ACTE PREMIER
(La salle du conseil du roi de Portugal, à
Lisbonne. Portes
au fond. Portes latérales.
A droite, le fauteuil du président, placé sur
une estrade. A droite et à gauche les sièges
des conseillers)
Scène Première
(Inès et Anna, entrent)
INÈS
(Très agitée)
Anna, qu'entends-je, au conseil on m'attend?
Je dois y comparaître à la voix de mon père!
ANNA
Il s'agit, m'a-t-il dit, d'une importante affaire.
INÈS
Que me veut-on?
Je crains, j'espère au même instant!
Que sait-on de la flotte, et de mon cher Vasco?
ANNA
Vous l'attendez toujours, après deux ans?
INÈS
J'espère.
Si je n'espérais plus, ah! je ne vivrais pas!
S'il meurt, je veux le suivre au delà du trépas!
C'est pour moi que Vasco, aspirant à la gloire,
Du grand marin Diaz partageant les travaux,
Affrontant les vents et les flots,
Vogue avec lui vers des pays nouveaux!
Ma main sera pour lui le prix de la victoire;
Protégé par l'amour, Vasco triomphera.
Il reviendra!
Je le sens là
Au fond de l'âme.
Son chant d'adieu,
Je crois toujours l'entendre,
Ce chant mélodieux
Plaintif et tendre,
Que sous mon balcon, la nuit qu'il me quitta,
Les yeux en pleurs Vasco me chanta!
Romance
Adieu, mon doux rivage,
Adieu, mon seul amour!
Adieu, rives du Tage,
Où j'ai reçu le jour.
Pour celle qui m'est chère
Seront mes derniers vux.
Et vous, brise légère,
Portez-lui mes adieux.
Amours de l'enfance,
Si chers à nos curs,
Rêves d'espérance
Avec vous je meurs!
Adieu mon doux rivage,
Où j'ai reçu le jour!
Adieu, rive du Tage!
Ô toi, mon seul amour.
Scène Deuxième
(Inès, Anna, LAmiral, Don Pédro)
(L'amiral entre. Inès va à sa rencontré)
INÈS
(Allant au-devant de don Diégo)
Mon père, par votre ordre
L'AMIRAL
Inès, tu dois savoir avant,
Que le conseil ici vienne s'asseoir,
Quel époux glorieux, dans sa bonté suprême,
Daigne choisir pour toi le monarque lui-même:
C'est don Pédro!
INÈS
Qui? lui! Jamais, jamais, mon père!
(Don Pédro entre tenant
un manuscrit à la main)
L'AMIRAL
Le roi le veut, ainsi que moi; crains ma colère!
(Baissant la voix)
À ce brillant hymen, immole un fol amour
Pour ce jeune homme obscur
INÈS
(Avec feu)
Il sera grand un jour!
Son esprit noble et fier
L'AMIRAL
L'a conduit à sa perte.
(S'adressant à Don Pédro)
Faut-il croire les bruits qui couraient ce matin,
Et de Bernard Diaz nous annonçaient la fin?
DON PÉDRO
Ses plans ont échoué, la tempête, en chemin,
A brisé ses vaisseaux contre une île déserte,
Oui, le ciel l'a frappé, son désastre est certain!
INÈS
(Vivement)
Et lui-même a péri!
DON PÉDRO
On le craint, on l'ignore.
INÈS
Son officier, Vasco de Gama, vit-il encore?
DON PÉDRO
(Avec étonnement)
Vasco de Gama?
Mais qui donc de ces gens inconnus prend souci?
Pourtant parmi les morts
(Il cherche dans les papiers)
Regardez! le voici!
INÈS
(Avec un cri de douleur)
Il est mort! Il est mort!
Terzetino
L'AMIRAL
(À Inès à demi-voix)
Pour mon honneur et par prudence,
Cachez ce trouble, ces douleurs!
Ou par devoir, ou par prudence
À votre époux, cachez ces pleurs.
DON PÉDRO
(À demi-voix)
Tant de regrets sont une offense,
Et je m'indigne de ces pleurs
Qui laissent à ma défiance
Voir la raison de ses douleurs.
L'AMIRAL
Avec raison l'amour s'offense
De ces regrets, de ces douleurs.
Cachez à votre époux ces pleurs,
Et ces regrets,
Son amour est blessé.
INÈS
Loin de ta patrie,
Quand tu perds la vie,
Reçois d'une amie,
La plainte et les pleurs!
Amours de l'enfance,
Ma seule existence,
Rêves d'espérance,
Avec vous je meurs!
Rêves d'amour,
Mon seul bonheur,
Avec vous je meurs!
(L'amiral reconduit Inès qui sort par le fond)
DON PÉDRO
La nouvelle qu'on vous apporte
Peut-elle donc ainsi troubler ses sens émus?
(À voix basse, à l'amiral)
Croirais-je qu'un regret, qu'un souvenir?...
L'AMIRAL
Qu'importe?
Craint-on le souvenir d'un rival qui n'est plus?
UN HUISSIER
(Entre)
Les membres du Conseil entrent en séance.
Scène Troisième
(Vasco, Don Alvar, Don Pédro, LAmiral,
Le Grand
Inquisiteur, Les Huit Évêques,
Les Conseillers)
(Les membres du Conseil d'État entrent
gravement. Don
Alvar, le Grand Inquisiteur
et les huit Évêques sont en tête du cortège.
Don Pédro occupe le fauteuil du président)
Ensemble
GRAND INQUISITEUR, ÉVÊQUES
Dieu, que le monde révère,
Verse en nos âmes la paix.
Dieu, que ta sainte lumière,
Soit avec nous à jamais!
Fais que ta grâce infinie
Nous adoucisse le cur.
Sois notre appui dans la vie,
Notre guide ici-bas, Seigneur!
DON PÉDRO
Depuis qu'aux Espagnols, nos éternels rivaux,
Colomb ouvrit un monde et des trésors nouveaux,
Par quelque audacieuse et riche découverte
Le noble Emmanuel, notre maître et seigneur,
Veut signaler son règne.
L'INQUISITEUR, CHOEUR
(Avec humeur)
Ou courir à sa perte.
DON PÉDRO
Déjà le Portugais, hardi navigateur,
D'une route nouvelle, entrevoyant la chance,
Où grondait la tempête a placé l'espérance.
L'INQUISITEUR, CHOEUR
Trop fatale espérance!
L'INQUISITEUR
(Avec humeur)
On s'est trop tôt flatté
De franchir les écueils de ce cap redouté.
Le bruit court que Diaz, par les flots en furie,
A vu sur ces rochers son escadre engloutie.
DON PÉDRO
Pour connaître son sort et lui porter secours,
Le roi nous réunit...
Messieurs, donnez votre avis!
L'INQUISITEUR
Que le ciel nous éclaire
TOUS
Dieu, que ta sainte lumière
Soit avec nous à jamais.
Sois notre appui dans la vie,
Sois notre guide, Seigneur.
DON PEDRO
Don Alvar, quel avis est le vôtre?
DON ALVAR
Pour Diaz prions.
Dieu disposa de ses jours!
DON PÉDRO, CHOEUR
Qui l'a dit?
DON ALVAR
Un marin, qui de tout l'équipage,
Échappé presque seul à la mer en courroux,
Pour le prix de ses jours, disputés au naufrage
N'aspire qu'à l'honneur
d'être admis devant vous!
DON PÉDRO
Qu'il entre! son nom?
DON ALVAR
Vasco de Gama.
DON PÉDRO, L'AMIRAL
(À part)
Lui! grands dieux!
Scène Quatrième
(Les mêmes, Vasco de Gama)
(Vasco de Gama, amené par les huissiers et
les gardes de l'Amirauté, s'avance au milieu
du demi-cercle et salue avec respect les
membres du conseil. Don Pédro lui fait signe
de parler)
VASCO DE GAMA
J'ai vu, nobles seigneurs, rouler dans les abîmes
Notre chef, nos soldats! curs vaillants et
Sublimes!
Frémissant de colère, au moment de mourir,
D'apercevoir de loin, sans l'avoir pu franchir,
Ce géant de la mer,
Ce cap de la Tempête
Du pied touchant l'enfer
Et le ciel de sa tête.
J'ai gravi ces rochers et ce sol ignoré,
Où nul Européen encore n'a pénétré
Que de fois, ces déserts et ces rives sauvages,
Ces récifs dangereux et ces nouvelles plages
DON ALVAR
Par vous, pauvre exilé, furent, hélas! maudits!
VASCO
(Avec feu)
Non! mais explorés et conquis!
Ils le seront par nous!
J'en crois Dieu qui m'inspire.
(Vivement)
Que cet écrit, par vous, messieurs, soit consulté;
Que le roi, grâce à vous, me confie un navire,
(S'animant davantage)
Et bientôt, franchissant cet écueil redouté,
Du commerce et des mers, je vous promets
l'empire.
À vous, climats nouveaux, riches trésors,
prospérité!
L'INQUISITEUR
(Avec ironie)
Et votre part, à vous
VASCO
(Avec enthousiasme)
À moi, l'immortalité!
Ensemble
VASCO
Oui, fallût-il perdre la vie,
Je vous promets de réussir,
Et pour mon roi, pour ma patrie,
Daignez m'entendre et m'accueillir!,
L'INQUISITEUR, L'AMIRAL
Pour tant d'audace et de folie
Ah! la pitié vient me saisir,
Et l'on ne peut sans raillerie
Entendre ses discours.
DON ALVAR
À son audace, à son génie
Oui, je sens mon cur tressaillir
Et pour l'honneur de la patrie
Il vous promet de réussir.
CHOEUR
Non!
VASCO
Seigneurs!
(Vasco qui déjà était à la porte
pour sortir, revient sur ses pas)
VASCO
Un mot encore avant que vous délibériez
Et que le roi me confie un navire,
Il le peut sans danger, le triomphe est certain.
Deux esclaves, qui sont d'une race inconnue,
Sur le marché des noirs avaient frappé ma vue
En Afrique. Ils sont là.
L'INQUISITEUR
Quel est votre dessein?
VASCO
De peuples inconnus ils prouvent l'existence.
Sous le soleil d'Asie, ils n'ont pas pris naissance,
Ni dans ce nouveau monde aux Espagnols soumis.
Voyez-les!
L'AMIRAL
(Vivement)
Faites l'entrer!
DON PÉDRO
C'est mon avis!
(Un valet sur un geste de Don Pédro
ouvre la porte et fait signe d'entrer.
Sélika entre la première, Nélusko la
suit à distance respectueuse)
Scène Cinquième
(Les mêmes, Sélika, Nélusko)
DON PÉDRO
Esclaves, approchez!
L'AMIRAL
Quel est votre pays!
DON PÉDRO
En ces lieux qui vous a conduits?
(Nélusko secoue la tête d'un air
farouche, Sélika se détourne avec fierté)
L'AMIRAL
Tu ne me réponds pas!
NÉLUSKO
(Avec haine)
Non! non!
DON PÉDRO
(À Sélika)
Femme, à toi de parler.
SÉLIKA
On nous fit prisonniers sur les immenses mers,
Notre canot, longtemps assailli par l'orage,
Flottait perdu, bien loin de l'île aux palmiers verts.
VASCO
(D'un air triomphant)
De grâce! regardez
les traits de ce visage,
Ces vêtements, ce teint cuivré,
Décèlent un peuple ignoré.
DON ALVAR
C'est vrai!
(Tous font un signe d'assentiment)
L'AMIRAL
(D'un ton impérieux)
Nommez votre patrie.
VASCO
Mais parle, Sélika!
C'est moi qui t'en supplie!
SÉLIKA
Sa voix douce qui prie!
Je n'y résiste pas!
VASCO
Vous le voulez?...
SÉLIKA
Eh bien!...
NÉLUSKO
Tais-toi!
Reine, de tes serments garde la foi.
Esclave qu'un tyran a rivée à sa chaîne,
Pour être dans les fers, n'es-tu plus souveraine?
(Avec exaltation)
Par les dieux que notre île adore, par Brahma,
Ah! ne trahis pas ton peuple, reine Sélika!
DON PÉDRO
(À Sélika)
Ta patrie, entends-tu?
Femme, je parle en maître;
il faut enfin nous la faire connaître.
SÉLIKA
(Avec fierté)
À toi de la nommer! je n'en connus jamais,
L'esclave n'en a pas.
NÉLUSKO
(Avec énergie)
Lorsque vous marchandez
Un buf pour le labeur, pourvu qu'il ait la taille,
Que rudement, chaque jour, il travaille,
De son pays jamais vous ne vous informez!
(Avec une feinte bonhomie et d'un air narquois)
Que vous importe donc d'où peut venir un homme,
qui n'est pour vous qu'une bête de somme?
DON PÉDRO
Quel orgueil indomptable!
VASCO
Inutiles efforts!
Ils ne parleront pas
cependant tout dévoile
Qu'ils viennent de plus loin que l'Afrique, et des
bords où jamais l'Océan n'a porté notre voile.
Ces pays inconnus, je veux les découvrir;
Donnez-moi les moyens de vous les conquérir.
DON PÉDRO
C'est bien. Retirez-vous, car le conseil commence!
(Vasco s'incline et se retire.
Sélika et Nélusko le suivent)
Scène Sixième
(Les mêmes, excepté Vasco)
DON ALVAR
(Vivement)
Il faut, avec ardeur, seconder sa vaillance!
L'AMIRAL
Il faut avec pitié sourire à sa démence!
DON ALVAR
C'est un brave officier.
L'AMIRAL
(Avec ironie)
Un habile intrigant!
DON ALVAR
Qui ne voit que la gloire!
L'AMIRAL
Ou son avancement!
CHOEUR
C'est un brave officier, un habile intrigant
Qui ne voit que la gloire ou son avancement.
L'INQUISITEUR
(Avec une douceur hypocrite)
Qu'avec calme l'on délibère
Et que le ciel vous éclaire!
DON ALVAR
Soit!
Parcourons d'abord ces cartes, ces dessins,
Ces documents par lui remis entre vos mains.
DON PÉDRO
(Parcourant les papiers que lui a remis Vasco)
Lisons!..
(À part)
Que vois-je! ô ciel!
Quelle lumière soudain brille
Dans l'ombre, et peut guider nos pas!
L'AMIRAL
Confier nos vaisseaux, nos trésors, nos soldats,
À ce présomptueux que rien n'a fait connaître!...
UNE PARTIE DES CONSEILLERS
(Avec pitié)
Un insensé, sans doute!
DON ALVAR
(Avec chaleur)
Un grand homme, peut-être!
L'INQUISITEUR
Le conseil ne saurait écouter un impie.
DON ALVAR
Un impie?
Parce qu'un nouveau monde à lui s'est révélé!
L'INQUISITEUR
Soutenir qu'il existe est flagrante hérésie
Car en nos livres saints, il n'en est pas parlé!
DON ALVAR
Et Christophe Colomb, qui brava l'anathème!...
L'INQUISITEUR
Et vous, jeune insensé,
Qui blasphémez vous-même!
DON ALVAR
Je défends ma patrie!
L'INQUISITEUR
Et vous offensez Dieu!
Sans lire à ces écrits,
Qu'ils soient livrés au feu!
TOUS
Non pas! Non pas! Oui, oui! Au feu!
Ensemble
DON ALVAR
LES JEUNES CONSEILLERS
(D'une voix suffoquée par la colère)
De l'outrage, de l'insulte,
De ces cris, de ce tumulte,
Je me ris, et ne consulte
Que l'honneur et le devoir.
DON PÉDRO, L'INQUISITEUR
L'AMIRAL, LES VIEUX CONSEILLERS
Téméraire! Téméraire!
Devant moi sachez vous taire,
Ou craignez et ma colère
Et mon rang et mon pouvoir.
Ensemble
(En grand tumulte et s'adressant a don Pédro)
Aux voix! aux voix! aux voix!
L'INQUISITEUR, LES ÉVÊQUES
Dieu, que le monde révère,
Verse en nos âmes la paix.
CHOEUR
Sois notre appui dans la vie,
Sois notre guide, Seigneur!
(Les huissiers font le tour et recueillent le
vote de chaque assistant pendant cette
ritournelle)
Scène Septième
(Les mêmes, Vasco, Don Pédro)
DON PÉDRO
(Gravement, s'adressant à Vasco)
Le conseil souverain, qui pour le roi commande,
Au nom des intérêts entre ses mains placés,
A repoussé votre demande
Et vos projets, comme insensés.
VASCO
(Avec indignation)
Insensés!... dites-vous.
C'est ainsi que naguère,
Par son propre pays, comme moi repoussé,
Christophe Colomb cet immortel Génois
Qu'aujourd'hui l'on révère,
(Avec ironie)
Par les sages d'alors
Fut traité d'insensé!
DON PÉDRO, L'AMIRAL
L'INQUISITEUR
Silence, téméraire!
VASCO
(Avec colère)
Non, non, je parlerai.
À mon tour je vous juge, et je vous flétrirai!
Que la gloire de la patrie,
Par vous indignement trahie,
Un jour retombe sur vous tous,
(Avec furie)
Vous, tribunal!
Aveugle, envieux et jaloux!
Ensemble
(Sauf Don Alvar)
La mort pour l'insolent!
DON ALVAR
Indulgence et pardon!
L'INQUISITEUR
Pour un pareil outrage, éternelle prison!
VASCO
Oui! vous avez raison, devenez mes bourreaux!
(D'une voix suffoquée par la colère)
Vous qui redoutez la lumière,
Enfermez-la dans les cachots,
De peur que, malgré vous,
Elle ne vous éclaire!
Ensemble
CHOEUR
Impie et mécréant,
Et rebelle insolent!
De nous son sort dépend!
Qu'on le juge à l'instant!
DON ALVAR
Vasco, jeune imprudent :
Songe qu'en cet instant
D'eux seuls ton sort dépend;
Crains leur ressentiment!
VASCO
D'impie et de rebelle,
En vain, je suis traité;
D'avance, j'en appelle
À la postérité.
Pour confondre l'envie
Et sa vaine fureur,
J'ai pour moi la patrie
Et l'avenir vengeur!
DON ALVAR
D'impie et de rebelle,
En vain il est traité,
D'avance il en appelle
À la postérité.
DON PÉDRO, L'AMIRAL
L'INQUISITEUR
Impie et mécréant
Et rebelle insolent,
De nous son sort dépende,
Qu'on le juge à l'instant!
Et que dans son courroux
Le ciel venge par nous
La majesté des lois,
La justice et nos droits!
L'INQUISITEUR
LES HUIT ÉVÉQUES
Par nos voix, Dieu, lui-même,
Plein d'un juste courroux,
Vous lance l'anathème!...
Anathème sur vous!
Ensemble
VASCO, DON ALVAR
Tribunal aveugle et jaloux!
CHOEUR
Au rebelle lançons l'anathème!
ACTE
DEUXIÈME
(Un cachot de l'Inquisition à Lisbonne. Au
fond, à gauche, un banc. Au milieu du
cachot un pilier massif; sur ce pilier une
carte géographique)
Scène Première
(Vasco, dormant étendu sur le banc; Sélika)
SÉLIKA
(Regardant Vasco)
Toujours son sommeil agité
Par des rêves de gloire et d'immortalité!
(S'approchant de lui et le regardant)
Depuis un mois entier,
Dans ces sombres cachots,
Personne, excepté moi, ne pense à toi,
Mon maître.
(S'animant)
À toi... qui n'entends pas
Ma plainte et mes sanglots...
Et qui n'aurais pour eux
que du mépris peut-être!
VASCO
(Rêvant)
Ô ma patrie!
Ma douce compagne...
SÉLIKA
Ecoutons! je frémis!
VASCO
(De même)
Inès, ma seule amie!
SÉLIKA
Inès!... Qu'ai-je entendu?
L'amour que je ressens,
Pour une autre il l'éprouve!...
Ah! c'est trop de tourment!
Hélas!
Que ces doux refrains,
Des bords lointains,
Calment tes chagrins.
Air du Sommeil
(Évente Vasco avec un éventail indien)
Sur mes genoux, fils du soleil,
Vainqueur au champ d'alarmes;
Le frais lotus d'un doux sommeil
Sur toi verse les charmes.
Le ramier gémit;
La brise frémit;
L'étoile scintille dans l'ombre;
Le Bengali dit
Son chant dans la nuit.
Sommeille en paix, en ce bois sombre.
Sur mes genoux, fils du soleil,
Vainqueur au champ d'alarmes;
Le frais lotus, d'un doux sommeil
Sur toi verse...
(Elle regarde si Vasco dort)
Quel doux sommeil!
Hélas, hélas, mon coeur faiblit;
Mes pleurs, ne me trahissez pas.
(Avec une expression douloureuse)
Ah! si la mer m'eût engloutie
Quand la tempête m'entraîna!
(S'animant davantage)
Je n'aurais pas donné ma vie,
Au maître étranger qui dort là!
Éteins, Brahma,
Les flammes de mon cur
Qui font, hélas! mes maux...
Et mon bonheur!
VASCO
(Rêvant)
L'orage approche, compagnons!
SÉLIKA
(avec anxiété)
Il s'éveille
vite chantons :
(Elle reprend son éventail)
Sur mes genoux, fils du soleil,
Dors parmi la verdure
Pour mieux bercer ton doux sommeil
La vague murmure.
(Elle regarde Vasco)
Il dort en paix.
(D'une voix suffoquée)
Ah! je succombe!
Hélas! je souffre, je chancelle.
(Pleurant)
Douleur mortelle!
(Avec une grande véhémence,
et sur le devant de la scène)
Malgré moi je regrette à peine,
Auprès de toi, mon doux pays,
Et mon palais de souveraine,
Et mes dieux dans mon cur trahis!
Hélas, je t'aime!
Mon bien suprême
Hélas, c'est toi!
(Hors de lui-même, elle retourne vers
Vasco, le contemple, penche sa tête vers
lui et ses lèvres vont effleurer son front
quand de la porte à gauche sort Nélusko
sans être vu d'elle. Sélika cache sa tête
dans ses mains en pleurant)
Scène Deuxième
(Les mêmes, Nélusko)
(Nélusko entre lentement)
SÉLIKA
(À voix basse)
Nélusko!
NÉLUSKO
(À voix basse, entrant en
rêvant et les yeux baissés)
Pour l'honneur de notre souveraine,
Il le faut, pour elle et pour ma haine!
(S'approchant)
C'est lui. Que vois-je?... il sommeille...
(Froidement)
Non, j'ai tort;
Je ne veux frapper un ennemi qui dort...
(Tirant un poignard)
N'importe, il le faut!
(Il s'avance vers Vasco)
SÉLIKA
(Se jetant au-devant de Nélusko)
Ô ciel, que veux-tu faire?
C'est un prisonnier comme nous!
NÉLUSKO
C'est un chrétien, je les déteste tous.
SÉLIKA
(D'un ton de reproche)
Il fut notre sauveur, il est là sans défense!
C'est à lui que je dois, dans notre triste sort,
De trouver près de toi la patrie adorée;
Sans lui, de toi, ta reine séparée,
Serait plus triste encor!
Et toi, noble guerrier,
Souillant ta main d'un pareil crime,
Tu veux frapper
Au cur ce maître magnanime?
NÉLUSKO
Je le veux! je le dois!
J'abhorre ce chrétien!
SÉLIKA
(Avec intention)
Quoi! pas d'autres motifs?...
NÉLUSKO
Peut-être.
SÉLIKA
(Avec dignité)
Achève!...
NÉLUSKO
Je ne peux!
SÉLIKA
Je te l'ordonne, je le veux!
Air
NÉLUSKO
Fille des rois, à toi l'hommage
Que te doit ma fidélité!
Ni le malheur, ni l'esclavage,
N'ôtent rien à ta majesté!
(S'inclinant d'une voix soumise)
Je vois, dans la grande île,
En nos jours fortunés,
Nos prêtres, nos guerriers
Devant toi prosternés.
Mais le front qui jadis porta le diadème
Ne doit plus se courber
Que devant Dieu lui-même.
(Avec véhémence)
Mais lorsqu'en cette prison
(Montrant Vasco)
Auprès d'un ennemi!
SÉLIKA
(Vivement)
Nélusko!
NÉLUSKO
(Rencontrant un regard irrité
de Sélika; d'un ton soumis)
Pardon!
Fille des rois, à toi l'hommage
Que te doit ma fidélité!
Ni le malheur ni l'esclavage
N'ôtent rien à ta majesté!
(Montrant Vasco, d'une voix suffoquée)
Mais pour lui, pour Vasco, ce chrétien,
Reine, songes-y bien
Quand l'amour m'entraîne,
Ou bien quand la haine,
Ardente et soudaine,
Me tient en éveil,
En mes sens fermente,
Flamme dévorante,
Qui, chez nous, s'augmente
Aux feux du soleil!
(A demi-voix)
Il existe un secret
Que j'ai cru découvrir.
(Montrant Vasco)
Tout bas je l'ai juré,
Celui-ci doit périr!
SÉLIKA
Nélusko!
NÉLUSKO
Redoutant ma colère,
Qu'il tremble pour son sort!
SÉLIKA
Par pitié!
NÉLUSKO
(Regardant Sélika qui
le prie à mains jointes)
Car pour lui, ta prière
Est un arrêt de mort!
(S'avançant vers Vasco pour le frapper)
SÉLIKA
(Prenant la main à Vasco et la serrant)
Maître, éveille-toi.
(Nélusko s'arrête et cache son poignard)
VASCO
(Se réveillant)
Qu'est-ce donc?
SÉLIKA
(Troublée et embarrassée)
Ton repas!
Que t'apportait ton esclave fidèle.
VASCO
C'est bien.
(À Nélusko)
Laisse-nous.
(Voyant qu'il reste immobile)
M'entends-tu?
NÉLUSKO
Oui j'entends!
(Nélusko se retire lentement.
En pleurant à part)
Ô Brahma! Dieu puissant,
Maître des cieux et de la terre,
Vous souffrez qu'il soit servi par elle!
Scène Troisième
(Vasco, Sélika)
VASCO
(S'avançant)
En vain leur impuissante rage
M'enchaîne en ces lieux ténébreux.
Je veux, brisant mon esclavage,
Revoir Inès! revoir les cieux.
SÉLIKA
Venez soutenir mon courage,
Dieux protecteurs de mes aïeux!
Chassez de mon coeur son image,
Et cachez ma peine à ses yeux!
(Vasco est retombé dans sa rêverie; puis
il se lève et contemple la carte qui est
tracée sur le mur, où sont tracées les côtes
de l'Afrique depuis le détroit de Gibraltar
jusqu'au cap de Bonne-Espérance. Il
regarde le dessin qu'il vient de tracer)
VASCO
(Regardant toujours la carte)
Terrible et fatal promontoire,
Que nul n'a pu doubler encor,
De te franchir j'aurai la gloire!
(Montrant sur la carte la pointe du cap)
De ce côté
SÉLIKA
(Qui s'est approchée, regarde
derrière son épaule. Vivement)
Non, non!
VASCO
(Etonné)
Pourquoi?
SÉLIKA
C'est courir à la mort!
VASCO
Que dis-tu?
SÉLIKA
Mais par là!... à la droite... est une île,
Une île immense...
VASCO
(Saisi de surprise, d'une voix suffoquée)
Ô ciel!
SÉLIKA
Pays aimé des dieux!
VASCO
Achève!
SÉLIKA
C'est de là que mon canot fragile,
Surpris par le typhon sur une mer tranquille,
Longtemps battu par les flots furieux,
Fut enfin entrainé sur le sol d'esclavage...
VASCO
(Avec enthousiasme)
Triomphe, je l'avais dit!
Oui, c'est là le passage.
Grâce à toi j'en suis sûr!...
Le ciel comble mes vux!
Ensemble
VASCO
(Pressant Sélika dans ses bras)
Combien tu m'es chère,
Ange tutélaire,
Par qui la lumière
Enfin m'arriva!
Ô service immense,
Que dans sa constance,
Ma reconnaissance
Jamais n'oubliera!
SÉLIKA
(À part, tout enivrée de bonheur)
Quoi! je lui suis chère!
Ô douce lumière,
Qui soudain m'éclaire,
Jour inespéré!
Il m'aime, j'ai croyance
Et plein d'espérance.
Ah! mon cur s'élance
D'amour enivré!
(Pendant la fin de l'ensemble, la
porte du cachot s'est ouverte, don
Pédro et Inès sont entrés au moment
où Vasco tient Sélika dans ses bras)
Scène Quatrième
(Les mêmes, Inès, Suivante, Don
Alvar, Don Pédro et Nélusko)
(La porte du fond s'ouvre, Inès, la
Suivante, Don Pédro et don Alvar entrent)
DON PÉDRO
(À Inès, lui montrant Vasco et Sélika)
On nous l'avait bien dit... et le hasard propice
Nous en donne la preuve.
VASCO
(Hors de lui)
En croirai-je mes yeux?
Inès, ma bien-aimée!...
SÉLIKA
(À part avec fureur)
Elle!... Inès!... dans ces lieux!
(Sélika veut s'avancer vers Inès, Vasco
l'arrête par la main. Sélika regarde Inès
avec un sentiment d'envie, et dit à part
en regardant ses mains à elle-même)
Qu'elle est blanche!...
Et quel froid dans mes veines se glisse.
(Inès s'avance vers Vasco, elle veut
parler mais l'émotion l'empêche, puis
elle fait un effort et dit:)
INÈS
(D'une voix étouffée par les soupirs)
J'avais appris que pour toujours,
Dans les ténèbres, tu languissais!
Mais ton pardon est acheté!
Et je te rends la liberté!
VASCO
(Avec joie()
La liberté!
INÈS
Oui!
Lis cet écrit.
(Lui remettant un parchemin
revêtu du sceau royal. Avec effort)
L'ordre est formel.
Vois!
VASCO
Ô ciel!
INÈS
(Avec chaleur)
Et maintenant nous quittons à tout jamais.
Hélas! il faut me fuir. Adieu!
(Inès va vers Don Pédro
et l'entraîne pour sortir)
Allons, sortons.
VASCO
Non, j'ai deviné, compris vos soupçons;
(Montrant Sélika)
Cette esclave...
INÈS
Par vous en Afrique achetée.
VASCO
(Vivement)
N'est rien que mon esclave...
Et votre âme irritée
D'un mot s'apaisera.
Elle est à vous, Inès!
SÉLIKA
(Avec un cri de douleur)
Ah! le cruel! l'ingrat!
VASCO
Je vous la cède,
Je vous la donne.
NÉLUSKO
(Avec anxiété)
Et moi?
VASCO
Toi de même, suis-la!
(Avec enthousiasme)
Et mon cur et mon sang,
Tout ce que je possède,
Pour un seul regard de ses yeux!
SÉLIKA
(À part)
Ah! le cruel!
INÈS
(De même)
Le malheureux!
(Vasco veut interroger Inès,
mais elle se détourne de lui)
Ensemble
INÈS
Moi seule il m'aime, et je doutais.
Ah quel destin, quel coup affreux!
Ma voix s'éteint, un voile épais
Vient obscurcir mes yeux!
VASCO
Le sort met fin à mon malheur.
Quand je vois ses beaux yeux
Soudain rayonne dans mon cur
Comme un reflet des cieux.
DON ALVAR, LA SUIVANTE
Pour elle, hélas, ah! quel destin,
Quel coup affreux vient l'accabler,
Il l'aime tant! elle doutait!
Ah! pauvre Inès, quel coup affreux!
Sa voix s'éteint, un voile épais
Vient obscurcir ses yeux.
SÉLIKA
Ô juste ciel, quelle douleur!
Le traître insulte à mon malheur.
Il m'a vendue à cette Inès!
Ô cruauté, mépris sanglant!
Je sens la honte et la fureur
Me brûler de tous leurs feux.
NÉLUSKO
Enfin le sort, dans sa faveur!
A donc rompu leurs nuds.
Sois ferme et fière en ta douleur,
Fuyons bien loin de ces lieux.
DON PÉDRO
Enfin le sort, dans sa faveur,
Vient d'exaucer mes ardents vux,
Je vais jouir de la fureur
De ce rival ambitieux.
DON PÉDRO
(À Vasco)
Marché conclu! Nous acceptons!
(Montrant Sélika et Nélusko)
Tous deux je vous les paye...
(À Inès)
Et maintenant partons.
VASCO
(Étonné)
Que dites-vous?
DON PÉDRO
(Avec orgueil et emphase)
Du roi, la bonté paternelle
Confie à mes talents,
Ou du moins à mon zèle,
La gloire de tenter ce passage hardi
Où plus d'un fol orgueil
Echoua jusqu'ici.
VASCO
(Avec indignation)
Vous! à qui j'ai remis,
D'une main insensée,
Les fruits de mes périls,
Mes labeurs, ma pensée!
DON PÉDRO
Vains projets...
Dans la flamme et dans l'oubli tombés.
VASCO
Gloire qui m'appartient
Et que vous dérobez!...
NÉLUSKO
(Bas à don Pédro)
Tu l'obtiendras par moi.
Conduis-moi sur ton bord
Et je te servirai de guide et de pilote.
DON PÉDRO
(Le regardant et à demi-voix)
J'y comptais bien en t'achetant!
(À Vasco à haute voix)
Le roi
Des régions découvertes par moi
M'a nommé gouverneur.
NÉLUSKO
(Avec ironie)
D'avance!
DON PÉDRO
Aujourd'hui même,
Mon escadre appareille.
(À Inès)
Allons, sortons d'ici;
Votre main.
VASCO
De quel droit?
DON PÉDRO
De celui
Qu'aux pieds des saints autels
J'ai reçu de Dieu même.
VASCO
(À Inès)
Que dit-il?
INÈS
(À demi-voix à Vasco, avec douleur)
Pour vous qu'on disait infidèle,
Et pour vous soustraire aux horreurs
De cette prison éternelle,
Ma main je l'ai donnée
VASCO
(Avec un cri de douleur)
Ah!
INÈS
(D'une voix mourante)
Et loin de vous, je meurs!
VASCO
Anathème sur l'infâme
Et malheur sur moi!
Ensemble
INÈS
Immobile, de surprise,
De douleur son cur se brise.
J'ai trahi la foi promise,
J'ai perdu tout mon bonheur!
Mais l'honneur parle et réclame,
C'en est fait je suis sa femme.
Anathème sur ma tête
Et malheur.
SÉLIKA
Immobile, de surprise,
De douleur mon cur se brise,
Et l'ingrat qui me méprise,
Ne saurait voir ma douleur.
Mais d'un autre elle est la femme,
Et la rage qui l'enflamme
Fait renaître dans mon âme
Le bonheur!
LA SUIVANTE
Immobile, de surprise,
De douleur son cur se brise.
À ses lois elle est soumise,
Don Pédro est son mari!
C'en est fait, elle est sa femme,
Qu'un rival en vain réclame,
Le Ciel laisse à son âme
Les regrets et la douleur.
VASCO
Immobile, de surprise,
Interdit, l'âme indécise,
Comment croire qu'elle brise
Des serments faits par l'honneur!
Pourtant il le proclame,
Il l'a dit, elle est sa femme;
Anathème sur l'infâme,
Et sur moi malheur!
DON ALVAR
Immobile, de surprise,
De douleur son cur se brise,
À ses lois elle est soumise,
Don Pédro est son mari!
C'en est fait, elle est sa femme,
Le ciel laisse à son âme
Les regrets et la douleur.
NÉLUSKO
Notre Dieu nous favorise,
Sa vengeance déjà brise
Le chrétien que je méprise
Et je ris de sa douleur.
(Montrant Don Pédro)
Et cet autre, cet infâme,
Que l'orgueil d'avance enflamme
Qu'il redoute de mon âme
La vengeance et la fureur.
DON PÉDRO
Immobile de surprise,
De douleur son cur se brise.
À mes lois elle est soumise,
Et c'est moi qui suis vainqueur!
C'en est fait elle est ma femme,
Qu'un rival en vain réclame.
Moi je brave dans mon âme
Sa vengeance et sa fureur.
INÈS
(Très émue)
Écoutez-moi, Vasco!
SÉLIKA
(Avec jalousie, à part)
Va-t-il la suivre!
DON PÉDRO
(Avec colère, à part)
Elle ose!
VASCO
Du calme.
NÉLUSKO
(À Sélika)
Il se livre!
INÈS
(À Vasco de Gama)
Eh bien, sois libre par l'amour,
La gloire au loin t'appelle;
Près de ma tombe au cur fidèle
Ah! viens à ton retour!
Ensemble
INÈS
Dans les soupirs de la ramure
Reconnais ma voix qui murmure,
Et va, plaintive, t'appelant.
(Avec douleur)
Adieu, Vasco, là-haut je t'attends!
SÉLIKA
Pour moi l'exil et son mépris,
Hélas, quel coup affreux;
Il m'a livrée aux ennemis,
Le quitter, c'est affreux.
Pleurez donc, ô mes yeux!
Mon seul bien je l'ai perdu.
Je dois mourir. Adieu!
VASCO DE GAMA
Hélas! la main qui me sauva
Me porte un coup mortel;
Et pour toujours je perds Inès,
Son âme, ô sort cruel.
La quitter, c'est affreux.
Pleurez donc, ô mes yeux.
Mon seul bien, je l'ai perdu.
Je dois mourir. Adieu.
DON ALVAR
La main qui le sauva
Lui porte un coup mortel!
Son seul bonheur, il le voit fuir
Et pour toujours il perd Inès,
Son âme, ô sort cruel!
Pour l'oublier, il va mourir! Adieu.
NÉLUSKO
Pour elle exil, regrets, mépris
Pour lui, son bien-aimé.
Merci Brahma, tu l'as guérie,
Sur son front qui pâlit
Sa douleur se trahit!
Elle est sauvée!
Vasco va mourir. Adieu.
DON PÉDRO
Victoire, enfin et sans retour
Il part, il est vaincu,
Je suis vengé. Pour lui tout est perdu.
(Regardant Inès)
À son front qui pâlit
Son tourment l'a trahi
Elle me restera.
De son tourment je vais jouir.
Il va partir. Adieu.
(Don Pédro emmène Inès. Vasco tombe
anéanti sur un siège. Sélika veut s'élancer
vers lui; mais Nélusko la retient et
l'entraîne sur les pas de don Pédro. Elle
jette en s'éloignant un dernier regard de
douleur et d'amour sur Vasco. La toile
tombe très lentement)
ACTE
TROISIÈME
Entr'acte et Chur de femmes
(Le théâtre représente la coupe d'un
vaisseau dans sa largeur. Elle offre
aux yeux des spectateurs le premier
pont et l'intérieur du second. Sur le
premier pont s'élèvent les mâts et au
fond la dunette derrière laquelle on
aperçoit la mer. Le second pont,
éclairé par une lampe, est partagé en
deux compartiments, dont l'un est la
chambre d'Inès, l'autre celle de don
Pedro)
Scène Première
(Nélusko et Plusieurs matelots couchés sur
le tillac qu'éclairent les premiers rayons du
soleil levant. Inès, étendue sur un hamac
dans la chambre à gauche; elle est entourée
de ses femmes, dont Sélika fait partie. Dans
la chambre du côté droit, don Pédro assis
près d'une table couverte d'instruments de
marine et de cartes qu'il consulte)
CHOEUR DES FEMMES.
Le rapide et léger navire
Glisse sur les flots caressants;
L'air du matin que l'on respire
Porte le calme dans nos sens.
DON PÉDRO
Jour et nuit, sur ce beau navire
Observons, officiers prudents,
C'est à moi seul de le conduire,
Malgré la tempête et les vents.
LES FEMMES
Notre vaisseau
Rapidement et doucement
Glisse en avant...
(Coup de canon qui annonce l'heure du
réveil à bord. Tous les matelots se lèvent)
Quatuor et Chur de Matelots
Debout matelots, l'équipage debout!
Quatuor
Voyez-vous l'aurore
Qui déjà colore
La cime des flots.
Debout matelots.
Allons, à l'ouvrage,
Allons, aux travaux!
(Le soleil est levé. On sonne la cloche
pour la prière du matin. Tout le monde
se met à genoux: les matelots et les
officiers, sur le premier pont; Inès et
ses femmes dans le second)
Prière des matelots
LES MATELOTS
Ô grand saint Dominique,
Effroi de l'hérétique,
Sur nous veille en ce jour,
Protège mon retour!
Et je veux, chaque jour,
Dire ton saint cantique,
Ô grand saint Dominique!
Ensemble
SÉLIKA, INÈS, FEMMES
Ô céleste providence,
Toi notre divin secours,
Grand Dieu, protège ses jours!
LES MATELOTS
Ô grand saint Dominique,
Effroi de l'hérétique,
Sur nous veille en ce jour,
Protège mon retour.
Et je veux, chaque jour,
Dire ton saint cantique,
Ô grand saint Dominique!
Scène Deuxième
(Les mêmes, Don Alvar, entrant
dans la chambre de Don Pédro)
DON PÉDRO
Ah! c'est vous, don Alvar?
DON ALVAR
Je vous cherche, Amiral!
DON PÉDRO
(Souriant)
Quitter pour conquérir une lointaine plage
Son palais de Lisbonne et les rives du Tage,
C'est héroïque! Eh! mais, qu'avez vous?
DON ALVAR
(D'un air sombre)
Tout va mal!
Le pilote inconnu qui vous guide est un traître.
De trois vaisseaux, par vous commandés, l'un a
Déjà sombré, le second sur des rocs se brisa!...
DON PÉDRO
Mais, celui-ci du moins, je dois le reconnaître,
A, grâce à lui, franchi victorieux
Le cap de la Tempête et ses flots furieux!
À lui me confiant, ainsi qu'à mon étoile,
Le premier, sur ces mers, je me suis élancé.
DON ALVAR
Non, un autre, de loin, nous avait devancé
Et l'on peut voir encor d'ici sa blanche voile
S'enfuir en nous traçant la route sur les flots.
DON PÉDRO
Quel est-il?
DON ALVAR
De ces mers,
Selon nos matelots,
C'est l'ange protecteur.
DON PÉDRO
Ou bien le mauvais ange?
DON ALVAR
Il faut le suivre!
DON
PÉDRO
L'éviter!
NÉLUSKO
(Appelant à haute voix les matelots)
Holà! matelots, le vent change.
Aux voiles!... Hâtez-vous!
Voyez à l'horizon
Les signes précurseurs du terrible typhon!
Tournez au nord! au nord!
Ou, sinon, le trépas!
(Pendant ces derniers mots, don Pédro et
don Alvar sont montés sur le premier pont)
DON ALVAR
(À don Pédro, lui montrant Nélusko)
Dans ce perfide esclave
Avez-vous confiance?
Son premier maître, il l'a trahi
Et vous trahira comme lui.
Guidés par lui déjà
Deux vaisseaux ont péri!
NÉLUSKO
(À don Pédro)
Le géant des noires tempêtes,
Adamastor, les avait condamnés;
Et bientôt son courroux
Va fondre sur vos têtes,
Si vous ne changez pas de route
Et ne laissez Gouverner vers le nord.
DON ALVAR
Où veux-tu nous conduire?
NÉLUSKO
Sans crainte, suivez-moi!
DON PÉDRO
Eh bien, soit!
(Les matelots et les mousses se
mettent à la manuvre. Le
vaisseau tourne vers le nord)
NÉLUSKO
(D'un air content, à part)
Tra la, la, la, la...
Dans les cieux la tempête avance,
Nous suivons un chemin
Qui mène à la vengeance.
Ces parages pour nous
ne sont pas inconnus;
Les canots de notre île
y sont souvent venus!
NÉLUSKO
(Chantant)
Tra, la, la, la, la, la, la!
UN MATELOT
Nélusko, que chantes-tu donc là?
NÉLUSKO
(D'un ton sombre)
Je chante
La légende du géant des tempêtes,
Du terrible Adamastor,
Qui sur nous
Fait planer la mort!
LES MATELOTS
(En riant)
Écoutons donc la légende
Du terrible Adamastor!
NÉLUSKO
(Avec une énergie sauvage)
Ballade
1er Couplet
Adamastor, roi des vagues profondes,
Au bruit des vents s'avance sur les ondes.
Et que son pied heurte les flots,
Malheur à vous, navire et matelots!
À la lueur des feux et des éclairs,
Le voyez-vous?... C'est le géant des mers,
Jusqu'au ciel il soulève les eaux,
Mort à l'impie! et la mort sans tombeaux!
(Poussant un éclat de rire strident)
Ah! ah!...
(Regardant les matelots qui l'entourent)
Ah! vous tremblez...
Ensemble
NÉLUSKO
Aux voiles! aux cordages!
Devancez les orages!
Sur vos mâts soyez suspendus
Ou précipités dans l'abîme
Qui gronde. Vous êtes perdus.
LES MATELOTS
Aux voiles, aux cordages!
Devançons les orages!
Sur nos mâts soyons suspendus
Ou précipités dans l'abîme
Qui gronde. Nous sommes perdus!
NÉLUSKO
2me Couplet
Ah! vous bravez, insensés que vous êtes,
Adamastor, le géant des tempêtes!
La vieille Europe, au nouvel Océan,
Lance un défi, porté par l'ouragan.
À la lueur des feux et des éclairs,
Le voyez-vous? C'est le géant des mers,
Jusqu'au ciel il soulève les eaux,
Mort à l'impie
Et la mort sans tombeaux!
LES MATELOTS
La mort sans tombeaux!
NÉLUSKO
(Riant)
Ah! ah!... Ah! vous tremblez!
Ensemble
NÉLUSKO
Aux voiles! aux cordages!
Devancez les orages,
Sur vos mâts soyez suspendus
Ou précipités dans l'abîme
Qui gronde. Vous êtes perdus!
LES MATELOTS
Aux voiles! aux cordages!
Devançons les orages,
Sur nos mâts soyons suspendus
Ou précipités dans l'abîme
Qui gronde. Nous sommes perdus!
(Les matelots reculent avec effroi et
remontent lentement sur le pont.
Nélusko les suit en ricanant. Un
matelot qui se trouve près du
gouvernail fait des signaux)
Scène Troisième
(Les mêmes, Vasco)
UN MATELOT
(Du gouvernail)
Un navire, portant pavillon portugais,
A détaché vers nous une barque légère;
Elle avance
elle aborde.
NÉLUSKO
(À part)
Eh! mais, quelque secours,
Quelque avis salutaire,
Vient-il, en les sauvant,
Renverser mes projets?
(Entrée de Vasco)
DON ALVAR
Ah! que vois-je?
Vasco! vers ces pays lointains,
En même temps que nous
Qui vous a pu conduire?
VASCO
C'est Dieu qui m'inspira!
J'accomplis ses desseins.
Il a guidé mes pas
Et conduit mon navire!
DON PÉDRO
(Avec ironie)
Pour nous suivre en ces lieux!
VASCO
Pour vous y devancer.
DON PÉDRO
C'est donc alors pour nous braver?
VASCO
S'il en est temps encor, seigneur,
Pour vous sauver!
(Don Pédro ordonne à tout le monde
de se retirer. Don Pédro et Vasco
descendent dans la cabine)
Scène Quatrième
(Vasco et don Pédro)
Duo
VASCO
Quel destin, ou plutôt
Quel aveugle délire,
Vous conduit vers l'écueil fatal
Où don Bernard Diaz,
Mon vaillant amiral,
Est venu briser son navire?
C'est peu des récifs ennemis,
Vous verrez, contre vous,
Surgir de ces rivages
D'innombrables canots
Dont les guerriers sauvages
Viendront de vos vaisseaux
S'arracher les débris.
DON PÉDRO
(Avec ironie)
Vous croyez?...
VASCO
Du péril où l'on vous entraîne
On peut encor vous préserver.
DON PÉDRO
(Avec ironie)
Vraiment?
VASCO
Je viens à vous malgré ma haine,
Je viens à vous pour vous sauver.
Car les fils de la même patrie
Se doivent secourir!
DON PÉDRO
(Toujours avec défiance)
Eh quoi, d'une perte certaine,
Vous prétendez me préserver?
Mais est-ce moi que votre haine
Sur ce navire veut sauver?
VASCO
Hâtez-vous, la mer en furie
Ne vous permettra plus de fuir!
DON PÉDRO
(À demi-voix avec ironie)
Mais est-ce pour moi tant de zèle?
Ou pour Inès?
VASCO
(Avec chaleur)
Ah bien! oui, ah! c'est pour elle,
C'est pour la noble Inès,
Car c'est à moi de la sauver
Dussé-je avec elle sauver
Un rival abhorré.
Ensemble
DON PÉDRO
(Avec orgueil)
Insensé! ta jeunesse oublie
Que, seul, je règne sur mon bord;
Et l'imprudent qui me défie
A déjà mérité la mort.
VASCO
Quoi, d'un noble Portugais
Voilà donc la réponse?
DON PÉDRO
Je pourrais te punir
Par le glaive des lois!
VASCO
Il s'agit de combattre
Et ta voix me dénonce.
DON PÉDRO
Tu me braves, je pense.
VASCO
Et tu trembles, je crois?
Ensemble
VASCO
(Avec énergie)
Je contiens à peine
Ma rage et ma haine.
Viens, mon bras t'attend,
J'ai soif de ton sang.
Ô honte, infamie,
Crains-tu pour ta vie?
Viens donc, viens donc
Venger mon affront.
Ô fureur, ô haine
Que l'enfer déchaîne
J'ai soif de ton sang
Et mon bras t'attend.
DON PÉDRO
(Avec vigueur)
Je contiens à peine
Ma rage et ma haine.
Ah! va-t'en, va-t'en,
J'ai soif de ton sang.
Tremble que ta vie
En ce jour n'expie
La honte et l'affront
Dont rougit mon front!
Ô fureur, ô haine
Que l'enfer déchaîne,
J'ai soif de ton sang
Et mon bras t'attend.
Scène Cinquième
(Les mêmes, don Alvar, Nélusko, matelots
et soldats. Puis Inès, Sélika et les femmes.
Les Matelots et les soldats se précipitent
sur Vasco de Gama, qu'ils désarment)
DON PÉDRO
(Aux soldats qui retiennent Vasco)
Au mât du vaisseau qu'on l'attache;
Que les balles de vos mousquets
Nous en fassent justice!
VASCO
Lâche!
SÈLIKA
Quelle voix!
INÈS
Vasco!
(À part)
C'est lui, c'est lui!
DON PÉDRO
(Aux soldats)
À la mort, à la mort!
INÈS, SÈLIKA
Ah! que ma voix fléchisse
Ces arrêts rigoureux.
Seigneur, pitié, pitié!
DON PÉDRO
Non, non, soldats, qu'on obéisse!
Scène Sixième
(Le temps s'est troublé, l'orage a
grondé d'abord dans le lointain,
puis s'est approché davantage)
UN MATELOT
(En haut du mât)
Aux voiles! Au cordage!
Voici l'orage!
(À ce moment, un bruit effroyable se
fait entendre. Le vaisseau vient de
donner sur des récifs. Une foule
d'Indiens montent à l'abordage.
En un instant don Pédro, don Alvar,
les matelots, qui dans le désordre du
naufrage n'ont pu se mettre en
défense, sont désarmées et renversés)
NÉLUSKO
(Aux Indiens)
À moi, fils de Shiva, voici vos ennemis!
Sur ces récifs je vous les ai conduits.
LES INDIENS
Brahma! Brahma!
Force et courage
Aux enfants de Brahma.
Brahma! Brahma!
Gloire et pillage
Le Ciel leur donnera.
Ni paix, ni trêve
Aux païens que voilà;
À notre glaive
Aucun n'échappera.
Sous notre glaive
Tout tombera!
(Des Indiens ont levé le fer sur don
Pédro et les Portugais enchaînés. Ils
vont les frapper. Un geste de Sélika
les arrête)
ACTE
QUATRIÈME
(Le théâtre représente à gauche l'entrée
d'un temple d'architecture indienne; à
droite, un palais; au fond, des monuments
somptueux)
Entracte et marche indienne
Marche, Cortège, Ballet
Scène Première
(Sélika, Nélusko, le Grand Brahmine,
brahmes, malgaches et indiens de
diverses castes)
LE GRAND BRAHMINE
(À Sélika)
Nous jurons par Brahma,
Par Wischnou, par Shiva,
Les dieux dont l'Indoustan
Révère la puissance,
Nous jurons obéissance
À la fille de nos rois!
LE CHOEUR
Nous jurons obéissance
À la fille de nos rois!
NÉLUSKO
(Regardant Sélika)
Et Sélika par nos mains couronnée
Jure, vous l'entendez,
Le maintien de nos lois!
(Sélika étend la main sur le livre d'or)
Sur ce livre sacré, dans le temple autrefois
Déposé par Brahma.
(Un coup de tam-tam se fait entendre,
il est suivi d'un grand cri. Sélika se lève)
LE GRAND BRAHMINE
(À Sélika)
Jamais, tu l'as juré, jamais nul étranger
Ne souillera de sa présence impie
Le sol sacré de la patrie...
NÉLUSKO
Reine, le glaive saint
Vient de les égorger tous.
SÉLIKA
(Avec émotion)
Ciel! Tous!
UN PRÊTRE
(Bas à Nélusko)
Hors un seul, qu'au fond de leur navire
Ils avaient enchaîné, lui seul encor respire.
NÉLUSKO
(À part avec colère)
Vasco, peut-être!
(Bas au prêtre)
Cours, qu'on l'immole à l'instant!
LE GRAND BRAHMINE
(À Sélika solennellement)
Aux autels de nos Dieux, la couronne t'attend!
Marchons.
(Il entre avec Sélika et les prêtres dans le temple)
NÉLUSKO
(Aux Indiens qui sont près de lui)
Nous, suivons notre reine.
(Fausse sortie; on entend du tumulte)
Quel est ce bruit?
UN PRÊTRE
Des barbares l'on traîne les femmes
Au supplice.
NÉLUSKO
Vers le mancenillier,
Au sombre et noir feuillage,
Dans les jardins sacrés
(S'adressant aux soldats)
Allez, guidez leurs pas.
Leurs membres fatigués,
Sous ce tranquille ombrage,
Trouveront le sommeil...
Ainsi que le trépas.
(Il sort du même côté que Sélika)
Scène Deuxième
(Vasco, suivi de quelques soldats, entre
lentement, admirant tout ce qui l'entoure)
Grand Air
VASCO
Pays merveilleux,
Jardin fortuné,
Temple radieux,
Salut!
Ô paradis sorti de l'onde,
Ciel si bleu, ciel si pur,
Dont mes yeux sont ravis,
Tu m'appartiens! ô nouveau monde
Dont j'aurai doté mon pays!
(Avec chaleur)
À nous ces campagnes vermeilles,
À nous cet éden retrouvé!
Ô trésors charmants, ô merveilles
(Avec enthousiasme)
Monde nouveau tu m'appartiens!
LE CHOEUR
Astre qui sur nous t'élèves brûlant!
Tu demandes à nos glaives du sang!
Qu'à frapper le fer s'apprête.
La mort!
Que l'écho vengeur répète:
La mort!
VASCO
(Revenant à lui)
Que disent-ils? Mourir? mourir?...
Enseveli dans mon triomphe,
Et sans que rien de lui,
Me survive et proclame mon nom!
(S'adressant à ceux qui l'entourent)
Vous ne le voudrez pas?
Non!... non.
(Aux sacrificateurs)
Conduisez-moi vers ce navire
Dont la voile brille à vos yeux.
LE CHOEUR
Non.
VASCO
À mes amis laissez-moi dire
Que le succès comble mes vux,
Que l'Europe, que ma patrie
Apprennent que Vasco vainqueur,
Sur ces bords a perdu la vie
Au prix d'un éternel honneur.
LE CHOEUR
Non! non!
La mort à l'étranger!
VASCO
(Avec désespoir)
Ah! pitié pour ma mémoire
Ô vous à qui j'ai recours!
Ne prenez que mes jours,
Mais laissez-moi la gloire.
LE CHOEUR
(Entre eux)
Point de pitié!
VASCO
Tous les tourments
Que la fureur rassemble
Ont pour moi moins de cruauté,
Car c'est mourir deux fois
Que perdre ensemble
La vie et l'immortalité!
LE CHOEUR
La mort à l'étranger!
VASCO
(Avec résolution)
Eh bien,
Mourons en héros, en chrétien.
Mon Dieu, reçois-moi dans ton sein.
Ah! marchons!
LE CHOEUR
Astre qui sur nous
T'élèves brûlant,
Tu demandes à nous glaives du sang.
Qu'à frapper le fer s'apprête.
La mort!
Que l'écho vengeur répète :
La mort!
(Tous ont levé la hache
et vont frapper Vasco)
SÉLIKA
(Du haut des marches du
temple, apercevant Vasco)
Arrêtez!
VASCO
Sélika!
(À la voix de Sélika, les
soldats s'arrêtent)
Scène Troisième
(Les mêmes, Sélika, suivie de
Nélusko, du Grand Brahmine,
La Cour de Sélika)
(Sélika descend rapidement l'escalier
et d'un geste elle ordonne aux sacrificateurs
de se retirer)
NÉLUSKO
(À demi-voix à Sélika)
Vouloir le soustraire au supplice!...
LE GRAND BRAHMINE
(À voix haute)
Et, pour un inconnu,
Braver toutes les lois
Qu'aux pieds des saints autels
Vient de jurer ta voix!
CHOEUR
Oui,
Mort aux étrangers!
Et que la loi soit suivie!
LE GRAND BRAHMINE
La loi déjà fut suivie.
Jusqu'aux femmes, tous
Ont expiré sous nos coups!
VASCO
(Avec désespoir)
Inès, tu n'es plus!
(Aux sacrificateurs)
Frappez donc!
SÉLIKA
(À part avec douleur)
Ah! le cruel!
LE GRAND BRAHMINE, CHOEUR
A l'étranger, la mort!
La mort!
(Long silence)
SÉLIKA
(Prenant la main de Vasco)
Et si ce n'était pas un étranger?
VASCO
(Étonné)
Qu'entends-je?
SÉLIKA
(À voix basse)
Silence!
Et permets-moi de te sauver encor,
Tu m'oublieras après!
(S'adressant au peuple et aux prêtres)
Si, par un sort étrange
Il était notre frère?...
TOUS
(Étonnés)
Ô ciel!
SÉLIKA
Si le destin,
Par des liens que rien ne peut détruire
À moi l'avait uni?
NÉLUSKO
(À part)
Dieu! qu'ose-t-elle dire?
SÉLIKA
Oui, votre reine, esclave à la rive lointaine
(Montrant Vasco)
A vu sauver par lui son honneur,
(À Nélusko)
Et ma main, tu le sais,
Fut sa récompense.
NÉLUSKO
(Troublé)
Qui?... moi!
SÉLIKA
(À voix basse, avec véhémence)
Toi seul pourrais me démentir,
Mais songes-y...
S'il meurt, je veux mourir!
(À voix haute, se tournant vers
les prêtres et vers le peuple)
Peuple, en votre présence,
Nélusko peut l'attester encor.
LE GRAND BRAHMINE, CHOEUR
(Vivement)
Qu'il l'atteste donc
Devant tous nos dieux et sur le livre d'or.
(Sur un signe du grand prêtre, un brahme
va chercher le livre sacré, sur lequel Sélika
a prêté serment à la première scène)
Cavatine
NÉLUSKO
(D'une voix plaintive, à part)
L'avoir tant adorée,
Et dans ce jour fatal,
La voir par moi livrée
Aux bras de mon rival!
Non, non, non
Ensemble
VASCO, CHOEUR
GRAND BRAHMINE
Il tremble, il hésite.
Pourquoi donc se taire?
Abrège sa peine
Mais parle et jure.
SÉLIKA
(À Nélusko)
Toi seul, si tu jures,
Finis ma souffrance
Ah! vois mon martyre,
Mes larmes, romps ce silence.
(À part)
Il pleure!
NÉLUSKO
Encor ce sacrifice!
Mon coeur, qu'il périsse
Ainsi que mon honneur.
(Avec despoir)
Je veux, comblant sa joie,
Qu'heureuse elle me voie
Mourir de son bonheur.
(Les prêtres sont revenus avec
le livre et le présentent à Nélusko)
TOUS
Jure! Jure!
NÉLUSKO
(Soupirant et ne répondant pas)
Ah! Ah!...
LE CHOEUR
Jure!
NÉLUSKO
Eh bien, je jure devant vous
Je jure
qu'elle l'aime
Et qu'il est son époux.
TOUS
(Tous sinclinent devant Vasco)
Son époux!
NÉLUSKO
(Seul debout et à part)
Écrase-moi, tonnerre,
Termine ma misère.
Mais que l'infâme qui l'a ravie
Soit avec moi foudroyé.
CHOEUR
Brahma! Brahma, sois loué!
Ensemble
NÉLUSKO
(Pleurant)
L'avoir tant adorée
Et voir ma chère idole
À mon amour ravie,
Ô douleur!
Écrase-moi, tonnerre
Termine ma misère
C'est moi qui l'ai livrée.
Malheur sur moi, malheur sur lui!
(Nélusko sort précipitamment)
CHOEUR
Gloire à vous,
Heureux couple,
Vivez, régnez longtemps sur nous
Votre peuple.
LE GRAND BRAHMINE
Peuple, écoutez ma voix:
Les dieux de l'Indoustan,
Dont nous suivons des lois,
Veulent que l'union
Sous d'autres cieux jurée
Soit, devant nos autels,
À jamais consacrée.
SÉLIKA
(S'approchant de Vasco qui vient
de tressaillir, lui dit à voix basse
et avec douleur:)
Ne crains rien...
LE GRAND BRAHMINE
Avant de nous rendre à l'autel
Invoquons nos dieux révérés.
Qu'à leur trinité sainte
S'adressent tour à tour
Les trois hymnes sacrés
Que la main de Brahma
Grava dans cette enceinte.
(Il montre les tables de la loi
incrustées dans la muraille. Lentement)
Peuple, prosternez-vous!
(Il fait signe à Sélika et à
Vasco de s'agenouiller)
Morceau d'ensemble
LE GRAND BRAHMINE
Brahma! Wischnou! Shiva!
Gloire à vous!
(A Sélika et à Vasco)
Buvez tous deux ce philtre saint
Où du soleil vit la puissante flamme.
Rendez hommage au dieu Brahma
Qui lui donna de vous embraser l'âme.
(Le peuple à genoux en prière. Ici
entrent deux prêtres portant des coupes)
Le Dieu d'amour verse dans vos sens
Ce charme pur et ces désirs de flamme,
Lien des âmes
Dont l'attrait divin unit les curs
Dans le bonheur et les larmes.
(À Vasco en lui donnant la coupe)
Bois, étranger,
Si tu veux posséder le trésor
Que Brahma rend à nos vux.
(À Sélika)
Bois à ton tour: et du bûcher, sans crainte
Auprès de lui tu braveras les feux.
(À Vasco et à Sélika)
Vous, priez tout bas.
(Aux prêtres et au peuple)
Nous, allons à l'autel chanter
De nos dieux l'hymne solennel.
Brahma, Wischnou, Shiva!
Gloire à vous!
CHOEUR
Brahma! Wischnou! Shiva!
Gloire à vous!
Grands dieux, daignez bénir
Ces époux.
(Le grand Brahmine, les prêtres et
tout le peuple se rendent solennellement
en procession au temple de Brahma)
Scène Quatrième
(Sélika, Vasco)
SÉLIKA
(À voix basse à Vasco)
Le vaisseau de don Pédro est brisé.
VASCO
(À voix basse, presque parlé, chancelant
et cherchant en vain à retrouver ses idées)
Je le sais.
SÉLIKA
Et tous ses compagnons immolés.
VASCO
Je le sais.
SÉLIKA
Mais d'ici l'on peut voir encor ton navire,
Où tes amis par toi quittés
Impatients, t'attendent.
VASCO
Je le sais.
(Sélika court vers la coulisse,
pour voir si le cortège a disparu)
SÉLIKA
(À demi-voix)
L'hymen que ton salut
Me force de souscrire,
Vasco, tu le peux accepter sans effroi...
Car, reçu par nos dieux,
Il n'engage que moi.
Mais l'époux de la reine
Est libre et parle en maître.
Dès demain, dès ce soir peut-être,
Sur ma pirogue il peut,
Rejoignant ses amis,
(Tristement)
Fuir ces climats
Par lui découverts et conquis.
CHOEUR
(Dans la chapelle)
Brahma! Wischnou! Shiva!
Gloire à vous!
VASCO
(À part d'une voix étouffée)
Où suis-je?
Quelle extase m'inonde de plaisir?
Des maux que je souffrais je perds le souvenir...
Je vois un océan de pourpre
et de clartés et de brûlants désirs
Mes sens sont agités!
Duo
SÉLIKA
Eh bien, fuis loin de nous,
Cruel, avec ta gloire,
Laisse-moi le malheur.
VASCO
À toi, reine,
Le malheur!
SÉLIKA
(Avec douleur)
Tu n'as jamais compris
Qu'on puisse aimer,
Souffrir et mourir de sa peine!
VASCO
Qu'entends-je?
Et quelle erreur
Fut si longtemps la mienne?
Quel voile te cachait à mes yeux?
SÉLIKA
(Tristement)
Le mépris.
VASCO
(Passionnément)
Tais-toi! C'est blasphémer!
Jamais nulle mortelle
À mes regards charmés
ne s'offrit aussi belle,
Et de ton il de feu
la dévorante ardeur,
Comme un rayon de flamme
A passé dans mon cur!
Te quitter à présent...
C'est impossible...
Non, jamais!...
SÉLIKA
(Tristement)
Erreur fatale!
Ne m'as-tu pas déjà vendue à ma rivale?
VASCO
Ah! ne m'accablez pas!
Ô reine, je suis à vous genoux.
(Très doux)
Ô Sélika, pardonne à ton époux.
SÉLIKA
(Cri d'ivresse)
Toi, mon époux! ah!
(Sélika, hors d'elle-même, ne peut croire
à tant de bonheur; elle craint d'avoir mal
entendu: elle veut parler, mais son émotion
est trop grande; enfin elle fait un effort, et
d'une voix suffoquée elle dit les mots suivants)
Ensemble
SÉLIKA
Ô transports, ô douce extase
Dont frémit mon cur enivré.
Feu divin, qui m'embrase,
Des mortels bonheur ignoré,
Bonheur suprême,
Plaisir des cieux!
Je me sens au ciel ravie
Sous tes baisers!
Aimer c'est la vie.
VASCO
Ô transports, ô douce extase
Dont frémit mon cur enivré.
Feu divin qui m'embrase,
Des mortels bonheur ignoré.
Le ciel nous donne sur la terre
L'amour dont s'enivrent les dieux.
Sous tes baisers!
Aimer c'est la vie.
VASCO
(Avec tendresse)
Ô ma Sélika, vous régnez sur mon âme.
SÉLIKA
Ah! ne dis pas ces mots brûlants.
Ils m'égarent moi-même.
VASCO
(Avec chaleur)
Devant ton Dieu, devant le mien,
Sois ma femme!
SÉLIKA
Ta femme! Songes-y bien!
Car moi, moi ton épouse,
Je le sens, je serai jalouse
De tout!... même du souvenir
De celle qui n'est plus,
Et qu'il faudrait bannir.
En aurais-tu la force?
VASCO
Oui, près de toi,
Sélika, j'oublierai tout.
SÉLIKA
(D'un air méfiant)
Quoi tout?
(Avec une agitation toujours croissante)
Tu le jures devant ton Dieu?
VASCO
Je le jure devant mon Dieu.
SÉLIKA
À moi!... toujours à moi!...
(Sélika se jette en pleurant
dans les bras de Vasco)
Ensemble
Ô transports, ô douce extase
Dont frémit mon coeur enivré.
Feu divin qui m'embrase,
Des mortels bonheur ignoré.
Le ciel nous donne sur la terre
L'amour dont s'enivrent les dieux.
Contre mon coeur, quand je te presse
Je vois des pleurs dans tes yeux!
Je me sens au ciel ravie.
Sous tes baisers, aimer c'est la vie!
Scène Cinquième
(Les mêmes, le Gran Brahmine et le peuple)
(Le temple de Brahma s'ouvre, le grand
Brahmine et le cortège en sortent, le prêtre
étend les mains en signe de bénédiction sur
Vasco et Sélika)
LE GRAND BRAHMINE
Divine trinité redoutable au parjure,
De ces époux reçois les vux.
Soyez unis! soyez heureux!
LE CHOEUR
Soyez unis! soyez heureux!
(Le cortège se disperse, les femmes entourent
Sélika et apportent des vêtements et des
bijoux pour la toilette de la mariée. Les
Indiennes dansent devant Sélika pendant
qu'elle se pare)
LE CHOEUR
Remparts de gaze,
Cachez l'extase
Qui les embrase
En ce beau jour!
Douce espérance
Brille et d'avance
Dans le silence
Et dans l'amour!
Ensemble
(Vasco contemple la reine avec
amour; tout à coup un chant
lointain arrive à son oreille)
LES PORTUGAISES, INÈS
(De loin dans la coulisse)
Adieu mon beau rivage,
Je ne vous verrai plus.
Amis de mon jeune âge
Hélas! hélas! adieu.
VASCO
(Tressaillant de surprise)
Est-ce un prodige? une magie?
Inès, ton ombre fidèle
Dans les airs m'adresse-t-elle
Encor ses derniers adieux?
(Vasco s'élance à la recherche de la voix;
dans ce moment les danseuses lui montrent
Sélika qui l'attend)
LE CHOEUR
Remparts de gaze,
Cachez l'extase,
Qui les embrase,
En ce beau jour!
(D'autres danseuses entraînent Vasco
vers Sélika, qui en ce moment se dirige
vers l'appartement à gauche, sous les
voûtes de gaze, formées par les voiles
des bayadères)
INÈS
(Plus lent et très loin)
Adieu, mon beau rivage.
LES PORTUGAISES
Adieu!
ACTE
CINQUIÈME
Tableau 1
(Le théâtre représente les jardins de la
Reine. Arbres des tropiques; masses de
fleurs et de fruits. À gauche l'entrée du palais)
Scène Première
(Sélika et Inès)
(Sélika entre avec Inès, entourée de soldats)
SÉLIKA.
Ciel! Il est donc vrai!
Quoi, lui, Vasco!
Déjà trahie, déjà trompée!
Ingrat, voilà donc ses serments?
INÈS
Daigne m'entendre!
SÉLIKA
Non, un instant avilie,
J'ai repris tous mes droits, et ce n'est plus ici
L'épouse, mais la reine
une reine outragée,
Qui redevient ton juge et qui sera vengée!
INÈS
Pitié, pitié pour lui!
SÉLIKA
Qui donc est si hardi
Que d'élever la voix devant sa souveraine?
Toi, redoute un courroux que je retiens à peine.
Qu'il s'éloigne à l'instant. Je le veux!
Duo
SÉLIKA
(Se tournant vers Inès)
Avant que ma vengeance ordonne ton supplice,
Approche, esclave, et réponds-moi.
Par quelle trahison et par quel artifice,
Le perfide était-il, en ces lieux, près de toi?
INÈS
Mourante, je fuyais, il s'offrit à ma vue.
SÉLIKA
Et que te disait-il, tremblant et l'âme émue?
INÈS
Il disait que l'hymen venait d'unir vos jours,
Qu'à vous étaient son existence,
Ses serments, sa reconnaissance!
SÉLIKA
(Avec dépit)
Et pourtant il t'aime toujours!
INÈS
Non!... Que votre cur lui pardonne.
N'écoutant que l'honneur, hélas!
Il m'abandonne,
Il me fuit à jamais!
SÉLIKA
(Avec douleur)
Et pourtant il t'aimera toujours!
INÈS
À vos yeux, si tel est son crime,
Tombe sur moi votre courroux.
(Avec une grande animation)
Il est juste, il est légitime,
Et je l'implore à vos genoux.
Oui, c'est ma seule prière :
Quand on n'a plus de bonheur
Sur cette terre,
À des maux sans espoir,
Quand nos jours sont livrés,
Vienne la mort!...
(Tombant à genoux)
Frappez! frappez!
(Étonnée)
Vous pleurez?
SÉLIKA
Hélas! il doit l'aimer toujours!
INÈS
(Avec désespoir)
Voilà, voilà tous mes tourments.
Je vous l'ai dit, voilà mon crime.
Vengez-vous, frappez la victime,
Délivrez-la de ses tourments.
SÉLIKA
(À part)
Voilà, voilà tous mes tourments.
Pauvre fille, pauvre victime!
Comment, hélas! lui faire un crime
De tous les maux que je ressens?
SÉLIKA
Tu sens donc en pensant à celui qui t'est cher?
INÈS
Et l'amour et la haine en mon âme indécise!
SÉLIKA
Et tu sens là... comme un main de fer?
INÈS
Oui, qui me torture et me brise!
INÈS
Voilà, voilà tous mes tourments,
Je vous l'ai dit, voilà mon crime.
Ah! frappez, frappez la victime,
Délivrez-la de ses tourments.
Voilà tout ce que je ressens.
SÉLIKA
Voilà, voilà tous mes tourments.
Ah! pauvre fille, pauvre victime!
Ah! pauvre fille, pauvre victime!
Oui, tous ces maux je les ressens.
Voilà, voilà tous mes tourments.
INÈS
Eh bien, venge-toi,
Frappe-nous tous les deux!
SÉLIKA
Le frapper? moi sa sur, son amie,
Qui pour le rendre heureux
Aurais donné ma vie.
(Réfléchissant)
Et si pour son bonheur je pouvais le fuir!
INÈS
(Chaleureusement)
Je le repousserais, car il est ton époux,
La mort seule, chez nous,
Brise de pareils nuds.
SÉLIKA
Il va donc la désirer.
Ô comble de misère!
Hélas!
Ô longue souffrance,
Qui déjà commence!
Et mon cur balance
À s'en délivrer.
Dieu qui vois mes peines,
Pour briser mes chaînes
Daigne m'inspirer.
INÈS
Toi qui vois ses peines,
Pour briser ses chaînes
Inspire-la!
SÉLIKA
Dieu qui vois mes peines,
Pour briser mes chaînes
Inspire-moi!
Scène Deuxième
(Les mêmes, Nélusko)
(Nélusko entre suivi de plusieurs soldats)
SÉLIKA
(Aux soldats, montrant Inès)
Emmenez cette femme!
(Les soldats emmènent Inès. À Nélusko)
Et toi, loin de ces lieux conduis Vasco!
NÉLUSKO
(Étonné)
Près d'elle!
SÉLIKA
(Écrivant sur ses tablettes)
Oui. Tous les deux!...
Tu vas à l'instant les conduire
Sur ce vaisseau
Qu'en mer on aperçoit encor...
NÉLUSKO
(À part)
Ô ciel!
SÉLIKA
Et puis
écoute bien :
Quand, monté sur son bord,
Il partira... remets-lui ces tablettes!
Pas avant!... tu m'entends!
NÉLUSKO
(Avec joie)
Ah! livrez-les sans crainte
Entre mes mains discrètes.
(Avec tendresse)
Ce jour heureux qui finit mes tourments,
Ô reine, te rendra la puissance et la gloire!
SÉLIKA
Et lorsque pour jamais tu verras de nos bords
S'éloigner leur vaisseau...
Viens me trouver alors
À la pointe du cap et sur ce promontoire
Qui domine les flots!
NÉLUSKO
(Avec terreur)
Ah! n'en approchez pas!
Là, s'il t'en souvient,
S'étend l'immense ombrage
Du noir mancenillier,
de l'arbre du trépas!
SÉLIKA
Je le sais!
NÉLUSKO
Malheur à l'imprudent
Qui respire ses fleurs au parfum enivrant!
Un instant il se croit aux régions célestes,
Extase mensongère et dangereux transport
Qui conduit par degrés du délire à la mort!
SÉLIKA
Je le sais, mais de ces lieux
On découvre la mer,
et c'est ce que je veux!
(Nélusko sort par la droite et
Sélika rentre dans les palais)
Tableau 2
(Le théâtre change et représente un
promontoire qui domine la mer. Un
arbre occupe le milieu de la scène)
Scène Troisième
(Sélika, seule, s'avance lentement
jusqu'au bord de la mer qu'elle
contemple quelque temps en silence)
SÉLIKA
D'ici je vois la mer, immense...
Et sans limite
Ainsi que ma douleur!
Et le flot furieux qui se brise et s'agite
Hélas! comme mon cur!
(Elle s'avance vers le mancenillier)
Ô temple magnifique! ô dôme de feuillage,
Qui balancez au loin vos funèbres rameaux!
Je viens à vous!...
Je viens chercher après l'orage
Le calme, le sommeil
Et l'oubli de mes maux
Car votre ombre éternelle
Est l'ombre des tombeaux!
La haine m'abandonne;
Mon coeur est désarmé;
Adieu, je te pardonne;
Adieu, mon bien-aimé!
(Cueillant les fleurs qui tombent
des branches du mancenillier)
Ô riante couleur!
Ô fleur vermeille et belle!
Viens sur le sein de l'épouse nouvelle!
Sois ma parure!...
Sois mon bouquet nuptial!
(Le regardant d'un air
triste, puis le respirant)
Ton doux parfum, dit-on,
Donne un bonheur fatal.
Dans les cieux entr'ouverts,
Un instant il fait vivre,
Et puis, d'un long sommeil
À jamais vous endort.
Comme l'amour il vous enivre
Et comme lui donne la mort.
Ah! l'on dit vrai...
Ma tête se trouble et s'égare
De mes sens enchantés
Quel délire s'empare!
Quels célestes accords!
Est-ce un prodige?
Que de splendeur!
À mes yeux s'entr'ouvre
La demeure des cieux,
Brahma, sur mon passage,
M'apparait radieux.
C'est lui le dieu suprême,
C'est lui, c'est son image,
Il me reçoit aux cieux!
CHOEUR
(Dans la coulisse)
Ah! ah! ah! ah! ah!
SÉLIKA
Un cygne au doux ramage
Dans un blanc nuage
Traîne un char léger.
Les houris souriantes,
Près de lui dansantes,
Viennent voltiger.
Vient-il, lui que j'adore?
Et m'aime-t-il encore?
Point ne m'oubliera!
À peine je respire,
Ô transport, ô délire!
Oui, c'est lui, Vasco!
Il vient, lui que j'adore,
Porté par ce nuage.
À mes pieds déjà
Il s'arrête, puis il monte
Et remonte, il s'élance!
Ah!
(Cri de joie)
Le voilà!
(Sélika commençant à s'endormir tombe
au pied du mancenillier. Le délire qu'elle
éprouve lutte encore en elle contre le froid
qui peu à peu l'engourdit et l'endort. On
entend un coup de canon. À ce bruit,
Sélika tressaille, ouvre ses yeux appesantis,
regarde du côté de la mer, et apercevant
le vaisseau qui s'éloigne, pousse un cri
de douleur)
Scène Quatrième
(Sélika, Nélusko)
NÉLUSKO
(Courant)
Partis, partis!
SÉLIKA
Ah! rendez-moi les cieux!
NÉLUSKO
(L'aperçoit, pousse un cri
et court se jeter à ses pieds)
Sélika, fuyons ces lieux,
Ô ma jeune maîtresse.
Aux chants des noirs esprits,
Par les fleurs enivrée, tu t'endors.
Quoi, tu veux mourir,
Ô reine infortunée.
Chère ingrate, tu voix mes larmes.
Fidèle encor à ton malheur
Je veux, moi, ton esclave,
Mourir auprès de toi.
Sélika! je t'aime!
SÉLIKA
Ah! Nélusko, fuis loin de moi,
Pardonne si j'ai voulu mourir
Et si je t'abandonne.
NÉLUSKO
Hélas!
(Effrayé)
Ô ciel,
Sa main est froide et glacée,
C'est la mort!
SÉLIKA
(D'une voix mourante)
Non. C'est le bonheur!
(Elle expire les yeux tournés vers le ciel.
Dans ce moment, une foule de peuple se
précipite sur le théâtre, mais elle s'arrête
effrayée, n'osant s'avancer sous l'ombrage
du mancenillier. Nélusko reste seul à
genoux près de Sélika qu'il soutient dans
ses bras)
LE CHOEUR
C'est ici le séjour
De l'éternel amour;
C'est ici le séjour
D'un pur amour.
(Nélusko tombe expirant aux pieds de
Sélika. Le navire paraît encore à l'horizon)
 |
ACTO
PRIMERO
(Sala del consejo del rey de Portugal, en
Lisboa. Puertas
al fondo. Puertas laterales.
A la derecha, la silla del presidente,
colocada
sobre una tarima. derecha e izquierda los
asientos de los consejeros)
Escena Primera
(Inés y Ana, entrando)
INÉS
(Muy nerviosa)
Ana, qué he oído, ¿me esperan en el consejo?
¡Debo allí comparecer a la voz de mi padre!
ANA
Se trata, me ha dicho, de un asunto importante.
INÉS
¿Qué se quiere de mí?
¡Temo y aguardo ilusionada al mismo tiempo!
¿Qué se sabe de la flota, y de mi querido Vasco?
ANA
¿Lo esperáis todavía, después de dos años?
INÉS
Lo espero.
Si dejara de anhelarlo, ¡ah, no viviría!
¡Si muere, quiero seguirle en el Más Allá!
¡Es por mí por quien Vasco, aspirando a la gloria,
participando de los trabajos del gran marino Díaz,
afrontando los vientos y las olas,
boga con él hacia nuevas tierras!
Mi mano será para él el premio de la victoria;
protegido por el amor, Vasco triunfará.
¡Volverá!
Lo siento allí
en el fondo del alma.
Su canto de adiós,
creo todavía escucharlo,
¡ese canto melodioso
doliente y tierno,
que, bajo mi balcón, la noche que me dejó,
con los ojos llorosos Vasco me cantó!
Romanza
¡Adiós, mi dulce ribera,
adiós, mi único amor!
Adiós, orillas del Tajo,
donde recibí la luz.
Para aquélla que me es tan querida
serán mis últimos anhelos.
Y tú, ligera brisa,
llévale mis adioses.
¡Amores de la infancia,
tan queridos en nuestros corazones,
sueños de esperanza
con vosotros muero!
¡Adiós mi dulce ribera,
donde recibí la luz!
¡Adiós, ribera del Tajo!
Oh, tú, mi único amor.
Escena Segunda
(Inés, Ana, El Almirante, Don Pedro)
(El almirante entra. Inés va a su encuentro)
INÉS
(Ante don Diego)
Padre mío, por vuestra orden
EL ALMIRANTE
Inés, debes saber antes,
que el consejo aquí venga a decirte,
qué glorioso esposo, en su suprema bondad,
el propio monarca se digna escoger para ti:
¡será don Pedro!
INÉS
¿Quién? ¡Él! ¡Jamás, jamás, padre mío!
(Don Pedro entra llevando
un manuscrito en la mano)
EL ALMIRANTE
El rey lo quiere, al igual que yo; ¡teme mi ira!
(Bajando la voz)
A ese brillante Himeneo, inmola un loco amor
por ese oscuro joven
INÉS
(Con ímpetu)
¡Será grande un día!
Su espíritu noble y fiero
EL ALMIRANTE
Lo ha conducido a su pérdida.
(Dirigiéndose a don Pedro)
¿Hay que creer los rumores que corrían esta
mañana, que anunciaban el fin de Bartolomé Díaz?
DON PEDRO
Sus planes han fracasado. Una tormenta,
ha estrellado sus naves contra una isla desierta.
¡El Cielo lo ha castigado, su desastre es total!
INÉS
(Vivamente)
¡Y él mismo ha perecido!
DON PEDRO
Se lo teme, se lo ignora.
INÉS
Su oficial, Vasco de Gama, ¿vive aún?
DON PEDRO
(Con asombro)
¿Vasco de Gama?
¿Pero quién se preocupa de esa desconocida gente?
Sin embargo, entre los muertos
(Busca en los papeles)
¡Mirad! ¡Aquí está!
INÉS
(Con un grito de dolor)
¡Ha muerto! ¡Ha muerto!
Terceto
EL ALMIRANTE
(A Inés, a media voz)
Por mi honor y por prudencia,
¡ocultad esa turbación, esos dolores!
O por deber, o por prudencia,
a vuestro esposo, ocultad esas lágrimas.
DON PEDRO
(A media voz)
¡Tantas penas son una ofensa,
y me indigno por aquellas lágrimas
que dejan a mi desconfianza
ver la razón de sus dolores.
EL ALMIRANTE
Con razón el amor se ofende,
por esas penas, por esos dolores.
Ocultad a vuestro esposo esas lágrimas,
y esas penas,
su amor está herido.
INÉS
Lejos de tu patria,
cuando pierdes la vida,
¡recibe de una amiga,
el lamento y las lágrimas!
Amores de la infancia,
mi única existencia,
sueños de esperanza,
¡con vosotros muero!
Sueños de amor,
mi única felicidad,
¡con vosotros muero!
(El almirante acompaña a Inés, que sale por el
fondo)
DON PEDRO
La noticia que se os trae,
¿puede así turbar sus emocionados sentidos?
(En voz baja, al almirante)
¿Creería que una pena, que un recuerdo
?
EL ALMIRANTE
¿Qué importa?
¿Se teme el recuerdo de un rival que ya no existe?
UN UJIER
(Entra)
Los miembros del Consejo entran en sesión.
Escena Tercera
(Vasco, Don Álvaro, Don Pedro, El
Almirante, El Gran Inquisidor, ocho
obispos y consejeros)
(Los miembros del Consejo de Estado entran
gravemente. Don Álvaro, el Gran Inquisidor
y
los ocho Obispos están a la cabeza del cortejo.
Don Pedro ocupa el asiento del presidente)
Concertante
GRAN INQUISIDOR, OBISPOS
Dios, que el mundo reverencia,
derrama en nuestras almas la paz.
¡Dios, que tu santa luz,
esté con nosotros para siempre!
Haz que tu gracia infinita
nos alivie el corazón.
¡Sé nuestro apoyo en la vida,
nuestro guía en este mundo, Señor!
DON PEDRO
Desde que a los españoles, nuestros eternos rivales,
Colón abrió un mundo y nuevos tesoros,
por algún audaz y rico descubrimiento
el noble Manuel, nuestro amo y señor,
quiere marcar su reinado.
EL INQUISIDOR, CORO
(Con humor)
O correr a su pérdida.
DON PEDRO
Ya el portugués, atrevido navegante,
entreviendo la posibilidad de una nueva ruta,
ha puesto la esperanza donde ruge la tormenta.
INQUISIDOR. CORO
¡Esperanza demasiado fatal!
INQUISIDOR
(Con humor)
Se ha fomentado muy pronto
atravesar los escollos de ese temido cabo.
Corre el rumor que Díaz, por las olas en furia,
ha visto en esas rocas tragada a su escuadra.
DON PEDRO
Para conocer su suerte y llevarle socorro,
el rey nos reúne...
¡Señores, dad vuestra opinión!
INQUISIDOR
¡Que el cielo nos ilumine!
TODOS
Dios, que tu santa luz
esté con nosotros para siempre.
Sé nuestro apoyo en la vida,
sé nuestro guía, señor.
DON PEDRO
Don Álvaro, ¿cuál es vuestra opinión?
DON ÁLVARO
Recemos por Díaz.
¡Dios dispuso de sus días!
DON PEDRO, CORO
¿Quién lo ha dicho?
DON ÁLVARO
Un marino, que de toda la tripulación,
escapado casi solo en el embravecido mar,
¡por el precio de sus días, disputados en el
naufragio no aspira más que al honor de ser
admitido ante vosotros!
DON PEDRO
¡Qué entre! ¿Su nombre?
DON ÁLVARO
Vasco da Gama.
DON PEDRO, ALMIRANTE
(Aparte)
¡Él! ¡Grandes dioses!
Escena Cuarta
(Los anteriores, Vasco de Gama)
(Vasco de Gama, conducido por los ujieres
y guardias del Almirantazgo, avanza al medio
del semicírculo y saluda con respeto a los
miembros del consejo. Don Pedro hace
ademán de hablar)
VASCO DE GAMA
He visto, nobles señores, ¡rodar en los abismos
a nuestro jefe, nuestros soldados!
¡Corazones valientes y sublimes!
Temblando de ira, al momento de morir,
por apreciar de lejos, a ese gigante del mar,
ese cabo de la Tempestad,
sin haberlo podido atravesar,
tocando el infierno del pie
y el cielo de su cima.
He trepado esas rocas y ese ignorado suelo
donde ningún europeo ha penetrado aún
Cuántas veces, esos desiertos y esas salvajes orillas,
esos peligrosos arrecifes y esas nuevas playas
DON ÁLVARO
Por vos, pobre desterrado, ¡ay, fueron maldecidas!
VASCO
(Con exaltación)
¡No! ¡Pero exploradas y conquistadas!
¡Por nosotros lo serán!
Lo creo en Dios que me inspira.
(Vivamente)
Que este escrito, por vosotros, señores, sea
consultado;
que el rey, gracias a vosotros, me confíe un navío,
(Animándose más)
y pronto, cruzando ese temido escollo,
os prometo el imperio del comercio y
de los mares.
¡Para vosotros, nuevos climas, ricos tesoros,
prosperidad!
EL INQUISIDOR
(Con ironía)
Y vuestra parte, para vos
VASCO
(Con entusiasmo)
Para mí, ¡la inmortalidad!
Concertante
VASCO
Sí, hubiese que perder la vida,
os prometo tener éxito,
y por mi rey, por mi patria,
¡dignaos escucharme y acogerme!
INQUISIDOR. ALMIRANTE
Por tanta audacia y locura
¡ah! la piedad viene a asirme,
y no se le puede sin burla
escuchar sus discursos.
DON ÁLVARO
Por su audacia, por su genio
sí, siento estremecerse mi corazón
y por el honor de la patria
él os promete tener éxito.
CORO
¡No!
VASCO
¡Señores!
(Vasco, que ya estaba en la
puerta para salir, da vuelta atrás)
VASCO
Aún una palabra más antes que deliberéis
y que el rey me confíe un navío,
lo puede [confiar] sin peligro, el triunfo es seguro.
Dos esclavos, que son de una desconocida raza,
en el mercado de negros me habían impresionado
en África. Están allí.
EL GRAN INQUISIDOR
¿Cuál es vuestro propósito?
VASCO
Prueban la existencia de pueblos desconocidos.
Bajo el sol de Asia, ellos no han nacido,
ni en ese nuevo mundo sometido a los españoles.
¡Vedlos!
EL ALMIRANTE
(Vivamente)
¡Hacedlos entrar!
DON PEDRO
¡Es mi parecer!
(Un sirviente, a un gesto de don Pedro,
abre la puerta y hace señal de entrar.
Selika entra primero, Nelusko la sigue a
respetuosa distancia)
Escena Quinta
(Los anteriores, Selika y Nelusko)
DON PEDRO
Esclavos, ¡acercaos!
EL ALMIRANTE
¡Cuál es vuestra tierra!
DON PEDRO
¿En estos lugares quién os ha conducido?
(Nelusko sacude la cabeza con aire huraño,
Selika aparta la vista con altivez)
EL ALMIRANTE
¡Tú no me respondes!
NELUSKO
(Con odio)
¡No! ¡No!
DON PEDRO
(A Selika)
Mujer, tu turno de hablar.
SELIKA
Se nos hizo prisioneros en los inmensos mares,
nuestra canoa, asaltada por la tormenta,
flotaba perdida, lejos de la isla de verdes palmeras.
VASCO
(Con aire triunfante)
¡Por favor! Mirad
los rasgos de este rostro,
estas vestimentas, esta tez cobriza,
desvelan un pueblo ignorado.
DON ÁLVARO
¡Es verdad!
(Todos hacen una señal de asentimiento)
EL ALMIRANTE
(Con tono imperioso)
Nombrad vuestra patria.
VASCO
¡Pero habla, Selika!
¡Soy yo quien te lo suplica!
SELIKA
¡Su dulce voz que ruega!
¡No lo resisto!
VASCO
¿La queréis?...
SELIKA
¡Muy bien!...
NELUSKO
¡Calla!
Reina, guarda la fe de tus juramentos.
Esclava que un tirano ha fijado a su cadena,
¿no eres ya soberana, para estar en grilletes?
(Con exaltación)
Por los dioses que nuestra isla adora, por Brahma,
¡ah, no traiciones a tu pueblo, reina Selika!
DON PEDRO
(A Selika)
¿Tu patria, escuchas?
Mujer, hablo supremamente;
es necesario hacérnosla conocer finalmente.
SELIKA
(Con arrogancia)
¡Nombrártela! Jamás la conocí,
el esclavo no la tiene.
NELUSKO
(Con energía)
Cuando regateáis un buey para el trabajo,
siempre que tenga el tamaño,
que rudamente, cada día trabaja,
¡de su tierra jamás os informáis!
(Con una finta sencillez y un aire burlón)
¿Qué os importa la procedencia de un hombre,
que no es para vosotros más que una bestia?
DON PEDRO
¡Qué indomable orgullo!
VASCO
¡Inútiles esfuerzos!
Ellos no hablarán
sin embargo todo revela
que vienen de más lejos que África, y de las orillas
donde jamás el océano ha llevado nuestra vela.
Esas tierras desconocidas, las quiero descubrir;
entregadme los medios para conquistároslas.
DON PEDRO
Está bien. Retiraos, ¡ya que el consejo comienza!
(Vasco se inclina y sale.
Selika y Nelusko lo siguen)
Escena Sexta
(Los anteriores, excepto Vasco)
DON ÁLVARO
(Vivamente)
¡Hay que, con entusiasmo, secundar su valentía!
EL ALMIRANTE
¡Hay que con piedad sonreír a su demencia!
DON ÁLVARO
Es un bravo oficial.
EL ALMIRANTE
(Con ironía)
¡Un hábil intrigante!
DON ÁLVARO
¡Que no quiere más que la gloria!
EL ALMIRANTE
¡O su ascenso!
CORO
Es un bravo oficial, un hábil intrigante
que no quiere más que la gloria o su ascenso.
EL INQUISIDOR
(Con una dulzura hipócrita)
¡Que se delibere con calma
y que el cielo os ilumine!
DON ÁLVARO
¡Sea!
Veamos primero esos mapas, esos dibujos,
esos documentos que os ha entregado.
DON PEDRO
(Hojeando los papeles que le ha entregado Vasco)
¡Leamos!...
(Aparte)
¡Qué veo! ¡Oh, cielos!
¡Aquella luz de pronto brilla en la sombra
y puede guiar nuestro paso!
EL ALMIRANTE
¡Confiar nuestras naves, tesoros y soldados
a ese presuntuoso que nada ha dado a conocer!...
UNA PARTE DE LOS CONSEJEROS
(Con lástima)
¡Un insensato, sin duda!
DON ÁLVARO
(Con fervor)
¡Un gran hombre, quizás!
EL INQUISIDOR
El consejo no sabría escuchar a un impío.
DON ÁLVARO
¡Un impío!
¡Porque a él un nuevo mundo se ha revelado!
EL INQUISIDOR
Sostener que existe es flagrante herejía,
¡pues en nuestros santos libros, no está indicado!
DON ÁLVARO
Y Cristóbal Colón, ¡que desafió el anatema
!
EL INQUISIDOR
Y vos, joven insensato,
¡que vos mismo blasfemáis!
DON ÁLVARO
¡Defiendo mi patria!
EL INQUISIDOR
¡Y ofendéis a Dios!
Sin leer esos escritos,
¡que sean entregados al fuego!
TODOS
¡No! ¡No! ¡Sí, sí! ¡Al fuego!
Concertante
DON ÁLVARO
LOS JÓVENES CONSEJEROS
(Con una voz ahogada por la ira)
Del ultraje, del insulto,
de estos gritos, de este tumulto,
me río, y no consulto
más que al honor y el deber.
DON PEDRO, EL INQUISIDOR
ALMIRANTE, VIEJOS CONSEJEROS
¡Temerario! ¡Temerario!
Ante mí sabed callar,
o temed mi ira
y mi rango y mi poder.
Concertante
(En gran tumulto se dirigen a don Pedro)
¡A votación! ¡A votación! ¡A votación!
EL INQUISIDOR, LOS OBISPOS
Dios, que el mundo reverencia,
derrama en nuestras almas la paz.
CORO
¡Sé nuestro apoyo en la vida,
sé nuestro guía, Señor!
(Los ujieres recogen el voto de cada
asistente durante este estribillo)
Escena Séptima
(Los anteriores, Vasco, D. Pedro)
DON PEDRO
(Gravemente, dirigiéndose a Vasco)
El consejo soberano, que por el rey manda,
en el nombre de los intereses colocados entre sus
manos, ha rechazado vuestra petición
y vuestros proyectos, como insensatos.
VASCO
(Con indignación)
¡Insensatos! Decís.
Es así que hace no mucho,
por su propia tierra, rechazado como yo,
Cristóbal Colón ese inmortal genovés
a quien hoy se reverencia,
(Con ironía)
¡por los sabios de entonces
fue tildado de insensato!
D. PEDRO, ALMIRANTE
EL INQUISIDOR
¡Silencio, temerario!
VASCO
(Con ira)
No, no, yo hablaré.
¡A mi vez os juzgo, y os censuraré!
¡Que la gloria de la patria,
por vos indignamente traicionada,
un día recaiga sobre todos vosotros,
(Con furia)
vosotros, tribunal!
¡Ciego, envidioso y celoso!
Concertante
(Salvo don Álvaro)
¡La muerte para el insolente!
DON ÁLVARO
¡Indulgencia y perdón!
EL INQUISIDOR
¡Por semejante ultraje, eterna prisión!
VASCO
¡Sí! Tenéis razón, ¡convertíos en mis verdugos!
(Con una voz ahogada por la ira)
Vosotros que teméis la luz,
¡encerradla en los calabozos,
por miedo a que, a pesar de vosotros,
ella os ilumine!
Concertante
CORO
¡Impío e infiel,
y rebelde insolente!
¡Su suerte depende de nosotros!
¡Que se le juzgue al instante!
DON ÁLVARO
Vasco, joven imprudente:
piensa que en este instante
sólo de ellos depende tu suerte;
¡teme su resentimiento!
VASCO
De impío y de rebelde,
en vano, soy tratado;
de antemano, los convoco
a la posteridad.
Para unir la envidia
y su vano furor,
¡tengo para mí la patria
y el porvenir vengador!
DON ÁLVARO
De impío y de rebelde
en vano es tratado.
De antemano él los convoca
a la posteridad.
D. PEDRO, EL ALMIRANTE
EL INQUISIDOR
Impío e infiel
y rebelde insolente,
de nosotros su suerte depende,
¡que se le juzgue al instante!
¡Y que en su enojo
el cielo vengue por nosotros
la majestad de las leyes,
la justicia y nuestros derechos!
EL INQUISIDOR
LOS OCHO OBISPOS
Por nuestra voz, Dios mismo,
lleno de un justo enojo,
¡os lanza el anatema
!
¡Anatema sobre vos!
Concertante
VASCO, DON ÁLVARO
¡Tribunal ciego y celoso!
CORO
¡Al rebelde lanzamos el anatema!
ACTO
SEGUNDO
(Calabozo de la Inquisición en Lisboa.
Al fondo, a la izquierda, un banco. En
medio un pilar macizo; sobre ese pilar
un mapa geográfico)
Escena Primera
(Vasco, durmiendo sobre el banco; Selika)
SELIKA
(Mirando a Vasco)
¡Siempre su sueño agitado
por ensueños de gloria y de inmortalidad!
(Aproximándose a él y mirándolo)
Desde hace un mes entero,
en estos sombríos calabozos,
nadie, excepto yo, piensa en ti,
amo.
(Animándose)
En ti
que no escuchas
ni mi lamento ni mis sollozos...
¡y que quizá por ello
me desprecias!
VASCO
(Soñando)
¡Oh, mi patria!
Mi dulce compañera
SELIKA
¡Escuchemos! ¡Me estremezco!
VASCO
(Del mismo modo)
¡Inés, mi única amiga!
SELIKA
¡Inés
! ¿Qué he oído?
El amor que siento,
¡él lo siente por otra!..
¡Ah! ¡Es demasiado tormento!
¡Ay!
Que estos dulces estribillos,
de las lejanas orillas,
calmen tus penas.
Aria del Sueño
(abanicando a Vasco)
Sobre mis rodillas, hijo del sol,
vencedor en la inquietud;
el fresco loto sobre ti vierte
los encantos de un dulce sueño.
La torcaz arrulla;
la brisa resuena;
la estrella centellea en la oscuridad;
el bengalí da
su canto en la noche.
Descansa en paz, en ese sombrío bosque.
Sobre mis rodillas, hijo del sol,
vencedor en la inquietud;
el fresco loto, de un dulce sueño
sobre ti vierte
(Mira si Vasco duerme)
¡Qué dulce sueño!
Ay, ay, mi corazón se debilita;
lágrimas mías, no me traicionéis.
(Con una expresión dolorosa)
¡Ah! ¡Si el mar me hubiese tragado
cuando la tormenta me arrastró!
(Animándose más)
¡No habría dado mi vida,
al amo extranjero que duerme allí!
¡Apaga, Brahma,
las llamas de mi corazón
que provocan, ay, mis males...
y mi felicidad!
VASCO
(Soñando)
¡La tormenta se aproxima, compañeros!
SELIKA
(Con ansiedad)
Se despierta
cantemos rápido:
(Vuelve a tomar su abanico)
Sobre mis rodillas, hijo del sol,
duerme entre el verdor...
para mecer mejor tu dulce sueño
la ola sisea.
(Mira a Vasco)
Duerme en paz.
(Con una voz ahogada)
¡Ah! ¡Sucumbo!
¡Ay! Sufro, vacilo.
(Llorando)
¡Dolor mortal!
(Con gran vehemencia
y delante de la escena)
¡A pesar de que añoro apenas,
junto a ti, mi dulce tierra,
y mi palacio de soberana,
y en mi corazón traiciono a mis dioses!
¡Ay, te amo!
¡Mi bien supremo,
ay, eres tú!
(Fuera de sí, se vuelve hacia Vasco, lo
contempla, inclina su cabeza hacia él y
sus labios van a rozar su frente cuando de
la puerta de la izquierda sale Nelusko sin
ser visto por ella. Selika oculta su cabeza
entre sus manos, llorando)
Escena Segunda
(Los anteriores, Nelusko)
(Nelusko entra lentamente)
SELIKA
(En voz baja)
¡Nelusko!
NELUSKO
(En voz baja, entrando dormitando
y con la mirada baja)
Por el honor de nuestra soberana,
¡es necesario, por ella y por mi odio!
(Acercándose)
Es él. ¿Qué veo?... Él dormita...
(Fríamente)
No, no tengo derecho;
no quiero golpear a un enemigo que duerme
(Sacando un puñal)
No importa, ¡es necesario!
(Avanza hacia Vasco)
SELIKA
(Arrojándose ante Nelusko)
¡Oh, cielos! ¿Qué quieres hacer?
¡Es un prisionero como nosotros!
NELUSKO
Es un cristiano, los detesto a todos.
SELIKA
(Con tono de reproche)
Fue nuestro salvador, ¡él está allí sin defensa!
Es a él que debo, en nuestra triste suerte,
el encontrar junto a ti la adorada patria;
¡tu reina separada de ti, sin él,
sería más triste aún!
Y tú, noble guerrero, manchando tus manos
con semejante crimen,
¿quieres herir en el corazón
a este magnánimo amo?
NELUSKO
¡Lo quiero! ¡Lo debo!
¡Aborrezco a ese cristiano!
SELIKA
(Con intención)
¡Qué! ¿No hay otros motivos
?
NELUSKO
Quizá.
SELIKA
(Con dignidad)
¡Termina
!
NELUSKO
¡No puedo!
SELIKA
¡Te lo ordeno, lo quiero!
Aria
NELUSKO
Hija de reyes, ¡para ti el homenaje
que te debe mi fidelidad!
¡Ni la desgracia, ni la esclavitud,
quitan nada a tu majestad!
(Inclinándose con una voz sumisa)
Veo, en la gran isla,
en nuestros prósperos días,
a nuestros sacerdotes y guerreros
ante ti prosternados.
Pero la frente que en otro tiempo llevó la
diadema no debe inclinarse
más que ante Dios mismo.
(Con vehemencia)
¡Pero cuando en esta prisión
(Mostrando a Vasco)
junto a un enemigo!
SELIKA
(Vivamente)
¡Nelusko!
NELUSKO
(Encontrando una mirada
irritada de Selika; con tono sumiso)
¡Perdón!
Hija de reyes, ¡para ti el homenaje
que te debe mi fidelidad!
¡Ni la desgracia ni la esclavitud
quitan nada a tu majestad!
(Mostrando a Vasco, con una voz ahogada)
Pero por él, por Vasco, ese cristiano,
reina, piénsalo bien
Cuando el amor me arrastra,
o bien cuando el odio,
ardiente y súbito,
me tiene en vilo,
¡en mis sentidos fermenta,
devoradora llama,
que, en nuestra tierra, aumenta
a los fuegos del sol!
(A media voz)
Existe un secreto
que he creído descubrir.
(Mostrando a Vasco)
Muy bajo lo he jurado,
¡éste debe perecer!
SELIKA
¡Nelusko!
NELUSKO
Temiendo mi cólera,
¡que tiemble por su suerte!
SELIKA
¡Por piedad!
NELUSKO
(Mirando a Selika que le
suplica con las manos juntas)
¡Ya que para él, tu ruego
es una sentencia de muerte!
(Avanzando hacia Vasco para herirlo)
SELIKA
(Tomando la mano de Vasco y apretándola)
Amo, despiértate.
(Nelusko se detiene y oculta su puñal)
VASCO
(Despertándose)
¿Qué sucede?
SELIKA
(Perturbada y confundida)
¡Tu comida!
Que te traía tu fiel esclavo.
VASCO
Está bien.
(A Nelusko)
Déjanos.
(Viendo que permanece inmóvil)
¿Me oyes?
NELUSKO
¡Sí, oigo!
(Nelusko se retira lentamente.
Llorando aparte)
¡Oh, Brahma! ¡Dios poderoso,
amo de los cielos y de la tierra,
admitís que sea servido por ella!
Escena Tercera
(Vasco, Selika)
VASCO
(Avanzando)
En vano su impotente rabia
me encadena en estos tenebrosos lugares.
¡Quiero, venciendo mi esclavitud,
volver a ver a Inés! Volver a ver los cielos.
SELIKA
¡Venid a sostener mi valor,
dioses protectores de mis antepasados!
¡Expulsad de mi corazón su imagen,
y ocultad mi pena ante sus ojos!
(Vasco ha recaído en su ensueño; después
se levanta y contempla el mapa que está
dibujado en el muro, donde están trazadas
las costas de África desde el estrecho de
Gibraltar hasta el cabo de Buena Esperanza.
Él mira el dibujo que acaba de trazar)
VASCO
(Mirando siempre el mapa)
Terrible y fatal promontorio,
que nadie ha podido doblar aún,
¡de cruzarte tendría la gloria!
(Indicando en el mapa el punto del cabo)
De aquel lado
SELIKA
(Que se ha acercado, mira
tras su hombro. Vivamente)
¡No, no!
VASCO
(Asombrado)
¿Por qué?
SELIKA
¡Es correr a la muerte!
VASCO
¿Qué dices?
SELIKA
¡Pero por allí!.. A la derecha...
hay una isla, una isla inmensa...
VASCO
(Sorprendido, con voz ahogada)
¡Oh, cielos!
SELIKA
¡Tierra preferida de los dioses!
VASCO
¡Finaliza!
SELIKA
Es desde allí que mi frágil canoa, sorprendida
por el tifón en un mar tranquilo, largamente
golpeada por las furiosas olas, fue al fin
arrastrada hacia el suelo de la esclavitud
VASCO
(Con entusiasmo)
¡Triunfo, lo había dicho!
Sí, allí está el paso.
¡Gracias a ti estoy seguro!..
¡El cielo colma mis ruegos!
Concertante
VASCO
(Estrechando a Selika en sus brazos)
¡Cuán querida me eres,
ángel tutelar,
por quien la luz
finalmente me llegó!
¡Oh, inmenso servicio,
que en su constancia,
mi agradecimiento
nunca olvidará!
SELIKA
(Aparte, embriagada de felicidad)
¡Qué! ¡Le soy querida!
¡Oh, dulce luz,
que de pronto me ilumina,
inesperado día!
Él me ama, tengo la certeza
y llena de esperanza.
¡Ah! ¡Mi corazón se lanza
embriagado de amor!
(Durante el fin del conjunto, la puerta
del calabozo se ha abierto, don Pedro e
Inés han entrado en el momento en que
Vasco tiene a Selika en sus brazos)
Escena Cuarta
(Los anteriores, Inés, la dama de
compañía, D. Álvaro, D. Pedro y Nelusko)
(La puerta del fondo se abre, Inés, la
acompañante, don Pedro y don Álvaro entran)
DON PEDRO
(A Inés, mostrándole a Vasco y a Selika)
Nos lo habían dicho...
y el propicio azar nos da la prueba.
VASCO
(Fuera de sí)
¿Creeré en mis ojos?
¡Inés, mi bien amada
!
SELIKA
(Aparte, con furor)
¡Ella!... ¡Inés!... ¡Aquí!
(Selika quiere avanzar hacia Inés,
Vasco la detiene con la mano. Selika
mira a Inés con un sentimiento de envidia,
y dice aparte mirando sus propias manos)
¡Qué blanca es
!
Y qué frío se desliza en mis venas.
(Inés avanza hacia Vasco, quiere
hablar pero la emoción lo impide,
luego ella hace un esfuerzo y dice)
INÉS
(Con una voz ahogada por los suspiros)
¡Me había enterado que para siempre,
en las tinieblas, languidecías!
¡Pero tu perdón está comprado!
¡Y te entrego la libertad!
VASCO
(Con alegría)
¡La libertad!
INÉS
¡Sí!
Lee este escrito.
(Entregándole un pergamino revestido
de un sello real. Con esfuerzo)
La orden es formal.
¡Ve!
VASCO
¡Oh, cielos!
INÉS
(Con fervor)
Y ahora nos separamos para siempre.
¡Ay! Debo irme. ¡Adiós!
(Inés va hacia don Pedro
y lo conduce para salir)
Vamos, salgamos.
VASCO
No, he adivinado, visto vuestras sospechas;
(Mostrando a Selika)
esta esclava...
INÉS
Comprada por vos en África.
VASCO
(Vivamente)
No es nada más que mi esclava...
y vuestra irritada alma
con una palabra se apaciguará.
¡Es vuestra, Inés!
SELIKA
(Con un grito de dolor)
¡Ah! ¡Cruel! ¡Ingrato!
VASCO
Os la cedo,
os la doy.
NELUSKO
(Con ansiedad)
¿Y yo?
VASCO
Tú igual, ¡síguela!
(Con entusiasmo)
Y mi corazón y mi sangre,
todo lo que poseo,
¡por una sola mirada de sus ojos!
SELIKA
(Aparte)
¡Ah! ¡Cruel!
INÉS
(De la misma forma)
¡Desdichado!
(Vasco quiere preguntar a
Inés, pero ella se da la vuelta)
Concertante
INÉS
Sólo a mí me ama, y yo dudaba.
¡Ah, qué destino, qué horrible golpe!
Mi voz se apaga, ¡un espeso velo
acaba de oscurecer mis ojos!
VASCO
La suerte pone fin a mi desgracia.
Cuando veo sus bellos ojos
de pronto brilla en mi corazón
como un reflejo de los cielos.
ÁLVARO, LA ACOMPAÑANTE
¡Por ella, ay, ah, aquel destino,
aquel horrible golpe acaba de agobiarle,
¡él la ama tanto! ¡Ella dudaba!
¡Ah! ¡Pobre Inés, qué horrible golpe!
Su voz se apaga, un espeso velo
acaba de oscurecer sus ojos.
SELIKA
¡Oh, justo cielo, qué dolor!
El traidor insulta a mi desgracia.
¡Él me ha vendido a esa Inés!
¡Oh, crueldad, sangriento desprecio!
Siento la vergüenza y el furor
abrasarme con todos sus fuegos.
NELUSKO
¡Por fin la suerte, a su favor!
Ha roto pues sus lazos.
Sé firme y fiera en tu dolor,
huyamos lejos de estos lugares.
DON PEDRO
Por fin la suerte, a su favor,
acaba de complacer mis ardientes deseos,
voy a disfrutar del furor
de este ambicioso rival.
DON PEDRO
(A Vasco)
¡Negocio concluido! ¡Aceptamos!
(Mostrando a Selika y a Nelusko)
A ambos os los pago...
(A Inés)
Y ahora partamos.
VASCO
(Asombrado)
¿Qué decís?
DON PEDRO
(Con orgullo y énfasis)
La paternal bondad del rey
confía a mis talentos,
o al menos a mi fervor,
la gloria de tentar ese atrevido paso
donde más de un loco
orgullo hasta ahora fracasó.
VASCO
(Con indignación)
¡Vos! ¡A quien he entregado,
por una insensata mano,
los frutos de mis peligros,
mis labores, mi pensamiento!
DON PEDRO
Vanos proyectos...
caídos en la llama y en el olvido.
VASCO
¡Gloria que me pertenece
y que hurtáis!...
NELUSKO
(En voz baja a don Pedro)
La obtendrás por mí.
Condúceme sobre tu borda,
y te serviré de guía y de piloto.
DON PEDRO
(Mirándolo y a media voz)
¡Pensaba bien comprándote!
(A Vasco, en voz alta)
El rey
me ha nombrado gobernador
de las regiones descubiertas por mí.
NELUSKO
(Con ironía)
¡Por anticipado!
DON PEDRO
Hoy mismo,
mi escuadra apareja.
(A Inés/
Vamos, salgamos de aquí;
vuestra mano.
VASCO
¿Con qué derecho?
DON PEDRO
Con aquél
que a los pies de los santos altares
he recibido de Dios mismo.
VASCO
(A Inés)
¿Qué dice?
INÉS
(A media voz a Vasco, con dolor)
Por vos a quien se llamaba infiel,
y para sustraeros de los horrores
de esta eterna prisión,
mi mano le he entregado
VASCO
(Con un grito de dolor)
¡Ah!
INÉS
(Con una voz lánguida)
¡Y lejos de vos, muero!
VASCO
¡Anatema sobre la infame
y desgracia sobre mí!
Concertante
INÉS
Inmóvil, de sorpresa,
de dolor su corazón se destroza.
He traicionado la fe prometida,
¡he perdido toda mi felicidad!
Pero el honor habla y reclama,
está hecho, soy su mujer.
Anatema y desgracia
sobre mi cabeza.
SELIKA
Inmóvil, de sorpresa,
de dolor mi corazón se destroza,
Y el ingrato que me desprecia,
no sabría ver mi dolor.
Pero ella es la mujer de otro,
y la rabia que lo enciende
¡hace renacer en mi alma
la felicidad!
LA DAMA DE COMPAÑÍA
Inmóvil, de sorpresa,
de dolor su corazón se destroza.
A sus leyes está ella sometida,
¡don Pedro es su marido!
Está hecho, ella es su mujer,
que un rival en vano reclama,
el Cielo deja en su alma
las penas y el dolor.
VASCO
El alma indecisa, inmóvil,
de sorpresa, rechazada,
¡cómo creer que ella rompe
los juramentos hechos por el honor!
Sin embargo, él lo proclama,
él lo ha dicho, ella es su mujer;
¡anatema sobre el infame,
y desgracia sobre mí!
DON ÁLVARO
Inmóvil, de sorpresa,
de dolor su corazón se destroza,
a sus leyes ella está sometida,
¡don Pedro es su marido!
Está hecho, ella es su mujer,
el cielo deja en su alma
las penas y el dolor.
NELUSKO
Nuestro Dios nos favorece,
su venganza ya destroza
al cristiano que desprecio
y me río de su dolor.
(Mostrando a don Pedro)
Y ese otro, ese infame,
que el orgullo de antemano inflama
que tema de mi alma
la venganza y el furor.
DON PEDRO
Inmóvil de sorpresa,
de dolor su corazón se destroza.
A mis leyes ella está sometida,
¡y soy yo quien es vencedor!
Está hecho, ella es mi mujer,
que un rival en vano reclama.
Yo desafío en mi alma
su venganza y su furor.
INÉS
(Muy emocionada)
¡Escuchadme, Vasco!
SELIKA
(Con celos, aparte)
¡Va a seguirla!
DON PEDRO
(Con ira, aparte)
¡Ella osa!
VASCO
Calma.
NELUSKO
(A Selika)
¡Él se entrega!
INÉS
(A Vasco de Gama)
Muy bien, sé libre por el amor,
la gloria a lo lejos te llama;
junto a mi tumba en el fiel corazón
¡ah, ven a tu regreso!
Concertante
INÉS
En los suspiros del ramaje
reconoce mi voz que murmura,
y que va, doliente, llamándote.
(Con dolor)
¡Adiós, Vasco, allí arriba te espero!
SELIKA
Para mí el exilio y su desprecio,
ay, qué horrible golpe;
me ha entregado a los enemigos,
dejarlo, es horrible.
¡Llorad pues, oh, ojos míos!
Mi único bien lo he perdido.
Debo morir. ¡Adiós!
VASCO DE GAMA
¡Ay! La mano que me salvó
me produce un golpe mortal;
y para siempre pierdo a Inés,
su alma, oh, cruel suerte.
Dejarla, es horrible.
Llorad pues, oh, ojos míos.
Mi único bien, la he perdido.
Debo morir. Adiós.
DON ÁLVARO
¡La mano que lo salvó
le produce un golpe mortal!
Su única felicidad, él la ve huir
y para siempre pierde a Inés,
¡su alma, oh, cruel suerte!
¡Para olvidarla, él va a morir! Adiós.
NELUSKO
Para ella exilio, penas, desprecio
por él, su bien amado.
Gracias Brahma, tú la has curado,
¡sobre su frente que palidece
su dolor se revela!
¡Está salvada!
Vasco va a morir. Adiós.
DON PEDRO
Victoria, al fin y sin retorno
él parte, él está vencido,
soy vengado. Para él todo está perdido.
(Mirando a Inés)
En su frente que palidece
su tormento la ha traicionado.
Ella permanecerá conmigo.
Voy a disfrutar de su tormento.
Él va a marcharse. Adiós.
(Don Pedro se lleva a Inés. Vasco
cae anonadado sobre una silla.
Selika quiere lanzarse sobre él; pero
Nelusko la retiene y la conduce tras
de don Pedro. Ella echa, alejándose,
una última mirada de dolor y amor
sobre Vasco. El telón cae lentamente)
ACTO
TERCERO
Entreacto y Coro de doncellas
(La escena representa el corte de una
nave en su anchura. Ofrece a los ojos
de los espectadores el primer puente y
el interior del segundo. Sobre el primer
puente se elevan los mástiles y al fondo
el castillo de popa detrás del cual se
aprecia el mar. El segundo puente,
iluminado por una lámpara, está dividido
en dos compartimentos, del cual uno es
la habitación de Inés, el otro el de don
Pedro)
Escena Primera
(Nelusko y varios marineros, acostados
sobre la tilla que iluminan los primeros
rayos del sol naciente. Inés, tendida sobre
una hamaca en la habitación en la izquierda;
está rodeada de sus doncellas, de las cuales
Selika forma parte. En la habitación del lado
derecho, don Pedro sentado cerca de una mesa
cubierta de instrumentos y mapas que consulta)
CORO DE DONCELLAS.
El rápido y ligero navío
se desliza sobre las cariñosas olas;
el aire de la mañana que se respira
lleva la calma a nuestros sentidos.
DON PEDRO
Día y noche, sobre este bello navío
observemos, prudentes oficiales,
está sólo en mí conducirlo,
a pesar de la tempestad y los vientos.
DONCELLAS
Nuestra nave,
rápida y dulcemente,
se desliza hacia adelante...
(Cañonazo que anuncia la hora de
diana. Todos los marineros se levantan)
Cuarteto y Coro de Marineros
¡Arriba marineros, arriba la tripulación!
Cuarteto
Ved la aurora
que ya colorea
la cima de las olas.
Arriba, marineros.
¡Vamos, a la labor,
vamos, a trabajar!
(El sol sale. Se toca la campana para
la oración de la mañana. Todo el
mundo se arrodilla: los marineros y
los oficiales, en el primer puente;
Inés y sus doncellas en el segundo)
Oración de los marineros
MARINEROS
Oh, gran santo Domingo,
terror del hereje,
vela por nosotros en cada día,
¡protege mi retorno!
Y quiero, cada día,
recitar tu santo cántico,
¡oh, gran santo Domingo!
Concertante
SELIKA, INÉS, DONCELLAS
¡Oh, celeste providencia,
tú, nuestro divino socorro,
gran Dios, protege sus días!
MARINEROS
Oh, gran santo Domingo,
terror del hereje,
vela por nosotros en cada día,
protege mi retorno.
Y quiero, cada día,
recitar tu santo cántico,
¡oh, gran santo Domingo!
Escena Segunda
(Los anteriores, don Álvaro, entrando
en la habitación de don Pedro)
DON PEDRO
¡Ah! ¿Sois vos, don Álvaro?
DON ÁLVARO
¡Os busco, Almirante!
DON PEDRO
(Sonriente)
Dejar su palacio de Lisboa y las riberas del Tajo
para conquistar una lejana playa, ¡es heroico!
¡Eh! pero, ¿qué tenéis?
DON ÁLVARO
(Con un aire sombrío)
¡Todo va mal!
El piloto desconocido que os guía es un traidor.
De tres naves, por vos comandadas, ¡una ya ha
zozobrado, la segunda en las rocas se destrozó...!
DON PEDRO
Pero, ésta al menos, debo reconocerlo,
ha, gracias a él, ¡superado victoriosa
el cabo de la Tempestad y sus furiosas olas!
Confiándome en él, así como en mi estrella,
me he lanzado, primero, en estos mares.
DON ÁLVARO
No, otro, de lejos, nos había adelantado
y se le puede ver aún desde aquí su blanca vela
huir trazándonos la ruta en las olas.
DON PEDRO
¿Quién es?
DON ÁLVARO
El ángel protector,
según nuestros marineros,
de estos mares.
DON PEDRO
¿O bien el ángel malvado?
DON ÁLVARO
¡Hay que seguirlo!
DON PEDRO
¡Evitarlo!
NELUSKO
(Llamando a los marineros)
¡Eh, marineros!, el viento cambia.
¡A las velas! ¡Apresuraos!
¡Ved en el horizonte
las señales del terrible tifón!
¡Girad al norte! ¡Al norte!
¡O, sino, la muerte!
(Don Pedro y don Álvaro
suben al primer puente)
DON ÁLVARO
(A don Pedro, mostrándole a Nelusko)
¿Tenéis confianza
en ese pérfido esclavo?
A su primer amo, él lo ha traicionado
y os traicionará como a él.
¡Guiados por él
ya dos naves han naufragado!
NELUSKO
(A don Pedro)
El gigante de las negras tempestades,
Adamastor, las había condenado;
y pronto su enojo
abatirá sobre vuestras cabezas,
si vosotros no cambiáis de ruta
y si no dejáis dirigir hacia el norte.
DON ÁLVARO
¿Dónde quieres conducirnos?
NELUSKO
¡Sin temor, seguidme!
DON PEDRO
Muy bien, ¡sea!
(Los marineros y los grumetes
se ponen a la maniobra. La nave
vira hacia el norte)
NELUSKO
(Con un aire contento, aparte)
Tra la, la, la, la...
En los cielos el huracán avanza,
seguimos un camino
que conduce a la venganza.
¡Estos parajes no son
desconocidos para nosotros;
¡las canoas de nuestra isla
han venido a menudo!
NELUSKO
(Cantando)
¡Tra, la, la, la, la, la, la!
UN MARINERO
Nelusko, ¿qué cantas allí pues?
NELUSKO
(Con un tono sombrío)
Canto la leyenda
del gigante de las tempestades,
del terrible Adamastor,
¡que sobre nosotros
hace cernerse a la muerte!
MARINEROS
(Riéndose)
¡Oigamos, pues,
la leyenda del terrible Adamastor!
NELUSKO
(Con una energía salvaje)
Balada
1er Cuplé
Adamastor, rey de las profundas olas,
al ruido de los vientos avanza sobre las olas.
Y cuando su pie golpea las aguas,
¡desgracia para vosotros, navío y marineros!
En el resplandor de los fuegos y relámpagos,
¿lo veis...? Es el gigante de los mares,
levanta hasta el cielo las aguas,
¡muerte al impío! ¡Y la muerte sin tumbas!
(Lanzando una explosión de risa estridente)
¡Ja! ¡Ja...!
(Mirando a los marineros que lo rodean)
¡Ah! ¡Tembláis...!
Concertante
NELUSKO
¡A las velas! ¡A las jarcias!
¡Adelantad a las tormentas!
Ataros a los mástiles,
o precipitados en el abismo que ruge.
Estáis perdidos.
LOS MARINEROS
¡A las velas, a las jarcias!
¡Adelantemos a las tormentas!
Atados a los mástiles
o precipitados en el abismo que ruge.
¡Estamos perdidos!
NELUSKO
2º Cuplé
¡Ah! ¡Vosotros, insensatos,
que desafiáis a Adamastor,
el gigante de las tempestades!
La vieja Europa, en el nuevo océano,
lanza un reto, incitada por el huracán.
En el resplandor de los relámpagos,
¿lo veis
? Es el gigante de los mares,
que levanta hasta el cielo las aguas,
¡muerte al impío y la muerte sin tumbas!
LOS MARINEROS
¡La muerte sin tumbas!
NELUSKO
(Riendo)
¡Ja! ¡Ja
! ¡Ah, tembláis!
Concertante
NELUSKO
¡A las velas! ¡A las jarcias!
¡Adelantad a las tormentas,
atados a los mástiles
o precipitados en el abismo que ruge.
¡Estáis perdidos!
MARINEROS
¡A las velas! ¡A las jarcias!
Adelantemos a las tormentas,
atados a los mástiles
o precipitados en el abismo que ruge.
¡Estamos perdidos!
(Los marineros retroceden con pavor y
vuelven a subir lentamente sobre el puente.
Nelusko los sigue riendo sarcásticamente.
Un marinero que se encuentra cerca del
timón hace señas)
Escena Tercera
(Los anteriores y Vasco)
UN MARINERO
(En el timón)
Un navío, llevando pabellón portugués,
ha soltado hacia nosotros una barca;
avanza
atraca.
NELUSKO
(Aparte)
¡Eh! pero, por mucho socorro,
Por mucho saludable aviso,
¿Viene, a derribar mis proyectos,
Salvándolos?
(Entrada de Vasco)
DON ÁLVARO
¡Ah! ¿Qué veo? ¡Vasco!
Hacia esas lejanas tierras,
al mismo tiempo que nosotros,
¿quién ha podido conduciros?
VASCO
¡Es Dios quien me inspiró!
Cumplo sus intenciones.
¡Él ha guiado mis pasos
y conducido mi navío!
DON PEDRO
(Con ironía)
¡Para seguirnos a estos lugares!
VASCO
¡Para adelantaros!
DON PEDRO
¿Es pues entonces para desafiarnos?
VASCO
Si aún hay tiempo, señor,
¡para salvaros!
(Don Pedro ordena a todo el mundo
retirarse. Don Pedro y Vasco bajan
al camarote)
Escena Cuarta
(Vasco y don Pedro)
Dúo
VASCO
¿Qué destino,
o más bien que ciego delirio,
os conduce hacia el fatal escollo
donde don Bernardo Díaz,
mi valiente almirante,
vino a destrozar su navío?
Es de los pocos arrecifes enemigos
de los que veréis, contra vosotros,
surgir de esas orillas
salvajes guerreros desde
numerosas canoas
que vendrán a arrancaros
los restos de vuestras naves.
DON PEDRO
(Con ironía)
¿Vos creéis?...
VASCO
Aún se os puede preservar
del peligro donde se os arrastra.
DON PEDRO
(Con ironía)
¿En verdad?
VASCO
Vengo a vos a pesar de mi odio,
vengo a vos para salvaros.
¡Ya que los hijos de la misma patria
deben socorrerse!
DON PEDRO
(Siempre con desconfianza)
¡Qué! ¿De una segura pérdida,
pretendéis preservarme?
¿Pero es a mí que vuestro odio
sobre este navío quiere salvar?
VASCO
¡Apresuraos, el mar en furia
ya no os permitirá huir!
DON PEDRO
(A media voz con ironía)
¿Pero es por mí tanto celo?
¿O por Inés?
VASCO
(Con fervor)
¡Ah, bien! ¡Sí, ah! Es por ella,
es por la noble Inés,
ya que está en mí salvarla,
debiese con ella salvar
a un rival aborrecido.
Concertante
DON PEDRO
(Con orgullo)
¡Insensato! Tu juventud olvida
que, sólo yo reino sobre mi borda;
y el imprudente que me desafía
ya ha ameritado la muerte.
VASCO
¿Qué, ésa es pues la respuesta
de un noble portugués?
DON PEDRO
¡Podría castigarte
por la espada de las leyes!
VASCO
Se trata de combatir
y tu voz me denuncia.
DON PEDRO
Me desafías, pienso.
VASCO
¿Y tú tiemblas, creo?
Concertante
VASCO
(Con energía)
Contengo apenas
mi rabia y mi odio.
Ven, mi brazo te espera,
tengo sed de tu sangre.
Oh, vergüenza, infamia,
¿temes por tu vida?
Ven pues, ven pues
a vengar mi afrenta.
Oh, furor, ah, odio,
que el infierno desencadena
tengo sed de tu sangre
y mi brazo te espera.
DON PEDRO
(Con vigor)
Contengo apenas
mi rabia y mi odio.
¡Ah! Vete, vete,
tengo sed de tu sangre.
¡Tiembla que tu vida
en este día no expía
la vergüenza y la afrenta
que enrojece mi frente!
Oh, furor, ah, odio,
que el infierno desencadena,
tengo sed de tu sangre
y mi brazo te espera.
Escena Quinta
(Los anteriores, don Álvaro, Nelusko
marineros y soldados. Luego Inés, Selika
y las doncellas. Los marineros y los
soldados desarman a Vasco)
DON PEDRO
(A los soldados que retienen a Vasco)
Que se le ate al mástil de la nave;
¡que las balas de vuestros mosquetes
nos hagan justicia!
VASCO
¡Cobarde!
SELIKA
¡Qué voz!
INÉS
¡Vasco!
(Aparte)
¡Es él, es él!
DON PEDRO
(A los soldados)
¡Qué muera, qué muera!
INÉS y SELIKA
¡Ah! Que mi voz doblegue
estas rigurosas sentencias.
¡Señor, piedad, piedad!
DON PEDRO
¡No, no, soldados, que se obedezca!
Escena Sexta
(El tiempo se ha enturbiado, la
tormenta ha rugido primero en la
lontananza, después se ha acercado más)
UN MARINERO
(En lo alto del mástil)
¡A las velas! ¡A la jarcia!
¡Aquí está la tormenta!
(En este momento, un espantoso
ruido se oye. La nave acaba de dar
contra los arrecifes. Una multitud
de indios suben al abordaje. En un
instante don Pedro, don Álvaro, los
marineros, que en el desorden del
naufragio no han podido ponerse en
defensa, son desarmados y derribados)
NELUSKO
(A los indios)
¡Hijos de Shiva, aquí están los enemigos!
Sobre estos arrecifes os los he conducido.
LOS INDIOS
¡Brahma! ¡Brahma!
Fuerza y valor
a los hijos de Brahma.
¡Brahma! ¡Brahma!
Gloria y pillaje
el Cielo les dará.
Ni paz, ni tregua
a los paganos que allí están;
a nuestra espada
ninguno escapará.
¡Bajo nuestra espada
todo caerá!
(Los indios han engrillado a don Pedro
y a los portugueses encadenados. Van a
golpearlos, pero un gesto de Selika los
detiene)
ACTO
CUARTO
(A la izquierda se puede ver la
entrada de un templo indio; a
la derecha, un palacio; al fondo,
monumentos suntuosos)
Entreacto y marcha india
Marcha, Cortejo, Ballet
Escena Primera
(Selika, Nelusko, El Gran Brahmán,
brahmanes, malgaches e indios de
diversas castas)
EL GRAN BRAHMÁN
(A Selika)
¡Juramos por Brahma,
por Visnú, por Shiva,
los dioses cuyo poder
Reverencia el Indostán,
juramos obediencia
a la hija de nuestros reyes!
EL CORO
¡Juramos obediencia
a la hija de nuestros reyes!
NELUSKO
(Mirando a Selika)
¡Y Selika,
coronada por nuestras manos jura,
lo escucháis, mantener nuestras leyes!
(Selika extiende la mano sobre el libro)
Sobre este libro sagrado,
depositado por Brahma en el templo.
(Un golpe de tam-tam se escucha, seguido
por un gran grito. Selika se levanta)
EL GRAN BRAHMÁN
(A Selika)
Jamás, lo has jurado, jamás un extranjero
manchará con su impía presencia
el suelo sagrado de la patria...
NELUSKO
Reina, la santa espada
acaba de degollarlos a todos.
SELIKA
(Con emoción)
¡Cielos! ¡A todos!
UN SACERDOTE
(En voz baja, a Nelusko)
Excepto uno, que en el fondo de su nave
habían encadenado, sólo él aún respira.
NELUSKO
(Aparte, con ira)
¿Vasco, quizá?
(En voz baja al sacerdote)
¡Corre, que se le inmole al instante!
EL GRAN BRAHMÁN
(A Selika solemnemente)
¡En los altares de nuestros Dioses, la corona te
espera! Caminemos.
(Entra con Selika y los sacerdotes en el templo)
NELUSKO
(A los indios que están cerca de él)
Sigamos a nuestra reina.
(Falsa salida; se escucha un tumulto)
¿Qué es ese ruido?
UN SACERDOTE
Se arrastra a las mujeres de los bárbaros
al suplicio.
NELUSKO
Hacia el manzanillo,
en el sombrío y negro follaje,
en los jardines sagrados
(Dirigiéndose a los soldados)
Id, guiad sus pasos.
Sus cansados miembros,
bajo esa tranquila sombra,
encontrarán el sueño...
así como la muerte.
(Sale del mismo lado que Selika)
Escena Segunda
(Vasco, seguido de algunos soldados, entra
lentamente, admirando todo lo que lo rodea)
Gran Aria
VASCO
Maravillosa tierra,
afortunado jardín,
radiante templo,
¡saludo!
¡Oh, paraíso salido de las aguas,
cielo tan azul, cielo tan puro,
por el cual mis ojos están encantados,
me perteneces! ¡Oh, nuevo mundo
el cual habría entregado a mi tierra!
(Con fervor)
¡Para nosotros estos campos bermejos,
para nosotros este edén redescubierto!
¡Oh, encantadores tesoros, oh, maravillas,
(Con entusiasmo)
nuevo mundo tú me perteneces!
EL CORO
¡Astro que sobre nosotros te elevas abrasador!
¡Tú pides a nuestras espadas sangre!
Que para herir el hierro se prepare.
¡La muerte!
Que el eco vengador repita:
¡la muerte!
VASCO
(Volviendo en sí)
¿Qué dicen? ¿Morir? ¿Morir?
Sepultado en mi triunfo,
¡y sin que nada más que él,
me sobreviva y proclame mi nombre!
(Se dirige a aquellos que los rodean)
¿Vos no lo desearéis?
¡No!... No.
(A los sacrificadores)
Conducidme hacia ese navío
cuya vela brilla ante vuestros ojos.
CORO
No.
VASCO
Dejadme decir a mis amigos
que el éxito colma mis ruegos,
que Europa, que mi patria
se informen que Vasco vencedor,
en estas orillas ha perdido la vida
a costa de un eterno honor.
EL CORO
¡No! ¡No!
¡La muerte para el extranjero!
VASCO
(Con desesperación)
¡Ah! Piedad para mi memoria,
oh, vosotros a quienes recurro!
No os llevéis más que mis días,
pero dejadme la gloria.
CORO
(Entre ellos)
¡Nada de piedad!
VASCO
Todos los tormentos
que el furor reúne
tienen para mí menos crueldad,
¡ya que es morir dos veces
el perder juntas
vida e inmortalidad!
CORO
¡Muerte al extranjero!
VASCO
(Con resolución)
Muy bien,
muramos como héroe, como cristiano.
Dios mío, recíbeme en tu seno.
¡Ah! ¡Vamos!
EL CORO
Astro que sobre nosotros
te elevas abrasador,
tú pides a nuestras espadas sangre.
Que para herir el hierro se prepare.
¡La muerte!
Que el eco vengador repita:
¡la muerte!
(Todos empuñan hachas
y van a herir a Vasco)
SELIKA
(Desde lo alto de los peldaños
del templo, divisando a Vasco)
¡Deteneos!
VASCO
¡Selika!
(A la voz de Selika, los
soldados se detienen)
Escena Tercera
(Los anteriores, Selika seguida por
Nelusko, el Gran Brahmán y el séquito
de Selika)
(Selika baja rápidamente la escalera y
con un gesto ordena a los sacrificadores
retirarse)
NELUSKO
(A media voz, a Selika)
¡Querer sustraerle en el suplicio!...
EL GRAN SACERDOTE
(En voz alta)
Y, por un desconocido,
¡desafiar todas las leyes
que a los pies de los santos altares
acaba de jurar tu voz!
CORO
¡Sí,
muerte a los extranjeros!
¡Y que la ley se cumpla!
EL GRAN BRAHMÁN
La ley ya fue cumplida.
¡Incluso las mujeres,
todos han muerto bajo nuestros golpes!
VASCO
(Con desesperación)
¡Inés, tú ya no existes!
(A los sacrificadores)
¡Golpead pues!
SELIKA
(Aparte con dolor)
¡Ah! ¡Cruel!
GRAN BRAHMÁN, CORO
¡Muerte, al extranjero!
¡La muerte!
(Largo silencio)
SELIKA
(Tomando la mano de Vasco)
¿Y si no fuera un extranjero?
VASCO
(Asombrado)
¿Qué escucho?
SELIKA
(En voz baja)
¡Silencio!
Y permíteme salvarte otra vez,
¡me olvidarás después!
(Dirigiéndose al pueblo y a los sacerdotes)
Si, por una extraña suerte,
¿fuera nuestro hermano
?
TODOS
(Asombrados)
¡Oh, cielos!
SELIKA
¿Si el destino,
por los lazos que nada puede destruir
a mí lo hubiese unido?
NELUSKO
(Aparte)
¡Dios! ¿Qué se atreve a decir?
SELIKA
Sí, vuestra reina, esclava en la lejana orilla
(Mostrando a Vasco)
ha visto salvar su honor por él,
(A Nelusko)
y mi mano, tú lo sabes,
fue su recompensa.
NELUSKO
(Perturbado)
¿Qué
? ¡Yo!
SELIKA
(En voz baja, con vehemencia)
Sólo tú podrías desmentirme,
pero piénsalo...
Si muere, ¡quiero morir!
(Gritando y volviéndose hacia
los sacerdotes y hacia el pueblo)
Pueblo, en vuestra presencia,
Nelusko puede atestiguarlo otra vez.
GRAN BRAHMÁN, CORO
(Vivamente)
Que él lo atestigüe ante todos
nuestros dioses y sobre el libro de oro.
(A una señal, un brahmán va a buscar
el libro sagrado, sobre el cual Selika ha
prestado juramento en la primera escena)
Cavatina
NELUSKO
(Con una voz doliente, aparte)
¡Haberla adorado tanto,
y en este fatal día,
verla por mí entregada
en los brazos de mi rival!
No, no, no
Concertante
VASCO, CORO
GRAN BRAHMÁN
Él tiembla, él vacila.
¿Por qué callarse pues?
Que reduzca su inquietud
pero que hable y jure.
SELIKA
(A Nelusko)
Sólo tú, si juras,
terminas mi sufrimiento
¡ah! ve mi martirio,
mis lágrimas, rompe ese silencio.
(Aparte)
¡Él llora!
NELUSKO
¡Otra vez este sacrificio!
Mi corazón, que perezca
así como mi honor.
(Con desesperanza)
Quiero, colmando su alegría,
que me vea feliz
morir de su felicidad.
(Los sacerdotes han vuelto con
el libro y lo presentan a Nelusko)
TODOS
¡Jura! ¡Jura!
NELUSKO
(Suspirando y no respondiendo)
¡Ah! ¡Ah
!
EL CORO
¡Jura!
NELUSKO
Muy bien, juro antes vosotros,
juro
que ella lo ama
Y que él es su esposo.
TODOS
(Todos se inclinan ante Vasco)
¡Su esposo!
NELUSKO
(Solo, de pie y aparte)
Aplástame, trueno,
termina mi miseria.
Pero que el infame que la ha arrebatado
sea conmigo fulminado.
CORO
¡Brahma! ¡Brahma, sé alabado!
Concertante
NELUSKO
(Llorando)
Haberla adorado tanto
y ver a mi querido ídolo
arrebatado a mi amor,
¡oh, dolor!
Aplástame, trueno
termina mi miseria
soy yo quien la ha entregado.
¡Desgracia sobre mí, desgracia sobre él!
(Nelusko sale precipitadamente)
CORO
Gloria a vosotros,
feliz pareja,
vivid, reinad mucho tiempo sobre nosotros
vuestro pueblo.
EL GRAN BRAHMÁN
Pueblo, escuchad mi voz:
los dioses del Indostán,
de quienes seguimos las leyes,
quieren que la unión jurada
bajo otros cielos sea,
ante nuestros altares,
consagrada eternamente.
SELIKA
(Acercándose a Vasco que acaba
de estremecerse, le dice en voz baja
y con dolor)
No temas nada...
EL GRAN BRAHMÁN
Antes de devolvernos al altar
invoquemos a nuestros dioses.
Que a nuestra santa trinidad
se dirijan uno tras otro
los tres himnos sagrados
que la mano de Brahma
grabó en esta muralla.
(Él muestra las tablas de la ley
incrustados en la muralla. Lentamente)
¡Pueblo, postraros!
(Hace señas a Selika y a
Vasco para arrodillarse)
Pieza concertante
EL GRAN BRAHMÁN
¡Brahma! ¡Visnú! ¡Shiva!
¡Gloria a vosotros!
(A Selika y a Vasco)
Bebed ambos esta santa poción
donde vive la poderosa llama del sol.
Rendid homenaje al dios Brahma
que le asignó abrasaros el alma.
(El pueblo se postra de rodillas. Entran
dos sacerdotes llevando copas)
El Dios de amor vierte en vuestros sentidos
este hechizo puro y estos deseos de pasión,
lazo de las almas
cuya divina atracción une los corazones
en la felicidad y las lágrimas.
(A Vasco dándole la copa)
Bebe, extranjero,
si quieres poseer el tesoro
que Brahma devuelve a nuestros ruegos.
(A Selika)
Bebe a tu vez: y de la hoguera, sin temor
junto a él tú desafiarás los fuegos.
(A Vasco y a Selika)
Vosotros, rezad muy bajo.
(A los sacerdotes y al pueblo)
Nosotros, vamos al altar a cantar
el solemne himno de nuestros dioses.
¡Brahma, Visnú, Shiva!
¡Gloria a vosotros!
CORO
¡Brahma! ¡Visnú! ¡Shiva!
¡Gloria a vosotros!
Grandes dioses,
dignaos bendecir a estos esposos.
(El gran brahmán, los sacerdotes y
todo el pueblo se devuelven solemnemente
en procesión al templo de Brahma)
Escena Cuarta
(Selika, Vasco)
SELIKA
(En voz baja a Vasco)
La nave de don Pedro está destrozada.
VASCO
(En voz baja, casi hablado, vacilando
y buscando en vano encontrar sus ideas)
Lo sé.
SELIKA
Y todos sus compañeros inmolados.
VASCO
Lo sé.
SELIKA
Pero desde aquí se puede ver aún tu navío,
donde tus amigos por ti dejados
impacientes, te esperan.
VASCO
Lo sé.
(Selika corre hacia bastidores, para
ver si el cortejo ha desaparecido)
SELIKA
(A media voz)
El himeneo que tu salvación
me fuerza suscribir,
Vasco, lo puedes aceptar sin espanto...
ya que, admitido por nuestros dioses,
él no me obliga más que a mí.
Pero el esposo de la reina es libre
y habla como amo y señor.
Desde mañana, desde esta tarde quizá,
en mi piragua él puede,
reuniendo a sus amigos,
(Tristemente)
huir de estos climas
por él descubiertos y conquistados.
CORO
(En la capilla)
¡Brahma! ¡Visnú! ¡Shiva!
¡Gloria a vosotros!
VASCO
(Aparte con una voz sofocada)
¿Dónde estoy?
¿Qué éxtasis me inunda de placer?
Pierdo el recuerdo de los males que sufría...
¡Veo un océano púrpura
y por ardientes deseos
mis sentidos son agitados!
Dúo
SELIKA
Muy bien, huye de nosotros,
cruel, con tu gloria,
déjame la desgracia.
VASCO
A ti, reina,
¡la desgracia!
SELIKA
(Con dolor)
¡Tú no has entendido jamás
que se pueda amar, sufrir y morir
por su pena!
VASCO
¿Qué escucho?
¿Y qué error
fue tanto tiempo el mío?
¿Qué velo te ocultaba a mis ojos?
SELIKA
(Tristemente)
El desprecio.
VASCO
(Apasionadamente)
¡Calla!
¡Eso es blasfemar!
Jamás ninguna mortal
se ha ofrecido tan bella
a mis cautivados ojos,
¡y el devorador ardor
del fuego de tus ojos,
como una llamarada
ha pasado en mi corazón!
Dejarte ahora... es imposible...
¡No, jamás!...
SELIKA
(Tristemente)
¡Error fatal!
¿No me has vendido ya a mi rival?
VASCO
¡Ah! ¡No me agobies!
¡Oh, reina, estoy a vuestros pies!
(Muy dulce)
Oh, Selika, perdona a tu esposo.
SELIKA
(Grita llena de emoción)
¡Tú, mi esposo! ¡Ah!
(Selika, fuera de sí, no puede creer tanta
felicidad; ella teme haber mal entendido:
quiere hablar, pero su emoción es demasiado
grande; finalmente hace un esfuerzo, y dice
las siguientes palabras)
Concertante
SELIKA
Oh, arrebatos, oh, dulce éxtasis
que estremece mi embriagado corazón.
¡Fuego divino, que me inflama,
felicidad ignorada por los mortales,
felicidad suprema,
placer de los cielos!
¡Me siento encantada en el cielo
bajo tus besos!
Amar es la vida.
VASCO
Oh, arrebatos, oh, dulce éxtasis
que estremece mi embriagado corazón.
Fuego divino que me inflama,
felicidad ignorada por los mortales.
El cielo nos da sobre la tierra el amor
del cual se embriagan los dioses.
¡Bajo tus besos!
Amar es la vida.
VASCO
(Con ternura)
Oh, mi Selika, reináis en mi alma.
SELIKA
¡Ah! No digas esas ardientes palabras.
Ellas me extravían.
VASCO
(Con fervor)
¡Ante tu Dios, ante el mío,
sé mi mujer!
SELIKA
¡Tu mujer! ¡Piénsalo bien!
¡Ya que yo, si soy tu esposa,
lo presiento, seré celosa de todo!
Lo mismo de un recuerdo
de aquella que ya no existe,
y que debiese desterrar.
¿Tendrías la fuerza?
VASCO
Sí, junto a ti,
Selika, olvidaré todo.
SELIKA
(Con aire receloso)
¿Qué, todo?
(Con una agitación siempre creciente)
¿Lo juras ante tu Dios?
VASCO
Lo juro ante mi Dios.
SELIKA
¡Mío
! ¡Siempre mío
!
(Selika se lanza llorando
en los brazos de Vasco)
Concertante
Oh, arrebatos, oh, dulce éxtasis
que estremece mi embriagado corazón.
Fuego divino que me inflama,
felicidad ignorada por los mortales.
El cielo nos da sobre la tierra
el amor del cual se embriagan los dioses.
¡Contra mi corazón, cuando te estrecho
veo lágrimas en tus ojos!
Me siento encantada en el cielo.
¡Bajo tus besos, amar es la vida!
Escena Quinta
(Los anteriores, el Gran Brahmán y el pueblo)
(El templo de Brahma se abre, el gran
Brahmán y el cortejo saliendo, el sacerdote
extiende las manos en señal bendiciendo a
Vasco y Selika)
EL GRAN BRAHMÁN
Temible triple divinidad en el perjurio,
recibe los votos de estos esposos.
¡Estáis unidos! ¡Sed felices!
EL CORO
¡Estáis unidos! ¡Sed felices!
(El cortejo se dispersa, las mujeres
rodean a Selika y le traen las vestimentas
y las joyas para el vestido de novia. Las
otras Indias bailan ante Selika mientras
que ella se atavía)
EL CORO
¡Murallas de gasa,
ocultad el éxtasis
que los inflama
en este bello día!
¡Dulce esperanza
brilla y por anticipado
en el silencio
y en el amor!
Concertante
(Vasco contempla a la reina con
amor; de repente un canto lejano
llega a su oído)
LAS PORTUGUESAS, INÉS
(A los lejos, entre bastidores)
Adiós mi bella ribera,
no os veré más.
Amigos de mi juventud,
¡ay! ¡ay!, adiós.
VASCO
(Estremeciéndose de la sorpresa)
¿Es un prodigio? ¿Una magia?
Inés, ¿tu fiel sombra
en los aires me envía
otra vez estos últimos adioses?
(Vasco se lanza a la búsqueda de la
voz; en ese momento las bailarinas le
muestran a Selika que lo espera)
EL CORO
Murallas de gasa,
ocultad el éxtasis,
¡que los inflama,
en este bello día!
(Las otras bailarinas arrastran a
Vasco hacia Selika, que en ese
momento se dirige hacia la planta de
la izquierda, bajo las bóvedas de gasa
formadas por los velos de las bayaderas)
INÉS
(Más lento y más lejos)
Adiós, mi bella ribera.
PORTUGUESAS
¡Adiós!
ACTO
QUINTO
Cuadro 1º
(Jardines de la Reina. Árboles de los
trópicos; montones de flores y frutas. A
la izquierda la entrada del palacio)
Escena Primera
(Selika e Inés)
(Selika entra con Inés, rodeadas de soldados)
SELIKA
¡Cielos! ¡Pues es verdad!
¡Cómo, él, Vasco!
¡Ya traicionada, ya engañada!
Ingrato, ¿allí están pues sus juramentos?
INÉS
¡Dígnate escucharme!
SELIKA
¡No, envilecida un instante,
recobro todos mis derechos, y aquí ya no está la
esposa, pero la reina
una reina ultrajada, que
vuelve a ser tu juez y que será vengada!
INÉS
¡Piedad, piedad para él!
SELIKA
¿Quién es tan audaz
para elevar la voz ante su soberana?
Tú, teme un enojo que contengo apenas.
Que él se aleje al instante. ¡Lo quiero!
Dúo
SELIKA
(Volviéndose hacia Inés)
Antes que mi venganza ordene tu suplicio,
acércate, esclava, y respóndeme.
Por aquella traición y por aquél artificio,
¿estaba el pérfido, en esos lugares, junto a ti?
INÉS
Moribunda, yo huía, él se ofreció a mi vista.
SELIKA
¿Y qué te decía, con el alma emocionada?
INÉS
Él decía que el himeneo acababa de unir
vuestros días, ¡que de vos eran su existencia
sus juramentos, su agradecimiento!
SELIKA
(Con despecho)
¡Y sin embargo él te ama todavía!
INÉS
¡No! Que vuestro corazón lo perdone.
¡No escuchando más que al honor,
ay, él me abandona,
huye de mí para siempre!
SELIKA
(Con dolor)
¡Y sin embargo te amará siempre!
INÉS
Si tal es su crimen, ante vuestros ojos,
deja caer sobre mí tu enojo.
(Con una gran animación)
Es justo, es legítimo,
¡y lo imploro a vuestros pies!
Sí, es mi único ruego:
¡cuando no se tiene
más felicidad sobre esta tierra,
cuando nuestros días son entregados a
los males sin esperanza,
viene la muerte!...
(Cayendo de rodillas)
¡Golpead! ¡Golpead!
(Sorprendida)
¡Lloráis!
SELIKA
¡Ay! ¡Él debe amarla todavía!
INÉS
(Con desaliento)
Allí están todos mis tormentos.
Os lo he dicho, allí está mi crimen.
Vengaos, golpead a la víctima,
liberadla de sus tormentos.
SELIKA
(Aparte)
Allí están todos mis tormentos.
¡Pobre muchacha, pobre víctima!
¡Ay! ¿Cómo culparle
de todos los males que siento?
SELIKA
¿Sientes pensando en quien te es querido?
INÉS
¡Y el amor y el odio de mi alma indecisa!
SELIKA
¿Y sientes allí... como una mano de hierro?
INÉS
¡Sí, que me tortura y me destroza!
INÉS
Allí están, allí están todos mis tormentos,
os lo he dicho, allí está mi crimen.
¡Ah! Golpead, golpead a la víctima,
liberadla de sus tormentos.
He allí todo lo que siento.
SELIKA
Allí están, allí están todos mis tormentos.
¡Ah, pobre muchacha, pobre víctima!
¡Ah, pobre muchacha, pobre víctima!
Sí, siento todos esos males.
Allí están, allí están todos mis tormentos.
INÉS
¡Muy bien, véngate,
golpéanos a ambos!
SELIKA
¿Golpearle? Yo, su hermana, su amiga,
que para hacerle feliz
habría dado mi vida.
(Reflexionando)
¡Y si pudiese alejarlo por su felicidad!
INÉS
(Fervorosamente)
Lo rechazaría, pues es tu esposo,
sólo la muerte, en nuestra tierra,
rompe los mismos lazos.
SELIKA
Él la va a desear.
¡Oh, colmo de miseria!
¡Ay!
¡Oh, largo sufrimiento,
que ya comienza!
¡Y mi corazón vacila
en liberarse!
¡Dios que ves mis penas,
para romper mis cadenas
digna inspirarme!
INÉS
¡Tú que ves sus penas,
para romper sus cadenas
inspírala!
SELIKA
¡Dios que ves mis penas,
para romper mis cadenas,
inspírame!
Escena Segunda
(Las anteriores y Nelusko)
(Nelusko entra seguido de varios soldados)
SELIKA
(A los soldados, mostrando a Inés)
¡Llevaos a esta mujer!
(Los soldados se llevan a Inés. A Nelusko)
¡Y tú, lejos de estos lugares conduce a Vasco!
NELUSKO
(Asombrado)
¡Junto a ella!
SELIKA
(Escribiendo sobre sus tablas)
Sí. ¡Ambos!...
Vas a conducirlos al instante
sobre esa nave
que aún se aprecia en el mar...
NELUSKO
(Aparte)
¡Oh, cielos!
SELIKA
Y luego
escucha bien:
cuando, subido en su borda,
él parta... ¡entrégale estas tablas!
¡No antes!... ¡Me oyes!
NELUSKO
(Con alegría)
¡Ah! Liberadlos sin temor
Entre mis discretas manos.
(Con ternura)
Este feliz día que termina mis tormentos,
¡oh, reina, os entregará el poder y la gloria!
SELIKA
Y cuando para siempre veas
alejarse de nuestras orillas su navío...
¡Entonces venme a encontrar
en la punta del cabo,
sobre el promontorio que domina las olas!
NELUSKO
(Con terror)
¡Ah! ¡No os acerquéis!
Allí, si lo recuerdas, ¡se
extiende el inmenso umbrío
del negro manzanillo,
del árbol de la muerte!
SELIKA
¡Lo sé!
NELUSKO
¡Desgracia para el imprudente
que respire en el embriagador aroma sus flores!
Un instante se cree en las regiones celestiales,
¡mentiroso éxtasis y peligroso arrebato que
conduce por escaleras de delirio a la muerte!
SELIKA
Lo sé, pero desde esos lugares
se divisa el mar,
¡y es eso lo que quiero!
(Nelusko sale por la derecha
y Selika entra en el palacio)
Cuadro 2
(La escena cambia y representa un
promontorio que domina el mar. Un
árbol ocupa el centro de la escena)
Escena Tercera
(Selika, sola, avanza lentamente hasta
la orilla del mar que ella contempla de
vez en cuando en silencio)
SELIKA
Desde aquí veo el mar, inmenso...
¡y sin límite
lo mismo que mi dolor!
¡Y el furioso oleaje que rompe y se agita,
ay, como mi corazón!
(Ella avanza hacia el manzanillo)
¡Oh, magnífico templo!
¡Oh, cúpula de follaje, que balanceáis
a lo lejos vuestras fúnebres ramas!
¡A vos vengo!... A buscar después
de la tormenta la calma, el sol
y el olvido de mis males...
¡Pues vuestra eterna sombra es la
sombra de las tumbas!
El odio me abandona;
mi corazón está desarmado;
adiós, te perdono;
¡adiós mi bien amado!
(Colgando las flores que caen
de las ramas del manzanillo)
¡Oh, risueño color!
¡Oh, flor bermeja y bella!
¡Ven sobre el seno de la nueva esposa!
¡Sé mi adorno
!
¡Sé mi ramillete nupcial!
(Mirándolo con un aire triste,
después aspirando su aroma)
Tu dulce perfume, se dice,
da una felicidad fatal.
En los cielos entreabiertos,
hace vivir un instante, y luego,
de un largo sueño
para siempre os adormece.
Como el amor os embriaga
y como él, da la muerte.
¡Ah! Bien se dice...
mi cabeza se nubla y se pierde...
¡El delirio se adueña
de mis extasiados sentidos!
¡Qué celestiales acordes!
¿Es un prodigio?
¡Qué esplendor!
Ante mis ojos se entreabre
la morada celestial,
Brahma, en mi pasaje,
se me aparece radiante.
¡Es él el Dios supremo,
es él, es su imagen,
me recibe en los cielos!
CORO
(Entre bastidores)
¡Ah, ah, ah, ah, ah!
SELIKA
Un cisne en el dulce ramaje
en una blanca nube
arrastra un carro ligero.
Las sonrientes huríes,
danzantes, cerca de él,
acaban de revolotear.
¿Viene, él, quien adoro?
¿Y me ama aún?
¡No me olvidará!
Apenas respiro,
¡oh, arrebato, oh, delirio!
¡Sí, es él, Vasco!
Viene, él, quien adoro,
llevado por esa nube.
A mis pies ya
se detiene, luego sube
y vuelve a subir, ¡se lanza!
¡Ah!
(Grito de alegría)
¡Allí está!
(Selika comenzando a dormirse cae
al pie del manzanillo. El delirio que
le afecta lucha otra vez en ella contra
el frío que poco a poco la entumece y
la adormece. Se escucha un cañonazo.
Con ese ruido, Selika se estremece, abre
sus ojos hechos más pesados, mira al lado
del mar, y apreciando la nave que se aleja,
lanza un grito de dolor)
Escena Cuarta
(Selika, Nelusko)
NELUSKO
(Corriendo)
¡Te vas! ¡Te vas!
SELIKA
¡Ah! ¡Devolvedme los cielos!
NELUSKO
(La ve, da un grito y corre
a arrojarse a sus pies)
Selika, dejemos estos lugares,
oh, mi joven ama.
Por los cantos de los negros espíritus,
por las embriagadas flores, te duermes.
Cómo, quieres morir,
oh, desgraciada reina.
Querida ingrata, ves mis lágrimas.
Fiel aún en tu desgracia
quiero, yo, tu esclavo,
morir junto a ti.
¡Selika! ¡Te amo!
SELIKA
¡Ah! Nelusko, huye lejos de mí,
perdona si he querido morir
y si te abandono.
NELUSKO
¡Ay!
(Asustado)
¡Oh, cielos,
su mano está fría y congelada,
es la muerte!
SELIKA
(Con una voz moribunda)
No. ¡Es la felicidad!
(Muere con los ojos vueltos hacia el
cielo. En ese momento, una multitud
se precipita en el escenario, pero se detiene
asustado, no osando avanzar bajo la
sombra del manzanillo. Nelusko queda
solo de rodillas cerca de Selika
sosteniéndola en sus brazos)
CORO
Aquí está la estancia
del eterno amor;
aquí está la estancia
de un puro amor.
(Nelusko cae, muriendo a los pies de Selika.
El navío aparece otra vez en el horizonte)
Traducido y digitalizado por:
Antonio Fuentes 2023 |