AMADÍS

 

 

 

Personajes

AMADÍS

FLORIANA

GALAOR

RAIMBERT
Un caballero

Enamorada de Amadís

Caballero rival de Amadís

El rey
Contralto

Soprano

Tenor

Ba
jo

 

La acción se desarrolla en un país imaginario durante la Edad Media.

  

ACTE  I


(Une forêt en Bretagne
.
Des arbres aux troncs énormes laissant,
parmi les genêts, apercevoir des pierres
aux formes druidiques. Et parmi ces arbres,
un vieux chêne, dont il semble que la foudre
a fendu le tronc en deux. Des roses bruyères
au bas. Cet arbre est placé au fond, et on
accède à lui comme en gravissant une hauteur,
parmi les pierres. Un ruisseau coule au pied
de l'arbre et se perd dans les genêts. Le forêt
est déserte. On entend des appels de cornes
au son un peu sauvage. Des chasseurs entrent,
vêtus de peaux de bêtes, et à leur tête, le plus
âgé s'arrête et fait signe de faire halte)

LE CHASSEUR
L'arbre des fées!
où viennent à minuit,
lorsque la lune est claire,
danser les compagnes
d'Urgèle, de Viviane, de Morgane...
En buvant l'hydromel,
nous serons bien ici...
Nous aurons l'invisible douceur
du frisson de leurs ailes...

(Un des chasseurs jette à terre un
cerf que les compagnons déposent
derrière un tertre. Les hommes se
groupent – mangent boivent, quelques
uns vont emplir leurs gourdes à l'eau
claire du ruisseau)

Compagnons, tout à l'heure avez-vous aperçu,
derrière les menhirs,
comme une forme blanche?
Je crois bien avoir reconnu,
fuyant les serviteurs qu'on mit à sa poursuite...
devinez qui? Vous ne pourriez le croire...
la fille, oui, la fille de notre roi!
La fille du roi?
La princesse Elisène, exquise et douce,
et chère à nous tous, Bretons,
et qui malgré son père, aima,
vous le savez,
le roi lointain du royaume de France,
lorsque Périon vint visiter ce pays...
Périon était beau, et les chansons de France
savent parler d'amour
à ces coeurs de vingt ans...
Mais Périon est mort, et la pauvre Elisène a,
du cher disparu, deux fils,
deux fils jumeaux... Galaor, Amadis!
Ils sont petits encore... oui, mais
le roi de Bretagne est jaloux des enfants,
qui pourront, un jour, fils d'un héros,
revendiquer leurs droits sur la terre Bretonne
et, Français, réclamer le trône de Bretagne...
Le roi veut que ces fils ne puissent pas régner,
ne puissent pas grandir...
et tenez, ce sont eux, et c'est aussi leur mère,
que cherchent ces soldats,
au loin, regardez-les...

(On aperçoit à travers les pierres et
les arbres, des gens armés qui fouillent
la forêt et continuent leur marche pour
bientôt disparaître. Les chasseurs
s'étaient blottis dans un coin sombre et
ont regardé sans être vus)

LE CHASSEUR
Devant nous, si jamais ils touchaient aux
pauvres petites êtres, compagnons,
nous saurions défendre ces enfants...
Mais plus puissant que nous
est cet arbre des fées;
ses branches étendues forment comme un asile,
une voûte sacrée, aux errants éperdus
qui se réfugient là...

(Du côté que les gens du roi ont pris pour
venir, gravissant une hauteur, on a aperçu
pâle et lassée, tenant par la main ses deux
fils tout jeunes des enfants de quatre ans,
dont l'un tient un lis et l'autre une rose la
princesse Elisène, ses longs cheveux défaits
et sa robe en lambeaux. Elle marche avec
peine, regardant, a travers les arbres, si
elle n'est pas suivie et, devant elle, si elle
n'aperçoit pas un danger. Elisène a amené
ses enfants sous les lourdes branches
étendant leur ombre. Elle leur a fait, de la
mousse cueillie, un lit pour les étendre, et,
agenouillée, elle invoque les fées)

Ah! voyez Elisène!
à genoux elle prie...

(Du creux de l'arbre des fées, une
créature immatérielle sort, toute
vêtue de blanc, avec de longs
cheveux d'or un rayon lumineux à la
main, telles ces visions que fixait
Burne-Jones. Elle contemple avec un
doux sourire, les enfants couchés, leurs
fleurs entre les doigts, et étend sur
eux sa main protectrice)

Compagnons! les fées ont entendu!
l'une d'elles apparaît souriante, adorable!
Mère, rassure-toi!
Tes fils ont un appui.

(Elisène agenouillée, supplie encore et
remercie. La fée manifeste subitement
une sorte de terreur prophétique, et
montre les enfants en indiquant par
des gestes une prédiction)

Voyez la bonne fée!
on dirait qu'elle a peur! de quoi?
de l'avenir! L'avenir! l'avenir!
O doubles destinées!
Enfants nés de l'amour et de la douleur,
la douleur et l'amour les suivront dans la vie:
Ils aimeront tous deux et tous deux souffriront!

(Elisène a répondu par des gestes d'effroi)

Sois fière, ô Elisène, princesse,
soyez fière, tous deux,
ton Galaor et ton bel Amadis seront braves
et forts, intrépides et doux....

(Joie d'Elisène)

les chercheurs de péril,
les chevaliers du rêve!
Mais la vie, l'âpre vie,
en fera des rivaux!
Je vois du sang dans un avenir sombre!
Je vois de la détresse et je vois de l'amour!

(Elisène, terrifiée, reprend ses
enfants comme pour les protéger
contre cette prédiction et les
emmener. Elisène supplie la fée
Est-ce bien vrai?)

LE CHASSEUR
Les fées savent nos destinées!
Elisène veut fuir,... son vœu la terrifie!
Elle voudrait reprendre
aux chères protectrices
ces petits devenus les deux filleuls des fées!
Non... sa force est à bout...


(Elisène est retombée épuisée. Elle n'a de
force que pour coucher ses enfants, qui,
comme des poupées, tiennent, l'un sa rose,
l'autre son lys)

La fée lui fait un signe.

(Elisène se traîne jusqu'au ruisseau, et,
sur un geste de la fée, y cueille les pierres
magiques. Décrivant ce qu'il voit)

Au courant du ruisseau la mère va chercher
de ces pierres magiques ou Merlin
l'enchanteur a gravé des étoiles...

(Elisène est revenu vers les enfants,
tenant les pierres magiques)

Elle les suspend, brisant son collier,
au cou des deux frères,
pour leur servir de talisman...
pour les reconnaître ou les faire se reconnaître
s'ils sont séparés, un jour,
ou si elle vit! ... si elle vit!
Non! Elisène succombe...

(Elisène, après avoir mis au cou
des enfants les pierres magiques,
embrasse longuement, tendrement,
les petits, les bénit, fait une
dernière prière, et, expirante,
s'étend auprès d'eux)

O princesse Elisène,
dors sous l'arbre des fées une dernière fois!

(Un rayon idéal et surnaturel vient
éclairer comme d'un nimbe Elisène
étendue et morte. La fée étend la main,
et, formant un berceau les enfants sont
endormis, Galaor dans une touffe de
roses, Amadis dans une touffe de lis)

LE CHASSEUR
(en invocation aux fées)
veillez toujours sur les enfants endormis...
Donnez-leur des baisers,
donnez-leur de beaux rêves. Veillez,

(plus bas)

… veillez!
Et nous, prions - prions pour que
le dernier appel d'Elisène, martyre de l'amour,
ait conjuré le sort
qui menace ses fils.
Prions! prions!

(à voix basse)

…prions!

(Les chasseurs sont agenouillés.
A travers les arbres le soleil
couchant a des reflets sanglants.
Le rideau se referme lentement)




ACTE  II



(Au château du Roi Raimbert.
La terrasse du château. On aperçoit de
là une ville aux pignons fantastiques.
Au loin, très loin à l'horizon, une ligne
vert, la mer. On monte à cette terrasse
par un escalier dont on entrevoit les
marches (escalier tournant) qui
viennent jusqu'à la balustrade de pierre.
A droite et à gauche, de lourdes portes
aux ferrures énormes s'ouvrant sur
l'intérieur du château - au-dessus de la
porte de droite un balcon aux sculptures
trapues. Au lever du rideau, le roi
Raimbert, armé et couronné, se tient au
milieu des tenants du tournoi des Chevaliers
de la Légende, armés aussi, avec leurs
pennons et leurs écuyers  et, à sa droite,
parée et pâle, sa fille Floriane qu'entourent
ses compagnes en toilettes de fête. C'est le
grand jour du tournoi. On entend monter,
du bas de la terrasse, des clameurs joyeuses)

LA FOULE
(au dehors, dans la cour du château)
Salut au roi Raimbert!
Salut aux Chevaliers!
Salut! Salut! Salut!

LE ROI RAIMBERT
Seigneurs, c'est pour vous tous
que la ville est en fête,
Seigneurs, c'est pour vous que le vieux roi
ceint épée et couronne,
demandant à vos bras de lui venir en aide.

LES PREUX
En aide!

LE ROI
Les écumeurs de mer, les pirates du Nord,
Viennent braver le roi jusqu'au rivage,
rançonnant les pêcheurs,
emportant sur leurs barques les belles filles
aux blonde cheveux,
et leur audace est telle que quelque jour,
jusqu'au palais, ils viendront,
insultant le vieillard qui vous parle,
et, vers les îles mornes et les brouillards glacés,
emmèneront le trésor que je garde,
Ma vie, mon seul amour,
la joie de mes vieux ans,


(tendrement ému)

... ma fille, Floriane!
Floriane chérie! Floriane!

FLORIANE

(avec élan)

O père que j'adore! Père!

LE ROI
C'est pourquoi, chevaliers, ne pouvant
de ce bras débile protéger notre sol
et sauver notre peuple,
je vous appelle et celui qui, dans une heure,
du tournoi sortira vainqueur,
celui là aura ma fille Floriane,
Mon trône et mon palais, toute cette contrée
qui fut si glorieuse au temps de ma jeunesse,
au temps où l'ennemi redoutait mon épée!
C'est à votre jeunesse que fait appel
le vieux roi!

CURNEVAL DE THURINGE
WENZEL DE NORVEGE
Commandez! J'obéis! Commandez!
Le péril est ma vie! J'obéis! Commandez!

ZORZI DE SICILE
Commandez! Commandez!

PERDIGON D'IRLANDE
RNAUD D'AQUITAINE
J'obéis! Le péril est ma vie!
Commandez! Mon épée est à vous!

GOLIAS D'ESPAGNE
Commandez! Le péril est ma vie!
Mon épée est à vous! Commandez!

GALAOR
(au Roi)
Roi Raimbert!
Galaor n'a jamais connu une défaite.

(fièrement)

Et la rose de fer qu'il porte à son cimier
ne s'est jamais effeuillée sous les coups
d'un vainqueur.

(s'adressant aux chevaliers)

Tous, nobles! Tous, braves!
Tous, bons chevaliers du droit!
Partout faisant justice
et protègeant les faibles!
Nul d'entre vous ne me ravira la victoire!
J'en jure par vos yeux ô belle Floriane!

LE ROI
Galaor, vous êtes mon hôte!
O chevalier errant,
vous avez sous mon toit, rompu le pain,
goûté le sel, dormi paisible...
Je connais vos exploits, je sais votre courage!
Vous aurez au tournoi des rivaux qui sont dignes
de se mesurer avec un preux tel que vous!

(Le Roi désigne un à un les chevaliers)

Curneval de Thuringe! Wenzel de Norvège!
Zorzi de Sicile! Perdigon d'Irlande!
Arnaud d'Aquitaine! et Golias d'Espagne!

LES PREUX
Tous, nobles comme toi! braves comme toi!
Tous! Tous! Tous!
bon chevaliers du droit!
Tous, protègeant les faibles,
Tous, nobles comme toi! braves comme toi!
Tous! Tous! Tous!

FLORIANE
O roi mon père,
je ne vois pas parmi ces chevaliers
celui dont, sur leurs violes, les chanteurs
chantent les exploits...
je ne vois pas le blond héros, celui de France...
Amadis! Amadis!

LE ROI
De Galaor je connais le courage!

FLORIANE
(chèrement)
Mais Amadis est brave aussi!

LE ROI

(à tous)
Messieurs, les tenants
ont une heure avant de se combattre!

(Il va au fond, jusqu'aux créneaux de
la terrasse qui domine la ville; à la
vue du Roi acclamations au dehors.
Fanfare au dehors)

LE ROI

(à haute voix, à la foule extérieure)
De par la volonté de Raimbert, votre roi,
le vainqueur aura sur le vaincu
droit de vie et de mort,
si, reine du tournoi,
du haut de son balcon, la princesse,
d'un geste, ne lui fait point merci!

FLORIANE
D'un geste!

LE ROI
(désignant Floriane)
Le sort des combattants
est donc dans cette main.

(aux Preux; se dirigeant vers la chapelle)

Allons prier... Dieu vous garde!

(Galaor et les chevaliers sortent
précédés par le Roi. Floriane est
restée seule avec ses compagnes)


FLORIANE
(sortant de sa rêverie)
Orlande, apporte-moi le beau livre
aux belles images, où l'on conte si bien
les exploits de celui à qui rêvent tout bas
tes compagnes et toi!

ORLANDE
(à Floriane)
Et vous plus que nous toutes,
ô princesse songeuse!

BÉATRICE

(de même)
Vous n'osez même pas le nommer...

(Orlande sourit et sort, rentrant bientôt
en apportant une façon de missel qu'elle
remettra à Béatrice; celle-ci s'agenouillera
devant Floriane en lui présentant le livre
dans lequel la princesse lira en feuilletant)

FLORIANE
(avec âme)
Amadis! Amadis de Gaule!
le paladin aux blonds cheveux.

(Floriane lit avec divers sentiments...
et va d'un passage à un autre)

«Amadis, chevalier venu de Gaule,
né de parents inconnus...
Filleul des fées, dit-on,
et jeté tout enfant au péril de la mer... »

LES COMPAGNES
(Toutes, entre elles)
Comme jadis Moïse sur le fleuve...

FLORIANE
«On le dit fils de roi,
on le dit fils de reine!
On sait qu'il sait chanter l'amour... »

ORLANDE
... l'amour...

LES COMPAGNES
... l'amour...

FLORIANE
«Sa claire épée, pure comme le lis
qu'il porte à son cimier, n'a jamais combattu
que pour la bonté sur la terre.»

(avec élan, elle ajoute)

O beau dammoise de la mer!

LES COMPAGNES
O beau dammoise de la mer!
O beau dammoise de la mer!

FLORIANE
(quittant le livre; comme inspirée)
Je le vois! Je le vois,
le paladin, sur les routes sombres!
sur les routes!
Le beau chevalier qui défie le sort!

ORLANDE
Le chevalier...

FLORIANE
qui vainquit les géants!

BÉATRICE
Le chevalier...

FLORIANE
(terminant la phrase)
…des chansons d'amour! ah!
pourquoi n'est-il pas venu, l'épée à la main,
parmi ces preux,
accourus à l'appel de mon père?

ORLANDE
Il serait le vainqueur du tournoi!

GUILLEMETTE
A moins que Galaor...

SIMONE
Galaor, l'invincible...

MARGUERITE
Galaor! le rival terrible!

HÉLÈNE
Galaor, qui, dit-on, aime toutes les dames!

ORLANDE
Amadis n'en aime qu'une,
mais c'est la dame de beauté!

FLORIANE
Viens, ô beau chevalier! ah! viens!

LES COMPAGNES
... ah! viens!

FLORIANE
O chevalier du lis! ah! viens!
Beau chevalier aux cheveux d'or!

LES COMPAGNES
... ah! viens! Beau chevalier!

FLORIANE
Beau chevalier aux cheveux d'or!

LES COMPAGNES
Beau chevalier aux cheveux d'or!

FLORIANE
O beau dammoise de la mer!

LES COMPAGNES
O beau dammoise de la mer!

FLORIANE
Chevalier de lis!

LES COMPAGNES
Chevalier de lis!

FLORIANE, LES COMPAGNES
... aux cheveux d'or!

(Des appels retentissent au dehors
interrompant la causerie des femmes.
Le Roi Raimbert et Galaor paraissent
précédés des preux armés, prêts au
combat. Trompettes dans l'intérieur du
château. Les écuyers dressent fièrement
leurs bannières)


LE ROI
(en entrant)
Preux chevaliers, la lice est ouverte!
au plus brave!

GALAOR
(regardant Floriane)
Au plus heureux!

(avec âme)

Nul d'entre tous ne me ravira la victoire!
j'en jure par vos yeux, ô belle Floriane!

LE ROI
La lice est ouverte!

GALAOR, LES PREUX
Le lice est ouverte!

LA VOIX D'AMADIS
(au pied de la terrasse; joyeux et fier,
et rythmé comme un chant de guerre)
Gaule! Gaule! Gaule! Gaule!

LE ROI
Qu'est cela?

AMADIS
Gaule! Gaule! Gaule!

FLORIANE, GALAOR

PREUX, COMPAGNES
Qu'est cela?

(Un chevalier, visière baissée, revêtu d'une
de ces armures idéales des chevaliers que
Burne-Jones a si admirablement comprises,
s'avance; sur son cimier il porte un lis, comme
Galaor une rose. Le chevalier jette son
gant à terre)


LE ROI
Qui donc es-tu?

AMADIS
(qui vient de lever la visière de son casque,
et laissant voir son visage encadré d'une
chevelure d'un blond d'or)
Le chevalier de la mer!

FLORIANE
(émue)
Amadis! Le Dammoise des rêves!

LES COMPAGNES
Amadis!

AMADIS
Je suis celui qui vient pour chasser les pirates,
les barques des wikings et retrouver la mer,
la mer et le ciel bleu,
dans les yeux d'une femme!
une femme idéale à qui jamais je n'ai parlé,
jamais! jamais!

(dolce)

Vision aperçue un matin sur la grève,
retrouvée un beau soir
dans un sentier des bois, et qui,
en passant, a pris et emporté mon coeur!

LE ROI
Et de qui parles-tu?

AMADIS
De celle que je veux conquérir et faire
la femme d'Amadis,
chevalier de la mer!

LE ROI
Floriane!

GALAOR
La princesse!

FLORIANE
(à part, rayonnante)
Mon Dieu! il m'aime! il pense à moi,
l'élu de mes beaux songes!

AMADIS
Partout je trouve son image,

(très mesuré)

… et puisque, roi, tu promets à celui qui sortira
vainqueur du tournoi de donner cette vierge
cet ange, je viens combattre
et je veux vaincre et je viens en chantant
à travers la lande ce chant d'amour
que j'ai cueilli par les chemins:

(simple et touchant)

Si je tenais un pied en paradis,
si j'avais l'autre au château de Raimbert,
Je retrairais celui de paradis
Et je le poserais au seuil de Floriane!

GALAOR
(ramassant le gant)
Eh bien, nous combattrons, chevalier de la mer!

AMADIS
Et j'aurai, Galaor, car je connais ton nom,
chevalier de la rose, en toi, preux chevalier,
un adversaire digne de mon épée!

GALAOR
Au combat! au combat! au combat!
chevalier de la mer!

AMADIS
Gaule! Gaule!
Au combat au combat!
au combat! Paladin de la rose!

GALAOR
Au combat! au combat!

AMADIS
Gaule!
Au combat! chevalier de la rose!

GALAOR
Au combat!
Au combat! chevalier de la mer!

AMADIS, GALAOR
... au combat!

LE ROI, LES PREUX
Au combat!

(Amadis salue en passant la princesse
Floriane qui le contemple longuement
Leurs regards sont comme enivrés.
Floriane, laisse tomber le fleur qu'elle
tient à la main, Amadis, devançant Galaor,
la ramasse, et le cortège s'éloigne. On
entend, au bas de la terrasse, la foule
saluer les combattants de ses vivats.

FLORIANE
Ah! je veux voir... d'ici...
suivre des yeux la lice... Regarder!

ORLANDE
(émue)
Le revoir!

LES AUTRES CAMPAGNES
Le revoir!

(Floriane et ses compagnes
regardent du haut de la terrasse)


ORLANDE
(battant des mains)
Ah! les beaux cavaliers!

GUILLEMETTE
Voyez!

SIMONE
Voyez!

(Fanfare au dehors; au dehors
clameurs de détresse)

BÉATRICE
Princesse, regardez!
Curneval est en péril!

FLORIANE
Qu'importe Curneval?
Irlande ou bien Thuringe?

GUILLEMETTE
Voyez donc! Perdigon désarme son rival!

FLORIANE
Ce n'est pas Perdigon qui gagnera le prix!

(Fanfare au dehors; au dehors
clameurs joyeuses)


SIMONE
Quels sont ces combattants?

MARGUERITE
C'est Wenzel de Norvège!

HÉLÈNE
... et Zorzi de Sicile!

ORLANDE
Hardi! comme ils combattent!

BÉATRICE
Le vainqueur, cette fois,
c'est Wenzel de Norvège!

FLORIANE
Mais ce n'est pas Wenzel
qui gagnera mon cœur!

(Fanfare au dehors; au
dehors clameurs anxieuses)

SIMONE, GUILLEMETTE

MARGUERITE, HÉLÈNE
Voici! c'est Galaor! paladin de la rose!

FLORIANE
Ah! Dieu garde Amadis, chevalier de la mer!

ORLANDE
Amadis va frapper Galaor...

FLORIANE
Mais Galaor recule...

(palpitante)

non, il attaque encor...

(Au dehors: grande

clameur de détresse)


ORLANDE
Amadis est tombé!

FLORIANE
Amadis!

ORLANDE
(à Floriane, suppliante)
Un geste, princesse, un signe...

LES COMPAGNES
... et sauvez Amadis!

(Floriane fait le geste du merci)


ORLANDE
Galaor tend la main au chevalier tout pâle...
et le vainqueur c'est lui!

FLORIANE
Mais ce n'est pas celui qu'avait rêvé mon rêve!

(Cris et vivats au dehors. Le Roi,
Galaor et les chevaliers reparaissent)

LE ROI
Salut à Galaor!

FLORIANE
Amadis! Amadis!

(Amadis paraît)

AMADIS
Amadis est mort,
puisqu'il n'est pas vainqueur!

GALAOR
(s'est avancé, tenant à la main
l'épée d'Amadis; à Amadis)
Chevalier, le ciel a prononcé;
et si je suis celui qui sort de ce tournoi
triomphant, rayonnant;
si de Floriane je vais être l'époux;

(à tous)

... devant tous
je tiens à proclamer votre vaillance...
Et votre blanche épée...
comme un hommage, je vous la rends!

AMADIS
L'épée d'un chevalier doit demeurer
sans tache...
je ne veux pas d'un fer
échappé à ma main.

(Il prend l'épée et la brise)


FLORIANE
Bon chevalier!

LE ROI, CAMPAGNES, PREUX
Bon chevalier!

AMADIS
Adieu! je vais de par le monde chercher
un coin perdu où cacher mon affront!

FLORIANE
Ah! le ciel n'est pas juste!

LE ROI
(à Galaor, chaleureusement)
Viens, défenseur du roi Raimbert,
Viens, ô mon fils, futur roi!
Viens vider la coupe sainte!

LES PREUX
Salut à Galaor!

(Le Roi prend Floriane par la main, la
présente à Galaor qui, le genou en terre,
baise les doigts de la princesse presque
défaillante; Amadis contemple cette scène
avec douleur)


AMADIS
(à lui même)
Si je tenais un pied en paradis,
si j'avais l'autre au château de Raimbert.

(pendant qu'il laisse échapper sa plainte,
le cortège, formé par le Roi, Galaor, la
princesse, ses compagnes et les preux,
disparaît)

Je retrairais celui de paradis


(Amadis reste seul)

Et je le poserais... au seuil de Floriane!
Hélas! Hélas! Hélas!

(Amadis a regardé un moment son épée.
Il se baisse et en baise le poignée. La nuit
vient. En tenant la poignée de son épée)

De ce qui fut une arme, il me reste la croix!

(avec toute son âme déchirée)

Amadis, tu n'es plus,
sur les chemins du monde,
qu'un chevalier de la prière.

(Et lentement il s'en va tenant bien haut la
poignée qui brille à la clarté de la lune et
comme, sans se retourner Amadis a descendu
les premiers degrés de l'escalier de pierre, sur
le balcon est apparue Floriane qui le regarde
partir... et qui sans l'appeler murmure son adieu)


FLORIANE
Adieu! Et que les fées...
et le sort te protègent,
Ô doux chevalier de la mer!
 
 

ACTE III



(Une sorte de lande déserte où poussent des
ajoncs, Au fond, la mer, et formant falaise, un
escarpement qui descend jusqu'au rivage
et qui surplombe la grève. Paysage désolé
mais d'une impression poétique. Amadis,
seul, agenouillé, les mains jointes, prie. Il
a revêtu sur son armure de chevalier la
robe de l'ermite)

AMADIS
O Madone du ciel, écoute les accents
d'un malheureux qui souffre...
O Madone du ciel, et ne lui laisse
au cœur qu'une foi...
O Madone du ciel, étends sur lui ta main,
O Madone du ciel!

(Il s'arrête)

Mais non,
elle n'est que sur mes lèvres la prière sacrée!
La pensée est ailleurs,

(plus bas)

…la pensée est là-bas!
O douce Floriane! Floriane,
qui a vu ma honte,
qui m'oublie, qui, sans doute,
est la femme d'un autre!
En pourquoi songes-tu encore à cette femme,
chevalier qui n'a plus d'épée,
ermite, qui ne doit plus avoir d'amour?
J'ai déposé la moitié de mon glaive
sur l'autel des saints de la mer,
de cette mer immense d'où je voulais,
au beau temps de mes rêves,
chasser les écumeurs...
pour conquérir Floriane!
Je n'ai plus aujourd'hui d'autre arme
que la prière...
Prions! prions!
O Madone du ciel, donne la paix...
la paix à mon âme!
O Madone du ciel, je suis un malheureux
qui souffre...
O Madone du ciel! Madone du ciel!
Madone du ciel!

(avec des larmes)

O Madone, Madone, Madone, Madone!
Pourrai-je oublier Floriane!
Non, jamais! jamais! jamais!

(Il retombe comme épuisé et prie.
Une fée apparaît, sortant de la mer
comme dans une brume, et, avec
des gestes d'incantation, parle,
Amadis ne l'entendant pas d'abord)

LA FÉE
Jamais! Jamais, dis-tu!
Il n'est point de mot sur les lèvres humaines
plus vain et plus trompeur!
Le cœur oublie!
le monde est fait d'oubli!
Oubli des amoureux qui vivent,
oubli des morts qui ont aimé.
Dis-toi qu'ici, sur la grève,
tu échappes du moins à la destinée qui t'attend,
si tu cherches à revivre la vie d'autrefois!
Il y a du sang dans l'avenir,
si tu ne restes pas au désert qui console!

AMADIS
(qui peu à peu a compris, qui a
entendu cette voix invisible)
Que l'avenir soit la mort, pourvu qu'en mourant
je retrouve celle qui est ma sainte...
et mon âme et mon rêve!

LA FÉE
O soupirant de Floriane,
o filleul des fées, peut-être la beauté des filles
des fées te fera-t-elle oublier celle qui
est si loin de toi qu'elle est morte pour toi!

AMADIS
O Floriane! Floriane!
que l'on ouvre mon cœur,
on y lira ton nom!
ton doux nom, Floriane!

(La Fée a étendu sa baguette fleurie sur la
lande et, à ses paroles, des fées apparaissent
entourant, enveloppant Amadis)

LA FÉE
Accourez, o mes sœurs,
accourez sur la lande sacrée,
la lande où vous venez danser
au clair de lune.

(Et la nuit tombant sur la lande et la mer
devenue phosphorescente, les ajoncs se
changent en lis, les fées forment autour
d'Amadis des rondes légères qu'éclaire
une mystérieuse lueur lunaire, argenté.
Les danses des filles des fées se font
voluptueuses, et le chevalier, qui veut prier,
les regarde, les fuit, veut leur échapper)

CHOEUR INVISIBLE
Regarde! nous sommes belles!

AMADIS
Démons! que me voulez-vous?

CHOEUR INVISIBLE
Nous venons te consoler de l'amour!

AMADIS
Rien ne me consolera!

CHOEUR INVISIBLE
Regarde! nous sommes belles! nous dansons
 
(avec un rire)

ah! ah! ah!

AMADIS
Démons aux figures d'anges! laissez-moi!
Démons! laissez-moi!
Démons!

CHOEUR INVISIBLE
Regarde! nous sourions!
 
(avec un rire)
 
nous sourions!
 
(de même)
 
ah! ah! ah! ah!

AMADIS
Le sourire divin, le seul sourire du monde...
le seul est sur tes lèvres, Floriane!


(déchirant)

Tu n'entends pas ma plainte?
Tu n'entends pas ma voix?

(À ce moment, comme si la vision
répondait à l'appel d'Amadis, la
falaise devient lumineuse, laissant
apercevoir Floriane accoudée au
balcon de château du roi Raimbert,
ainsi qu'à la fin de l'acte précédent)


FLORIANE
Si! j'entends... une lointaine voix...
une voix qui répond au cri de mon cœur!
O bien aimé à qui je pense,
chevalier qui ne reviens pas,
pauvre errant des bois et des landes,
dis-toi que Floriane,
hélas! pense à toi,
pense à toi, pèlerin d'amour!

AMADIS
Va vers toi ma pensée...
à travers le vent et l'espace,
belle dame au doux sourire, Floriane!
Floriane! dis-toi que je te suis fidèle.

(avec élan et avec âme)

Va vers toi ma pensée,
je vais venir à toi!

FLORIANE
Si tu ne reviens pas,
je vais au fond d'un cloître ensevelir
les jours qui ne devraient être qu'à toi!

AMADIS
Au fond du cloître,
quand on aime,
on retrouve encore la tristesse et l'amour!

FLORIANE
Viens! Amadis!
Le fiancé de mon cœur!


(avec élan)

Je t'attends près de moi!
Viens je te suis fidèle!
Viens près de moi!

AMADIS
Floriane!

(avec élan)

J'accours vers toi!
Floriane!
J'accours vers toi! Je suis à toi!

(La vision s'efface. Amadis veut aller vers la
grève comme pour revoir Floriane et la
ressaisir; des fils les fils de la Vierge - partant
de touffes en touffes des ajoncs changés en lis,
lui font comme un réseau qui luit, argenté par
le clair de lune)

LE FÉE
Tu ne partiras pas! on ne sort plus
de la lande fleurie!
Les fils de la Vierge,
c'est nous qui les tissons,
les lis blancs ce sont nos cierges,...
nos cantiques...
nos chansons...

AMADIS
(éploré, essayant de rompre les fils)
Laissez-moi! laissez-moi!

LA VOIX DE FLORIANE
(au très loin)
Amadis!

AMADIS
Floriane m'attend!

LA FÉE
Ce sont des fers, les fils d'argent
que nous tissons!

(On entend, d'un autre côté, au loin,
le cri de guerre des compagnons d'Amadis)

VOIX COMPAGNONS D'AMADIS
Gaule! Gaule! Gaule!

AMADIS
Mes compagnons! Le cri de guerre
et le soupir d'amour m'appellent...(au très loin)

(suppliant)

Bonnes fées et filles des fées,
rendez-moi la liberté!

VOIX DES FÉES
(au loin)
On ne sort plus de la lande fleurie!

AMADIS
La liberté! la liberté!

LA FÉE
Si tu suis ton chemin...
c'est le chemin des pleurs!

AMADIS
La liberté!

(avec ardeur et fierté)

Demain je combattrai Galaor
qui me brave... avec du fer.

(Il a saisi dans une touffe de fleurs un lis)

Mais vous, o fées,
c'est avec cette arme que vous vaincra
le chevalier du lis!

(en évocation: en élevant le lis)

O fils d'argent,
fils de la Vierge,
à ma prière écartez-vous!

(Amadis fait le signe de la croix en agitant le
lis; les mailles qui retenaient prisonnier le
chevalier se rompent aussitôt - les filles des
fées ont reculé avec terreur - au loin, clameur
de détresse des fées. Amadis triomphant
s'élance vers la liberté en agitant le lis)

VOIX DES FÉES
Ah!

AMADIS
Floriane!
Floriane!
Floriane!
Floriane!
 
 

ACTE IV


(Une immense salle dans le château du roi Raimbert.
A droite, une haute et vaste cheminée où brûlent des
troncs d'arbres entiers, ce qui permet de laisser ouverte
la très large baie qui s'ouvre, au fond, sur la ville. Les
pignons, les tourelles, les toits apparaissent, pittoresques,
couverts de neige, mais sous un ciel d'un bleu par. La
perspective de la ville est importante et le bruit de la
rue, les chansons des passants arrivent, très distincts,
jusqu'à Floriane, seule et pensive. Cloches au loin)

VOIX DE FOULE
Noël! Noël!
la terre est blanche, et le ciel bleu.
Noël! Noël! Noël! Noël!
comme au printemps le ciel est bleu.


(en s'éloignant)

Noël! Noël! Noël!
Noël! Noël!

FLORIANE
(près de la grande cheminée; elle
pense, tout en écoutant les Noëls)
Ils chantent leurs Noëls, les beaux Noëls de joie,
et sur mon bonheur mort je dis, parmi
les larmes, le douloureux De profundis!
Ils chantent leurs Noëls...

(Ténors et Barytons; passent dans la rue;
ils chantent leurs Noëls en s'accompagnant
de leur rebecs et de leurs violes)


MÉNESTRELS
Sur le rebec et sur la viole
Il faut célébrer le Seigneur,
Le nouveau né qui nous apporte
L'espoir et l'éternel bonheur.
Noël!

(plus loin)

Il faut célébrer le Seigneur...
Le nouveau né qui nous apporte...
L'espoir et l'éternel bonheur...

FLORIANE
L'espoir et l'éternel bonheur!
N'est-il plus de Noël
pour mon cœur en détresse?
Ne renaîtra-t-il pas à quelque joie nouvelle!
Hélas, j'ai beau prier,
nul n'entend plus ma voix!
nul n'entend plus ma voix!

LES ENFANTS
Noël! Noël Noël! Noël!


(Fifres et crécelles dans la rue en criant)

Merci, Noël!
Tu nous apportes de beaux joujoux!
Heureux Noël! Noël!

(plus loin)

Merci, Noël!
Tu nous apportes de beaux joujoux.
Heureux Noël! noël!

FLORIANE
Ah! tous ces cris joyeux s'enfoncent dans
mon cœur comme des lames de poignards!
aujourd'hui c'est le jour des noces!
aujourd'hui je serai la femme du chevalier
qui m'aime et que je n'aime pas!

VOIX DE FOULE
(au très loin)
Noël! Noël!

FLORIANE
Il n'est plus de Noël
pour mon cœur en détresse?
Ne renaîtra-t-il pas à quelque joie nouvelle!

(ému)

Hélas, j'ai beau prier,
nul n'entend plus ma voix!
nul n'entend plus ma voix!
Hélas! Hélas!

(Les compagnes de Floriane entrent
portant les voiles, la couronne, les parures)


ORLANDE
(à Floriane)
Allons, souriez-nous, dolente damoiselle!

BÉATRICE
(à Floriane)
Votre main est glacée!
Voulez-vous qu'on ferme le vitrail?

FLORIANE
Non, l'air me fait du bien, je n'ai pas froid!

GUILLEMETTE
Et ce jour de Noël est doux
comme un matin de mai!

(Toutes se sont rapprochées de la grande
cheminé et entourent Floriane; elles
étalent devant elles les joyaux, tandis que
la princesse reste comme immobile)


SIMONE
Ah! le beau collier d'or!

MARGUERITE
(à Floriane)
Il vous va bien... voyez...

(Elle présente un miroir à Floriane
qui le repousse du geste)

FLORIANE
A quoi bon?

HÉLÈNE
Et ce bracelet!

SIMONE
...incrusté de rubis!

FLORIANE
On dirait des gouttes de sang!

ORLANDE
Chassez les noirs penseurs,
princesse Floriane!

BÉATRICE
Le noble Galaor est un beau chevalier!

GUILLEMETTE
Galaor est un preux!

FLORIANE
Mais je n'aime pas Galaor...

ORLANDE
Sait-on jamais d'où vient l'amour?

LES AUTRES COMPAGNES
Ah! ah! ah! ah! ah! ah!

(Le Roi, Galaor et les Preux vont
paraître en cortège)

ORLANDE
Princesse, c'est le roi!

LES AUTRES COMPAGNES
Et votre fiancé!

(Cloches au loin.
Les six Preux en paraissant)

LES SIX PREUX
Noël! Noël! Gloire au Seigneur,
le Sauveur est né!
Noël! Noël! Gloire au Seigneur!
Gloire au Seigneur! le Sauveur est né!

(Tous s'avancent et passent lentement
devant Floriane qu'entourent ses
compagnes; Galaor se détache et va vers
Floriane devant laquelle il s'agenouille)

GALAOR
(à Floriane)
A la princesse Floriane,
sur mon salut éternel
et sur ma foi de chevalier,
je jure amour et fidélité
jusqu'au dernier soupir de mes lèvres.
Je fais serment de donner ma vie
pour chasser les écumeurs de mer;

(à haute voix)

et si quelque autre porteur d'épée
se croit plus digne que moi, d'être l'époux
de celle dont le noble roi Raimbert
m'accorde la main, j'y consens!

(en s'inclinant encore plus et avec dévotion)

A la princesse Floriane je jure amour et fidélité.

FLORIANE
(à elle même, avec tendresse)
Souvenir à toi, cher absent!

LE ROI
Selon l'antique loi je demande
si quelque chevalier
se croit plus digne
que le preux des preux
d'épouser la belle des belles.

(silence)


GALAOR
Nul n'a répondu!

LE ROI
Nul ne pouvait répondre!
Galaor à l'ardente épée
n'a pas de rival sous le ciel!

LA VOIX D'AMADIS
Gaule! Gaule! Gaule! Gaule!

FLORIANE
Attendez! Ecoutez!
C'est l'appel d'Amadis...

(Une rumeur extérieure grandit et
précède l'entrée d'Amadis)


LE ROI
C'est l'appel d'Amadis...

GALAOR
... d'Amadis le vaincu!

LES PREUX
Amadis!

FLORIANE
C'est l'appel d'Amadis,
d'Amadis qui revient!

(Amadis apparaît en son armure
brillante, un lis à la main)


GALAOR
Non! Amadis est loin!
Il est enseveli sous la robe du moine!

AMADIS
(fièrement, en entrant)
Amadis est toujours le chevalier
qui répond à qui l'appelle!
Une voix m'a dit:

(tendrement)

Viens, la vôtre, Floriane!!
Me voici!

LE ROI
Téméraire! Es-tu pris de folie?

FLORIANE
Il a dit vrai, mon père!
Le Noël de mon cœur allait à lui, et j'ai prié
pour lui, pour renaître à la vie!

GALAOR
Roi Raimbert,
je requiers que vous soyez fidèle
à la foi jurée!

FLORIANE
(au Roi, chaleureusement)
Et moi aussi, j'ai juré
de n'être qu'au chevalier que j'aime –
ou si non - à notre Seigneur Dieu!

(regardant Amadis et rappelant ses paroles)
 
Si je tenais un pied en paradis...

FLORIANE, AMADIS
(Amadis - à part)
Je le retirerais pour suivre
au bout du monde...

FLORIANE
Mon chevalier, le chevalier du lis!

AMADIS
Floriane! Floriane! à toi! à toi!

LE ROI
La volonté du père est souveraine.

AMADIS
J'en appellerai donc au bon vouloir de Dieu!

(s'emportant)

En champ clos!

GALAOR
En champ clos!

(à Amadis, fixement)

Mais le sort a parlé...
et j'ai tenu ta vie entre mes mains...

AMADIS
(montrant Floriane)
Non, en la sienne!
Car j'ai vu dans tes yeux que tu voulais frapper
lorsque son beau geste a dit grâce!

GALAOR
Je te tenais à ma merci...
Et comme des épées,
nos regards échangés se croisaient!
Mais pourquoi, même si Floriane
ne m'eût pas défendu de frapper...
aurais-je hésité à te prendre la vie?

(anxieux)

Regarde-moi! Je te hais...
et pourtant il y a dans tes yeux...
je ne sais quelle clarté qui me troubla...
comme un souvenir de rêve...

AMADIS
Il n'y a d'autre souvenir entre nous
que me honte;
combattant, qui m'as pris l'honneur,
rival, qui veut me prendre Floriane,
je te brave, et te défie!
Mais au combat de mort!

GALAOR
Regarde-moi encore,
ô chevalier du lis!

(Les deux chevaliers se mesurent en effet
du regard, tandis que le souvenir de la
berceuse des enfants endormis passe lointain)

Regarde-moi!

AMADIS
Au fond de tes prunelles,
O chevalier des roses, je ne vois que l'affront
que je voudrais venger!

ZORZI DE SICILE
PERDIGON D'IRLANDE
Se venger!

WENZEL DE NORVÈGE

ARNAUD D'AQUITAINE
Sa main n'a même plus d'épée!

LES PREUX
L'épée que naguère Galaor lui rendit!

AMADIS
O bonne fée, O ma marraine,
change en fer ce beau lis
qui rompit devant moi les fils de la Vierge!

(La tige qu'Amadis tient à la main
étincelle et se change en épée)

FLORIANE, LE ROI

COMPAGNES, LES PREUX
Amadis est filleul des fées!

GALAOR
Mais Galaor aussi... se souvient d'un fée...
qui lui dit d'être brave
et de ne craindre rien!

(Il a tiré son épée et l'élève au
dessus de sa tête)

Au combat, Amadis!
Sans merci, cette fois!

AMADIS
Dieu soit juge!

LE ROI
Messires...

AMADIS. GALAOR
Laissez-nous!

(Les assistants ont instinctivement fait
cercle autour d'Amadis et de Galaor qui
se mesurent. Les femmes entourent
Floriane qui suit avec effroi les phases
du combat)

FLORIANE
Amadis, défends notre amour!

LE ROI
Défends ton droit, Galaor!

(L'épée d'Amadis tournoie.
Galaor tombe. Cris divers de Tous)

LE ROI
Galaor!

GALAOR
Eh! bien, qu'attends-tu donc?

AMADIS
Galaor, regarde-moi...
Tes yeux ont une flamme étrange...

(anxieux)

…oui, tu disais vrai.
Oui... oui...je les au vus ces yeux,...
autrefois... autrefois...

GALAOR
…autrefois... autrefois...

(douloureux)

…on m'avait prédit une destinée...
faite...de douleur et d'amour...
j'ai aimé, je souffre...
et je meurs...

LE ROI
(s'approchant de Galaor
avec anxiété et douleur)
Va-t-il donc expirer?

(Les femmes vont à Galaor et détachent
son gorgerin et sa cuirasse. Le col apparaît
et Amadis, se penchant sur Galaor, pousse
un cri)


AMADIS
Ah! qu'ai-je vu?
Là, sur la poitrine sanglante...
la pierre marquée d'une étoile,
la pierre magique et blanche

(avec effroi)

que je porte à mon cou.

(avec un élan de tendresse désespérée)

Galaor! Galaor!

FLORIANE, CAMPAGNES

LES PREUX
La pierre du ruisseau des fées...

ORLANDE
La pierre où l'enchanteur Merlin
grava les étoiles du ciel!

LE ROI
Qu'est cela?

GALAOR
On m'avait dit souvent:
"Un autre porte au col une étoile semblable..."
le même sang coule en nos veines!
celui-là devait-il être mon meurtrier?
O mon frère!

FLORIANE
Son frère!

AMADIS
Ah! je me fais horreur!

LES PREUX
C'est la destinée!

LES DAMES
Tous deux étaient filleuls des fées!
Tous deux...
les chers enfants de la Reine Elisène!

AMADIS
Frère, regarde-moi!

GALAOR
Roi Raimbert, écoutez... ma mourante prière...
La fiancée de mon cœur, je la cède
à celui qui peut délivrer la patrie!

(avec un effort suppliant)

Consentez!
Il est sacré, le vœu d'un mourant...

LE ROI
Ce que veut un mourant... Dieu le veut!

GALAOR
(appelant Floriane et lui mettant la
main dans la main d'Amadis)
Floriane! Je vous aimais!
Vivre pour vous était mon rêve...


(rassemblant toutes ses forces, à Amadis)

Je te la disputais, frère,
je te la donne!

AMADIS
O mon frère!

GALAOR
Le bonheur, vous l'aurez, après moi!

(La voix s'éteint subitement; mais Galaor
expirant sourit encore à Floriane et à
Amadis qu'il unit... et meurt)


AMADIS
O mon frère...

FLORIANE, AMADIS
Que Dieu reçoive entre ses bras
Le fier chevalier de la Rose!

LE ROI, DAMES, LES PREUX
Que Dieu reçoive entre ses bras
Le fier chevalier de la Rose!

(On enlève lentement et respectueusement le
corps de Galaor et cette pieuse cérémonie est
accomplie sous le regard des évêques pendant
le religieux silence des assistants)


LE ROI
Le mort a pardonné!

AMADIS
Qu'il bénisse aussi mon épée
en effaçant le meurtre!

LE ROI
... le prêtre va bénir!

FLORIANE
Réunis! Réunis pour toujours!

AMADIS
... pour toujours!

(fièrement, au Roi)

Gaule! Gaule!
Amadis de Gaule vivra pour Floriane
et combattra pour vous!

Cérémonie de la Bénédiction nuptiale

LES PREUX
Gloire!
Gloire! au chevalier du lis!

DAMES, PREUX
Gloire au chevalier de la mer!

VOIX DE FOULE
(au dehors)
Noël! Noël! gloire au Sauveur!
Noël! Noël!
 

 
ACTO  I


(Un bosque en Bretaña
Árboles con troncos enormes que dejan ver,
entre las retamas, piedras de formas druídicas.
Entre estos árboles, un viejo roble, cuyo tronco
parece haber sido partido en dos por un rayo.
Matorrales en flor al pie del mismo. Este árbol
está ubicado en el fondo y se llega a él como
trepando un promontorio, entre las piedras.
Un arroyo fluye al pie del árbol y se pierde
entre las retamas. El bosque está desierto.
Se oye el sonido de cornos de caza. Entran
cazadores, vestidos con pieles de animales;
a la cabeza de ellos, el de mayor edad, hace
señas para que todos se detengan)

EL CAZADOR
¡El Árbol de las Hadas!
El viejo y misterioso roble
donde vienen ellas a medianoche.
Cuando la luna está clara,
bailan las compañeras
de Urgèle, Viviane, Morgana...
Bebiendo hidromiel, estaremos bien aquí...
Sentiremos la suavidad invisible
del estremecimiento de sus alas...

(Uno de los cazadores deja caer un
ciervo al suelo, que sus compañeros
colocan detrás de un montículo. Los
hombres se reúnen, comen, beben,
algunos van a llenar sus calabazas
con agua clara del arroyo)

Compañeros, hace un rato
¿habéis visto, detrás de los menhires,
como una figura blanca?
Creo haberla reconocido,
huyendo de los sirvientes que la perseguían...
¿Sabéis quién es? Ni lo sospecháis...
La hija, sí, ¡la hija de nuestro rey!
¿La hija del rey?
Princesa Elisene, elegante y dulce,
querida por todos los bretones,
y que, a pesar de su padre, amó,
ya lo sabéis, al rey del lejano reino
de Francia, cuando el rey Perión de Gaula
vino a visitar nuestro país...
Perión era apuesto, y las canciones francesas
supieron hablarle de amor
a aquel corazón de veinte años...
Pero Perión ha muerto, y la triste Elisene
ha quedado con dos hijos, dos hijos gemelos:
¡Galaor y Amadís!
Aún son pequeños... sí, pero
el Rey de Bretaña tiene celos de los niños,
pues teme que algún día, los hijos de un héroe,
reclamen sus derechos sobre la tierra bretona
y los franceses reclamen el trono de Bretaña...
El Rey quiere que los niños no lleguen a reinar,
que no crezcan...
Mirad allí, son ellos con su madre,
a quienes los soldados están buscando...
¡Allá, a lo lejos, mirad!

(A través de las piedras y los árboles, se
pueden ver personas armadas que
registran el bosque y continúan su
caminata para desaparecer enseguida.
Los cazadores se ocultan en la
oscuridad y observan sin ser vistos)

EL CAZADOR
Si alguna vez, en nuestra presencia,
ellos atacaran a esas pobres criaturas,
bien que sabríamos defender a esos niños...
Pero más poderoso que nosotros
es este Árbol de las Hadas.
Sus ramas forman como un asilo,
una cúpula sagrada, para los angustiados
errabundos que ahí se refugian...

(Del mismo lado del que llegaron
los hombres del rey, subiendo una
loma, se ve llegar, a Elisene, pálida
y fatigada, llevando de las manos a
sus dos hijos de cuatro años, uno de
los cuales sostiene un lirio y el otro
una rosa. Ella tiene el cabello suelto y
el vestido hecho jirones, Camina con
dificultad, mirando, entre los árboles,
si no la siguen. Conduce a sus hijos bajo
las ramas del Árbol de las Hadas que
extiende su sombra sobre ellos. Les hace
una cama con musgo y, arrodillándose,
invoca a las hadas)

¡Ah! ¡Mirad a Elisene!
De rodillas reza...
 
(Del hueco del Árbol de las Hadas
emerge una criatura inmaterial,
vestida de blanco, con cabellera
dorada y un rayo de luz en su mano,
similar a las imaginadas por
Burne-Jones en sus obras. El Hada
contempla a los niños dormidos, con
sus flores entre los dedos, y extiende su
mano protectora sobre ellos)

¡Compañeros! ¡Las hadas nos han escuchado!
¡Una de ellas ha aparecido sonriente!
¡Madre, no te preocupes,
tus hijos tienen protección!

(Elisene arrodillada, vuelve a rezar.
El hada, repentinamente manifiesta
una especie de terror profético
y, señalando a los niños
por gestos, hace una predicción)

¡Mirad, el hada buena!
¡Parece asustada! ¿Por qué?
¡Del futuro! ¡El futuro! ¡El futuro!
¡Oh, destinos paralelos!
A estos niños nacidos del amor y el dolor,
el dolor y el amor los acompañarán toda la vida:
¡ambos amarán y ambos sufrirán!

(Elisene responde con gestos de temor)

Siéntete orgullosa, Elisene, princesa,
siéntete orgullosa, de los dos,
tu Galaor y tu bello Amadís serán
valientes y fuertes, intrépidos y amorosos.

(Alegría de Elisene)

¡Aventureros
y caballeros del ensueño!
¡Pero la vida, la vida dura,
los convertirá en rivales!
¡Veo sangre en un futuro sombrío!
¡Veo angustia y veo amor!

(Elisene, aterrorizada,
coge a sus hijos como para
protegerlos de la predicción
Elisene pregunta al hada:
¿es esto realmente cierto?)

EL CAZADOR
¡Las hadas conocen nuestros destinos!
Elisene quiere huir... ¡su deseo la aterroriza!
¡Quisiera rescatar de sus queridas protectoras
a estos pequeños que se han convertido
en ahijados de las hadas!
No... sus fuerzas flaquean...

(Elisene, exhausta, Sólo tiene fuerzas
para acostar a sus hijos, a quienes, como
muñecos, sostiene, uno con su rosa y el
otro con su flor de lis)

¡El hada le hace una señal!

 
(Elisene se arrastra hacia el arroyo y,
ante un gesto del hada, recoge las
piedras mágicas que hay allí)

En el arroyo, la madre va a buscar
las piedras mágicas donde
el mago Merlín ha grabado estrellas...

(Elisene regresa junto a los niños,
sosteniendo las piedras mágicas)

Cuelga las piedras con el hilo de su collar
alrededor del cuello de los dos hermanos,
para que les sirvan de talismán,
para reconocerlos o hacer que
se reconozcan entre ellos
si se separan algún día
si Elisene sucumbe...

(Elisene, después de colgar las
piedras mágicas en el cuello de
los niños, abraza a los pequeños
durante un largo rato, con ternura,
los bendice, dice una última oración
y, al expirar, se acuesta a su lado)

¡Oh, princesa Elisene, duerme bajo
el Árbol de las Hadas por última vez!

(Un rayo sobrenatural viene a
iluminar como un nimbo a Elisena
extendida y muerta. El hada extiende
su mano y los niños duermen como en
una cuna, Galaor sobre un lecho de
rosas, Amadís en un lecho de lirios)

EL CAZADOR
(en invocación a las hadas)
¡Velad, queridas madrinas!
¡Vigilad, vigilad a los niños dormidos!...
Dadles besos y dulces sueños. Velad por ellos,

(en voz más baja)

¡Velad!
Y nosotros oremos, oremos para que
la última plegaria de Elisena,
mártir del amor, haya conjurado
el destino que amenaza a sus hijos.
¡Oremos! ¡Oremos!

(en voz baja)

… ¡Oremos!

(Los cazadores se arrodillan.
A través de los árboles, el sol
poniente muestra reflejos
sangrientos. El telón cae lentamente)

 

ACTO  II


 
(
En el castillo del rey Raimbert.
Terraza del castillo donde se puede
ver una ciudad. A lo lejos, en el
horizonte, una línea verde: el mar.
Se sube a esta terraza por una escalera
de caracol la que se vislumbran los
primeros peldaños que suben hasta la
balaustrada de piedra. A derecha e
izquierda, pesadas puertas con
enormes herrajes que se abren
hacia el interior. Sobre la puerta
derecha, un balcón con esculturas.
Mientras se levanta el telón, el rey Raimbert,
armado y coronado, se encuentra en medio
de los campeones del torneo, caballeros
legendarios, con sus pendones y sus
escuderos. A la derecha, su pálida hija
Floriana, rodeada de damas todas vestidas
de gala. Es el gran día del torneo. Se puede
escuchar clamores festivos que provienen de
abajo de la terraza)

LA MULTITUD
(fuera, en el patio del castillo)
¡Salve al rey Raimbert!
¡Salve a los caballeros!
¡Salve! ¡Salve! ¡Salve!

EL REY RAIMBERT
Caballeros, la ciudad se encuentra
engalanada para recibiros.
Es por vosotros que el anciano rey
se ciñe la espada y la corona, demandando
que vuestros brazos acudan en su ayuda.

LOS CABALLEROS
¡En ayuda!

EL REY
Los piratas del mar, los piratas del Norte,
vienen a desafiar al rey a estas playas.
Asaltan a los pescadores,
raptando a las hermosas muchachas
de rubios cabellos.
Su atrevimiento es tal,
que un día hasta el palacio llegarán
agraviando al anciano que os habla.
De las islas lúgubres y las nieblas heladas,
robarán el tesoro que guardo.
¡Mi vida, mi único amor,
la alegría de mis postreros años,

(conmovido tiernamente)

... mi hija, Floriana.
¡Floriana querida! ¡Floriana!

FLORIANA
(con ímpetu)
¡Oh, padre a quien adoro! ¡Padre!

EL REY
Por eso, caballeros,
no pudiendo con este brazo débil
proteger nuestra tierra
y salvar a nuestro pueblo,
os convoco a vosotros.
El que resulte ganador del torneo
tendrá a mi hija, Floriana, por esposa;
y mi trono y mi palacio
y toda esta gloriosa tierra.
¡Es a vuestra juventud
a la que apela hoy el anciano rey!

CURNEVAL DE TURINGIA
WENZEL DE NORUEGA
¡Ordena! ¡Yo obedezco! ¡Ordena!
¡No temo al peligro!¡Obedezco! ¡Ordena!

ZORZI DE SICILIA
¡Ordena! ¡Ordena!

PERDIGON DE IRLANDA
ARNAUD DE AQUITANIA
¡Obedezco! ¡No temo al peligro!
¡Ordena! ¡Mi espada es tuya!

GOLIAS DE ESPAÑA
¡Ordena! ¡El peligro es mi vida!
¡Mi espada es tuya! ¡Ordena!

GALAOR

(al rey)
¡Rey Raimbert!
Galaor nunca ha conocido una derrota.

(con orgullo)

Y la rosa de hierro que lleva en su escudo
nunca ha sido deshojada por los golpes
de un vencedor.

(dirigiéndose a los caballeros)

¡Todos vosotros, nobles! ¡Todos valientes!
¡Todos, bravos caballeros de la ley!
¡Que en todas partes hacéis justicia
y protegéis a los débiles!
¡Ninguno de vosotros me arrebatará la victoria!
Lo juro por tus ojos, ¡oh, hermosa Floriana!

EL REY
Galaor, eres mi invitado.
¡Oh caballero andante!
Bajo mi techo has compartido el pan,
has probado la sal, has dormido en paz...
Conozco tus hazañas, conozco tu coraje.
¡Tendrás rivales en el torneo que son dignos
de medirse contra un valiente como tú!

(El Rey señala a los caballeros uno por uno)

¡Curneval de Turingia! ¡Wenzel de Noruega!
¡Zorzi de Sicilia! ¡Perdigon de Irlanda!
¡Arnaud de Aquitania! y ¡Golias de España!

LOS CABALLEROS
¡Todos, nobles como tú! ¡
Valientes como tú! ¡Todos!
¡Bravos caballeros de la ley!
Todos, protectores de los débiles.
¡Todos, nobles como tú!
¡Valientes como tú! ¡Todos!

FLORIANA
¡Oh, rey y padre mío,
no veo entre estos caballeros
a aquel cuyas hazañas,
con sus arpas cantan los trovadores...
No veo al héroe rubio de Francia...
¡Amadís! ¡Amadís!

EL REY
¡De Galaor conozco el coraje!

FLORIANA
(con mucho afecto)
¡Pero Amadís también es valiente!

EL REY
(a todos)
¡Caballeros, dentro de una hora
empezará la lid!

(Va hacia el fondo de la escena,
hacia las almenas que dan a la ciudad.
Al ver al Rey, el pueblo vitorea desde
el exterior. Una fanfarria suena fuera)

EL REY

(en voz alta, a la multitud)
Por la voluntad de vuestro rey Raimbert,
el vencedor tendrá derecho
de vida o muerte sobre el vencido,
si la reina del torneo, la princesa,
desde lo alto de su balcón, con una señal,
¡no le otorga clemencia!

FLORIANA
¡Una señal!

EL REY
(señalando a Floriana)
Por lo tanto, el destino de los combatientes
está en esa mano.

(a los contendientes)

Vayamos a orar... ¡Que Dios os guarde!

(Salen Galaor y los caballeros, precedidos
por el Rey. Floriana se queda a solas con
sus damas de compañía)

FLORIANA

(saliendo de su ensoñación)
Orlande, tráeme el libro
de las bellas imágenes;
el de las hazañas de aquél, con quien tú
y tus compañeras soñáis a menudo.

ORLANDE
(a Floriana)
Y tú más que todas nosotras,
¡oh, princesa soñadora!

BEATRIZ
(lo mismo)
Ni siquiera te atreves a nombrarlo...

(Orlande sonríe y se va, regresando de
inmediato con una especie de misal que
le da a Beatrice; esta se arrodillará frente
a Floriana, y le presenta el libro en el que
la princesa lee)

FLORIANA
(apasionada)
¡Amadís! ¡Amadís de la Gaula!
El paladín de rubios cabellos.

(Floriana lee con variada emoción...
y va de un pasaje a otro)

"Amadís, caballero originario de Gaula,
nacido de padres desconocidos...
Ahijado de las hadas, dicen, y abandonado,
siendo un niño, a los peligros del mar.…"

DAMAS
(entre ellas)
Como Moisés en el río...

FLORIANA
"¡Dicen que es hijo de un rey,
dicen que es hijo de una reina!"
Es seguro que sabe cantar al amor... "

ORLANDE
... al amor...

DAMAS
... al amor...

FLORIANA
"Su espada refulgente, pura como el lirio
que lleva en su blasón, nunca ha combatido
si no es para hacer el bien".

(ansiosamente, agrega)

¡Oh, hermoso doncel del mar!

DAMAS
¡Oh, hermoso doncel del mar!
¡Oh, hermoso doncel del mar!

FLORIANA
(dejando el libro)
¡Lo veo! ¡Lo veo!
¡Es el paladín de los caminos sombríos!
¡De los caminos!
¡El bello caballero que desafía al destino!

ORLANDE
El caballero...

FLORIANA
... ¡que derrotó a los gigantes!

BEATRIZ
El caballero...

FLORIANA
(terminando la frase)
… ¡de las canciones de amor! ¡Ah!
¿Por qué no ha acudido, espada en mano,
al igual que estos otros valientes caballeros
a la llamada de mi padre?

ORLANDE
¡Habría sido el ganador del torneo!

GUILLEMETTE
A menos que Galaor...

SIMONE
Galaor, el invencible...

MARGARITA
¡Galaor! ¡El terrible rival!

HELENA
¡Galaor que, dicen, ama a todas las damas!

ORLANDE
A Amadís sólo le gusta una,
¡la dama de la belleza!

FLORIANA
¡Ven, oh hermoso caballero! ¡Ah! ¡Ven!

DAMAS
... ¡Ah! ¡Ven!

FLORIANA
¡Oh, Caballero de la Flor de Lis! ¡Ah! ¡Ven!
¡Hermoso caballero de cabellos dorados!

DAMAS
... ¡Ah! ¡Ven! ¡Hermoso caballero!

FLORIANA
¡Hermoso caballero de cabellos dorados!

DAMAS
¡Hermoso caballero de cabellos dorados!

FLORIANA
¡Oh, hermoso doncel del mar!

DAMAS
¡Oh, hermoso doncel del mar!

FLORIANA
¡Caballero de la Flor de Lis!

DAMAS
¡Caballero de la Flor de Lis!

FLORIANA, DAMAS
¡De cabellos dorados!

(Se escuchan gritos que interrumpen
la conversación de las mujeres. El rey
Raimbert y Galaor aparecen precedidos
por hombres armados, listos para el
combate. Se oyen trompetas en el interior
del castillo. Los escuderos levantan
orgullosos sus estandartes)

EL REY
(entrando)
Bravos caballeros,
¡la justa espera a los valientes!

GALAOR
(mirando a Floriana)
¡A los más felices!

(con pasión)

¡Ninguno de ellos me arrebatará la victoria!
¡Lo juro por tus ojos, oh hermosa Floriana!

EL REY
¡El torneo os espera!

GALAOR, CONTENDIENTES
¡El torneo nos espera!

LA VOZ DE AMADÍS
(al pie de la terraza, feliz y retador,
al ritmo de un canto de guerra)
¡Gaula! ¡Gaula! ¡Gaula! ¡Gaula!

EL REY
¿Qué es eso?

AMADÍS
¡Gaula! ¡Gaula! ¡Gaula!

FLORIANA, GALAOR
CABALLEROS, DAMAS
¿Qué es eso?

(Un caballero, con la visera bajada,
vestido con una armadura ideada por
Burne-Jones, avanza. En su escudo
lleva una flor de lis, al igual que Galaor
lleva una rosa. El caballero arroja su
guante al suelo)

EL REY
¿Quién eres?

AMADÍS
(levanta la visera de3 casco. Se ve
su rostro enmarcado por cabellos
rubios dorados)
¡El Caballero del Mar!

FLORIANA
(emocioada)
¡Amadís! ¡El doncel de los sueños!

DAMAS
¡Amadís!

AMADÍS
Acabo de luchar con piratas vikingos,
y vengo aquí a encontrar
el mar y el cielo azul
en los ojos de una mujer.
Una mujer ideal con la que nunca he hablado.
¡Nunca! ¡Nunca!
 
(dulcemente)

¡Una visión matutina en la playa,
y vuelta a encontrar una hermosa tarde
en un sendero en el bosque, y que, al pasar,
atrapó y se llevó mi corazón!

EL REY
¿De quién hablas?

AMADÍS
¡De la que quiero conquistar
y hacerla esposa de Amadís,
el Caballero del Mar!

EL REY
¡Floriana!

GALAOR
¡La princesa!

FLORIANA
(para sí)
¡Dios mío! ¡Él me ama! ¡Está pensando en mi!
¡Él, el de mis bellos sueños!

AMADÍS
En todas partes encuentro su imagen,

 
(muy mesurado)

... y puesto que el rey,
ha prometido como premio del torneo
esta virgen, este ángel,
yo combatiré y venceré
cantando esta canción de amor
que recogí. por los caminos:

(simple y conmovedor)

Si tuviera un pie en el paraíso,
y si tuviera el otro en el castillo de Raimbert,
yo sacaría el pie del paraíso
¡y lo pondría en el umbral de Floriana!

GALAOR
(le arroja el guante)
¡Bien, lucharemos, Caballero del Mar!

AMADÍS
¡Y tendré en ti, Galaor, porque sé tu nombre,
Caballero de la Rosa, valiente caballero,
a un adversario digno de mi espada!

GALAOR
¡A la lid! ¡Al combate!
¡Al combate, Caballero del Mar!

AMADÍS
¡Gaula! ¡Gaula!
¡Al combate, al combate!
¡Al combate, paladín de la rosa!

GALAOR
¡Al combate! ¡Al combate!

AMADÍS
¡Gaula!
¡Al combate, Caballero de la Rosa!

GALAOR
¡Al combate!
¡Al combate, Caballero del Mar!

AMADÍS, GALAOR
... ¡Al combate!

EL REY, CONTENDIENTES
¡Al combate!

(Al pasar, Amadís saluda a la
princesa Floriana quien lo
contempla arrobada. Sus ojos
están llenos de amor. Floriana,
suelta la flor que tiene en la mano,
Amadís, delante de Galaor, la recoge
y el cortejo se marcha. Se oye, al pie
de la terraza, a la multitud saludando
a los combatientes. Suena una fanfarria)

FLORIANA
¡Ah! Quiero ver... desde aquí...
los incidentes de la lid... ¡Mirad!

ORLANDE
¡Verlo nuevamente!

OTRAS DAMAS
¡Verlo nuevamente!

(Floriana y sus compañeras miran
desde lo alto de la terraza)

ORLANDE
(aplaudiendo)
¡Ah, los apuestos caballeros!

GUILLEMETTE
¡Mirad!

SIMONE
¡Mirad!

(se oye una fanfarria en el exterior;
gritos de angustia afuera)

BEATRIZ
¡Princesa, mirad!
¡Curneval está en peligro!

FLORIANA
¿Qué importa Curneval?

¿Irlanda o Turingia?


GUILLEMETTE

¡Mirad! ¡Perdigón desarma a su rival!

FLORIANA
¡No es Perdigón quien se llevará el premio!

(se oye en el exterior la fanfarria;
y un clamor alegre)

SIMONE
¿Quiénes son esos combatientes?

MARGARITA
¡Es Wenzel de Noruega!

HELENA
¡Y Zorzi de Sicilia!

ORLANDE
¡Audaces! ¡Cómo luchan!

BEATRIZ
¡El ganador esta vez
es Wenzel de Noruega!

FLORIANA
¡Pero no es Wenzel
quien ganará mi corazón!

(se escucha en el exterior la fanfarria
y el mismo clamor ansioso)

SIMONE, GUILLEMETTE

MARGARITA, HELENA
¡Aquí está! ¡Es Galaor! ¡El paladín de la rosa!

FLORIANA
¡Ah! ¡Dios guarde a Amadís, el Caballero del Mar!

ORLANDE
Amadís va a atacar a Galaor...

FLORIANA
Pero Galaor retrocede...

(palpitante)

¡No, sigue atacando!...

(desde el exterior se oye
un gran grito de angustia)

ORLANDE
¡Amadís ha caído!

FLORIANA
¡Amadís!

ORLANDE
(à Floriana, suplicante)
Una señal, princesa, una señal...

DAMAS
¡Salva a Amadís!

(Floriana hace la señal de “gracia”)


ORLANDE
Galaor le tiende la mano al caballero vencido...
¡Él es el ganador!

FLORIANA
¡No es él el caballero de mis sueños!

(Gritos y vítores afuera. Reaparecen
el Rey, Galaor y los caballeros)

EL REY
¡Salve Galaor!

FLORIANA
¡Amadís! ¡Amadís!

(Aparece Amadís)

AMADÍS
¡Amadís ha muerto,
¡Ya no es el caballero victorioso!

GALAOR
(avanza,sosteniendo la espada de
Amadís en su mano. A Amadís)
Caballero, el cielo ha hablado.
Yo soy el que sale de este torneo
radiante y triunfante;
sí, de Floriana seré esposo.

(a todos)

Ante a todos,
quiero proclamar tu valentía...
¡Y tu refulgente espada...
como tributo, te devuelvo!

AMADÍS
La espada de un caballero
debe permanecer sin mácula...
No quiero un arma
que mi mano haya dejado caer.

(Toma la espada y la rompe)

FLORIANA
¡Bravo caballero!

REY, DAMAS, CONTENDIENTES
¡Bravo caballero!

AMADÍS
¡Adiós! ¡Iré por todo el mundo buscando
un rincón perdido donde esconder mi afrenta!

FLORIANA
¡Ah! ¡El cielo no es justo!

EL REY
(a Galaor, calurosamente)
¡Ven, defensor del rey Raimbert!
¡Ven, oh hijo mío, futuro rey!
¡Ven y vacía la santa copa!

CONTENDIENTES
¡Salve Galaor!

(El Rey toma a Floriana de la mano,
se la presenta a Galaor quien, con una
rodilla en tierra, besa los dedos de
la princesa casi desfallecida. Amadís
contempla esta escena con dolor)

AMADÍS
(para sí)
Si tuviera un pie en el paraíso,
si tuviera el otro en el castillo de Raimbert
 
(Mientras deja escapar sus lamentos,
el cortejo, formado por el Rey, Galaor,
la princesa, sus damas y los valientes
caballeros, desaparece)

Yo sacaría el pie del paraíso

(Amadís se queda solo)

y lo pondría... ¡en el umbral de Floriana!
¡Pobre de mí! ¡Pobre de mí! ¡Pobre de mí!

(Amadís contempla su espada por un
momento. Se inclina y besa la empuñadura.
Anochece. Sostiene la empuñadura de su espada)

¡De lo que fue mi arma, queda la cruz!

 
(con el alma totalmente destrozada)

Amadís, ya no eres más que
un caballero penitente,
en los caminos del mundo.

(Lentamente se va, sosteniendo en alto la
empuñadura que brilla a la luz de la luna y
cuando, sin darse vuelta, Amadís ha bajado
los primeros escalones de la escalera de piedra,
en el balcón aparece Floriana, que lo observa y
quien, sin llamarlo, murmura su adiós)

FLORIANA
¡Adiós! Y que las hadas...
y el destino te protejan.
¡Oh, dulce Caballero del Mar!
 
 

ACTO III


(Una especie de páramo desierto donde
crecen las aliagas. Al fondo, el mar, y
formando un acantilado, una barranca
que desciende a la orilla y que domina la
playa. Un paisaje desolado, pero con una
impronta poética. Amadís, solo, de rodillas,
con las manos juntas, reza. Lleva puesta una
túnica de ermitaño sobre su armadura)

AMADÍS
¡Oh, Virgen del Cielo, escucha las palabras
de un desdichado que sufre!...
¡Oh, Virgen del Cielo, déjale en su corazón
únicamente la fe!...
¡Oh, Virgen del Cielo, extiende tu mano sobre él!
¡Oh, Virgen del Cielo!

(se levanta)

Pero no,
la oración sagrada está en mis labios
pero mi pensamiento está en otro lugar...

(en voz más baja)

¡Mi pensamiento está allá!
¡Oh, dulce Floriana!
Floriana, que ha presenciado mi deshonra,
que me olvida y que sin duda,
¡es la esposa de otro!
¿Por qué sigue pensando en esa mujer
un caballero que ya no tiene espada,
un ermitaño que no debería tener amor?
Dejé la mitad de mi espada
en el altar de los santos del mar,
de este inmenso mar del que quería,
en los buenos tiempos,
expulsar a los piratas...
¡para conquistar a Floriana!
Hoy, ya no tengo otra arma
que la oración...
¡Oremos! ¡Oremos!
¡Oh, Virgen del Cielo, dame paz!...
¡Paz a mi alma!
¡Oh, Virgen del Cielo, soy un desdichado
que sufre!...
¡Oh, Virgen del Cielo! ¡Virgen del cielo!
¡Virgen del cielo!

(con lágrimas)

¡Oh, Virgen, Virgen, Virgen, Virgen!
¿Podré olvidar a Floriana?
¡No, jamás! ¡Jamás! ¡Jamás!

(Extenuado, continúa rezando.
Aparece un hada que emerge del
mar como entre la niebla y, con
gestos de encantamiento, habla, sin
que Amadís la escuche al principio)

EL HADA
¡Jamás! ¿Jamás, dices?
¡No hay palabra en los labios humanos
más vana y más engañosa!
¡El corazón olvida!
¡El mundo está hecho de olvido!
Olvida a los amantes que viven,
olvida a los muertos que amaron.
¡Dite a ti mismo que aquí, en esta playa,
al menos escapas del destino que te espera,
si intentas revivir la vida de antaño!
¡Habrá sangre en el futuro,
si no te quedas en el desierto consolador!

AMADÍS
(p6co a poco comprende lo
que le dice la voz invisible)
¡Que el futuro sea la muerte, siempre que,
al morir, encuentre a la que
mi alma ama...a mi sueño!

EL HADA
¡Oh, suspiras por Floriana!
Ahijado de las hadas, tal vez la belleza
de las hijas de las hadas te haga olvidar
a la que está muerta para ti.

AMADÍS
¡Oh, Floriana! ¡Floriana!
¡Quien lea en mi corazón,
allí encontrará tu nombre!
¡Tu dulce nombre, Floriana!

(El Hada ha extendido su varita mágica
sobre el páramo, y al oír sus palabras,
aparecen las hadas rodeando a Amadís)

EL HADA
¡Acudid, hermanas mías,
venid al páramo sagrado,
al páramo dónde bailáis
a la luz de la luna!

(A medida que cae la noche sobre el páramo
y el mar que se vuelve fosforescente, las
aliagas se convierten en lirios, las hadas
forman círculos de luz alrededor de Amadís, e
irradian una misteriosa luz de luna, plateada.
Las danzas de las hadas son voluptuosas y el
caballero, que quiere orar, las mira, las rehúye
y quiere escapar de ellas)

CORO INVISIBLE
¡Mira! ¡Somos hermosas!

AMADÍS
¡Demonios! ¿Qué queréis de mí?

CORO INVISIBLE
¡Venimos a consolarte con amor!

AMADÍS
¡Nada me consolará!

CORO INVISIBLE
¡Mira! ¡Somos hermosas! Bailamos

(riendo)

¡Ja! ¡Ja! ¡Ja!

AMADÍS
¡Demonios con figuras de ángeles!
¡Dejadme! ¡Demonios!
¡Dejadme! ¡Demonios!

CORO INVISIBLE
¡Mira! ¡Sonreímos!

(con una sonrisa)

¡Sonreímos!
 
(de igual modo)

¡Ja! ¡ja! ¡ja! ¡ja!

AMADÍS
La sonrisa divina, la única sonrisa...
¡Es la sonrisa de tus labios, Floriana!

(angustiado)

¿No escuchas mis lamentos?
¿No puedes oír mi voz?

(En este momento, como si la visión
respondiera a la llamada de Amadís,
el acantilado se vuelve luminoso,
revelando a Floriana apoyada en el
balcón del castillo del rey Raimbert,
igual que al finalizar el acto anterior)

FLORIANA
¡Sí! Escucho... una voz lejana...
que responde al grito de mi corazón.
¡Oh, amado, en quien estoy pensando,
caballero que nunca regresará!
Vagabundo entre bosques y páramos,
dite a ti mismo que Floriana,
¡ay! piensa en ti.
¡Piensa en ti, peregrino del amor!

AMADÍS
Acuden a ti mis pensamientos...
a través del viento y el espacio,
hermosa dama de la dulce sonrisa, ¡Floriana!
¡Floriana! Dite a ti misma que te soy fiel.

(con entusiasmo y pasión)

¡Acuden a ti mis pensamientos...
¡Yo iré a ti!

FLORIANA
¡Si no vuelves,
iré a lo profundo de un claustro
a sepultar los días que deberían ser tuyos!

AMADÍS
¡Aún en lo profundo del claustro,
cuando se ama,
encontramos la tristeza y el amor!

FLORIANA
¡Ven, Amadís!
¡El prometido de mi corazón!

(con ímpetu)

¡Te espero a mí lado!
¡Ven, te soy fiel!
¡Ven junto a mí!

AMADÍS
¡Floriana!

(con ímpetu)

¡Corro hacia ti!
¡Floriana!
¡Corro hacia ti! ¡Soy tuyo!

(La visión se desvanece. Amadís intenta
ir hacia la orilla para volver a ver a
Floriana. Los múltiples hilos que surgen
como mechones de las aliagas convertidas
en lirios forman una red infranqueable que
brilla a la luz de la luna)

EL HADA
¡No irás!
¡No podrás abandonar el páramo florido!
Los hilos de la Virgen (telarañas)
fuimos nosotras quienes los tejimos.
Los lirios blancos son nuestro fruto...
nuestros cánticos...
nuestras canciones...

AMADÍS
(intenta romper los
hilos)
¡Dejadme! ¡Dejadme!

LA VOZ DE FLORIANA
(desde muy lejos)
¡Amadís!

AMADÍS
¡Floriana me está esperando!

EL HADA
¡Son como el hierro, los hilos plateados
que nosotras hemos tejido!

(Se oyen, a lo lejos, los gritos de
guerra de los compañeros de Amadís)


VOCES COMPAÑEROS AMADÍS
¡Gaula! ¡Gaula! ¡Gaula!

AMADÍS
¡Mis compañeros! El amor y
los gritos de guerra me llaman...

(Suplicando)

¡Hadas bienhechoras,
devolvedme la libertad!

VOCES DE LAS HADAS
(desde muy lejos)
¡Ya no podrás dejar el páramo florido!

AMADÍS
¡La libertad! ¡La libertad!

EL HADA
Si sigues tu camino...
¡será un camino de lágrimas!

AMADÍS
¡La libertad!
 
(con pasión y fervor)

Mañana combatiré contra Galaor
que me desafía... con la espada.

(Toma un lirio de un cantero de flores)

¡Pero vosotras, hadas,
es con este arma que derrotasteis
al Caballero de la Flor de Lis!

 
(invocando y levantando el lirio)

¡Oh, hilo de plata,
hilo de la Virgen,
por mi plegaria: ábrete!

(Amadís hace la señal de la cruz mientras
agita el lirio; las mallas que lo mantenían
prisionero se rompen inmediatamente. Las
hadas retroceden aterrorizadas. A lo lejos se
oye el clamor de angustia de las hadas. Amadís
corre triunfante hacia la libertad, agitando el lirio)

VOCES DE LAS HADAS
¡Ah!

AMADÍS
¡Floriana!
¡Floriana!
¡Floriana!
¡Floriana!
 
 

ACTO IV


Raimbert. A la derecha, una gran
chimenea encendida. Al fondo, un
gran ventanal que se abre a la ciudad.
Las casas, las torrecillas y tejados
aparecen cubiertos de nieve, bajo
un cielo azul. El ruido de la calle
llega hasta Floriana que está sola
y pensativa. Se oyen campanas en
la lejanía)

LA MULTITUD
¡Navidad! ¡Navidad!
La tierra está blanca y el cielo azul.
¡Navidad! ¡Navidad!¡Navidad! ¡Navidad!
Como en primavera el cielo es azul.

 
(mientras se alejan)

¡Navidad! ¡Navidad! ¡Navidad!
¡Navidad! ¡Navidad!

FLORIANA
(cerca de la gran chimenea
mientras escucha los villancicos)
Cantan a la bella y alegre Navidad,
y yo, sobre mi dicha muerta,
rezo entre lágrimas, el doloroso De profundis!
Cantan a la Navidad...

(Tenores y barítonos, en la calle,
cantan canciones navideñas
acompañándose de mandolinas y violas)

CANTORES
Con el mandolín y la viola
debemos celebrar al Señor,
el recién nacido que nos trae
esperanza y felicidad eterna.
¡Navidad!

(más lejos)

Debemos celebrar al Señor...
el recién nacido que nos trae...
esperanza y felicidad eterna...

FLORIANA
¡Esperanza y felicidad eterna!
¿Ya no existe la Navidad
para mi corazón angustiado?
¿No renacerá con una nueva alegría?
¡Ay, no importa cuánto rezo,
nadie escucha mi voz!
¡Nadie escucha mi voz!

NIÑOS
¡Navidad! ¡Navidad ¡Navidad!¡Navidad!

 
(Silbatos y matracas)

¡Gracias, Navidad!
¡Nos traes bellos juguetes!
¡Feliz Navidad! ¡Navidad!

(más lejos)

¡Gracias, Navidad!
Nos traes hermosos juguetes.
¡Feliz Navidad! ¡Navidad!

FLORIANA
¡Ah! ¡Estos gritos alegres se hunden
en mi corazón como la hoja de una daga!
¡Hoy es el día de la boda!
¡Hoy seré la esposa del caballero que me ama
y al que yo no amo!

MULTITUD
(a lo lejos)
¡Navidad! ¡Navidad!

FLORIANA
¿Ya no existe la Navidad
para mi corazón angustiado?
¿No renacerá con una nueva alegría?

(emocionada)

¡Ay, no importa cuánto rezo,
nadie escucha mi voz!
¡Nadie escucha mi voz!
¡Ay de mí! ¡Ay!

(Las damas de compañía entran con
los velos, la corona y los adornos nupciales)

ORLANDE
(a Floriana)
¡Vamos, sonríenos, triste doncella!

BEATRIZ
(a Floriana)
¡Tu mano está helada!
¿Quieres que cerremos la ventana?

FLORIANA
No, el aire me hace sentir bien, ¡no tengo frío!

GUILLEMETTE
¡Este día de Navidad es bello
como una mañana de mayo!

(Todas se acercan a la chimenea y
rodean a Floriana. Exhiben las joyas
frente a ella, mientras la princesa
permanece inmóvil)

SIMONE
¡Ah, l hermoso collar de oro!

MARGARITA
(a Floriana)
Te queda bien... ves...

(Le presenta un espejo a
Floriana, quien lo aparta)

FLORIANA
¿De qué sirve?

HELENA
¿Y esta pulsera?

SIMONE
¡Con incrustaciones de rubíes!

FLORIANA
¡Parecen gotas de sangre!

ORLANDE
¡Desecha esos oscuros pensamientos,
princesa Floriana!

BEATRIZ
¡Galaor es un hermoso caballero!

GUILLEMETTE
¡Galaor es valiente!

FLORIANA
Pero no amo a Galaor...

ORLANDE
¿Alguna sabe de dónde viene el amor?

DAMAS DE COMPAÑÍA
¡Ja! ¡ja! ¡ja! ¡ja! ¡ja! ¡ja!

(El Rey, Galaor y los caballeros
aparecerán formando un cotejo)

ORLANDE
¡Princesa, el rey!

DAMAS DE COMPAÑÍA
¡Y tu prometido!

(Suenan campanas a lo lejos. Llegan
los seis caballeros pretendientes)

LOS SEIS PRETENDIENTES
¡Navidad! ¡Navidad!
¡Gloria al Señor, ha nacido el Salvador!
¡Navidad! ¡Navidad! ¡Gloria al Señor!
¡Gloria al Señor! ¡Ha nacido el Salvador!

(Todos pasan lentamente frente a
Floriana, rodeada de sus compañeras.
Galaor se separa de ellos y va hacia
Floriana, frente a quien se arrodilla)

GALAOR
(a Floriana)
¡A la princesa Floriana,
por mi eterna salvación
y por mi fe de caballero,
juro amor y fidelidad
hasta el último suspiro de mi alma!
Prometo dar mi vida
para expulsar a los piratas del mar;

(en voz alta)

Y si algún otro caballero
se cree más digno que yo de ser el esposo
de la que el noble rey Raimbert
me ha concedido la mano, ¡lo desafío!

(inclinándose aún más y con gran devoción)

A la princesa Floriana le juro amor y lealtad.

FLORIANA
(para sí)
¡Recuerdo, a mi querido ausente!

EL REY
De acuerdo con la ley antigua,
pregunto si algún caballero
se cree más digno que el pretendiente
más valiente entre los valientes para
casarse con la más bella entre las bellas.

(silencio)

GALAOR
¡Nadie responde!

EL REY
¡Nadie pudo contestar!
¡Galaor, con su ardiente espada,
no tiene rival bajo el cielo!

VOZ DE AMADÍS
¡Gaula! ¡Gaula! ¡Gaula! ¡Gaula!

FLORIANA
¡Esperad! ¡Escuchad!
Esa es la llamada de Amadís...

(El rumor externo crece y precede
a la entrada de Amadís)

EL REY
Es la llamada de Amadís...

GALAOR
¡De Amadís, el derrotado!

LOS PRETENDIENTES
¡Amadís!

FLORIANA
¡Es la llamada de Amadís,
de Amadís que regresa!

(Amadís aparece con su brillante
armadura y un lirio en la mano)

GALAOR
¡No! ¡Amadís está muy lejos!
¡Está sepultado bajo su túnica de monje!

AMADÍS
(entrando)

¡Amadís es siempre el caballero
que responde a quien lo llama!
Una voz me dijo:

(tiernamente)

¡Ven, Floriana es tuya!
¡Y aquí estoy!

EL REY
¡Temerario! ¿Estás loco?

FLORIANA
¡Dijo la verdad, padre mío!
La Navidad de mi corazón era para él,
y recé por él, ¡para que renaciera a la vida!

GALAOR
Rey Raimbert,
te pido que seas fiel
a tu juramento.

FLORIANA
(al Rey)
¡Y yo he jurado ser sólo
del caballero a quien amo,
de lo contrario, seré para nuestro Señor!

(mirando a Amadís)

Si tuviera un pie en el paraíso...

FLORIANA, AMADÍS
(para sí)
Lo retiraría para seguirte
hasta el fin del mundo...

FLORIANA
¡Mi caballero, el Caballero de la Flor de Lis!

AMADÍS
¡Floriana! ¡Floriana! ¡Tuyo! ¡Tuyo!

EL REY
La voluntad del padre es soberana.

AMADÍS
¡Entonces, apelo a la justicia divina!

(apasionado)

¡En un duelo caballeresco!

GALAOR
¿En un duelo caballeresco?

(a Amadís, mirándolo fijamente)

Pero la suerte ya habló...
Tuve tu vida en mis manos...

AMADÍS
(señalando a Floriane)
¡No, en las suyas!
¡Vi en tu mirada que ibas a matarme
cuando su señal me otorgó la gracia!

GALAOR
Te tuve a mi merced...
¡Y como las espadas,
nuestras miradas se cruzaron!
Pero, ¿por qué, aunque Floriana
no me hubiera prohibido golpear...
dudé en quitarte la vida?

(ansioso)

¡Mírame! Te odio...
y sin embargo hay en tus ojos...
no sé qué claridad que me turba...
como el recuerdo de un sueño...

AMADÍS
No hay otro recuerdo entre nosotros
que mi vergüenza.
Un combatiente, que me quitó el honor,
un rival, que quiere quitarme a Floriana.
¡Te reto y te desafío!
¡Pero en lucha a muerte!

GALAOR
¡Mírame de nuevo,
Caballero de la Flor de Lis!

(Los caballeros se miden con la mirada,
mientras que el recuerdo de la canción de
cuna de los niños se desvanece)

¡Mírame!

AMADÍS
¡En lo profundo de tus ojos,
Caballero de la Rosa,
sólo veo la afrenta que deseo vengar!

ZORZI DE SICILIA
PERDIGON DE IRLANDA
¡Vengarse!

WENZEL DE NORUEGA
ARNAUD DE AQUITANIA
¡Su mano ni siquiera tiene una espada!

LOS PRETENDIENTES
¡La espada que Galaor le devolvió una vez!

AMADÍS
¡Oh, hada buena, madrina mía,
convierte esta hermosa flor de lis en la espada
que quebré yo mismo ante los hijos de la Virgen!

(El lirio que Amadís sostiene en su mano
brilla y se convierte en una espada)


FLORIANA, EL REY
DAMAS, LOS PRETENDIENTES
¡Amadís es el ahijado de las hadas!

GALAOR
Pero Galaor también... recuerda a un hada...
¡que le dijo que fuera valiente
y que no temiera a nada!

(desenvaina su espada y la levanta
por encima de su cabeza)

¡Al combate, Amadís!
¡Esta vez sin tregua!

AMADÍS
¡Que Dios sea el juez!

EL REY
Caballeros...

AMADÍS, GALAOR
¡Déjanos!

(Los asistentes rodean
Instintivamente a Amadís y Galaor,
que combaten. Las mujeres rodean
a Floriana que sigue la pelea con
temor)

FLORIANA
¡Amadís, defiende nuestro amor!

EL REY
¡Defiende tu derecho, Galaor!

(Amadís golpea y Galaor cae.
Se oyen diversos gritos)

EL REY
¡Galaor!

GALAOR
¡Y bien! ¿A qué esperas?

AMADÍS
Galaor, mírame...
Tus ojos tienen una llama extraña...

(ansioso)

… Sí, dijiste la verdad.
Sí... sí... yo he visto esos ojos, ...
antes ... antes...

GALAOR
... antes... antes...

(con gran pena)

... fue predicho que tendría un destino...
hecho... de dolor y amor
... amé, sufrí...
y muero...

EL REY
(se aproxima a Galaor
con ansiedad y dolor)
¿Has de morir?

(Las mujeres se acercan a Galaor y le
desatan la gargantilla y el peto. Surge
a la vista el collar y Amadís, inclinado
sobre Galaor, grita)

AMADÍS
¡Ah! ¿Qué veo?
¡Ahí, en el pecho ensangrentado...
la piedra marcada con una estrella,
la piedra blanca mágica

(con pavor)

igual a la que llevo alrededor de mi cuello!

(con una oleada de ternura desesperada)

¡Galaor! ¡Galaor!

FLORIANA, LAS DAMAS
CABALLEROS
¡La piedra del arroyo de las hadas!...

ORLANDE
¡La piedra en la que el mago Merlín
talló las estrellas del cielo!

EL REY
¿Qué significa esto?

GALAOR
A menudo me decían:
"Otro tiene una estrella similar en el cuello..."
¡La misma sangre fluye por nuestras venas!
¿Él debía ser mi asesino?
¡Oh, hermano mío!

FLORIANA
¡Su hermano!

AMADÍS
¡Ah! ¡Me causa horror!

CABALLEROS
¡Es el destino!

DAMAS
¡Ambos eran ahijados de las hadas!
Ambos...
¡Los queridos hijos de la reina Elisene!

AMADÍS
¡Hermano, mírame!

GALAOR
Rey Raimbert, escucha... mi última plegaria...
¡A la esposa de mi corazón, se la cedo
a quien puede liberar la patria!

(con esfuerzo suplicante)

¡Concédemelo!
Es sagrado, el deseo de un moribundo...

EL REY
Lo que desea un moribundo... ¡Dios lo quiere!

GALAOR
(llama a Floriana y le pone
su mano en la de Amadís)
¡Floriana! ¡Te amo!
Vivir para ti era mi sueño...

(reuniendo todas sus fuerzas, a Amadís)

¡La he disputado contigo,
hermano, te la cedo!

AMADÍS
¡Oh, hermano mío!

GALAOR
¡La felicidad, la obtendréis por mí!

(La voz se apaga repentinamente; pero
Galaor aún agonizante todavía sonríe a
Floriana y Amadís... y muere)

AMADÍS
¡Oh, hermano mío!...

FLORIANA, AMADÍS
¡Que Dios reciba en sus brazos
al valiente Caballero de la Rosa!

EL REY, DAMAS, CABALLEROS
¡Que Dios reciba en sus brazos
al valiente Caballero de la Rosa!

(El cuerpo de Galaor es retirado
lentamente; bajo la atenta mirada
de los clérigos mientras los asistentes
guardan un silencio religioso)

EL REY
¡El difunto ha perdonado!

AMADÍS
¡Que él también bendiga mi espada
borrando el asesinato!

EL REY
¡El sacerdote os bendecirá!

FLORIANA
¡Juntos! ¡Juntos para siempre!

AMADÍS
... ¡para siempre!
 
(con altivez, al Rey)

¡Gaula! ¡Gaula!
¡Amadís de Gaula vivirá para Floriana
y luchará por ti!

Ceremonia de bendición nupcial


LOS CABALLEROS
¡Gloria!
¡Gloria, al Caballero de la Flor de Lis!

DAMAS, CABALLEROS
¡Gloria al Caballero del Mar!

LA MULTITUD
(en el exterior)
¡Navidad! ¡Navidad! Gloria al Salvador!
¡Navidad! ¡Navidad!
 
 

Digitalizado y traducido por:

José Luis Roviaro 2025