ROXANA
¿Qué?... ¿La Guardia se marcha a la guerra?

DE GUICHE
¡Pos supuesto! ¡Es mi regimiento!

ROXANA
(dejándose caer en un banco; para sí misma)
¡Christian!

DE GUICHE
¿Qué os sucede?

ROXANA
Esta... partida... me... desespera...
Saber que el amado está en la guerra. 

DE GUICHE
Al fin me decís palabras agradables...
El día de mi partida...

ROXANA
Entonces...

(poniéndose de pie) 

¿Os vengaréis de mi primo?

DE GUICHE
¿Acaso vos estáis a su lado?

ROXANA
¡No, en contra!

DE GUICHE
¿Lo veis a menudo?

ROXANA
¡Muy poco!

DE GUICHE
Por todas partes va acompañado de un cadete, 
ese Neuvillen... Viller...

ROXANA
Uno alto...

DE GUICHE
Rubio...

ROXANA
Pelirrojo...

DE GUICHE
Esbelto...

ROXANA
¡Bah¡...

DE GUICHE
Pero sin pulir...

ROXANA
Algo así...

(se ríe.) 

¿Acaso os vengaréis de Cyrano
exponiéndolo en la batalla?
Sería un error... eso es lo que más le apasiona.
Yo se muy bien qué cosa podría herirlo...

DE GUICHE
¿Qué?

ROXANA
Si su regimiento partiera y lo dejaran en París, 
de brazos cruzados, con sus queridos cadetes...
¡Ésa sería la única manera de hacerlo enfurecer! 
¡Le carcomería el alma no participar en la batalla!
De esta manera vos quedarías vengado.

DE GUICHE
¡Una mujer!...
¡Sólo una mujer puede idear algo así! 
Entonces ¿me amáis aunque sólo sea un poco? 
¿Debo considerar su adhesión a mi rencor 
como una prueba de amor?

ROXANA
¡Lo es!

DE GUICHE
Estas son las órdenes que han de ser transmitidas 
a todas las compañía ahora mismo... excepto una: 
¡la de los cadetes, que me la guardo yo! 
¡Ja! ¡Ja!... Cyrano y su carácter batallador...
¡Ja! ¡Ja! ¡Ja! ¡Ja! 
¿Os gustan los juegos amorosos?

ROXANA
A veces...

DE GUICHE
¡Me hacéis enloquecer!
Escuchad, esta noche yo debería partir...
Pero ¿alejarme cuando los veo tan conmovida? 
Aquí cerca hay un convento de capuchinos. 
Un laico no puede entrar allí. 
Pero los buenos padres, me aceptarán, 
ellos me ocultarán y todos creerán que me fui...
Vendré enmascarado. 
¡Permitidme demorarme un día, divina criatura!...

ROXANA
Pero ¿y si alguien se entera?... ¿Y su gloria?

DE GUICHE
¡Bah!

ROXANA
Pero el sitio... de Arrás...

DE GUICHE
¡Qué importa! 
Permitidme...

ROXANA
No...

DE GUICHE
Os lo ruego...

ROXANA
(tiernamente)
Debo prohibírselo...

DE GUICHE
¡Ah!

ROXANA
¡Marcharos!

(para sí) 

Christian se queda.

(a De Guiche) 

¡Me gustáis heroico, Antoine!

DE GUICHE
¡Palabra celestial!... ¿Entonces, el amor?...

ROXANA
Temo por mí...

DE GUICHE
¡Me voy!

(sale.) 

ROXANA
Entremos.

CYRANO
(entrando)
¡Aquí estoy!

ROXANA
¿Eres tú?

CYRANO
No he podido llegar antes...

LA DUEÑA 
Llegamos tarde...

ROXANA
Si Christian viene, que me espere...

CYRANO
¿Sobre qué piensas hablar hoy con él?

ROXANA
Sobre...

CYRANO
¿Sobre?

ROXANA
¿Me prometes guardar el secreto?

CYRANO
¡Seré tan mudo como un muerto!

ROXANA
Le diré: "¡Improvisa, háblame de amor! 
¡Muéstrate esplendoroso!

CYRANO
¡Bah!

ROXANA
¡Silencio!

CYRANO
¡Silencio!

ROXANA
No le digas ni una palabra... 
No quiero que se prepare el discurso.

CYRANO
¡Diablos, desde luego que no!

(Roxana y su dueña salen y cierran la puerta.) 

CYRANO
(llamando a Christian)
¡Christian! 
Ya sé todo lo que es necesario. 
Prepara tu memoria... Es una buena oportunidad 
para cubrirte de gloria... ¡No pongas esa cara!...
¡Rápido, volvamos a tu casa! Te enseñaré...
¡No perdamos tiempo!... ¡Rápido!... ¡Rápido!...

CHRISTIAN
¡No!...

CYRANO
¿Cómo?

CHRISTIAN
¡Esperaré a Roxana aquí!

CYRANO
¿Qué locura te atacó ahora?

CHRISTIAN
¡No!...Ya te lo dije... ¡Estoy cansado de fingir 
mis discursos, mis cartas y de no ser yo mismo!... 
¡Y de estar siempre temblando! 
Al principio, estaba bien. 
¡Pero ahora sé que ella me ama!... 
¡Gracias! Ya no tengo miedo. 
¡Voy a hablar por mí mismo!...

CYRANO
¡Caramba!...

CHRISTIAN
¿Y quién dice que no seré capaz? 
Tus lecciones me han servido de mucho...
¡Ahora seré realmente yo 
quien la tome en mis brazos!... ¡Es ella!
¡No!... ¡Cyrano, no me abandones!

CYRANO
Pues entonces hable solo, señor...

(Sale. Roxana y su dama de compañía entran con 
otras personas que se dispersan lentamente.) 

ROXANA
Barthénoïde... Alcandre... Grémione...

LA DUEÑA
(apenada)
¡Nos perdimos el discurso sobre la Ternura!

(se aleja.) 

ROXANA
¡Urimédonte!... ¡Adiós!

(a Christian)

¿Eres tú?

(dulcemente) 

Está anocheciendo... ¡Espera!... 
Ellos se alejan... el aire es dulce... No hay nadie... 
Sentémonos aquí... habla... Te escucho.

CHRISTIAN
Te amo...

ROXANA
Sí... sí... hábleme de amor.

CHRISTIAN
Te amo...

ROXANA
¡Ése es el tema! pero... ¡Embellécelo, adórnalo!

CHRISTIAN
Yo te...

ROXANA
¡Embellécelo!

CHRISTIAN
Te amo tanto...

ROXANA
Ya me lo has dicho... ¡Y qué más!

CHRISTIAN
Y entonces...
Sería muy feliz si tú me amaras...
Roxana dime que me amas...

ROXANA
Me das pan duro cuando yo esperaba un pastel...
Dime ¿de qué forma me amas?

CHRISTIAN
Pues... mucho...

ROXANA
¡Oh, revélame tus sentimientos!...

CHRISTIAN
Yo te...

ROXANA
¿De nuevo?

CHRISTIAN
Sí... me estoy aturrullando...

ROXANA
Y eso me desagrada tanto 
como me desagradaría que te volvieras feo...

CHRISTIAN
Pero...

ROXANA
Vete de aquí... con tu pobre oratoria...
¡Adiós!...

(va hacia la casa.) 

CHRISTIAN
No aún no me iré... te diré...

ROXANA
Que me adoras...
Sí... ya lo sé... ¡No!...
¡No! Vete...

CHRISTIAN
Pero yo...

(Roxana le cierra la puerta en la nariz.) 

CYRANO
(que después de un instante regresa sin ser visto)
¡Fue un éxito!

CHRISTIAN
¡Ayúdame!

CYRANO
¡No!

CHRISTIAN
¡Moriré si no recupero su favor de inmediato!...

CYRANO
Pero ¿qué puedo hacer para que aprendas?

(La ventana del balcón se ilumina.) 

CHRISTIAN
¡Oh! ¡Allí está! ¡Mira!

CYRANO
Su ventana...

CHRISTIAN
Moriré...

CYRANO
Baja la voz...

CHRISTIAN
Moriré.....

CYRANO
La noche está muy oscura...

CHRISTIAN
¿Y bien?

CYRANO
Se puede solucionar... Ponte allí, miserable...
frente al balcón... yo me quedaré oculto aquí...
y susurraré las palabras...

CHRISTIAN
Pero...

CYRANO
¡Cállate!... ¡Llámala!

CHRISTIAN
¡Roxana!

CYRANO
Inténtalo con algunas piedras...

(Arroja una piedras contra la ventana) 

ROXANA
¿Quién me llama?

CYRANO
Yo...

ROXANA
¿Quién?

CHRISTIAN
Christian.

ROXANA
¿Eres tú?

CHRISTIAN
Quisiera hablar contigo.

CYRANO
¡Bien! ¡Bien! Habla en voz baja.

ROXANA
¡No! Tú hablas demasiado mal... vete...

CHRISTIAN
¡Por favor!

ROXANA
¡No! ¡Tú no me amas!

CHRISTIAN
¡Por Dios, 
me acusas de no amarte 
cuando más te amo!

ROXANA
¡Bien! ¡Así está mejor!

CHRISTIAN
El amor crece y se mece en mi alma inquieta 
que el cruel niño ha tomado por cuna.

ROXANA
Mucho mejor. 
Pero por qué hablas de manera tan pausada. 

CYRANO
¡Silencio! Esto se pone demasiado difícil.

ROXANA
Hoy tus palabras son vacilantes. ¿Por qué?

CYRANO
(Sacando de un empujón a Christian de debajo 
el balcón y ocupando su lugar)
Porque ya oscureció. Y en esta sombras 
mis palabras buscan a tientas tus oídos...

ROXANA
¡Las mías no tienen esa dificultad!

CYRANO
¿Las encuentras inmediatamente? 
¡Oh! Las tuyas caen por su propio peso, 
directamente a mi corazón, donde las recojo. 
Yo tengo el corazón muy grande 
y tú el oído pequeño. 
Por otra parte tus palabras descienden, 
rápidamente; mientras que las mías 
necesitan tiempo para ascender..

ROXANA
¡Pero ahora, ascienden mucho mejor!

CYRANO
¡Oh! ¡Qué adorables instantes! 
Apenas nos adivinamos en la penumbra.
Tú ves la negrura que arrastra mi larga capa. 
Y yo percibo la blancura de tu ligera túnica. 
¡Yo soy una sombra, y tú, la claridad! 
¡Ah! No sabes lo que significan estos instantes 
para mí. Si alguna vez fui elocuente...

ROXANA
¡Lo fuiste!

CYRANO
... nunca hasta ahora mis palabras salieron 
tan directamente de mi corazón.

ROXANA
¿Por qué?

CYRANO
Porque hasta ahora sólo hablaba a través de...

ROXANA
¿De qué? ¿De qué?

CYRANO
Del vértigo que siente quien está bajo tu mirada. 
Pero esta noche, me parece, 
que estuviera hablándote por primera vez. 

ROXANA
Sí, tu voz me parece distinta.

CYRANO
Sí, es otra, pues la noche me protege 
y por eso me atrevo finalmente a ser yo mismo 
¿Qué te decía?... Perdona mi emoción. 
Pero es tan delicioso, es tan nuevo para mí...

ROXANA
¿Tan nuevo?

CYRANO
Nuevo, sí... 
Pero para ser sincero, temo que te burles de mí...

ROXANA
¿Que me burle de ti?

CYRANO
¡Sí, de... de mi arrebato amoroso!

ROXANA
¿Y bien?

CYRANO
Los sentimientos amorosos que te lanzo 
como un ramillete de flores: 
Te amo, me sofoco... y te amo... 
Estoy loco... no puedo más.
Tu nombre está en mi corazón como un cascabel,
que al sonar me hiciera estremecer, Roxana.

ROXANA
¡El cascabel se agita... y mi nombre resuena! 
¡Sí, esto es verdadero amor!...

CYRANO
Un amor terrible y celoso...

ROXANA
¡Es realmente amor!
¡Un amor sutil y dulce!

CYRANO
¿Empiezas a entender? 
¿Te das cuenta? 
¿Notas como mi alma 
se crece en esta sombra? 
¡Oh, esta noche 
todo es bello y dulce para mí!
¿Yo? ¿Tú? ¡Es demasiado! 
¡Nunca esperé tanto! 
¡Ahora sólo me queda morir! 
Pues siento el temblor 
de tu adorada mano descendiendo 
a lo largo de las ramas del jazmín.
Tiemblas como una hoja entre las hojas. 
¡Tú tiemblas, te estremeces!

ROXANA
Sí, tiemblo, y lloro, y te amo, y soy tuya.
¡Me amas y me has embriagado! 
¡Que venga la muerte! 
¡Eres tú quien provoca mi embriaguez.

CYRANO
Sólo pido una cosa...

CHRISTIAN
¡Un beso!

ROXANA
¿Eh? ¿Qué pides?

CHRISTIAN
(a Cyrano)
¡Consígueme ese beso!...

CYRANO
(con pasión)
Un beso... un beso que signifique
la promesa de estar pronto unidos.

ROXANA
Una promesa, 
un juramento confiado al viento...

CYRANO
El punto rosado de la "i" del verbo aimer...

ROXANA
Un secreto que se pronuncia con los labios...

CYRANO
Un instante de eternidad 
que susurra a nuestro lado...

ROXANA
Una comunión con sabor a flores...

CYRANO
Un modo de respirar con el corazón,
de sentir el alma
en el borde de los labios...

ROXANA
¡Sube a recoger... esta flor... sin igual! 

CYRANO
(a Christian)
¡Sube!...

ROXANA
Ese sabor a flor...

CYRANO
¡Sube!...

ROXANA
Ese zumbido infinito...

CYRANO
¡Sube ya!...

CHRISTIAN
Quizás no sea lo más correcto...

ROXANA
¡Un instante de eternidad!

CYRANO
(empujándolo)
¡Sube de una vez, animal!

(Christian trepa a la balaustrada, 
llega hasta el balcón y abraza a Roxana
que lo besa) 

ROXANA, CHRISTIAN
¡Oh! ¡Mi Christian! ¡Mi Roxana!
¡Oh! ¡Mi corazón! ¡Beso, fiesta del amor!... 
¡Sí! ¡Siento que llegas hasta mi alma! 
¡Ah! ¡Besar, festín de amor!...

Acto III